LE IV' SIECLE. — LES TYPES D’ ANIMAUX
a fait partie de la collection de Hillingdon Court, d’où il a passé au Britisli Muséum1 (fig. 1 56). Toutelois, le sl\le, franchement al licjue, trahit tous les caractères de l’art du iv1 siècle, et, par comparaison avec le taureau du Céramique, on peut admettre que celui de Londres provient également d une tombe d Athènes. Ici I animal est au repos, couché, immobile, la tète redressée. Le sculpteur a traduit heureusement l’ampleur des formes, la structure massive de la tète au caractère brutal, au regard sournois et inquiétant. Si le travail est peu poussé, et I exécution du revers négligée,
ce marbre n’en fait pas moins bonne figure parmi les œuvres conservées des « animaliers » grecs. Est-ce encore la tombe d un dévot de Dionvsos que gardait celle redoutable sentinelle, el I emblème choisi I aisai t-i I allusion au nom du mort2? Nous n avons aucun moyen de résoudre le problème.
On peut d ailleurs citer d autres exemples il emblèmes lunéraires empruntés au culte dionysiaque. Plusieurs stèles du Musée d’Athènes sont décorées d un groupe de deux boucs affrontés et rossant, sculptés en relief. Parfois 1rs deux animaux sont exécutés en ronde bosse, et couronnent la stèle1 (lig. i5~). L un de ces monuments s élevait sur le tombeau «I un personnage dont le nom esl significatif : il s appelait Dionvsios Iharios \ Mais lcmhlèine des boucs
1. Michaelis, Journal of Hellen. Slwlics. \ I. i885, p. Si, pl. C. datai, of Grc ri; Sculpture, I, n" 68o.
2. On connaît des exemples qui peuvent autoriser cette interprétation. Vous avons déjà cité la génisse de marbre qui couronnait le tombeau de Boïdion, la maîtresse du stratège athénien Cliarès ( Frag . Ilist. grâce.. IV, i5i). Sur un bas-relief votif, un jeune taureau fait allusion au nom du dédicant, Moschos (Schoene, Gricch. Iti liefs, pl. XI, n° 58). In taureau figure sur la tombe de P. Klius \ug. lib. Taurtis. Michaelis, Aneicnt marbtes. p. 33o, 5o. Cf. Weisshaupl, Grabgcdiehle. p. 67-58.
3. Conze, AU. Grabreliefs, nos 1686-1687, pl. CCCLVII-CCCLA III
4- Corpus inscr. allie.. II, 3. 3o38. Cf. Mriickner. Alhcn. Miltheil.. Mil. 1888, p. .'176.
Fig. 167. — Boucs alfrontés. Couronnement d’une stèle attique ( Musée national d’Athènes).
LES STATUES FUNÉRAIRES DU Ve ET DU IV1' SIÈCLE
affrontés n a jamais eu les honneurs de la statuaire ; il est resté au second rang, à titre de sujet simplement décoratif.
Nous revenons à l’idée de garde avec les statues de chiens érigées sur les tombeaux. Assurément, le goût pour l’allusion qui se plaît à jouer sur le nom du mort 11e perd pas ici ses droits. Le tombeau de Diogène, près de Corinthe, était une colonne surmontée d’un chien1; s il était besoin d’un commentaire, nous le trouverions dans une épigramme de Y Anthologie 2. Mais c'est là un cas tout particulier. Il n’y a aucune raison de rattachera la secte des cyniques le mort dont la tombe est encore gardée, au Céramique il Ythènes. par un grand chien sculpté en ronde bosse *. Mesurant 1 ni , 7 7 en longueur, la statue est exécutée en marbre bleu de I 1 h mette (fig. i58). L’animal est couché, les pattes de devant allongées, la tête redressée, le regard dirigé mrs le haut, la gueule entr ouverte, comme s il poussait un gémissement de détresse. C’est un robuste dogue, un pseudo-molosse, où l’on a reconnu un échantillon de la race atticosicilienne 1 4 . Sur le cou se hérisse un collier île poils ; les pattes puissantes sont armées de griffes redoutables. A voir avec quelle conscience, en dépit de la qualité médiocre du marbre, I artiste a traité la musculature, on attribue sans peine cette œuvre à I époque où les sculpteurs commencent à subir l’influence du réalisme introduit par Lysippe dans les figures d’animaux. Aussi bien, elle se date assez exactement. Trouvée tout près de l’enceinte funéraire de Lysimachidès <1 Acharnes, le même sans doute qui lui archonte en l’année 33q/338, elle appartient sans aucun doute à la seconde moitié du ive siècle. O11 l'a replacée avec raison à 1 un des angles du soubassement, el il est probable qu’une autre statue identique occupait I extrémité opposée de la terrasse.
Le symbolisme est fort clair : le chien veille sur la dépouille de son maître5. Toutefois le même emblème peut prendre une signification différente, et, sur la tombe des personnes de condition servile, consacrer le souvenir de leur dévouement. Une stèle attique montre une chienne sculptée en rehel dans le