‹ Les statues du porche septentrional de chartres; ou, Explication de la présence des statues deChapitre 9 sur 17 · STATUE. — LA MAJESTÉ · texte numérisé non relu

STATUE. — LA MAJESTÉ

Saint Anselme place cette Béatitude au douzième rang, et lui donne le nom de Puisgance. — La statue de la Majesté réunit les attributs de la puissance religieuse et de la puissance civile : de sa main droite elle porte une croix épiscopale en guise de sceptre, et trois sceptres sont armoriés sur son blason.

Les trois sceptres de la Pumance sont-ils là, en vertu de la valeur attribuée parle moyen âge au nombre trinaire, comme la dernière expression^ et en quelque sorte l'excès de la domination? Représentent-ils, comme le sceptre expliqué par César Ripa, Tempire absolu exercé par rame béatifiée sur elle-même, sur son corps et sur tout ce qui est de son domaine, à quelque titre que ce soit? Ou bien sont-ils Temblème du règne pacifique de la volonté souveraine sur les trois concupiscences domptées : la sensualité, la cupidité, Torgueil, qui jouent un

rôle si fréquent dans les écrits et dans l'art au xui* siècle?

La différence que Ton observe dans la définition de la Liberté et dans celle de la Mcgesté ou Pmssanee, c'est qu'en vertu de la première l'élu va partout oh il veut, et qu'en vertu de la seconde il peut faire tout ce qu'il souhaite. Le contraire de la Puissance est l'impuissance de toute chose, impuissance extrême, infinie, qui torture le réprouvé.

ce Ldi Puissance, dit saint AnseUne, n'est qu'un mot, une a ombre en ce monde ; elle y est toujours si bornée qu'on <c ne lui peut donner ce nom. Celle de la vie future sera « sans bornes. Dieu, qui peut tout ce qu'il désire, sera « uni de telle sorte à la volonté de l'élu, qu'il lui commu- « niquera en quelque sorte sa toute-puissance. 7>

Ainsi s'exprime saint Anselme : puis, enflammé d'enthousiasme, il s'écrie, parlant au lecteur :

c( Que pourrais-tu souhaiter de plus, si tu étais en pos- « session de toutes les félicités que tu viens de lire? Ne « serais-tu pas comblé et rassasié? Assurément , me ré- « ponds-tu : courage donc. Rappelle-toi qu'un seul jour « de ces joies célestes te rendrait heureux entre tous : « qu'un mois, un an passés ainsi dépasseraient ton am- « bition. Que sera donc l'éternité au milieu de ces jouis- (c sauces? Certes, je livrerais mes biens, ma personne « même et ma vie pour conquérir tant de bonheur. Si en c< les possédant pour un temps tu te trouverais si heu- « reux, songe à ce que tu éprouveras quand tu ne pourras « plus les perdre. »

La SaïUc.

Ainsi parle la Majesté du sommet du porche de Chartres, et tout, dans sa pose et son port, indique que l'artiste s'est inspiré dans la page de saint Anselme. L'attitude est calme et placide, pleine de douce dignité, et dans une harmonie parfaite avec cette tendre, chrétienne et engageante invitation.

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