C’est l’idée exposée par XX eicker, Der Seelenvoyel, p
5. XV inter, Die Typen der Jigürlichen Terrakotlen, pl. 36, 3 7 .
6. Winter, ibid., pl. 35, 5. Cf. Furtwaengler, Collection SabourojJ. pl. CXLIX .
7. Arc.h. Jahrb.. IX, 1889, Arch. Anzeiger, p. 167. XX inter, pl. 193, i; pl. 190. Cf. Furtwaengler, Coll. Sabourojf, II, Introduction, p. i4- Des figures d’hommes couchés sur un lit, trouvées dans des tombeaux de Chypre du iv siècle, représentaient certainement l’image du mort. Herrmann, Dus Grucbcrfcld von Marion auf Cypern, 43e Programrn zum Winckelnannsfeste, i88<S, p. 46.
1 6 LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE
prolonger pour les survivants 1 illusion de la vie dans la tombe, et à favoriser l’espoir qu’au fond de la sépulture subsiste au moins une forme matérielle où s’incarne l ame du défunt.
Dès lors nous pouvons admettre la conclusion suivante. Le même travail d esprit qui a fait sortir du tombeau, sous la forme d’une statue de Sirène, l’image de l’âme, en fait aussi sortir l’image du corps sous la forme de la statue funéraire. Celle-ci est en effet, par sa nature même, l’eSoçtout désigné pour servir en quelque sorte de domicile à l’eidôlon, non plus à 1 intérieur delà sépulture, mais à l’extérieur. Comment retenir et fixer l ame inquiète qui erre autour du tombeau, sinon en lui offrant I image même du corps qu elle a habité au cours de sa vie terrestre? 11 convient d ailleurs de se rappeler qu’une vieille idée fétichiste, qui a toujours vécu au fond de l’âme grecque, prête une âme aux statues. Les exemples abondent. Il nous suffira de mentionner une légende éclose en pleine époque classique, au ve siècle, celle de la statue de l’athlète thasien Théagénès, vainqueur à Olympie1. Son image, œuvre de Glaukias l’Eginète, est insultée, après sa mort, par un de ses ennemis, qui s’avise de fouetter l’effigie de bronze. L’àme du héros se venge de l’outrage ; la statue tombe sur l’agresseur et l’écrase. Citée en jugement comme une personne vivante, et condamnée pour meurtre, elle est jetée à la mer par les Thasiens. Un lécythe blanc d’Athènes nous fournit un autre exemple d’autant plus intéressant pour nous qu’il s agit d’une statue funéraire2. Il montre une statue de lion décorant un tombeau. L effigie de marbre semble prendre vie, et l’animal étend une patte vers le calathos chargé d offrandes qu apporte une femme, comme pour accepter les dons offerts au défunt. Il serait facile de multiplier les exemples empruntés aux textes ; l’imagination grecque n’a jamais perdu ce don de prêter une âme aux formes plastiques «pii représentent I apparence de la vie. Faut-il s’étonner si elle la exercé de bonne heure en l’appliquant aux statues de tombeaux? Assimiler la statue au mort lui-même, lui attribuer ce rôle de soutien de l’âme qui est d abord celui des terres cuites d’offrande, faire passer dans l’image, devenue extérieure, la vertu de prolonger b existence souterraine du défunt, peut-être même délivrer les survivants de la terreur que leur inspire l’âme errante, en b obligeant à habiter un corps de pierre, telles sont les préoccupations qui ont pu donner naissance aux statues funéraires. On a supposé que la statue tombale est issue du
1. Pansai lias, VI, il. Cf. E. Bolide, Psyché, I:!, p. iij4, note 2.
2. J’a publié ce monument; Strena Helbigiana, p. 4 1 -4 3 . Voir plus loin, p. io3, fig. 53.
L’ORIGINE DES STATUES FUNÉRAIRES
pilier funéraire. Celui-ci, d’abord amorphe, aurait été grossièrement façonné à l imitation du corps humain, pour prendre ensuite l’aspect d’une statue1 2. S il en était ainsi, le passage d’une forme à 1 autre s’expliquerait par le développement de la même idée. Comme le pilier, la statue qui en dérive serait aussi la demeure, l’eSoç de l’âme ".
Toutefois, les éléments nous font défaut pour invoquer à I appui de ces conclusions des preuves décisives. Nous ne connaissons pas de statues funéraires antérieures au début du vT siècle. Sans doute, à cette époque, les croyances primitives ont subi un recul, pour faire place à 1 idée de commémoration. La statue tombale est devenue le ctçjj. a de la sépulture ; elle a un double objet : conserver le souvenir du mort, et décorer son tombeau. On verra plus loin quelle reste d ailleurs conventionnelle, et qu elle n’a rien de commun avec le réalisme des statues égyptiennes. Au vT siècle, le mort sera représenté nu comme un athlète ou comme un dieu, dans toute la vigueur de sa force physique ; la morte aura F attitude solennelle d'une déesse. La statue trahira l’intention évidente de montrer le défunt héroïsé. Par là même, elle gardera un caractère d’exception, comme si elle était réservée à ceux que leur condition sociale mettait durant leur vie au-dessus du niveau moyen, et que la mort a élevés à la dignité de héros.