E R N E S T L E R (J U X , EDI T E U R
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PREFACE
La sculpture funéraire des Grecs est surtout représentée par les stèles décorées de bas-reliefs dont tous les musées possèdent des exemplaires , et e est là qu on est accoutumé de chercher la traduction plastique des croyances et des sentiments qui présidaient au culte du tombeau. Pour VAttique, le recueil publié par M. A. Conze, sous les auspices de V Académie de Vienne \ a mis aux mains des érudits un riche materiel de monuments; un autre , actuellement en préparation, le complétera pour les îles et l'Asie Mineure i 2 . Mais si la stèle sculptée a été la forme de commémoration la plus habituelle, elle n'est pas restée la seule. Gomme l’art du moyen âge et l’art moderne, la Grèce a connu les statues funéraires, et l'on n aurait qu’une idée incomplète de la décoration du tombeau hellénique si on négligeait d’en tenir compte. Pourtant , en regard du nombre considérable des stèles que nous ont livrées les nécropoles grecques, les statues tombales sont rares et ne constituent qu 'une série assez restreinte, soit que le hasard des fouilles nous ait mal servis à ce point de vue, soit, ce qui est fort vraisemblable, que la statue, constituant un luxe assez coûteux, ait gardé un caractère d exception. Il y a une vingtaine d années, un des archéologues les mieux informés. Ado! J Furfwaengler, remarquait qu’on ne pouvait prendre « qu’une idée approximative » de cette catégorie <lc monuments. o II semble, écrirai l-i I , qu ’il n en soit conservé tpi un petit nombre de spécimens, et ce qui est conservé est souvent difficile à reconnaître3 . » G est <pi en effet, même isolée, et détachée du tombeau oh elle trouvait sa place, la stèle trahit immédiatement sa destination. Il n en est pas de même de la statue tombale, qui reproduit souvent un
i A. Conze, Die altischen Grabrcliefs.
•>.. M. Pfuhl a déjà publié des études où il met en œuvre une partie des documents recueillis par ses soins. Jahrbuch der archaeologischen Instituts, XX, iqo5.
.1. l i irhvaengler, Collection SabouroJT. Introduction, p. 53. Plus récemment, M. E.-A. Gardncr faisait des remarques analogues, Journal of Ilellenic Studies. WV1II, 1908, p. i38.
PREFACE
type généralisé , et dont l’identification ne s'impose avec une entière certitude que si l'on possède des renseignements précis sur la provenance.
En publiant à plusieurs reprises des monuments de ce genre, j’ai pu me rendre compte qu’ils n’avaient jusqu ’ici fait l'objet que d’études très générales ou fragmentaires. En 1 885, M. Kuhnert procédait à un essai de groupement des statues peu nombreuses qui étaient connues 1 . En i88y , Furtwaengler indiquait sommairement, en quelques pages, une classification des séries, se bornant à y jeter a un rapide coup d'œil 2 ». En i8g3, M . Weisshaupl réunissait les documents céramiques attiques qui nous ont conservé des types de statues funéraires 1 . Un peu plus tard, dans un livre consacré à la sculpture funéraire des Grecs, M. Percy Garclner mentionnait les principaux monuments de la statuaire des tombeaux 4. Une soigneuse enquête a permis récemment à M. W. Deonna de dresser le catalogue des Kouroi funéraires" ; toutefois, ces statues ne représentent qu’un seul type, et pour une période limitée. Il y avait donc lieu, croyons-nous, de reprendre une question qui, traitée dans son ensemble, pouvait à certains égards offrir quelque intérêt de nouveauté .
Si l 'on tient compte du témoignage des monuments complété par celui des textes, on sera conduit à penser que l'emploi des statues tombales a peut-être été plus fréquent en Grèce qu on ne pouvait le croire. Aussi, parmi les statues anonymes conservées dans nos musées, surtout parmi celles qui reproduisent des types généraux, devenus pour ainsi dire dusage courant, s’en trouve-t-il sans doute qui ont pu servira la décoration de tombeaux. Il aurait donc été facile, en faisant la part plus large à l hypothèse, d’accoitre encore le nombre des monuments mentionnés dans les pages suivantes. J’ai cru superflu de multiplier des conjectures que rien ne permet de justifier, cl je me suis mis en garde contre la tentation d’enrichir outre mesure les séries que je me proposais de constituer. Il était cependant légitime de tirer certaines conséquences d’un fait qui s'impose à l'attention. En comparant les stèles et les statues, on constate aisément, entre ces deux groupes de monuments, des analogies assez étroites pour les sujets. Reliefs et. statues trahissent une même inspiration pour les différentes époques ; cette sorte de parallélisme facilite les emprunts réciproques, et il est telle stèle qui parait offrir une adaptation en relief d un type statuaire. C’est pourquoi il y avait lieu de jeter souvent les yeux sur les bas-reliefs funéraires, pour y chercher des termes de comparaison
i. Neue Jahrbüchcr fur class. Philologie, XIV1' Supplément, p. 3 1 3 et suivantes. Leipzig, 1 885 .
■2. Colleclion SaboaroJJ, Introduction, pages 53-55.
3. Altische Grabstatuen, Eranos Vindobonensis, p. 48-55. Vienne, i8y3.