IV. — LES DEMI-STATUES. LES BUSTES
Jusqu’ici, nous n avons rencontré, soit en Vtlique, soit en Asie Mineur» que des statues en pied. Dans
certaines régions de la Grèce, notamment dans les îles donennesdela mer Egée, l’usage prévaut de placer sur le tombeau un buste, ou plus exactement une demi-statue, coupée à mi-corps. Le Musée de Vienne possède un spécimen intéressant de ce genre de sculpture funéraire, une demistatue provenant <!e Durazzo,
1 ancienne Epidamne, colonie de Corcvre 2 (fig. 189). Exécutée en calcaire blanc, elle était rehaussée jadis d une jm>lvehromie assez vive dont il reste des traces apjiarenles.
La morte, une jeune lillc à peine sortie de I adolescence, tient d une main une pomme de grenade, I attribut des défunts et des divinités du monde souterrain, et de I autre, avec un geste caressant, elle serre contre sa poitrine une
tic. 189. — Demi-slatuo de jeune fille, provenant de Durazzo (Musée de \ icnne).
colombe. Son costume est le ch 1 ton dorique;
1. Cf. Furtwaengter-Urlichs, Denkmnelrr yriceli. und roein. Skulplur, Hnntlamtjabe. p. i pi.
2. Benndorf, Wiener J ahreshc fie. I. 1898. jd. i.p. 1. Phot. communiquée par M. lîcisch.
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de sa chevelure, réunie en nœud sur le sommet de la tète, s’échappent des boucles qui flottent sur les épaules. En dépit d’un travail très simplifié, on ne saurait refuser une certaine valeur d’art à cette gracieuse effigie, où le sculpteur
a su faire passer une expression délicate de gravité et de rêverie. Si, comme l’admet Benndorf, cette sculpture appartient encore à la seconde moitié du ivf siècle, elle se place à fa tête de la série des demistatues funéraires.
Comment convient il de se représenter ( architecture de la tombe qu’il décorait? Il est très légitime de prendre comme type un monument découvert au xvme siècle à Corfou, et qui a fait partie du Musée Nam à Venise 1 . C’est un petit hérôon, large de o'".58, et dont il reste seulement une haute base, avec les fragments des colonnes formant pilastre. Les colonnes étaient doriques, et supportaient un entablement orné de triglyphes avec un fronton. Comme on a retrouvé en même temps un torse de jeune homme, et que l’inscription du soubassement donne le nom du mort, Ylexandros, il est permis de croire que cette image du délunt trouvait sa place dans la niche de I hérôon. C’est ainsi que la demi-statue de la jeune Grecque d’Epidamne a été restituée au Musée de Vienne, dans son cadre architectural, et c’est bien en effet cette forme réduite de l’ hérôon qui convient à ce genre d effigie funéraire coupée à mi-corps.
On en rencontre de nombreux exemples dans les Cycladcs donennes. De
Fig iqo. — Demi-statue de femme provenant de file de T liera. Il . om,oo (Musée national d’Athènes).
i Paciaudi, Woruunentn Peloponncsia, II, p. i8rj. Cf. Benndorf, art. cité, p. 7.
LES STATUES ET LES BUSTES FUNERAIRES
Théra provient une demi-ligure de femme conservée au Musée d'Athènes 1 (fig. iqo). C est le portrait conventionnel d’une matrone drapée dans I lumation qui couvre la tête, et enveloppe étroitement le buste, ne laissant apparaître que la main droite posée sur la poitrine. Une inscription nous a conservé le nom de la défunte : c’était une dame de Théra, Lysikleia,
« héroïsée par le peuple pour sa vertu et pour sa sagesse ' » .
Nous savons que, dans cette île, la fabrication des images honorifiques et Itinéraires était particulièrement active.
M. Hiller von Gaertrmgen signale plusieurs bustes de femme, il un type uniforme, qu il a vus auprès de la Sloa llasihk é et du temple d Apollon Karneios \ Dépourvus de têtes, ils offrent, à la hauteur du cou un évidement tout préparé pour recevoir la têle rajustée après coup. Les marbriers tenaient donc un véritable assortiment de ces monuments funéraires, et quand le client avait fait son choix, le sculpteur exécutait la tète sur commande. C’est ainsi que lloss a pu voir, dans une nécropole de hile, à Karterados, une série de bustes semblables, munis de leur tête , et, par suite, on ne conserve aucun doute sur leur destination funéraire. En général, ces sculptures sont fort médiocres et appartiennent a une époque assez basse qui peut descendre jusqu à la période des Antonins.
1. Cavvadias, Calai.. n° ’jBo. Wiener .lahreshefle. 1. 1898, p. 4- lig. 1. Cf. notre arlicle de la Revue <le l'art ancien et moderne. IX, 1900, p. 38o.