‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 132 sur 212 · LE IV SIÈCLE. — LES TYPES D’ANIMAUX · texte numérisé non relu

LE IV SIÈCLE. — LES TYPES D’ANIMAUX

le regard [>eul suivre au loin, a 1 horizon de la mer rancune, les contours des îles de lvos, de Nisyros et de lélos. De ses yeux aux orbites aujourd hui vides, jadis incrustées d émail, le fauve semblait contempler la rade où l’escadre athénienne avait mis en déroute les vaisseaux de Sparte.

Fig. i~<2. — Le lion de Gheronée avant la restauration.

\ oici d autre part un souvenir de la défaite mémorable on jiérit la liberté de la Grèce. En 1 8 1 8 , le voyageur anglais Crawford découvrait, non loin de Chéronée. les débris d’un bon colossal gisant dans la brousse' (fig. T02). Il n avait jias de peine à \ reconnaître le couronnement du polyumlnnn consacré aux I hébains tués en 338, à Chéronée, dans la bataille livrée contre Plnlipjie de Macédoine. Pausamas le décrit assez clairement : « Vucune inscription n \ est gravée: mais sur le monument est placé un bon ». El si I on n \ lit point d épitaphe, c’est, ajoute I écrivain grec, « parce que la fortune n a j >;i s répondu

1. Photogr. de T Inst. arch. Voir Koerte, Athen. ]fitthi*il Ilf, 1879, p. 385, n" i5r.

LES STATUES FUNÉRAIRES DU V1 ET DU I V' SIÈCLE

à la valeur de ces braves1 ». A plusieurs reprises, Welcker, puis la Société archéologique d Athènes proposèrent de restaurer ce lion de marbre qui commémorait le suprême effort d Athènes et de Thèbes pour défendre contre 1 hégémonie macédonienne 1 indépendance de la Grèce2 3. En i8q8. on lit des études préparatoires. Mais c’est seulement en iqoa que la statue du lion, restaurée en marbre par le sculpteur Sokhos, fut replacée sur un socle, à l’endroit même où furent retrouvés les ossements des Thébains tués à Chéronée ! (lig. i53). L’ensemble du monument mesure environ six mètres de hauteur. Assis sur son train de derrière, la tête droite, dans une attitude rigide, le bon de Chéronée n’évoque pas, comme celui de Cmde, l’idée du repos serein et comme triomphant. Il semble veiller mélancoliquement sur la tombe de soldats glorieux, qui furent des vaincus.

On le voit, l’art grec a su* donner une haute noblesse à l’emblème du lion funéraire. Il en a fait le symbole du courage héroïque, heureux ou malheureux. Esl-il besoin d ajouter que cette conception lui a survécu, et que l’art moderne l’a reprise à son compte pour exalter, souvent avec une éloquence poignante, la vaillance de la défense et la fidélité à la patrie menacée

Il faut chercher un tout autre sens, d une portée moins générale, à certaines ligures d animaux érigées sur des tombes grecques. Nous signalerons tout d abord, comme une des plus dignes d attention, la belle statue de taureau qu on voit encore en place à Athènes dans la nécropole du Céramique4. Elle décorait une sépulture que nous avons eu déjà l’occasion île mentionner, celle d’un clérouque athénien de Samos, Dionysios de Kollytos, qui, dans une inscription de cette ilc, est désigné comme avant exercé les fonctions de trésorier du grand temple de Héra. On connaît déjà les deux lions de marbre provenant de cette enceinte. Le monument funéraire lui-même se compose d un naïskos

i. Pausanias, IX, 4o, 5.

3. Welcker a donné un projet de restauration. Mon. ined . , I, i856, pl. I. Aimait, i856, p. i et. suivantes. Cavvadias, llpa/.ti/.ot, igo3, p. 37-83.

3. Fries, Neue Jahrb. für tlas klass. Alterlhum, VI, iyo3, p. 77. Le monument a été reproduit dans le Tour du Monde, 3G mars 1910, avec un article de M. J. Armagnac.

4. Les jambes du taureau sont modernes, il a été reproduit, en croquis, avant la restauration, par Salinas. Mon. sepolcrali scoperti pressa la chiesa délia Santa Trinila in Atene, Turin, i863, p. l4, pl- 1II-IV. Cf. S. Reinach, Répart, sial.. Il2, p. 733, n° 6, et Curtius et Kaupert, Atlas von Athen, pl. IV, n° 8. Des reproductions, postérieures à la restauration, ont été données par S. Reinach, Gaz. des Beaux-Arts , 1896, t. XVI, p. 829 ; Arvamtopoulos. ’litfrju.. âpy., 1908, p. 18, fig. 3. Voir l’étude récente de Brückner, Der FriedhoJ am Eridanos, p. 78 et suivantes.

LE IVe SIÈCLE. — LES TYPES D’ANIMAUX 235

sui' lequel était gravée une double inscription rappelant que le mort avait deux patries, l'une naturelle, Athènes, l’autre légale, à savoir cette ville de

PhoU Kboinaïdès.

Fig. i 53. — Le lion de Chéronée restauré.

Samos où d avait vécu1. Derrière I édicule se dresse une base élevée en forme de pilier, laite d assises de calcaire, mesurant 3m. i(i de hauteur. C est surcette

i . Corpus inscr. allie. , III, n° 36ao.

a36 LES STATUES FUNÉRAIRES DU V' ET DU IV'' SIÈCLE

base que la Société archéologique d Athènes a fait replacer, eu 188/1, la statue restaurée du taureau qui la couronnait jadis, et dont les débris avaient été retrouvés en i863 (lig. i5/|).

Phot. Aliuari.

Fig. i5/|. — Tombe de Dionysios de Ivollytos (Athènes, nécropole du Céramique).

La sculpture funéraire attique a produit peu d’œuvres comparables à cette puissante ligure (lig. 1 55 ) . Le taureau est représenté dans une attitude de défense, solidement arc-bouté sur ses jambes, la tête baissée, les cornes poin-

LE IVe SIÈCLE. — LES TYPES D’ANIMAUX

tant en avant, la queue battant nerveusement la cuisse, prêt à recevoir le choc d’un adversaire. Pour être traitée largement, à l' effet, comme on dirait en termes d atelier, I exécution n’en est pas moins remarquable par ses qualités de simplicité voulue, de décision et de souplesse. L artiste a rendu avec autant de

Fig. 1 55 . — Taureau couronnant la tombe de Dionysios de Ivollytos. Longueur du torse i’",84 (Athènes, nécropole du Céramique).

sobriété que de vigueur la pousse des poils sur le Iront, les plis du fanon, la saillie des cotes sur les lianes. Rien de plus vivant que I attitude de I animal, qui semble sur le point de charger avec fureur; à ce point de nie, l’œuvre du marbrier attique peut être rapprochée d une belle pierre gravée du Cabinet des Médailles où un Upc analogue est représenté avec une rare maîtrise1. Ainsi

1. Furtwacngler, Die antiken Gemmai, pl. 45, 11. On peut encore citer le taureau cornu pète des monnaies de Thourioi. de Cleitor, et celui qui figure sur la stèle de proxénie de Charidamos de Cleitor, découverle à Delphes. Perdrizet, Bull. <le corrcsp. hellénique, XX, 1806, p. 558. M. Brückner rapproche du taureau de la tombe de Dionysios un marbre delà Glyptothèque Xv-Carlsberg. '\y-harlsberg Glyploleks antike Kunslwaerkers. nn 2.38.

LES STATUES FUNERAIRES DU Ve ET DU IV* SIÈCLE

dressée sur sou haut piédestal, baignée de lumière, la statue profile énergiquement sur le ciel sa massive silhouette, et domine de toute sa hauteur les tombes encore debout dans la nécropole d’Hagia Triada.

Quelle signification faut-il prêter à ce symbole funéraire ? Le nom du mort éveille le souvenir de Dionysos, représenté parfois sous la forme d un taureau

Phot. Mansell.

Fig. i56. — Taureau en marbre (Londres, British Muséum).

ou muni de cornes. Certaines épithètes du dieu le qualifient de « tauromorphe » et c’est sous le nom de « taureau » que I invoquaient les femmes éléennes1. La statue de la nécropole attique est donc I image du taureau dionysiaque, et personnifie le dieu auquel le déf unt avait sans doute voué une dévotion particulière. Sa sépulture est placée sous la protection t le Di onvsos dont il revendique le patronage, et dont le nom même rappelle si directement le sien.

Nous n avons aucun renseignement précis sur le heu où a été trouvé un autre taureau de marbre grandeur nature, rapporté de Grèce par Cockerell. Il

i. Plutarque, Dr Isiilc cl Osiride, 35. Quaesl. graecac, 30. Cf. Fr. Lenormant, Monographie de la voie sacrée éleusinienne , p. C1O-O7.

Page 1