Sieglin-Schroiber, ouvr. cité, pi. XXIII, XXIX
précédentes. Il ne reste nulle trace du schématisme de I ancien art égyptien. Les costumes étaient grecs. Les tètes conservées nous montrent des portraits
traités avec le réalisme aigu qui caractérise l’art alexandrin. Ici c’est un prêtre de Sérapis, coiffé d un diadème ; I artiste a rendu avec un remarquable accent de vérité le visage aux traits fatigués, aux chairs affaissées. au front traversé de rides1 (fig. 1 73). Là, c’est une femme au nez aquilin, à la physionomie rêveuse; sa coiffure, un énorme bourrelet de cheveux frisés, la désigne comme une contemporaine de Titus2. Ces statues n avaient certainement pas la même destination que les effigies égyptisantes de la catacomhe, et il est fort douteux qu elles proviennent des chambres |qi logées. Les fragments ont été trouvés dans les décombres du puits de lumière, comme s ils y avaient été jetés au temps oit les chrétiens d’Alexandrie mutilèrent les statues païennes. Suivant I hvpothèse très plausible de M. Sclireiber, leur place était à l’extérieur, probablement dans la rotonde construite audessus de la catacombe, et qui formait la partie apparente du tombeau. Comme
1. Sieglin-Schreiber, ouvr. cité, p. 262, pl. XLV-XLA I. Je dois à l’obligeance de M. Th. Schreiber de pouvoir reproduire ici cette figure.
2. Ibid., p. 2GO, pl. XLVII-XL’VIII. Cf. d’autres tètes, jeune homme, pl. XLIX-L; enfant avec un bandeau, pl. LI-I.Il; tète d’enfant égyptien, pl. LÏII-LI\ .
Fig. 173. — Tète d’un prêtre de Sérapis. Trouvée dans la nécropole de Kôm-ech-Chogâfa, à Alexandrie.
LE CULTE DES MORTS
celles des hérôa d’Asie M meure, elles devaienl surtout, suivant, les habitudes grecques, conserver aux veux des survivants le souvenir des défunts.
Il suit de là que les tvpes helléniques de statues funéraires ont conquis droit de cité à Alexandrie, où ds pénètrent dès le règne des premiers Ptolémées. C'est ici le lieu de rappeler le groupe en pierre calcaire que nous avons étudié plus haut, et où nous avons reconnu l’influence manifeste de l’art attique du ive siècle'. A la période ptolémaïque appartiennent également des fragments de statues exécutées dans le même calcaire nummulithe, que M. Thiersch a retrouvés dans un tombeau de Gahhari 2. Le plus remarquable est une tête d’homme imberbe, de travail hellénistique, et dont la physionomie individuelle est nettement accusée. Il faut donc compter l'Egypte des Ptolémées parmi les régions où, à I exemple de la Grèce, la statue tombale devient une forme courante de commémoration.
On le voit, sous les successeurs d Alexandre, bien des causes contribuent à provoquer 1 activité dans les ateliers oii les sculpteurs se sont fait une spécialité de ce genre d effigies : l’évolution d’idées qui remet en faveur la vieille croyance à la puissance des morts, l’importance croissante du culte qui leur est rendu, la fréquence de I héroïsation, devenue un honneur banal, enfin le développement de certaines formes de tombes qui appellent ce genre de décoration sculpturale. Plus d une fois déjà, les inscriptions postérieures au m" siècle nous ont permis de relever la mention de statues tombales . Il se rait facile de multiplier les exemples h Les textes épigraphiques nous apprennent que ces effigies sont, de la part des survivants . l’objet d une sollicitude attentive. On institue des fondations pour en assurer l’entretien ; on crée des sacerdoces et 1 on confie aux prêtres le soin de veiller à leur conservation. Parfois, on les met sous la protection des dieux. Dans une inscription d Icomum, des imprécations terribles menacent I audacieux qui oserait profaner la statue du tombeau. « Qu il laisse ses entants orphelins, sa femme veuve, sa maison vide*! »