DES QUATRE ANIMAUX MYSTIQUES
ATTRIBUTS DES QUATRE ÉVANGÉLISTES
ATTRIBUTS J»Sft iVAVaiUSTXS.
Tout te monde connatt le thème des quotité animaux symboliques, THomme, le Lioa, le Veau el TÀigle, leur disposition sur nos basiliques romanes et les deux ordres d'allusions qui en ont fait les attributs de Jésus- Christ et des quatre évangéliste^. Dès avant le xi* siècle et pendant le cours du xn\ ils étaient sculptés fréquem-^ ment sur la façade des églises , et avaient leur place attitrée dans les tympans de leurs portails ou dans la partie supérieure de leurs pignons. C'est ainsi qu'ouïes voit encore à Notre-Dame de Poitiers, sur les cathédrales de Chartres, du Mans, d'Angers et d'Angoulême, au front de Saint-Trophime d'Arles, sur les églises de Semur, de Yermanton, de Nantua (Ain), de Vouvant (Loire-Inférieure), des Minimes (à Compiègne), de Sarrabone (Roussillon), de Saint-Pierre de Maguelonne (Hérault), de Saint- Gilles (Gard), etc. Là, les animaux symboliques (l'homme, le lion, le veau, Vaigle), sont invariablement séparés et cantonnés dans les quatre angles d'un espace dont la
statue du Sauveur occupe le centre. L'Apocalypse dit : c( Et in circuitu sedis, quatuor animalia. » Hs paraissent, presque partout, dépourvus de cette multitude d'yeux que leur prête ce même texte, et qu'Ezéchiel donne aux roues, autre attribut qu'il spécifie et qui est rare sur nos églises Mis y ont de deux à six ailes, ce qui a pu être commandé par la dimension plus ou moins restreinte de l'espace oh ils sont placés ; peut-être aussi les artistes ont-ils voulu seulement constater en eux la faculté de prendre l'essor, sans tenir à donner à leur œuvre une précision scrupuleuse. De plus, par un motif mystique, pour distinguer ces animaux de ceux qui figuraient des vices, on leur a prêté le nimbe des saints, et le livre caractérisant leur mission.
n nous semble que l'on n'a point encore étudié suffisamment la cause de la prédilection de nos pères pour ce thème des animaux; cette cause existe pourtant, et il faut la chercher sans doute dans le nombre et la spécialité de leurs allusions. Nous avons été amenée à les réunir au complet par un dessin hiératique dont H. Didron enrichissait, il y a peu d'années, l'iconographie religieuse du moyen âge. L'original, trouvé par cet archéologue, au mont Athos, dans le monastère de Vatopédi. est une mosaïque duxm'' siècle, retraçant en un tétramorphe (figure unique à quatre formes), les quatre animaux consacrés que Ton voit sur nos basiliques, mais avec quel-
* Il existe au porche méridional de la cathédrale de Chartres. On en trouve la gravure dans les Àjmales archéologiçiAes, 1. 1, p. 157.
( Mosaïque bvzanllnc du Xlll"^'' siècle.)
ques difrérences. Appréciant la valeur de sa découyerte« H. Didron fit lever le dessin de ce tétramorphe et le rapporta en Europe.
L'artiste du xui"" siècle a puisé l'inspiration de son tétramorphe dans le premier chapitre d'Ezéchiel, où est développée la vision de ce prophète, et dans le quatrième chapitre du livre de TApocalypse. Ezéchiel, rapportant ce qu'il vit en esprit sur le bord du fleuve Chobar, décrit d'abord quatre animaux ressortant sur un fond d'airain, entourés d'une grande flamme, et offrant collectivement a la ressemblance d'un homme » : il leur prête des jambes droites, quatre ailes avec quatre faces, et assigne à chacun d'eux dés places différentes de celles qu'on leur voit dans l'Apocalypse. Il représente l'homme au centre, le lion à sa droite, le veau à sa gauche, l'aigle sur le plan supérieur; des mains d'homme sont sous leurs ailes; deux de celles-ci s'étendent en haut et forment le point de contact qui joint les animaux ensemble ; et les deux ailes inférieures s'abaissent pour voiler leurs corps. Il décrit aussi une roue qui suit partout les ani« maux et qu'il couvre d'un semé d'yeux. Un flamboiement inénarrable, VEsprit de vie dans cet ensemble, et un mouvement et un bruit étranges sont le complément de la vision.
Voici maintenant le récit apocalyptique : « Au milieu du trône et à l'entour, il y avait quatre animaux pleins d'yeux, par devant et par derrière. Le premier animal était semblable à un lion, le second était semblable à un veau, le troisième avait un visage comme celui d'un
homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient six ailes« et ils étaient pleins dyeux alentour, ainsi qu'au dedans (de leurs ailes) ^ »
Nous avons dit sous quelles formes Tart retraça ces animaux sur nos basiliques de France. La vision apocalyptique y ressort principalement, mais y est presque toujours incomplète; le tétromorphe byzantin est plus riche dans ses détails, empruntés simultanément aux deux prophéties. Ce tétramorphe est vu de face. Dd)Out sur deux roues accolées, flanquées de deux petites ailes pour exprimer leur mouvement, il présente dans son ensemble comme <( une apparition humaine. » Pour indiquer le caractère allégorique du motif, et ainsi qu'on le voit en France, ses quatre têtes sont ornées du nimbe circulaire uni. Trois d'entre elles sont placées à peu près sur ime ligne horizontale, la tète humaine étant au centre, celle de lion à sa droite et celle de veau à sa gauche, celle d'aigle au sommet et dominant les trois premières. On aperçoit des mains humaines au milieu de l'agencement des ailes, dont deux se dirigent vers le ciel en s'entrecroisant, deux latérales se déploient, et deux descendent vers les pieds. Ce tétramorphe byzantin est infiniment plus exact et par conséquent plus mystique que le thème ordinaire reproduit sur nos églises ; l'unité, qui est son caractère dominant, y fait ressortir les six ailes diversement combinées et le semé d'yeux de la scène apocalyptique.
»Apoc. IV, 6, 7,8.
L'artiste a représenté d'après Ezéchiel « Tensemble pareil à un homme, » le rang d'ordre des quatre têtes qui a son motif, les mains humaines et les roues.
Les dissemblances qu'on remarque entre le tétramorphe grec et le tableau d'Ezéchiel étaient nécessaires^ Dans la peinture byzantine, les six ailes, dont deux devraient, d'après Ezéchiel, voiler les têtes et deux autres cacher les pieds, sont autrement disposées : les têtes et les pieds sont à découvert, et le corps seul est caché par les deux ailes inférieures, ce qui est, du reste, conforme au tableau apocalyptique- Ces difiérences sont l'effet de Vimpuissance de l'art à rendre sur une surface plane et sous des formes matérielles ces combinaisons idéales. Il y avait nécessité de conserver àcette image l'ensemble pareil « à un homme (Ezech., I, 5] : » il fallait dessiner nettement cet ensemble, et éviter la confusion dans une œuvre aussi compliquée. L'arti&te, en le traçant, a dû laisser voiries pieds, qui seuls, avec la tête humaine et l'extrémité des deux mains, constituent le semblant « d'un homme. » S'il eût voilé les quatre têtes, on n'aurait jamais soupçonné Vaigle, le veau et le lion, leur tête étant la seule chose qui les rappelle dans le tétramorphe. Le même motif a déterminé l'agencement des ailes inférieures; une masse montrant six ailes et au centre le torse incomplet d'un homme, eût été un chaos pour l'œil : mais les directions des six ailes marquent très-bien leurs intentions, et les différences légères que l'artiste a dû se prescrire n'altèrent point, quant à l'ensemble, l'analogie de cette image avec les textes inspirés.
Plusieurs savants archéologues se sonl livrés à la recherche des différences constatées par les monuments entre le génie byzantin et le nôtre. Pour nous, qui étudions l'art principalement au point de vue du symbolisme, nous n aborderons point ce sujet. Nous nous bornerons à expliquer les sens mystiques que le moyen âge a appliqués aux quatre animaux symboliques. Cette explication sera exclusivement puisée dans les auteurs de ce temps et résumera fidèlement nos recherches.
Saint Brunon d'Asti, l'un des théologiens les plus érudils de son temps, expose les trois ordres d allusions que les saints docteurs assignent aux quatre animaux. Le premier ordre s'applique à Jésus-Christ; c'est le sens ANàGOGiQUE, c'est-à-dire relatif aux choses célestes; le second ordre se rapporte aux quatre évangélistes; c'est le sens allégorique; le troisième ordre a pour objet les vertus chrétiennes; c'est son sens TROPO^iOGiQUE, c'està-dire d'édification et d'enseignement.
Nous ne sommes point étonnée de ce triple ordre d'allusions attachées à un même thème; il est facile de constater le même fait dans presque tous les motifs bibliques, consacrés par la statuaire chrétienne du moyen âge. Dans les Catacombes, où le symbolisme mystique a laissé tant d'inspirations, les bas-reliefs et les peintures ont déjà des intentions d'allégorie évidentes. Ainsi, dans ces âges lointains, oîi tout homme qui savait lire pouvait échapper à la peine capitale en donnant la preuve de ce talent, l'ornementation des églises, expliquée par des homélies dont plusieurs nous sont parvenues, développait aux
illettrés Thistoire sainte, ses allusions les plus instructives, et les enseignements pratiques que les docteurs en ont tirés. Nous nous réservons de nommer, dans notre ouvrage du Symbolisme chrétien, les auteurs trop peu consultés, dont les homélies et les autres œuvres, composées entre le ix« et xni* siècle, surabondent d'explications sur ces motifs si variés , semés au front des basiliques. Un seuletmêmebas-relief avait souvent, sur leurs murailles, outre son sens direct et propre , les trois ordres de sens mystiques que nous venons de désigner. Tels, les animaux de VApocalypse, dont les enseignements tropologiques, c'est-à-dire relatifs aux préceptes, sont beaucoup moins connus que les autres.
La première fois que le passage de saint Brunon frappa nos yeux, nous y reconnûmes le tétramorphe, dont nous n'avions pas revu la gravure depuis cinq ou six ans au moins. Nous n'avons point trouvé étrange de rencontrer, dans un ouvrage qu'un abbé du xi* siècle traçait aufond de l'Occident, l'interprétation détaillée d'une peinture symbolique exécutée cent ans plus tard aux confins orientaux de l'Europe. Cette harmonie si remarquable ne nous a pas fait supposer que la peinture byzantine fût calquée sur l'écrit du moine; seulement, l'abbé ainsi que l'artiste byzantin, qui était sans doute un moine aussi, ont copié les mêmes textes dans l'œuvre qu'ils élaboraient ; et la même intention mystique a inspiré, sans qu'ils se connussent, le génie de l'un et de l'autre. Plus on étudie le symbolisme et les allusions lapidaires de nos monuments, surtout des temps anté-
rieurs au xm* siècle, plus on voit que les élémeuls et l'alphabet de la science du symbolisme sont puisés dans les livres saints.
Les allusions relatives au tétramorphedeVatopédi, sont celles du thème des quatre animaux, telles qu*on les voit exposées dans les plus célèbres mystiques du xi% du XII* et du xiii* siècles, et dans ceux des temps antérieurs. Elles étaient consignées alors, pour les clercs et les lettrés, dans des traités théologiques; et, pour ceux qui avaient moins le temps de lire, dans les homélies adressées au peuple, et de plus, dans les Bestiaires et les Volucraires, manuels faits pour les artistes et calqués sur les livres saints. Mous prendrons donc toutes nos preuves dans cet ordre d'écrivains; après les pères de l'Église, dans saint Isidore de Séville, dans saint Ëucher, dans saint Brunon d'Asti, lumière duxi"" siècle; dans saint Anselme de Gantorbéry et saint Yves de Chartres, non moins renommés au xu*; dans Vincent de Beauvais, le savant universel du xin"; dans Ludolphede Saxe, l'un de plus fameux théologiens du siècle suivant. Nous avons choisi parmi les Bestiaires, les plus anciens et les plus authentiques, tant imprimés que manuscrits : celui de Philippe de Than, poète de la fin du XI* siècle ^ et des premières années du xa*; le Bes-
^ Philippe, appelé de Than^ du manoir de Than, à trois lieues de Caen, et contemporain de Henri P% roi d'Angleterre, dédia son Bestiaire à Adélaïde deLouvain, femme de ce prince, nièce du pape Calixte II. Ce poëme et son Livre des créatures ^ antérieurs à Tan 1124, comptent parmi les plus antiques recueils consacrés à ces sortes d'allé-
tiaire manuscrit de la Bibliothèque nationale, rédigé en langue romane et imité ou traduit d'une œuvre latine du ckrs Guillaume, sous Philippe-Auguste, c est-à-dire au commencement du xnf siècle, comme il nous en instruit lui-même :
« Geste ouvragne fu faite nueve
' « £1 tans qe Felippies tint France,
« £1 tans de la grant mesestance
« Kengletiere fu entreditte S
« Si kil ni avoit messe dite
«( Ne cors mis en tiere sacrée... j>
Enfin, Li livres des natures des Bestes, de la bibliothèque de TArsenal, manuscrit de Tan 1268, c'est-à-dire de la fin du règne de saint Louis.
Nous aurons expliqué le tétramorphe quand nous aurons étudié les quatre animaux apocalyptiques et leurs trois ordres d'allusions, puis les ailes, le semé d yeux , leurs combinaisons et leur nombre. Ces explications se classeront en quatre paragraphes. Nous étudierons successivement : 1"* les rapports des quatre animaux avec le Christ; 2^ leurs allusions aux Evangélistes; 3° leurs
gories. Le volume où sont réunis ces ouvrages est très-rare et fort recherché.
* Cet interdit fut lancé par Innocent TU sur l'Angleterre en 1208, sous le roi Jean, au sujet de l'affaire d'Etienne Langton ; il ne fut levé qu'en 1214. Ce Bestiaire, qui parait antérieur aux poésies de Thibaut I*', comte de Champagne et roi de Navarre, est l'un des plus anciens monuments en langue romane qui soient arrivés jusqu'à nous. Les livres sacrés, avec saint Isidore, quelques autres pères, Boéce, Ùelperic, moine de Saint-Gall, et les classiques grecs et latins si en faveur au moyen âge, sont à peu près les seules sources citées par les Bestiaires.
enseignements pratiques; 4'' les significations de leurs accessoires.
I. — RapporU des animaux symboliques avec Jésus-Christ, ou sens anagogique du télramorphe et des quatre animaux romans.
C'est dans les genres spéciaux, investis par leur nature et leurs mœurs d'une espèce de royauté, que sont pris les quatre animaux apocalyptiques : THomme est le roi de la nature par sa raison; le Lion, le roi des animaux par sa puissance et sa beauté. Le Taureau est par son utilité et sa force le chef des animaux domestiques; l'Aigle a la royauté des airs. Ces quatre animaux considérés comme attributs du Fils de r Homme , rappellent son pouvoir auguste et cette majesté suprême qui l'élève au-dessus de toutes les créatures.
Prbmibr attribut de Jésus - Christ , l'Hoiimb. — Le Verbe s'étant abaissé jusqu'à l'humanité, l'art devait le revêtir des formes humaines les plus belles. Deux contrées lui prêtèrent , chacune selon son génie , la plus suave beauté; l'Occident lui donna les grâces et la fleur de l'adolescence, l'Orient crut à peine l'honorer en lui donnant les traits de l'ange.
Deuxième attribut de Jésus-Christ, le Lion. — Le second des animaux symboliques est le Lion; il montre le Sauveur des hommes : 1** Roi; 2'Thaumaturge, Victorieux, Ressuscité, et S'' réunissant la nature de Dieu à celle de l'homme.
r L'allusion de la royauté du Lion à celle de Jésus- Christ n'a pas besoin de commentaire. Le Bestiaire anglo-normand présente le nom de lion et celui de roi comme synonymes; il ajoute, conformément à ce qu'on lit dans les Écritures S que le Lion représente le fils de la Sainte Vierge, qui est le prince de tous les peuples.
« Ceo que en griu est fewn, en francis, rei ad nun ;
<c Li leun senefie le fiz sancte Marie :
« Reiz est de tute gent, senz nul redutement ^. »
^ Mais le Lion ne figurait pas seulement le Roi; c'était encore le Thaumaturge, le Victorieux, le Ressuscité. Il marquait le triomphe du Fils de THomme sur les puissances infernales, sur le monde et sur le péché, par sa vigueur irrésistible et ses victoires assurées sur ses ennemis quels qu'ils fussent, et c'est aussi dans cette force et ce caractère victorieux, que prenaient leur source les allusions du Lion à la puissance miraculeuse de Jésus- Christ '. Il symbolisait de la sorte le Dieu vainqueur et triomphant et le Dieu faiseur de miracles. Ce dernier titre de Jésus se fondait dans celui de Ressuscité, objet de plus d'une légende, et le Lion n'en manquait point; l'une d'elles, venue des naturalistes anciens et à laquelle il est
^ Apocal., V. 5, et tous les commentateurs de ce texte. — S. Bninon. Astens., m Pentat. XLIX, et tous les commentateurs du même pas-
^ Philippe de Than, The BesUary, p. 75. — S. Isidor. Hispalens. pa/mm. — Brunon. Astens., opéra, pa/sma. — Ludolph. Saxon., YiUB Cfmsti pars II. — LXXXUl.
^ Ludolph. Saxon., VU, Christ, pars il, 83.
fait allusion dans les Ecritures, rapportait que le lionceau, aussitôt après sa naissance, reste trois jours inanimé et frappé d'un sommeil de mort, mais qu'il s'éveille après ce terme au souffle ou au rugissement paternel, et s'élance alors plein de vie V
« Car quant la femiele faone
a Li faons ki et sortiere mors
« De vie n'aura jà confort
a Dusque (jusqu'à ce que) li pères au tiere jor
<x Li soufQe et leke par amors...
« En tel guise revient à vie
« Or entendez ke senefie.
Cette légende du Lion fut appliquée à Jésus-Christ, ressuscitant après trois jours par l'effet de sa puissance
divine : aussi le Bestiaire ajoute :
^ <x Lesena mortuum et cascum edit catalum, juxta quem, defixosin illum habens oculos, triduo cubât. His vero transactis» leoaceedit» et... ad vitam revocatur, et... Gum vero dormit, evigilant ejus oculi... etc. y> (S. Epiphan., Physiolog.y c. I.].
Dicitur Christus Leo^ quia fortis est et sine timoré; et quia sicut leo praemortuus nascitur et tertia die ad vitam patris voœ excitatur, ita Christus die tertia ad vitam surrexit. » (Anselm. Cantuar., EnarrcU. m Apoc. V.
« Bene autem calalus leonis vocatur (Christus) cujns natura esse dicitur, ut nascens tribus diebus dormiat, deinde rugitu paterno excitatus assurgat. y> (Yvon. Carnot., De rebvs ecclesiastic,; Sermo Deconvemeniia.)
a Dicitur autem quôd catulus leonis quando nascitur, usque ad diem tertium quasi mortuus dormions non movetur; die verà tertia, rugitu quodam et voce parentis à somno excitatur. » (Sanct. Brunon. Astens., mp. Pental. in Gènes. 49. — Ibid., SentenUar, lib. IV, 12. In ascen, Dom.y serm, 1. — Adamant. Origen., S. Isidor. Hispalens. In Gènes,, et tous les Pères de FEglise dans leurs commentaires sur le 49* diap. de la Genèse.)
« Quant Diex fu mis el monument « III jors i fu tout seulement, a Et au tiers jor le respira a Li Esprits ki le sussita, a Ainsi corne li grans lions « Respire ses petits faons ^.. »
3^ Telle était donc dans le lion la part de Jésus Thaumaturge, Victorieux et Triomphant; mais il représentait encore la réunion des deux natures. Si Ton s'en rapporte aux légendes , le lion n'est doué de force que dans ses membres antérieurs; la nature a placé de même la majesté de son aspect et le luxe de sa beauté dans sa face et dans sa crinière. C'est pourquoi aussi par sa tête, son poitrail et ses deux pattes antérieures, il figurait le Christ céleste, l'Impassible, l'Être divin, et, par sa partie postérieure, l'humanité du fils de Dieu assujettie à nos misères'.
La voix éclatante du coq ', la rencontre imprévue d'un singe, le bruit du roulement d'un char, la vue d'une torche allumée, d'une yeuse, d'un voile flottant, étaient encore dans les l^endes des sujets d'épouvante pour le lion. Ces instincts de timidité, contrastant
* Philippe de Than , The Bestiary, p. 80 et 81 . — Ibid., Livres des CrécAv/res, p. 42, 43. — U Biestiumt» (de li ders Guillaume), manuscrit de la Bibliothèque nationale, fol. 2.
. ^ Le trait qu'il ad derere, — De mult gredle manère
Demustre humanité — Qu'il outod Déité.
(Philippe de Than, The Bestiary^ p, 75. — Ibid., lAfcres des Créahénes, p. 42. — Pierius, 1. !•'.)
^ Surtout, si ce coq était blanc : « Li Ieun& blanc coc crent. )i (Philippe de Than, The Bestiary^ p. 78.— Pierius, 1. ^% c. 28.— S. Irénée et les Pères.
avec son courage, constituèrent le rapport légendaire du lion avec la nature humaine du Christ, nature dont on vit encore un emblème dans le sexe de la lionne, à laquelle le Messie est comparé une fois dans les livres saints ^ La nature divine de Jésus-Christ avait aussi sa légende. Les yeux du lion, que les naturalistes disaient entr ouverts et étincelants durant son sommeil,, en avaient fait chez les païens un emblème de vigilance ; ils furent parmi les chrétiens, surtout pendant le moyen âge, une allusion mystérieuse à cette nature divine que n'éteignit point le tombeau et^où l'humanité du Sauveur subissait une mort réelle, a Jésus », disent les commentaires à propos des textes oii le Christ est nommé Lion, <c s'est couché et s'est endormi du sommeil de la mort, comme un lion, les yeux ouverts, parce qu'il a été libre dans la mort même, ayant rendu l'esprit au moment et en la manière qu'il avait prédit par ses prophètes, plusieurs siècles auparavant. Il a fait voir ainsi qu'il avait un souverain pouvoir sur son son âme, puisqu'il l'a séparée de son corps, et l'y a réunie de nouveau quand il lui a plu *. » Cette veille mystérieuse du fils de Dieu est marquée dans les Bestiaires ; le clerc Guillaume dit :
<c En donnant a li iols ouvers Et clers et luisans et apers...
^ Genèse, c. XLIX, v. 9.
* S. Epiphan., Phymlog. — CommefU. sur l'Apocalypse. — Glossa in Gènes, c. XLix. — S. Hilar., in Psalm. cxxxi. — S. Augustin., De Civitate, 1. I, c. 41.— Ibid. CmlT. Faust, 1. XII, c. 43.— Brunon. Astens., Commentar, in Gènes, c. XLiX, et ibid., in Apoc., c. v. — S. Isidor. Hisp. m Gen, 49.
Lumanité si soufri mort; Quant Tesperi dou cors rendi En la sainte crois s'endormi, Si ke la deites vella Autrement ne l'entendes jà ^ »
Enfin, on voit dans le lion, non-seulement des correspondances allégoriques à la réunion des deux natures en Jésus-Christ, mais une allusion au mystère qui voilait en lui la divinité. Le lion efface sa trace au moyen de sa queue traînante quand il fuit devant les chasseurs. Par là, c'était encore le Christ celant son divin caractère sous les traits de Fhumanité, et trompant par cette apparence la curiosité criminelle des mauvais anges, et celle des hommes charnels ^. Le Bestiaire de Guillaume n'a pas omis cette allusion : le lion habite, dit-il,
(( En grant montagne par nature ; Quant cou avient par aventure Que cacies est de veneour De son espiel a grant paour ; Se tant est que lui atagne , De moult lonc (loin) sent en la montagne
* LiBiestiavres, manuscrit de la Bibliothèque nationale, f" 1, verso.
^ C'est marqué expressément dans l'Evangile : Marc, IV, 3. — Luc, XXIII, 8, et les Commentaires — « Cùm leo in montem oberrat et venatorem odoratur, sua ipsius vestigia caudâ obtegit , ne illis insistentes venatores, lustrum inveniant, atque ipsum capiant. — Interpretatio. — Sic Dominus noster J.-C., spiritualis leo qui vicit ex tribu Juda, radix David, à Pâtre missus, sui ipsius spiritualia cooperuit vestigia, id est, divinitatem suam ; se enim exinanivit et in Mariae ventrem descendit, ut salvaret hominum genus. (S. Epiphan, Phymhgvs.). — V, aussi Rhab. Maur. de Univ., VIIÎ, 1., et S. Isidor. Hispalens. in Gènes, c. 49.
Loudour dou veneor ki cace;
De sa keue cuevre sa trace
Que nel puist suivre, ne ballier
Au lieu u il se doit iogier.
Senefiance i a mult clere :
Quant Diex noslre souverain Père ^
Ki est espiriteus (intrépide) lion
Vint por nostre sauvasion,
Jésus en tiere (en terre) par sa grase
Si ooiement couvri sa trace,
Qu'aucuns ne Y sorent li vénères (les chasseurs)
Que cou fiist li nostres Sauveres,
Et nature s'esmiervilla
Comment il vint entre noca (pendant la nuit). )i
Ce Vénères ou Veneor, le chasseur qui suit la trace du lion, c'est l'Esprit mauvais, (c li mauves^ x> qui soupçonna la divinité du fils de Marie et chercha à la pénétrer, mais n'en fut certain qu'au Calvaire.
c( Dou veneor, deves entendre Celui ki home fait mesprendre Bt ki l'entauce por ocire, C'est li maufes (le mauvais) ki mal désire, etc. d
Philippe de Than dit les mêmes choses sur la précaution du lion, et l'explique identiquement; il ajoute que Satan avait trompé l'homme et fut trompé par le Sauveur; et que s'il avait reconnu le fils de Dieu dans la personne de Jésus, il se fût gardé de pousser les Juifs au déicide qui opéra le salut du monde ^ Cet auteur et les autres Bestiaires ne sont que l'écho des commentateurs.
* Philippe de Than, The Bestiary,f, 77. — Si Philippe de Than ne fut pas un ckrc, ce qui est probable et ce que l'on ignore, du moins
Troisième attribijt de Jésus-Christ, le Veau. — Le veau, le taureau, le bœuf, la génisse rousse elle-même désignée dans les Ecritures, figuraient à difiérents titres le Rédempteur du genre humain :
l'' Le veau marquant Yimmolation et le sacerdoce du Dieu fait homme.
f Le taureau, par d'autres rapports, marquant aussi son sacerdMe, sa force, sa toute-puissance, ses abaissements, sa patience, et ses vengeance redoutables au jour du der* nier jugement.
3"" Le bœuf ayant le même sens de sacerdoce, de puissance, de patience et d'abaissement.
V La génisse rousse ^ des sacrifices judaïques représentant Jésus fait homms, Jésus immola, Jésus rédempteur.
l"" Le veau, matière du premier des sacrifices légaux chez les Juifs, figure, selon tous les Pères, la victime par excellence immolée pour le genre humain. Le sacrifice de ce veau était accompagné lui-même de circonstances symboliques : il devait être exempt de tache, comme Jésus est sans péché, et il devait être immolé à la porte du tabernacle, comme Jésus le fut plus tard hors des murs
ne copia-t-il que des sources sacrées. Il ne cite, après Pline, Pythagore, Macrobe, selon le goût de son siècle et la coutume des Pères, que la Genèse, Salomon, TEcclésiaste, les Psaumes, Bède, S. Isidore, un Gerland, auteur espagnol peu connu, et Hdperik, moine, en 980, de cette abbaye de baint-GalI, pépinière de savants, de mystagogues et d'artistes, qui possédait une classe de moines spécialement appliqués aux arts et nommés operarn ou moffistri operum. C'est à eux que sont dues la plupart des anciennes églises de TAUemagne.
* Sa couleur et ses qualités sont spécifiées au livre des Nombres, c. XIX, et ailleurs dans les livres saints.
de la cité sainte et à Tair libre et découvert* puisqu'il s'offrait au ciel, non pour une ville ou un peuple, mais pour l'univers tout entier ^
L'attribut du caractère sacerdotal est souvent dans les Ecritures un veau, un taureau ou un bœuf : le veau, comme matière du sacrifice offert chez les Juifs pour les prêtres *; le taureau dompté ' et le bœuf *, comme modèles de labeur patient, parce que les prêtres préparent de loin les riches moissons de la terre, prise elle-même pour les âmes fécondées par les travaux spirituels des pasteurs. Ainsi, à titre de sacrifimleur de lui-même et de chef Xun sacerdoce nouveau *, J.-C, pontife selon l'ordre de Melchisedech, c'est-à-dire d'un ordre surnaturel, avait pour emblèmes mystiques le veau, le bœuf et le taureau.
2*" Le taureau, par deux caractères encore, faisait allusion au Sauveur : docile et assujetti au joug, c'était le
* s. Yvon. Carnot., De reb. ecclesiast.y Serm. De convenienHâ. S. Isidor Hispal. in Commentar. — Et vid. S. Brunon. Ast., Homil,4n sabbat, post dommc, 3 Quobdragesmiœ,
* S. Yvon. Carnot., Sermo de convenientiâ.
3 « £ li tors signefie (Grist) en ceste mortele vie forement labureit aprof eo que il faisait pur noz âmes conquere , cum li boes fait en terre. r> (Philippe de Than, Livre des Créattures, p. 40.) — Les douze taureaux d*airain qui alimentaient, dans l'ancien temple, le réservoir dit « mer d'airain » , figuraient prophétiquement les Apôtres, et en leur personne les pasteurs futurs de la loi de grâce. Reg. VU, 3, 26. — S. Brunon. Astens., De lavàUms ecclesiœ, c. 4. — Ibid., De nova mundOj c. 6. — S. Hieron, i/a Isa, XXX. — S. Eucher., m III Reg. ^ rmm, 21.
^ (K Quid enim de bobus, nisi de ordine sacerdotali? etc. » Voir le commentaire qui suit ces paroles, dans S. Brun. Astens., Exposit, sup. Levitic.j c. 3.
* S. Anselm. Cantuar., Enarration. in MaUh,, XXVII.
Dieu puissant elfort devenu soumis à la loi et à la volonté deThomme; tandis que, sauvage, indompté et redoutable par ses cornes, il dépeignait le Fils de THomme au jour du dernier jugement, non plus alors plein de clémence, mais irrité, inexorable, démêlant, selon l'expression de TertuUien, les impies du milieu des peuples, les secouant puissamment, et les rejetant jusqu'aux extrémités du monde : Ventilabit gentes usque ad terminos terrœ ^ .
y Le bœuf attaché à la glèbe, outre son allusion mystique à Toblation du Fils de THomme, rappelait ses abaissements jusqu'à la forme de l'esclave ^ et sa force dans sa Passion.
V" Et enfin la génisse rousse des expiations judaïques ' figurait aussi à trois titres d'autres attributs du Sauveur : le sens anagogique montrait dans son sexe faible et dépendant la nature humaine du Christ; dans sa couleur rousse ou rougeâtre la mort sanglante du Sauveur ; dans l'expiation attachée à la cérémonie de l'aspersion de ses cendres, l'effet et le fruit de la Hédemption *»
Quatrième attribut db Jésus-Christ, l'Aigle.— Le quatrième attribut du Sauveur est l'aigle, figurant surtout sa divinité et sa glorieuse ascension : cet oiseau marque
* V. Aussi S. Anselm., m Epist ad Hebr.c. IX, p. 438.
2 Expression textuelle de TEcriture. (S. Paul, ad Philipp.yC, ii, V.7.)
3 Num. XIX, 2 et sequent.
^ Yvon. Garnot., De rebtis ecclesiast, Semw De con/œmentiâ. — S. Brunon. Astens., in Num. XIX. — Ibid., Hondlia in domimc. Passionis. — S. Isidor. Hispal. in Lecitic. — S. Eucher. Formul. fpirit.
celle-là, par la nature de ses yeux qui soutiennent d'un regard fixe les vives splendeurs du soleil * ; et celle-ci, par son vol hardi, perdu constamment dans les nues.
D'après les saintes Ecritures et les traditions consacrées, Taigle avait avec le Sauveur plusieurs autres rapports mystiques. Les oiseaux qui sillonnent Fair étant la figure des justes dont les cœurs habitent « en haut » *, Vaigle, planant dans Vempirée, était le roi des âmes pures.
L'aigle, disent encore les Pères, voltige au-dessus de son nid en décrivant de petits cercles, afin d'exciter sa couvée à prendre un essor généreux. Tel fut le Rédempteur des hommes appelant les âmes à !m, et les arrachant à la terre par l'amour des choses célestes ^
Enfin, l'aigle, du haut des airs, aperçoit de son œil perçant le poisson nageant à fleur d'eau et fond rapidement sur lui avant qu'il ait pu replonger *, image de
^ « Quant il regarde el soleil, il ne flecist mie ses ex por la force del rai... Altresi... Dex. » (Li/ore des natures des bestes^ manuscrit de la Biblioth. de rArsenai.)
* « Sursum corda.... » S. Paul, ad Philip. III, 20.
' Deuteron., XXXII. — « Aquila... Dominas... semper filios Israël custodivit et... ad bonum opus provocavit: ac super eos... volitavit, sicut aquila super pullos suos jacere consuevit. » (S.Brunon. Astens., in Deuter. XXXII, et tous les commentateurs et les gloses.)
* Bru non. Astens., Homil, in domin. 1. Advent. — Ibid., in Job y c. XXX. — S. Anselm. Cantuar. — S. Isidor. Hispal. — Ludolph. Saxon., VU, Christ, pars il, c. 40. — Philippe delhan, The Bestiary, — Li Biestiai/resy manusc.de la Biblioth. nationale, xii* siècle. — Li Livres des natures des testes^ manuscrit de TArsenal, p. î207. — Les bas-reliefs d'un sarcophage tiré des catacombes romaines, et gravé dans Bosio, Rom. sotterran., p. 103, représentent Jésus-Christ sous cette attribu-
Jésus-Christ pécheur fThommes, selon Texpression des docteurs.
Les légendes disent que Taigle voulant éprouver ses aiglons les suspend à ses serres pour les porter dans Tempyrée au rayonnement du soleil, et dirige leurs yeux débiles sur son disque resplendissant ; l'aiglon, qui abaisse sa paupière, y est montré guerpi à vautres * et abandonné de Voiseau *. Ainsi, ajoutent les docleurs ^ Dieu rejette Vâme charnelle qui ne peut attacher surlui Vœil contemplatif de Vampur; il faut au Christ des âmes fortes, n'ayant de désirs ici-bas que pour les biens impérissables, et c'est à quoi il les invite en leur disant cette parole : « Celui qui regarde en arrière n'est point propre au royaume de Dieu » *.
Il n'est pas un seul Bestiaire où cette légende de l'aigle n'ait les mêmes conclusions : « Quant ses aigleaux sont
tion de pêcheur d'hommes. Au côté droit du sarcophage, on le voit péchant à la ligne, dans tout l'attirai d'un pécheur; au côté gauche, s'il faut en croire un antiquaire que nous nous réservons de nommer plus tard, il sort de l'eau et présente les poissons qu'il a péchés à son Père.
^ Précipité à bas du nid.
' V. aussi le Bestiaire msc. de la Bibliothèque nationale, n" 632: celui de Fournival et Lymagedou monde, tous les trois du xm** siècle.
* « Dicitur à naturalibus quôd aquila volens experiri pullos suos, qui sunt generosi, vel dégénères, invertit eos versus rotam solis, et illos, qui solem intuentur irreverberatis oculis, tanquam generosos fovet et nutrit; illos autem, qui oculos ad terram deflectunt, tanquam dégénères et indignes abjicit. Sic Dominus eos dégénères reputat, qui mentis oculos in eum non figunt , sed affectiones et cogitationes in terris ponunt.» (Vincent. Bellovac, 1, III, dist. 4, pars 1. De prœ" sertantilms à peccato.) — Ibid. S. Isidor. Hispal.
* Luc IX, 62,
un poi dru , si les met contre le soleil pendans à ses ongles. Cels qu'il voil tenir lor ex contre le soleil, il les garde dignement corne les siens, et cels qui fiacissent les ex jeté et renie. Altresi tient dex cels a siens qui bien le croient, et de cels na cure qui ne le voelent croire ne conoistre, car il ne les tient mie a vrais fils ^ x> Philippe de Than, moins discret, dit que cette action de li egles convient non-seulement à Dieu, mais même au père de famille dont le fils serait trop peu fervent. Il veut que ce fils déguerpisse.
<c Son fiz deu déguerpir — Si Deu ne volt servir; Lores le doit geter — Si Deu ne volt aurer (prier, orare)^ Gum li Egles faict — Ki sun oisel lait (laisse) Quant le soleil ne veit — Gum il faire dait.
Vers Deu guarder devum — Que nus ne forslignum Aiez en remembrance, — Ceo est grant signefiance^. »
Telles sont les analogies des quatre animaux avec les caractères de Jésus-Christ. Ces rapports sont partout et toujours les mêmes dans les auteurs du moyen âge. Voici comment saint Brunon d'Asti fait mémoire des plus saillants dans une de ses homélies :
a Cette figure à quatre formes spécifie notre Rédempteur ; il est représenté par l'homme, parce que le Christ est véritablement fait à la ressemblance humaine, et que la nature humaine est en lui. Il est figuré par le veau,
^ Li lÂores des ruxtures des testes, manuscrit de TArsenal, p. 207.
^ The Bestiary. — Ce Bestiaire de Philippe de Than, antérieur d'un siècle à celui du eler GuUUmmt^ et d'un siècle et demi au Imre des natures des besteSy a, dans son idiome anglo-normand comme dans cette moralité un peu brutale, toute la rudesse du moyen âge; il est, sous ce double rapport , très à distance des deux autres.
parce qu*i1 est la vraie victime immolée pour nous sur la croix, comme le veau (figuratif) Tétait jadis par le Pontife. Jésus-Christ a aussi son emblème dans le lion, parce qu'il ressuscita le troisième jour, son corps reprenant la vie par l'effet de sa propre volonté, comme le lion renaît au rugissement paternel. Enfin, il est semblable à Taigle, par son ascension aux hauteurs du ciel ^ »
Quatre vers latins, cités par Gretser et qu'on voit paraître avant lui dans plusieurs évangéliaires enluminés, résument les mêmes figures; il nous conduiront tout naturellement à parler des évangélistes :
Quatuor haec Deum signant animalia Ghristum : Est homo nascendo, vitulusque sacer moriendo, Et leo surgendo, cœlos aquilaque petendo.
Nec minus hos scribas animalia et ipsa figurant.
II. — ' Allumn aux évangélistes y ou sens allégorique du Tétramorphe et des quatre animaux romans.
Nous avons dit que le sens allégorique des quatre animaux est leur assimilation aux évangélistes saint Mathieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean ; c'est en vue de cette allusion qu'on leur prête un nimbe et un livre- Nous avons remarqué aussi qu'antérieurement au xin' siècle, ils environnent le Sauveur sur la façade des églises oii sa radieuse statue remplaça bientôt YOculus ^ ; c'est à
' In ascensione Domini, serm. 1.
' Ouverture ronde, découpée dans la partie supérieure des façades, et qui donna naissance aux roses.
euxqu il appartenait d*y former son royal cortège, car ce sont les plus vénérables et les plus antiques témoins qui aient publié sa vie, qui aient dit sa mort et ses miracles, et qui aient proclamé sa divinité.
On remarquait, au moyen âge, que le Christ était con« sidéré sous quatre aspects dans les quatre récits des ' évangélistes ; il y est montré, en effet :
l"" Gomme homme, comme le Christ promis par la loi ancienne ; 2"" comme moteur souverain et maître de toutes choses; 3"* comme Sauveur des hommes ; i"" comme Dieu et vrai fils de Dieu. Les évangélistes s'étaient, pour ainsi dire, partagé ces quatre articles de doctrine.
1° Saint Mathieu dit et développe la génération du Messie selon la chair; il fait voir, en ce Dieu fait homme, le libérateur attendu et annoncé par les prophètes. C'est le fondement et tout le plan de son Evangile, où il débute par ces mots : « Livre de la génération de Jésus- Christ, fils de David, fils d'Abraham. » Mathieu a Y homme pour emblème, comme ayant traité des mystères de l'humanité du Sauveur.
2*" La royauté du Fils de l'homme, son pouvoir comme thaumaturge et son triomphe sur la mort, sont la pensée prédominante de l'évangéliste saint Marc. Son livre, brillant d'épisodes, est le dénouemeat sublime de la prophétie de Daniel disant qu'après les quatre empires il en surgira un cinquième, dont l'éclat sera sans déclin et la domination sans terme. Saint Marc s'étend moins sur la doctrine du fils de Dieu que sur ses miracles, sur sa résurrection surtout ; c'est par elle principalement que le
Rédempteur est lioUy c'est-à-dire quen ressuscitant il a fait preuve surtout de royauté, de force et de toute-puissance. Saint Marc est comparé lui-même à ce lion dominateur ; il est lui-même cette voix que désigne son Evangile et qui remplit tout le désert, proclamant le roi des nations aux extrémités delà terre : « Voxclamantis in deserto : Parate viam Domini. » Aussi, dans le thème des quatre animaux, le lion est presque toujours représenté rugissant.
3" Saint Luc représente le Messie sous les attributs de Sauveur; c est ce qu'expriment le récit qui commence son Evangile, et cette parole de Tange rapportée au premier chapitre : « Vous lui donnerez le nom de Sauveur, parce que c'est lui qui rachètera son peuple. » Saint Luc, pardessus tous les autres, rapporte avec un grand détail les actes de miséricorde, de bonté et d'amour du Christ, et ses paroles de pardon et de compassion pour les hommes. C'est lui qui dit l'absolution prononcée sur la pécheresse qui vint baigner de larmeslespieds de Jésus et versa sur eux des parfums ; c'est lui qui dit son agonie dans le Jardin des Oliviers, ses paroles au bon larron, et sa prière sur la croix pour ceux qui lui étaient la vie. Aussi, saint Luc est-il représenté par le veau, mémorial des sacrifices judaïques et du Rédempteur immolé. Cette pensée d'immolation domine dans son Evangile ; le premier tableau qui l'ouvre est le sacrifice légal, et le premier nom qu'on y lit, celui du prêtre Zacharie, souverain sacrificateur.
4° A leur suite, apparaît saint Jean, historien et chantre de la divinité du Verbe; son récit, simple
quant au style, est comme une épopée divine par l'élan hardi des pensées et par la grandeur du sujet. Le Verbe, Dieu avant les siècles, est le début de son récit ; il en est la pensée première et la suprême conclusion. Saint Jean, dès son premier chapitre, introduit Thomme en quelque sorte au sein des splendeurs éternelles, lui en ouvre les profondeurs, et y découvre à ses regards les inaccessibles mystères de la génération du Verbe dans le sein du Père incréé. « Au commencement, dit-il, était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. » Et il finit par ces paroles : « Ces choses ont été écrites afin que vous sachiez et que vous croyiez que Jésus-Christ est le fils de Dieu. D Aussi, son emblème est-il Yaigle. dont le vol se perd dans les nues, dont l'aire est au front des montagnes sur les rocs les plus escarpés, et dont la paupière hardie ose contempler le soleil, qui, dans le langage mystique, a l'attribution glorieuse de figurer le fils de Dieu \
Plages alignées aux quatre animaux. — Les places assignées aux quatre Animaux à titre d'attributs du Christ et celles qu'ils occupent en vue de leurs allusions aux Evangélistes, sont et doivent être les mêmes, parce qu'elles sont déterminées par les mêmes motife. Elles ne sont point arbitraires ni même indifférentes, et pourtant
1. s. Eucher, mExeehiel^ c. 1. — S. Anselm. Cantuar., Enarration, in Apocalypsimy c. IV. — Brunon. Astens., ExposU. m Job^ c. xxx. — Ibid., m Apoc.^ c. iv. — Ibid., SenterUiar. lib. De (wibus noms. — Vincent. Bellov., Spec. mor. De prœservarU. a pecccU.^ 1. ///, Distinct, ô , De visu, — Durand. Mimât., Ration div. offic., 1. I, c. 3, S 8. — Ludolph. Saxon., Viia Christiy pars III ^ c. 83. Evangelistarum differentia et intentûmes.
il est évident que leur ordre varie dans Ezéchiel, dans r Apocalypse et sur les églises romanes ; quant à la mosaïque de Yatopédi, sa combinaison est toute calquée sur le texte d' Ezéchiel.
Voici les rangs des Animaux dans ces quatre catégories :
PROPUlfrl'IB D*ÉZéGHIEL.
AIOUB.
S. Jean.
UON.
S. Kwe.
HOMME
S.llathieii.