EAU
S. Marc
S.Lnc
TKTRAMORPHE BYZANTIN (XIU* siècle).
AIGLE
S. Jean.
UOR.
HOMME
VEAD.
S. Marc
S.Mathiea.
S. Lnc.
Un mot suffira sur ces différences : Les commentateurs les expliquent ainsi que nous Talions dire. Ces explications, quelquefois difficiles à comprendre, témoignent du raffinement et des subtilités qui passaient naturelle-
ment alors de la Ihéologie jusque dans les arts. Ce témoignage nous a paru curieux. Voici donc quelle serait la raison des classements divers des quatre animaux.
I" et lY* tableau. — Ezécbiel, à qui le Christ apparaissait dans l'avenir et qui prédit les faits dans un ordre chronologique, considéra les évangélistes au point de vue de la succession du temps ; leurs rangs sont déterminés par Tordre des événements dont chacun est le narrateur spécial. Ainsi saint Mathieu, qui s étend sur riNCAR- NATioN, occupe la place du centre dans la vision de ce prophète, parce que la naissance du Verbe fait homme est la pensée prédominante chez le narrateur inspiré. Saint Marc, narrateur des miracles, se place au second rang, à droite; saint Luc, historien de l'Immolation, esta gauche ; et saint Jean, le chantre de la Divinité, est audessus de tous les autres '.
IP tableau. — Dans l'Apocalypse, au contraire, l'Evangéliste est placé à un autre point de vue ; les événements sont passés. Saint Jean les voyant accomplis les présente dans l'ordre inverse, remontant des effets aux causes. Il montre tout d'abord le dernier événement, la conclusion de tous les autres, celui où ils ont abouti. Car, en nommant en premier lieu le Lion, il rappelle le fait de la résurrection, dont le lion est la figure. LbYeau, peignant la Rédemption, vient après ; derrière lui se place l'Hommb, figure de l'Incarnation ; enfin l'Aigle, qui, non par un ordre de date, mais en vue de son sens mystique, est tou-
* s. Aiàselm. Cantuar., Enarrat, in Apoc,, c. IV.
jours au rang supérieur, comme symbole de Tascension glorieuse et de la divinité du Christ.
IIP tableau. — Sur les basiliques romanes s'ouvre un ordre encore différent ; ce qui détermine sur leurs murs les places des Evangélistes n est plus le rang chronologique, mais un ordre tout rationnel résultant de la nature et de l'esprit de leurs témoignages. Dans cet âge théologique où dans l'art comme dans la science on ne voit plus que commentaire, subtilité et dissection des Ecritures, chacun des quatre Evangélistes est la personnification du mystère qui ressortde son Evangile : l'ordre de ces mystères est celui de leur classement. Saint Mathieu, de même qu'Ezéchiel, fait voir dans le fils de Marie le Christ montré par les prophètes comme l'Homme par excellence * ; il devait être au premier rang. — Saint Marc a mis surtout en scène les miracles du Roi de gloire scellés par sa résurrection, caractères irréfragables attestant sa grandeur suprême, sa puissance et sa royauté : il est au second rang. — Saint Luc, qui montre dans Jésus, le Sauveur, la Victime et le Rédempteur du monde, est placé au troisième rang. — Saint Jean vient après les trois autres, parce qu'il complète cet ensemble en montrant la
* Cet ordre des Evangélistes, invariablement observé sur les basiliques romanes, est précisé dans Ludolphede Saxe, qui rapporte ce qu'il a trouvé établi, ce qui se fait ou qui se voit vulgairement à son époque. Le thème des Quatre Animaux étaient encore alors intact sur les façades des églises, dans les Missels enluminés et les Heures à miniatures. Notre explication de ce dernier classement est puisé dans son livre de Vita Christ^ 2* partie. Son 83® chapilre est, dans sa dernière moitié, une exposition curieuse du symbolisme de ce thème et de Tordre de ses parties.
divinité et lascension de Jésus-Christ, garanties sublimes et sceau des espérances des chrétiens; car c'est en effet parce que Jésus-Christ s'est fait homme et parce qu'il est tout puissant, parce qu'il s'est fait la rançon du monde et qu'il a triomphé de la mort, que les chrétiens espèrent ressusciter au dernier jour ; mais c'est par son retour au ciel, dont il a ouvert les portes, qu'ils espèrent y régner et entrer en part de sa gloire.
IIP RT lY* tableau. — Rapport du thème des Quatre Animaux à des enseignements pratiques et explication de leurs accessoires, ou sens tropologique du Tétramorphe et des Quatre Animmm.
Le sens doctrinal et pratique du thème des Quatre Animaux est exposé avec plus ou moins de détail, mais toujours uniformément quant au fond et quant à l'esprit, dans tous les docteurs de l'antiquité chrétienne et du moyen âge qui ont traité de cette allégorie. Nous en citerons deux seulement, choisis parmi les plus célèbres : Rhaban-Maur, et Brunon d'Asti. Rhaban-Haur, le premier des deux, explique les <& mains » et les « roues d, ce que le second n'a point fait.
Selon ce savant mystagogue, la face des quatre animaux tournée vers les quatre points cardinaux du monde, est la prédication, par toute la terre, du mystère de la rédemption. Les plumes marquent l'intuition des choses célestes, et aussi la divinité de Jésus '.
1. a Dum incamatum Ueum ubique prœdicant, in quatuor mundi partibus faciès demonstrant : dumque eum esse unum cum Pâtre et
Les ailes, dont deux sonl dressées, figurent la contemplation dans les apôtres et les prédicateurs. Les deux qui accompagnent le corps, et qui sont montrées étendues, sont Famour et le saint espoir élevant Tâme vers le ciel ; les deux abaissées sur les pieds sont la sainte crainte et la pénitence, effaçant les péchés de la vie passée '.
Les mains sont le pouvoir de Dieu, celui de Jésus- Christ fait homme, qui, incarné et abaissé, élève dans ses mains puissantes l'âme et les vertus des mortels, et les porte aux sphères célestes. Ces mains, tournées vers les quatre points cardinaux, sont la vie toujours agissante des apôtres et des prédicateurs : vie ornée des quatre vertus cardinales, vie occupée en même temps à porter le Verbe sacré aux quatre extrémités du globe. Elles sont placées sous les ailes, parce que, dans l'ordre du temps, la vie active précède toujours la vie contemplative et céleste marquée par ces ailes légères. L'apôtre, le prédicateur réunit en lui ces deux vies, l'active et la contemplative, c'est pourquoi des mains et des ailes sont prêtées à cette figure ; car quoique engagé dans la vie active, l'apôtre tend par ses désirs à la contemplation divine et à Celui qui en est l'objet.
Spiritu annus liant, ubi([U6' pennâ contemplationis volant. » (AAo^an- Maur.)
< « Quodque duœ (aise) extensae sunt et in altum se élevant , praedicationem cœlestem significant et omnia ad Dei tendere majestatem... et... quia sanctorum mentem amor et spes ad superiora élevant. Du» verô tegunt corpora, quando eorum praelerita à conspectu aeterni Judicis timor et pœnitentia abscondunt. » (IM,)
Les pieds droits [pedes recti), tels que ceux du veau, c est-à-dire forts et fendus, figurent : 1<> contrairement aux (c pieds tortus » , allusion aux œuvres mauvaises, la droiture, la sainteté et la gravité de la vie ; 2"* la fermeté, la sainte vigueur dans Vaction ; 3° dans la pratique, l'union de l'esprit avec la lettre et la charité de deux ordres (l'amour de Dieu et du prochain], charité figurée par le pied bisulque.
Enfin les deux roues vues « de telle manière qu'elles semblent n'en faire qu'une, » et les quatre roues distinctes et ne formant pourtant qu'une seule figure, représentent les deux Testaments : distincts l'un de l'autre et se complétant l'un par l'autre, ils sont effectivement deux, mais ne font qu'une même loi : prêches par les quatre évangélistes et portés aux quatre extrémités de la terre, ils conservent encore leur unité.
Ces roues volent, selon le texte, et ne reviennent jamais au point de départ, parce que les deux Testaments parcourront la face du globe jusqu'au jour suprême du monde, sans changer et sans s'arrêter. Elles suivent les « animaux », montant, descendant avec eux : ce qui veut dire que plus l'homme scrute les Ecritures, plus leur sens se dévoile à lui, l'élevant à des connaissances, à des révélations sublimes : mais s'il redescend aux affections basses, elles se voilent de nouveau et « redescendent avec lui n : la lettre seule apparaît ; l'esprit des Ecritures se cache ^
^ Rhab. Maur. in Ezech. 1. 1, Edit. Mogunt, 1026, p. 185 B.— Ibid. ibid., lib. vi, cap. x, p. 225.
Tel est le sens du commentaire de Rhaban-Maur. Voici maintenant un fragment des écrits de Brunon d'Asti sur le même sujet. Quiconque aura eu sous les yeux le Tétramorphe byzantin croira en lire la description dans ce texte qui lui est antérieur d'un siècle c son auteur, saint Brunon d'Asti, est l'une des gloires de l'Eglise romaine au xi* et au xn* siècle. Ses écrits firent loi de son temps au delà des monts comme ceux de Vincent de Beauvais en France. On a peine à s'expliquer la méprise qui en a fait attribuer quelques-uns à saint Bruno , fondateur de Tordre des Chartreux à Grenoble ; la vie de saint Brunon d'Asti méritait d'être mieux connue. Malgré sa modestie qui le fit aspirer toujours à la paix du cloître, il fut mêlé à toutes les hautes questions religieuses de son époque, à celles des Sacramentaires, des investitures et des guerres saintes. Ce fut lui qui disputa contre Bérenger au sixième concile de Rome; il accompagna à celui de Glermont le pape Urbain II , fut encore ramené en France comme légat apostolique par Boëmond, prince d'Antioche, prêcha la croisade, en 1106, dans le concile de Poitiers. Conseiller de trois souverains pontifes * et promu au siège de Segni (Campanie), il se déroba aux grandeurs et se fit moine au Mont-Cassin, fut élu abbé de ce monastère, osa reprendre Pascal II au sujet des investitures, se vit dépouillé de sa charge par ce pontife, et alla mourir dans son évêché en 1115. Quelques biographes croient qu'il fut revêtu de la
^ Grégoire VII, Urbain II, Pascal II.
pourpre romaine. Lumière de la cour de Rome, qui Tenviait au Mont-Gassin, il ne lui manqua que la tiare pour réunir en sa personne toutes les grandeurs ecclésiastiques ' . Malgré une vie si active, il a laissé des commentaires et plusieurs traités en langue latine. Ces œuvres sont trop peu connues, trop peu consultées de nos jours. Les pages qu'il nous a fournies semblent devoir être assignées à l'époque pendant laquelle il porta la crosse d'abbé. Empreints d'un parfum d'ascétisme et marqués au sceau de la science et de la sainteté, les nombreux écrits de ce Père brillent d'un pur et vif éclat parmi les productions savantes que son siècle nous a laissées. C'est de l'ouvrage de saint Brunon intitulé les « Sentences, » et qui est divisé en six livres, qu'est tiré le morceau suivant. Nous citons le passage tout entier, quoique tout ne s'y rapporte pas au point spécial traité en ce moment. Aucune des paroles du saint n'est pourtant en dehors de notre sujet ; toutes confirmeront quelque assertion de ce travail.
(( Nous allons, dit-il, passer maintenant à parler des oiseaux mystiques. Si les oiseaux dont le vol réel frappe nos regards ne nous en figuraient pas d'autres d'une nature bien meilleure et plus excellente , jamais l'Eglise n'eût été appelée colombe par la voix même du Seigneur : jamais saint Jean n'eût été assimilé à Vaigle, jamais le
* Chrome. Cassm.^ IV, c. 42. — Fleury, Histoire ecclésiastique ^ liv. LXII, S 60, an. 1079; liv. tXV, $ 47 et 48, an. 1106; et liv. LXVI, S 6 et 7, an. 1111.
prophète David ne se fût comparé lui-même au pélican, à Toiseau de nuit et au passereau... Les anges, comme les hommes, prennent mystiquement la forme et la nature des oiseaux... Les quatre Animaux dont parlent Ezéchiel et r Apocalypse, et qui ont des yeux de tous côtés , sont représentés avec six ailes .. Il y a des oiseaux mystiques à la surface de la mer, il y a des oiseaux sur la terre, il y en a aussi dans le ciel, il y en a au-dessus des régions célestes. Tous les éléments nous enseignent à nous sublimer, tout nous excite à nous envoler au delà du monde terrestre. Qui nous donnera donc des ailes comme celles de la colombe, afin que nous fuyions les imporlunités de ce monde et que nous trouvions le repos? Nous devrions être des oiseaux mystiques, depuis que les eaux du baptême ont tout régénéré en nous. Si nous n'avons pas encore d'ailes, efforçonsnous donc d'en acquérir ; car privés d'ailes et de plumes nous ne pouvons monter en haut... Les ailes, ce sont les vertus, ce sont les œuvres de justice sanS lesquelles le vol serait impossible. Que ces ailes nous élèvent au-dessus de la terre, qu elles nous transportent au ciel. Si vous avez l'humilité, sachez que vous avez une aile : avez-vous la miséricorde? vous avez conquii? une autre aile : avezvous acquis la patience ? c'est encore une aile ; autant de vertus sont en vous, autant vous pouvez compter d'ailes. Si vous avez la charité et si vous aimez Dieu et les hommes, vous possédez les deux ailes suffisantes pour l'essor ^ . Les quatre Animaux apocalyptiques n'ont pas
* Les ailes signifient effectivement presque toujours les Vertus dans la langue mystagojjique : les ailes impropres au vol , telles que celles de Tautrucne, de la poule, etc., représentent les vertus feintes ; celles de grande envergure , ainsi que celles qui sont propres à un essor léger, comme les ailes des colombes, figurent les vertus réelles. Quelquefois le nombre des ailes détermine la nature de ces vertus : "deux ailes s'emploient souvent pour marquer Tamour de Dieu et celui du prochain; trais , pour les vertus théologales ; gwa^re , pour les
ces deux ailes seulement : ils en ont six, les unes pour voler an ciel, les autres pour cacher leurs pieds et leur Wte. Par cette tête et par ces pieds , les textes sacrés nôtis désignent le commencement et ïa fin. Ces mystiques Animaux cachent donc leur têfe afin de nous faire comprendre qtie nous ne devons pas chercher à apprendre d'eux ce qui s'est passé avant la création dû monde ^ ; ils voilent de même leurs pieds parce qu'ils n'ont rien à nous dire sur ce ijui doit arriver après la desti^action des choses présentes... Il est certes fort inutile de s'embarrasser de ce qui était avant le monde et de ce qui sera aptes lui. Vainement le recliercherait-on, personne ne le peut dire. Si l'où pouvait écarter les ailes qui dérobent les faces et les pieds de ces mystiques Anitfiaûx, alors seulement oh saurait le principe et la consoïnmation de ces dhoses. Ce sont néanïnoins ces questions inleiripestives que soulève la foli6 humaine; où s'informe curieusement s'il est ef- Ifeclivement vrai que les cieux seront rôUlés ^ à la fin du monde, si la lune et les autres astres subsisteront
quatre vertus cardinales ; cinq , pour celles dont la réunion constitue la mortification des cinq sens ; six^ pour les six œuvres de miséricorde. C'est cette dernière acception que saint Anselme attribue aux six ailes des animaux apocalyptiques : « Sex alsB , dit-il , sunt opéra niisericordisB, saliare esurientem, potare sitientem, vestire nudum, colligere ho^pitem et Visitare infirmum et încarceratum : quoe a/ce dicuntur, quia istis in aitum sublevaimur. » [Enarrat. in Apoc.^ cap. 5.)
' Ainsi, par leurs paroles et par leurs exemples, ces animaux, c'est-à-dire Jésus-Christ et les Evangélistes, sous le nom desquels les Ecritures sont comprises, découvrent à nos yeux leurs aiksy qui sont les vertus que nous avons à mettre en pratique, mais ils nous cachent les secrets quMl n'appartient point au temps présent de connaître. (Act. Apo8t.,% 7.)
^ S, Brunon dit: « An post mundi finem cœlum loolmiurn et fait allusion à deux textes, l'un du prophète Isaïe : « Et complicdbuntur sicut liber, cœli : et omnis mititia eorum (les astres) defluet sicul définit folium de vineâ et de'ficu : » l'autre, de la prophétie de TApoca-, lypse : « Et cœlum recessit sicut liber involulus. » (Isaï., cap. 34. v. 4. — Apoc.y cap. 6, V. 14.)
— tl5 —
après lui , si les fleuve continueront de couler e^ les sources d'eau 4^ jaillir, sji les ^i^hve^ e\ |es gazons revéliront enoore la lierre, et Von s embarrasse sans fin de mille autres choses semblables. Pour pous, bornonsnous à répondre que les ailes des Séraphins et des Quatre Animaux (mystiques) couvrep^ totalement leurs pieds ejt que ceux-ci sont invisibles jusqu'à ce que ces ailes changent de place. Ces Animaux, outrç celles qui Yoilen,t leurs pieds et, leurs faces, sont encore pQurvus de deux aileç, et ils s'en servent pour voler : ce sont celles qui sont placées au milieu de leur corps et qui par conséquent le découvrent en volant : ce qui veut ^ire que en celant le passé et l'avenir ils laissent ypir très-clairement ce qui se passe dans ce monde depuis sQÇi Qommej;vcement jusqu'à sa fin inclusivement. De pli^s, ilsi sont tout remplis d'yeux en avant et en artère, parce qu'ils savent, l'avenir et n'ignorent point le passé \ Tout ce qui est en eux (en Jésus-Christ, dans les Ecritures et d^aus les quatre Evangélistes) est lumière et vive clarté : aulant ils ont dit de paroles, autant on peut leur prêter d'yeux. Quiconque ne reçoit point ces paroles est aveugle et dans les ténèbres : c'est pourquoi Jésus-Christ disait à certains hommes : « Vous ê(es plongés dans l'erreur, i^e sachai^t ni les Ecritures, ni les mystères de la puissance du Très-Haut. » Car il y a des yeux (des lumières) dans les Ecritures, ç*es^-à-dire des sçns spirituels. Ces yeux manquaient aux Pharisiens, c'est pourquoi Jféaus-Chrisit les appelait aveugles et conducteurs d'aveugles... Pqissions-nous donc avoir ces yeux en avant et en arrière afin de marcher droit à Dieu (l'avenir), et d'avoir toujours en mémoire nos péchés commis ^ (le passé) , répétant avec le psalmisle: « Je connais mon iniquité,
* V. aussi S. Anselm. Canluar., Enarrat. in Apoc., V.
'^ S. Anselm. Canluar. Un do ces séraphins à six ailes est svulplfî
et mon péché est sans cesse devant mes yeux. » Nous aurons ces yeux en avant si nous foulons la voie divine en condamnant le mal et faisant le bien... Nous aurons des yeux en arrière^ si méditant la vie de nos devanciers nous imitons leurs exemples et leur sainte conversation. Tel était celui qui disait : « J'ai médité les jours antiques, et j'ai arrêté ma pensée sur les jours de l'éternité ^ »; il avait des yeux en arrière quand il pensait aux jours passés, et il en avait en avant quand il aspirait aux choses futures. Si nous observions cette seule pratique , nous aurions véritablement ces yeux précieux et en avant, et en arrière.
« Ce n'est pas non plus sans mystère , que le premier
des Animaux a la ressemblance d'un homme Ces
Animaux si dissemblables ont des enseignements pour nous. L'Homme nous prêche la raison, le Lion la force chrétienne: le Bœuf le travail assidu, et l'Aigle la contemplation. L'Homme nous appelle à prêcher (soit par la voix, soit par l'exemple), le Lion à combattre et à vaincre, le Bœuf à travailler sans cesse à l'œuvre de notre salut, l'Aigle à prendre un essor céleste. Imitons ces oiseaux sacrés et prenons-les pour nos modèles. N'ayons point des ailes d'autruche, incapables de tout essor, n'imilons point les hypocrites qui affectent des vertus jouées et que leurs ailes trahiront au moment où elles leur seraient le plus nécessaires ; mais prenons celles du héron et des autres oiseaux de proie, non pour ravir et ravager, mais pour nous porter promptement aux devoirs de l'obéissance... »
Le symbolisme de laigle, tel que ce texte le montre,
en relief sur la façade de la maison abbatiale de Saint-Michel de Coxa (Roussillon).
* «Cogitavi dies antiques, et annos aeternos in mente habui. » [Psalïïu LXXVI, V. 6.)
a besoin d*explicalion. Que Thomme exprime la raison, le lion la lutte et la force, le bœuf la persévérance au travail, c'est dans la nature de ces animaux ; mais le symbolisme de laigle n est pas aussi simple. Il marque la double jeunesse de Vâme régénérée, lune acquise par le baptême. Vautre par la contemplation. Cette signification symbolique de l'aigle était fondée sur la légende. On lit que les ailes de l'aigle venant à perdre leur vigueur et son œil sa finesse, cet oiseau prend son vol vers le soleil, se pénètre de ses feux ardents, se plonge ensuite par trois fois dans une source jaillissante et en sort tout renouvelé. Cet essor de l'aigle vers le soleil, symbole de Dieu, c'est la vie illuminalive ou la sainte contemplation ^ ; et la triple immersion dans l'onde est la figure du baptême donné au nom des trois personnes divines ^. « Pren garde, ajoute c( le livre manuscrit des « Natures des Bestes, » tii hom quel « que tu soies qui vestus es du viel testament et que li œil
* « Aquila volucnim reçina.. cùm senescil... caligantque oculi, ila ut nec videre possil,... in altum sese atlollil,... et se frigidis immergit acjuis, adversuscfue solares radios sese opponit, tuncque ex oculis cadunt lippidines, ac iterùm juvenescit. — Inlerprelatio. — Tu igitur, ô spiritualis homo, cùm multiludine peccatorum fueris oppressus, in altum ascende, hoc est, in tuî ipsius conscientiara,... defle peccatorum multitudinem, et perpetuis te aquis , id est lacrymis abstergens, solis radiis incalesce; hoc est in coetu fidelium et in Sancto Spiritu ad calorem pœnitentise propera, lippidines, id est peccata abjice, statim enim renovabitur, ut aquilae, juventus tua , et justus vocaberis apud Deum. » (S. Epiphan., Physiologus.) — Et vide S. Isidor. Hispal.
Dou Fil et dou Saint-Espérit Seurement sans contredit Poront veoir et esgarder Le vrai soleil ki raie cler C*est li dous, li pius Jhu-Crist Ki en lui a son esgart mis En lesgarder se renouviele, etc.
(Manuscrit du Xlll« siècle,)
Mêmes interprétations dans saint Jérôme et dans tous les commentateurs bibliques, dans tous les Bestiaires ( Le Sarmim del Egk]y dans Philippe de Than, etc.
^ L'aigle kensi se renouviele Nus done exemple mult très biele . . . Hom ki se violt renouveler . . . Devroit querre la fontaine Ki est espiritable vie C'est li baptesme ki a vie ; . . • Ki en ceste fontaine clere Sont baptisie el non dou Père
fK del cuer est plain de voilK et quiers espirihiel Icmtaiii^ « de Dea, qui dit que qui nest begne&d'aighe et de^ sc^int «c esperit, il ne puet entrer el règne del ciels^ Qi t^apU^iés Mk est el uon del Père et del Fils eli del Saint-Esperit, il le- <i verâ les ex du ouer a I>iex qui e^t vrai soleil de* ji|$.lice ; « il ç&t renovelés cooieli aigles et vera altresi çleç ^ »
Revenoaç à pâtre fragment. Cest danis ^n traité ascétique eomposépour ses religieux, que saint Brunon s'exprime ainsi. En voyant ce triple langage prêté au tbèqae qu'il caniQi,enle et qui était si uuiverstellement reproduit, on s* explique par quel motif ce l)as-TçeUef allégorique était rornement favori de la plupart des basiliques. Les Quatre Animaux à eux seuls y étaiept un précis complet des attributs du Rédempteur, des caractères des ïlcçitures et des perfections de la vie chrétienne, Reprenons ces détails par ordre, pour les classer daps le lal>le4l^ suivant.
* Une autre tradition sur Taigle avait cours au moyen âge el était expliquée dans le même esprit. On croyait que cet oiseau étant arrivé à la décrépitude, son bec devenait tellement crochu qu*il ne pouvait plus s'ouvrir pour laisser passer sa pâture, et qu'ainsi Toiseau se voyait en péril de mourir de faim; mais qu'alors, poussé par l'instinct, il brisait l'excédant de son bec contre un roc ou contre une pierre, et recouvrait par ce moyen sa vigueur et ses facultés. La pierre, disent unanimement les docteurs, c'est Jésus-Christ , la pierre angulaire de l'édifice, celle d'où jaillit une eau pure dans le dései*t du mont Horeb : Jésus-Christ, médecin céleste et antidote souverain de tous (es maux spirituels. Le bec crochu , ce sont les vices, la rapacité, la colère et toutes les passions violentes.
« D. Augustinus aquilam ait senio gravatam roslri immodicè crescentis aduncitate eô redigi, ut nec os aperire, nec cibum uUo pacte capere possit : impulsam itaque naturse vi collidere rostrum ad petram, cujus attritu excussâ eâ parte quœ redundabat, ad cibum redire atque ita... reparari, ut omnino juvenescere videatur. Noslri petram locohoc Chrislum intelligunt : procjue rostre obunco, pravitatis perversitatisque epera, qued physiegnomici ejus figurse nasum iracundi^ et rapacitatis indicium esse volunt, huiusmodique homines avares plurimum alieni appetentes et ultionis stuoiosos inveniri. Vitia verô h^c non aliâ excuti ratione, quàm per Chrisli disciplinam queunt, etc. » (V. tous les commentateurs; — VYmage doxi monde ^ ms. de l'Arsenal , et les Bestiaires, )