STATUE— LA FORCE
La Force est la troisième des Béatitudes du corps, selon saint Anselme. Ici elle est placée au septième rang, son contraire est la faiblesse. Cette figure de la Force se distingue par l'abandon de son attitude, il y a là quelque chose d'analogue à la pensée qui inspira rHercule Farnèse. Comme sa sœur la Liberté, la Force a le
' Saint Anselme, De Similitvdinibus, c. 51.
La Force.
-Assentiment de ce qu elle peut. On voit une fleur de jeunesse sur son front et dans tous ses membres ; son blason est un lion posant.
« Qu'est-ce que la force humaine? dit à son sujet saint Anselme : une véritable faiblesse. Le hérisson de mer arrête dans son vol rapide le navire le plus chargé '. Hais les actes qui exigent le plus d'effort n'en coûteront pas plus au juste, que le clin de notre œil Il pourrait,
* Pour avoir la clé de cette comparaison de saint Anselme, il faut savoir la légende du moyen âge qui attribuait au hérisson de mer (Echmus, en roman, Elsin ou Eslin) la propriété singulière d'arrêter court en pleine mer les pavires auxquels il lui prenait fantaisie de se cramponner, et'qu'ainsi, durant les tempêtes, il les empêchait de dériver et de se briser contre les écueils. Voici ce que dit à ce sujet le Bestiaire de V Arsenal :
a Uns poissons est qi est apelés Essinus. Phisiologes nos^dist d'un poisson qe on apele Essinus : cis poisons (sic] est menre (moindre) d'un pié et si a si grant vertu en lui qe il ne truève nule si grant nef ne si isnele (agile) ; se il se prent à la nef qéle se puet ja plus removoir n'arier n'avant. Et qant grant tempeste est en la mer.il avient bien par aventure qe il se met desous alcune nef. Et lors est la nef tote seure car ele ne puet périr ne enpirier ne cose mile qi dedens soit. Et alcunes en sont garies des nef et des gens qi dedens ont esté par la vertu del poison qi se prist à la nef. [U livres des natures des bestes. Msc. de l'Arsenal.)
On lit dans un autre manuscrit, L'ymage dou monde, (Bibliothèque de l'Arsenal) chapitre Des poissons d'Ynde,
En la mer d'Ynde
Uns poissons i a merveilleus Qi mult est bons et precieus ; La gent Tapelent Essinus Menre d'un pié, ca tel vertus Qe la nef a coi il se prent Ne puet aler n'arrier n'avant-
s'il le désirait, ébranler ce monde terrestre. Au contraire» le réprouTé sera si débile» qu'il ne pourra pas même jeter hors de la portée de sa vue les vers qui le tortureront *. » .
La Force est Tune des Béatitudes du corps, promise par saint Paul aux élus. <k Le corps humain, dit-il» mourra; comme le grain» il sera jeté dans la terre, déformé par rinfirmité* Il ressuscitera plein de force ^ »>
8' STATUB. — LÀ CONCORDE.
La Concorde est placée, à Chartres, sur le côté droit de Togive» au sommet du cordon, parallèlement à la Force» qui est à gauche. Dans saint Anselme» la Concorde est la troisième des Béatitudes de Tâme, et en même temps la dixième de la série collective.
L'attitude de la Concorde est gracieuse» noble et pleine de mansuétude. Une chevelure abondante, partagée au milieu du front» s'échappe de dessous la couronne et flotte sur les épaules. La main gauche de la statue tient un sceptre surmonté d'un pommeau, l'écusson porte dans son champ deux couples de colombes adossées se retournant comme pour se becqueter.
Les colombes» parce qu'elles vivent en commun dans le colombier y formant une sorte de république» étaient
^ Saint Anselme, De SimMitikdMiibuê^ cap 6)2. ^ Seminatur in infirmitate, surget in virtute... (I. Cor. v. 42, et sequent.]
f-a Cuiuordo.
1 ' Amilié.
au moyen ^ l'un des emblèmes de la vie commune '. « La Concorde, dit saint Anselme, est tellement rare ici bas, que Thomme peut à peine la maintenir en luimême. Son corps et son âme sont toujours dans un tel conflit, que ce que lun des deux désiré est précisément ce que l'autre ne veut pas. Il n en sera point ainsi dans laTÎe future. La concorde y sera suprême et inaltérée parmi les élus; tandis que la discorde sera éternelle pour les réprouvés. L'accord des élus sera comparable à cdui des deux yeux dans Thomme : l'acte qui fait mouvoir l'un des deux fait également mouvoir l'autre» et la direction des deux yeux est nécessairement la même. Ainsi les habitants du ciel n'auront qu'une même volonté, qu'un seul acte, qu'un seul désir, qu'une seule et même affection. Par cette fusion de leurs âmes, les élus ne seront qu'un seul et même être, et cet être sera uni à l'essence infinie de Dieu, qui sera la tête de ce corps. L'un pourrait-il vivre sans l'autre *? »