Arcli. Jahrbucli, MI, 1892, Arch. Anzeiger, p
3. Ainsi dans les œnochoés du type de la « verseuse », où l’on voit, à l’attache du col et de la panse une figu-
Fig. 8. — Statuette de Chypre en pierre calcaire (Musée du Louvre).
LES TYPES DE LART ARCHAÏQUE
pour la décoration des loutrophores, cette sorte de formule plastique. Mais ils ne l’ont guère fait qu'à titre d’exception. Les loutrophores à décoration orientale, comme celle de Berlin, appartiennent en effet à une époque de transition. Bientôt la peinture céramique à ligures noires va revendiquer le privilège
qu elle avait possédé à l’époque du Dipylon. celui de retracer les épisodes du cérémonial funèbre. Les pleureuses vont retrouver leur place soit sur les plaques de terre cuite peinte offertes au mort, soit sur les loutrophores, véritables monuments funéraires destinés à être placés sur le tombeau ‘.
Aux viiT et vii" siècles, le rituel funéraire des Béotiens semble offrir des caractères un peu différents de ceux qu’on peut observer en Attique. Les ateliers béotiens ne fabriquent que par exception, en copiant d ailleurs des modèles du stvle dipvben, ces grands vases reproduisant des scènes de funérailles ipu sont si fréquents à Athènes2. Par contre, les lombes de l’époque dorienne livrent en grand nombre ces sujets familiers auxquels nous avons lait allusion plus haut, et dont la présence s’explique par la croyance à la vie matérielle que le mort continue à mener dans le tombeau. Les pleureuses 11e se séparent pas de tout ce monde d’artisans et de serviteurs, dont la mission est de subvenir aux besoins du mort. N’est-ce pas, smon la même idée, au moins une préoccupation très voisine de celle-là, qui porte les survivants à déposer dans la tombe des figures de pleureuses? Elles ont, elles aussi, un office à remplir auprès du défunt . Elles l’entourent, dans sa sépulture, comme elles l’ont entouré pendant la cérémonie des funérailles. Elles témoignent qu’il n’a pas été enseveli « sans larmes » (ax’Àauatoç) et elles perpétuent le souvenir du deuil. Le mort a son cortège de pleureuses, comme d a près de lui tout un petit monde de
rine de femme modelée eri relief et tenant à deux mains une cruche appuyée contre son corps. Le sens funéraire do ces figures reste douteux. 11 ne faut guère y voir, à notre avis, qu’un décor plastique. Cf. Pottier, Catalogue des vases ont. du Louvre, p. 1 1 3. Ileuzey, Gaz. arch., 1889, p. 1-6. Herrmann, Dus Graeberfetd ans Marion auf Cypern, [1. 53-58 et notre article cité, Revue des Etudes grecques, iqo3, p. 3 1 6-3 19.
1 . Voir notre article Loutrophoros, Dict. des Antiquités gr. et romaines.
2. Ainsi le vase publié par M. Pottier, Vases antiques 1I11 Louvre, pl. 21, A. 575.
L’ORIGINE DES STATUES FUNÉRAIRES
serviteurs. Quand les sujets familiers ne répondent plus à des croyances épurées et dégagées de la grossièreté primitive, les pleureuses gardent encore leur place dans la tombe, au moins en Béotie. Mais les coroplastes ont esquissé là un motif dont la sculpture va s’emparer, pour le faire sortir île la tombe et 1 élever à la dignité de statue funéraire. Ce type est un de ceux que l ai t attique traitera avec le plus de prédilection. Devenues tantôt des statues de marbre, tantôt des figures de bas-relief, comme dans le célèbre sarcophage de Selon, les pleureuses joueront le rôle de gardiennes du tombeau, ou formeront le chœur douloureux et charmant qui nous offre la plus pure image du deuil silencieux et recueilli.
Nous avons vu, par des exemples précis, comment certains types traités par la sculpture funéraire ont leur origine dans les figurines d’offrande1. Nous devons maintenant résumer brièvement les conclusions qui se dégagent de notre étude. En Grèce, les premières formes plastiques destinées à assurer au défunt soit le soutien de son existence à demi-matérielle, soit la satisfaction des besoins inhérents à sa vie d outre-tombe, ont été des figurines de terre cuite déposées dans le tombeau. Mais ces formes jieuvent facilement passer de f obscurité de la tombe au grand jour: il n’y a pas de différence essentielle entre les offrandes déposées dans la sépulture et la décoration extérieure du tombeau. O11 a vu comment certains tvpes peuvent être en quelque sorte évoqués par la sculpture qui y cherche I idée première de ses créations.
Entre les croyances égyptiennes et les croyances grecques, nous avons relevé bien des traits communs. Ils ne nous autorisent cependant pas à affirmer que la Grèce a emprunté à l’Egvpte l’usage des statues funéraires. Celles-ci n apparaissent j>as avant la fin du vif siècle dans les pays helléniques. Or, à cette date, les coutumes funéraires sont depuis longtemps fixées, et en regard du luxe et de 1 ampleur des sépultures égyptiennes, la tombe grecque conserve un caractère presque rudimentaire. Si, comme nous le verrons, les statues funéraires du tvpe viril off rent des rapports souvent reconnus avec certains types égyptiens, il 11 v a là qu’une influence de sl\ le très générale, qui est proprement du domaine de I art ; les idées 11c sont point en jeu. bout au jdus peut-011 dire
1. G. Koerte indique avec raison qu’il ne faut pas perdre de vue cette idée : on place sur le tombeau ce qui primitivement était déposé à l’intérieur. Athen. Mittheil., XXIV, i8gg, p. io. Cl. Weirker. Der Seclenvogel, P- 9-
LES TYPES DE L’ART ARCHAÏQUE
que la stalue de tombeau est issue eu Grèce de croyances voisines de celles de l’Egypte, cju’elle a pu, au moins au début, être considérée comme le support de l ame, en vertu d’une conception dont nous avons fait la part.
Mais s’il faut tenir compte de ces analogies, il convient de faire ressortir les différences. En Grèce, la statue de tombeau n est pas la règle ; elle reste toujours exceptionnelle. Elle a pour objet, soit de rappeler la nature supérieure du défunt, élevé par la mort à 1 héroïsaüon, suivant une idée toute grecque, soit de perpétuer son souvenir aux yeux des survivants1. Elle ne se caclie pas, comme en Egypte, dans la chambre funéraire ; sculptée pour décorer le tombeau, elle est extérieure, apparente, faite pour frapper le regard de tous. En ce sens, elle est vraiment une œuvre d’art, et loin d’être asservie à des formules immuables, elle peut se prêter à tous les progrès de la plastique, comme elle peut refléter l’évolution des croyances et traduire, sous le ciseau des maîtres, les plus délicates nuances des sentiments.
i. Cf. Furtwaengler, Collection SabouroJJ, Introduction, j>. 53-55.