Deonna, Les « Apollons archaïques », p
2. M. Perrot assimile la statue du mort à « son double, comme aurait dit un Egyptien. » Hist. de l'Art, VIII, p. 128. Cf. Catien, art. Sepultura. Dict. des Antiquités, p. 1221. « La statue tombale est vraiment un double, au sens de la statuaire égyptienne. »
LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE
Ils sont à coup sûr inspirés par la croyance que, dans la vie d’outre-tombe, le mort a encore des besoins matériels ; les personnages de terre cuite déposés près de lui ont pour mission d \ subvenir. Ainsi s’expliquent toutes ces scènes de la vie familière et domestique : boulangères pétrissant le pain, lavandières au lavoir, femmes faisant, cuire des aliments, coiffeurs accommodant leurs clients, scribes écrivant, laboureurs à la charrue, en un mot tout un monde de serviteurs s’employant à assurer au défunt les commodités de la vie1.
A voir tous ces motifs, on est amené facilement à évoquer le souvenir des peintures et des bas-reliefs (pu décorent les murs des chambres funéraires dans les tombeaux égyptiens2. On songe surtout aux statuettes de bois ou de calcaire trouvées dans les tombes de l’Ancien Empire, et qui font cortège à la statue du mort. C’est bien de part et d’autre la même inspiration. Des serviteurs portant des sacs ou des coffrets, des femmes pétrissant la pâte, des boulangers façonnant des pains et des galettes, des esclaves attisant le feu, des brasseurs fabriquant la bière, ou la mettant dans des cruches, voilà des scènes bien semblables à celles que nous ont conservées les terres cuites béotiennes3. L analogie est si manifeste qu’on a pu se demander si, de I Egypte à la Grèce, ces types ne s étaient pas transmis par une sorte de filiation directe. Assurément, comme le fait remarquer M. Pottier, la chronologie crée une certaine difficulté. Ees statuettes égyptiennes datent des v' et vT dynasties, et sont par suite antérieures au moment où l’on peut placer le début des influences égyptiennes en Grèce. Tout au plus est-d permis d admettre que « les Grecs, mis en contact avec la vie égyptienne après la fondation de Naucratis, et pénétrés par l’ éducation qu’ils en recevaient, ont repris à leur compte les traditions des anciennes œuvres égyptiennes, parce qu elles leur paraissaient très bien convenir à leurs propres croyances4 ». Quelle que soit la solution que comporte ce problème, nous n avons ici qu’à retenir le fait suivant. Les sujets empruntés à la vie fa-
1. M. Pottier a publié une très intéressante série de ccs figurines appartenant au Louvre, Bull, de corresp. hellén., XXIV, igoo, p. 5io-5a3, pl. IX, X, XI. CL Arch. Zeituncj. 1874, pl. i4- Martha, Bull, de corresp. hellén., XVII, i8ft3, pl. I, p. 80. Courouniotis, ’Eçrjp.. àpy., 1896, p. 201, pl. 11. Miss Hutton, Greck terraeotta statuettes, fig. 3. On trouvera les principaux types réunis dans les planches de Winter, Die Typen der figürl. Terralcolten, pl. 33-36.
2. CL Pottier, art. cité, p. 5 20. Dragendorff, Thera, II, p. ia3.
3. Ludwig Borchardt, Die Dienerstatuen aus den Grabern des alten Reiches, Zeitschr. fixe segypt. Sprache, XXXV, 1897, p. 119-134. Cf. Maspero, Hist. des peuples de l'Orient, II, p. 533. Perrot. Hist. de l’Art, 1, p. 660.