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Le nimbe circulaire uni est la représentation de l'irradiation céleste qui est censée s'échapper des corps spiri-
tuelset des corps spiritualisés dans le ciel. Celle irradiation est représentée dans Tari, tantôt jaillissant du corps entier , et, dans ce cas, elle a reçu des modernes le nom de gloire ou d'auréole du corps : tantôt rayonnant de la tête, qui est le siège de Tâme et des plus nobles facultés ; et alors on l'appelle nimbe, ou bien auréole de tête. Dans la théologie, aussi bien que dans l'art chrétien, cette irradiation est le signe convenu pour marquer l'état de béatitude et de gloire, et c'est pour cela qu'il ne convient qu'aux êtres spirituels ou spiritualisés : tels sont les ordres divers des esprits célestes, les évangélistes et les animaux qui les représentent, les béatitudes
célestes, etc
Le nimbe circulaire uni, par là même qu'il représentait la béatitude, spécifiait aussi tout un ordre d'idées mystiques, comme on peut le voir dans les théologiens du moyen âge, et surtout dans les treize chapitres de la Somme de saint Thomas sur les aures et les auréoles. Les explications de ces maîtres et les monuments de l'art chrétien, toujours d'accord au moyen âge avec la théologie scholastique, nous ont persuadé que le nimbe uni, celui même qui décore les statues des Béatitudes, n'a jamais dû porter dans l'art le nom d'auréole, mais celui d'aurea ou gloire, dont le sens et la valeur sont bien différents \
* Nota quod duplex est corona sanctorum : scilicet aureaeiaureola. Aurea dicitar praemium substantiale, quod consistit in tribus, etc.. — Alia corona dicitur auréola^ id est coronula parva : et ista auréola secundum doctores dicitur quasdam gloria accidentalis, etc. (S. Bona-
L'ourea (du latin aura), soufQe lumineux, émanation resplendissante, irradiation qui s'échappe, exprime, selon les docteurs, la béatitude du premier ordre *. C'est le prix de gloire direct, positif et illimité accordé aux saints dans le ciel. Vaurea est aussi accordée aux anges et à tous les esprits célestes, à raison de Tamour divin qu'ils entretiennent en eux-mêmes, quoique ces esprits immortels, ayant toujours été dans l'état de gloire, n'aient point acquis de mérites comme l'homme qui souffre, lutte, et qui est éprouvé et tenté.
Les théologiens ajoutent que Vaurea s'appelle par métaphore couronne, parce que le symbolisme de la couronne réunit en même temps l'idée de la perfection, et celle d'une récompense accordée. La forme circulaire de la couronne est en effet, ajoutent-ils, l'emblème de la
venture. De gUma paradisi. Edit. Venet. 1518 fol. cvii etcviii.)
Voir aussi S. Thomas d'Aquin, Summa t/i^o^fic., suppl. part. 3, qu9BSt. 96.
^ Vaurea est appelée par saint Thomas d'Aquin et par les autres théologiens, prœmmmessentiale; V auréole est nommée prœnmim ocddentale. « Videtur quod auréola non sit aliquod aliud prsemium, a prsemio essentiali, quod aurea dicitur, Prsemium enim essentiale est ipsa beatitudov Sed béatitude, secundum Boétium, est status omnium bonorum congregatione perfectus. Ergo praemium essentiale includit omne bonum quod habetur in patriâ. Et sic auréola includitur in
Aurea consistit in tribus : scilicetin visione Dei clanssima; in fruitione suavissima, in intentione securissima. (S.Bonavent. De gloria paradisi,)
Est aurea prsemium substantiale quod metaphoricè dicitur corona : tum ex parte perfectionis meriti et praemii. Meriti quidem, quia non respondet generi operis, sed radici charitatis. [Rosetum eocercitiorum spiritualium. Titulus tricesimus nonus. De regione cœlesti.)
perfection, le cercle étant la plus parfaite des figures *.
La récompense exprimée par Yaurea résumait la réunion des trois principales jouissances célestes : la vision béatifique dans toute son intégrité ; l'union fruitive avec Dieu, et Tinamissibilité de ces jouissances *.
Les théologiens distinguent laurea, ou couronne du pre^ mier ordre, de Y auréola, (petite couronne), ou couronne du second ordre. L auréola, disent-ils, est, ainsi que son nom le montre, quelque chose de moindre que Xaurea. Cependant, surajoutée à celte dernière, elle indique une gloire de plus. Tandis que Xaurea est le signe générique et le prix commun des saints et des anges, Yaureoh est le signe d'une gloire accidentelle et spéciale accordée aux sainU seulement et jamais aux esprits célestes ^ à raison d'un mérite particulier. Tel est, par exemple, le mérite acquis par la pratique sainte et parfaite de l'un ou de plusieurs des conseils évangéliques, comme la virginité, le marlyrei
' Hoc prsemium metdphoricè corona dicitur vel nurea,.. Corokia au-
tem est proprium signum regiaa potestatid signiâcat enim corona
perfectionem quamdam ratione figurae circularis : ut ex hoc etiam competat perfection! beatorum, etc. [S» Thomae Aquin. Summ.theolo^ ffic. supplem,, part. 3, quœst. 96 et 97, art. i, concltmo.)
Corona, «ternae glorise pro justitia merces (significat]. (S. Eucher, Fomml. spùrUuai. va.)
Aurea est praemium ex parte perfectionis meriti et prsemii
perfectionis, quia hanc signât figura circularis: praernii, quia perhanc efficitur homo particeps Divinitatisetper consequens regise potestatis...
Et convenit haec aurea cum contemplatione divina. [Rosetum
exercitiorum spiritual. Titul. tricesimus nonus. De regwm cœlesti,)
^ V. Ci-dessus p. 24 not. 1. Aurea œnmtit in tribus, etc. — Et les 13 chapitres de la Smmne de saint Thomas, sur les aures et les auréoks. Suppl., pari. 3, quaesl. 96 et 97.)
rapostolat '. L auréole est le sigoe de ces œuvres accomplies et celui de leur récompense ^. Vaura se rapporte au principe de toutes choses, c'est-à-dire à la charité, à l'amour de Dieu : Yaureola, aux œuvres seules. L'aura est par cette raison au-dessus de Vmreola, et l'on voit que le motif pour lequel Y auréole ne peut convenir aux anges est qu'ils n'acquièrent point de mérites spéciaux par leurs œuvres. L'aura seule leur convient ^
' ... Oportet at^reo/amaboureadifferre Charitas est primum
principium merendi, sed actus noster est quasi instrumentum quo meremur. Et ideoin efiéctu aliquid consequitur ex parte primi principii, quod est principale : et aliquid ex parte instrument!, quod est secundarium, unde et in praemio aliquid est ex parte cbaritatis, scilicet avr-
rco ; et aliquid ex génère operationis, scilicet auréola Charîcati
respondet aurea... aurea debetur operibus quse sunt in praBcepto, au-reola vero bis quœ sunt in consilio. Major excellentia menti quse consurgit ex charitate, quam illa quœ consurgit ex génère actus... Et ideo attreo/a diminutive dicitur respecta aurese. (S. Tbom. Aquin. Sum. théologie, suppl. 3 part. qwBst. 96 et 97, art. i.)
Av/reola^ martyr, doctor,virgo retinebit. [Rosetum.exercUior.spvri' ttiol. De reg. cœl. tit. tricesirn/us nonus.)
Alia corona dicitur auréola, id est coronula parva, et ista auréola secundum doctores dicitur qusedam gloria accidentalis , quse debetur sanctis ratione operis excellentis. (S. Bonavent. De gloria paradisi.)
^ Ces idées remplissent les mssc. mystiques du xin"" siècle : on lit dans le Traité « Ce sont les sept mrtuz de V arbre de Chastée. (Bibl. nationale] : Moult a en paradis de ceulx qui ont esté en mariage et en veveté qi sont plus près de Dieu que maintes virges (sic). Toutevoies ont les vierges une espicial corone par desus la corone de gloire {Vaur rea) qi est comune a tous les sains pour ce que les virges (sic) ont espicial victoire... car eles ont les noces charnex despises (dédaignées) pour estre avec li (J.-C.) aus noces perdurables. »
^ Utrum angelis auréola debealur. — ... Angelis'aureolam non de-
On voit encore d'après ces témoignages que ce que le moyen âge entendait par auréole n'est point ce que nous désignons sous ce nom, et que l'auréole moderne est proprement Vaura capitiê, ou gloire euTcIoppant la téta, accordée à l'ange et à l'homme. Les statues des Béatitudes célestes, couronnées de Yaura ou gloire, ont encore l'auréole proprement dite. Pour le prouver et achever de démontrer que l'auréole du moyen âge n'était point cç qu'on a nommé ainsi postérieurement, ajoutons que plusieurs docteurs spécifient trois genres d'auréole :
Celle des vierges, qui est de fleurs et qu'ils appellent fleurissante :
Celle des martyrs, qui est ornée de pierreries et nommée pour cela gemmée :
Celle des docteurs, qui est formée d'étoiles et qui est appelée ^toil^ ^
beri aut competere certum est... angelis auréola non debetur, cujus ratio est, quia auréola proprie respondet cuidam perfection! in exceilenti merito. £a vero qu» in hominibus ad perfectionem meriti pertinent, angelis sunt connaturalia , vel etiam spectant ad communem eorum statum, aut etiam ad ipsum prsemium essentiale (qui est Yaurea). Et ideo, ratione qua bominibus auréola debetur, angeli non habent auréolas. (S. Thom. Aquin. Srnnm. théologie. ^ mpp, 3 part.f qiuBsL 97, art. 9.)
' Auréola... datur virginibus, et hsecest florea : datur martyribus, et haec est gemmea : datur doctoribus, et haec est stellea.
Auréola florea datur virginibus quia honore virginitatis floruerunt. Undedicitur in Psalmo de Yirgine virginum Ghristo et agno quem virgines sequuntur : <c gloria et honore coronasti eum. y>
Auréola gemmea datur martyribus quia instar lapidis fortissimi et pretîosi fuerunt, unde dicitur in Psalmo : « Posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso. »
Auréola stellea est doctoribus, quia cœlestia docuerunt : unde dici-
V arl fournit des témoignages irrécusables de la vérité de notre opinion sur les auréoles. L'auréole ou ûouronne fleurissante, ainsi que Y auréole gemmée ou cercle émaillé de pierreries, se voit sur deux fresques des catacombes. La première de ces fresques représente quatre saints personnages debout. Dieu, figuré dans les nuages, tient, en étendant ses deux bras, deux couronnes, auréoles de fleurs, sur la tête de deux d'entre eux. Ces auréoles virginales vont être ajoutées sur leur front à Ymrea qu'ils ont déjà*.
La seconde fresque, qui semble appartenir au vui* siècle, représente cinq personnages : quatre d'entre eux tiennent des livres ; le cinquième tient de sa niain gauche une couronne, V auréole gemmée des martyrs ^.
D'après ces témoignages empruntés à la théologie et aux exemples fournis par l'art, nous croyons pouvoir établir :
l"* Que le nimbe des statues de Chartres n'est point une vraie auréole dans le sens réel de ce mot, maïs une gloire, Xaurea.
2^ Que cette gloire ou aurea représente la réunion de trois attributs des Béatitudes célestes : 1"^ la jouissance de la
tur, Dan* xil : a Qui docti fuerint fulgebunt quasi splendor firmamenti : et qui ad justitiaiu erudierint multos, quasi stellœ in perpétuas seternitates. »(S. Bonavent,2>ej^onaj)aradm. Venet, 1518. fol. 107 et 108.)
* Bosio, Romasotterraneay tab. 3 cœmetorii Ponliani in via Porluensi. — Edition de 1632, p. 133.
^ Bosio, Roma sotterranea, tab. 4 cœinelerii Ponliani. — Edition de 1632, p. 135.
vision béalifique : 2** celle de Tunion fruitive : 3" Tinaniissibilité de ces biens.
ME 1^4 Gomaaanra sr bs %'écu 9S3 stATXTUBss
CÈLXBTSB.
Le second attribut des Béatitudes n'est ni la couronne gemmée des martyrs, qui n'est qu'un cercle orné de gemmes, ni la couronne de fleurs des vierges. C'est une couronne royale, une couronne d'apparat fleuronnée ou fleurdelisée et étincelante de pierreries.
La couronne marque l'empire et distingue la royauté; elle était donc, après l'aura, l'attribut le plus essentiel des Béatitudes, ces reines du ciel. La Béatitude céleste est nommée toujours et partout couronne dimmortalité, couronne de vie, couronne de gloire. « Heureux, dit l'apôtre saint Jacques, celui qui est éprouvé et tenté : car s'il triomphe, il recevra la couronne de vie ^ »
<& Quand le prince des pasteurs apparaîtra, dit saint Pierre à ses collaborateurs dans l'apostolat, vous recevrez une couronne de gloire^. »
L'auteur du livre de la Sagesse parlant du chaste essaim des vierges, l'appelle aunessaiiifi couronné^, ^y
Les vingt-quatre vieillards figurant l'élite des saints
* Beatus vir qui suffert lentationem : quoniam cum probatus fuerit, accipiet coronam vitae. (Jac. h 12.)
^ Et cùm apparuerit princepa pastorum, percipietis iramarcessibilem gloriœ coronam. (l Par. v, 4.)
3 ... Et in perpetuum coronata Iriumphat, incoinquinatorum certaminum prîemium vincens. (Sap. iv. 2.)
dans l'Apocalypse sont représentés portant des couronnes (Tor, et pleins d'un saint enthousiasme les déposant aux pieds de Dieu ^ .
Dans la même vision de l'Apocalypse on voit la couronne de vie promise à ceux qui persévèrent ^ : celui qui vaincra, se verra assis à côté de Dieu sur son trône même^ Partout, dans les livres sacrés, le ciel est montré et promis comme un véritable royaume, et l'éternité comme un règne qui dédommagera les élus des injustices d'ici-bas. Si Jésus-Christ dans l'Evangile déclare bienheureux les pauvres , il ajoute : <c que le royaume céleite est à eux *. » Dans la prophétie de la scène du jugement, a venez, dit-il à ses élus, venez, les bénis de mon père; possédez le royaume qui vous a été préparé ^ »
En effet, le bonheur du ciel est une noble royauté. Les saints qui en seront investis auront été rois sur la terre par leurs triomphes sur eux-mêmes , sur les séductions du monde et les tentations de l'enfer : mais ils seront rois dans le ciel selon un autre ordre d'idées, ordre tout de joie, tout de gloire et d'infinis ravisse-
' Et in capitibus eorum coronse aurese... Procidebant ante seden-
tum in throno, et adorabant viventem in saecula saeculonim, et mitte-
bant coronas suas ante thronum. (Apoc. iv. 4 et 10.) ^ Esto iidelis usque ad mortem, et dabo tibi coronam vitœ (Apoc. u.
10.) 3 Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo. (Apoc. m. 21.) * Beati pauperes, quia vestram est regnum Dei. (Luc. vi. 20.) ^ Tune dicet Rex bis qui a dextris ejus erunt : Venite, benedicti
patris mei ; possidete paratum vobis regnum à constitutione mundi.
(Matth. XXV. 34.)
ments. C'est cette royauté suprême qui éblouissait le moyen âge, et que rappelait la couronne posée sur le front des Béatitudes.
L'ECU a dans le symbolisme deux ou trois acceptions mystiques affectionnées du moyen âge. La seule qui pourrait peut-être convenir aux Béatitudes est celle de reçu considéré comme le signe de la bienveillance et de la protection divine que Dieu dispense à ses élus^ Néanmoins la béatitude étant essentiellement un état de sécurité, le but de Vécu doit être d'un tout autre ordre. Il n'est pas rare de voir Vécu triangulaire du xni* siècle orner les églises de cette époque et les décorer d'un blason dont le mysticisme du moyen âge a la clé. L'extrémité méridionale de la croisée de la basilique de Saint- Denis oflFre un vaste écu de ce genre creusé dans le mur terminal au-dessus de la grande rose, et portant dans son champ des figures polylobées et les trois clous de la passion*; la partie supérieure du pignon de la façade de Saint-Germain FAuxerrois est ornée de trois écus triangulaires renversés, portant dans leur cbamp trois trèfles aigus.
L'écu des Béatitudes célestes nous parait donc non un
> Domine, ut scuto Ikhisb voluntatis tuae coronasti nos (les (Psalm. v. 13.) Le commentaire de ce verset lui donne, dans tous les glossateurs, le sens de la protection de Dieu veillant incessamment sur les justes.
^ Le symbolisme de ces figures semble ne pouvoir être expliqué que par l'interprétation des nombres mystiques. Nous traitons ce sujet dans le travail que nous préparons sur la numération mystique du moyen âge.
emblème, ni une arme défensive ainsi que M. Didron Ta conjecturé ' : mais, comme Vécu sculpté au front des églises, une sorte de signe de noblesse, très-approprié à ces reines qui voient l'univers sous leurs pieds. Il ne protège point leur bras et n'abrite point leur per* sonne, il est seulement posé auprès d'elles comme un cippe préparé pour une inscription; cette inscription mystérieuse a des caractères à part : ce sont les divers attributs des Béatitudes cék$tes, seul signe de reconnaissance qui fasse distinguer ces sœurs.
§iï.
Après avoir expliqué les attributs communs aux qua* torze statues des Béatitudes célestes, nous allons nous occuper de chacune des statues en particulier.
Aucun ordre n'a été observé par le sculpteur dans le classement des Béatitudes , aucune combinaison logique ou morale n'a déterminé leur place dans le cordon qu elles dessinent, comme nous le démontrerons à la fin de ce Mémoire.
Nous suivrons donc ici, non pas Tordre théologique qui se voit dans notre tableau, mais celui dans Iquel sont placées les statues des Béatitudes. Nous commencerons
* «... L'arme défensive, le bouclier, est à la main droite. Ces tranquilles vertus (la Concorde et TAmitié) ont besoin de se défendre plus fortement que leurs sœurs, parce qu'on pourrait abuser plus facilement de leur bonté. » (M, Didron, Annal. archéoL t. ï. p. 54.)
Mie ,
La l.ilxM-UV
par Textrémité inférieure du côté gauche, remontant au sommet de l'ogive, et descendant du côté droit jusqu'à Tautre extrémité du cordon.