PLACE DU CHATEAU-D’EAU
Ce n’est pas un mince écueil pour la statuaire de trouver à un symbole cpii n’est qu’une abstraction une forme suivant les lois de l’esthétique. Pour l’artiste, la République est une figure d’un caractère très complexe, personnifiant des aspirations élevées de liberté, de justice, de paix et de travail. Comment, avec les moyens dont l’art dispose, matérialiser un tel idéal ?
La réalisation plastique de cette figure inspire diversement peintres et sculpteurs : le plus souvent elle est traduite et vue par eux comme la liberté de Barbier : C’est une forte femme...
dont on orne la tête, suivant sa nuance d’opinion, d’une gerbe d’épis ou d’un bonnet phrygien. Quelle que soit la façon dont on la comprenne, on est convenu de lui donner une image à la fois majestueuse et sereine, en l’environnant d’attributs pour éclaircir aux yeux de tous les diverses aspirations et progrès que son nom comporte.
La République n’est pas une conception moderne. Le monde antique peut se prévaloir de compter des
LA RÉPUBLIQUE
républiques parmi ses gouvernements célèbres. Il y en eut à Rome, à Athènes et à Sparte. Le moyen âge en vit plus d’une croître, prospérer et s’effondrer. Beaucoup d’entre elles s’employèrent à faire des lois justes, à protéger les lettres et les arts. Leur histoire comparée serait du plus haut exemple et offrirait des contrastes saisissants.
Quant à la République française elle naquit de l’amour simultané de la liberté et de la patrie. Le feu de l’ennemi fut son baptême en 1792, alors que nos volontaires improvisés, sans solde et sans souliers, repoussaient l’invasion à Yalmy avec les trois couleurs; 1848 marqua la conquête pacifique des esprits par la création du suffrage universel; 1870, enfin, la vit moins heureuse, mais non moins passionnée, pour la défense du territoire.
Paris compte aujourd’hui deux statues de la République. Outre leurs qualités intrinsèques, elles ont chacune un caractère propre absolument distinct l’une de l’autre. On pourrait dire avec raison que la statue de Soitoux, vis-à-vis l’Académie, réalise assez exactement le type de la République athénienne, et que la forte déesse de Morice traduit fidèlement la femme du peuple, âpre au devoir et au travail, reflétant dans sa rudesse le caractère de la République de Lacédémone : ici, la vierge antique au profil pur, aux habits parés et bien alignés, République à l’usage des mœurs policées d’Athènes et des membres de l’Institut; là