‹ Les statues funéraires dans l'art grecChapitre 4 sur 212 · I. — CROYANCES ÉGYPTIENNES ET CROYANCES GRECQUES · texte numérisé non relu

I. — CROYANCES ÉGYPTIENNES ET CROYANCES GRECQUES

Le rôle de la statue funéraire dans la tombe égyptienne est bien connu. J1 a été trop nettement défini pour que nous ne nous bornions pas ici à le rappeler brièvement Les idées des Egyptiens sur la vie future créaient aux survivants l’obligation stricte d assurer la durée de l’élément à demi matériel qui subsistait après la mort. Cet élément, c’était le kâ, le double, que M. Maspero définit comme ci un second exemplaire du corps, en une matière moins dense (pie la matière corporelle, une projection colorée, mais aérienne, de I individu, le reproduisant trait pour trait, enfant , s’il s’agissait d’un enfant, femme, s’il s agissait d’une femme, homme, s’il s agissait d un homme2 ». Selon les plus anciennes croyances, on imaginait que cette sorte de fantôme dégageait une lueur pâle, et le double était aussi pour les Égyptiens le lumineux. Entretenir la vie du double, assurer ainsi au défunt une véritable survivance, telle est la préoccupation qui préside à l’aménagement de la tombe égyptienne. C’est. pour cette raison que les bas-reliefs sculptés et peints sur les murs de la chapelle funéraire reproduisent toutes ces scènes si connues et si souvent décrites, défilés de Figures apportant des offrandes et conduisant des troupeaux, apprêts de repas, scènes de chasse, de labourage, de semaillc et de récolte. Tout ce peuple de serviteurs s’agite et travaille pour procurer au défunt, dans sa maison éternelle, les jouissances el les commodités de la vie.

Au fond de la chapelle se dresse, parfois en plusieurs exemplaires, la statue du mort. Elle est vraiment le soutien de la vie à demi matérielle (pic mène le double dans 1 obscurité du tombeau. Sans elle, il serait condamné à sedissoudre et à périr. Aussi que de précautions pour garantir la durée de cette effigie! « De là, écrit encore M. Maspero, le nombre vraiment, étonnant qu’on en cachait parfois dans une même tombe: on multipliait les soutiens, les corps im-

1. Vous renvoyons surtout aux études de M. Maspero : Histoire des âmes dans l'ancienne Égypte, Bulletin de l'Association scientifique de France, 187g, n° 5g4, p. 38 1 et suivantes ; Mémoires du Congres des Orientalistes de Lyon, t. I; Études égyptiennes, t. I, 21- fascicule; Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, I, p. 2 5 1 - 208. Cf. Perrot, Hist. de l’Art, I, p. 1 4 1 et suivantes. Erman, Æqypten, IL, p. 4G- Loret, Annales du Musée Guimct, X, p. 525 et suiv. G. Foucart, La religion el l’art dans l’Egypte ancienne (Extrait de la Revue des Idées, 1 5 novembre 1908).

2. Maspero, Bull, de l’Assoc. scicntif., 187g, n° 5g4 . p 38l.

périssables du double, afin de lui assurer une presque immortalité, et le soin qu’on prenait de les emprisonner dans une retraite bien close augmentait leur sécurité1. »Onne doutait pas d’ailleurs que le double eût vraiment élu domicile dans ce corps de bois ou de pierre. « Comme on enchaînait le double du dieu à une idole pour la transformer en un être prophétique, capable de mouvement et de parole au fond des temples, lorsqu’on attachait celui d’un homme à l’effigie en pierre, en métal ou en bois du corps qui l’avait porté pendant l’existence terrestre, c’était une véritable personne vivante que l’on créait et que l’on introduisait dans le tombeau 2. » Les fouilles de M. de Morgan à Dashour ont fait connaître un monument fort curieux attestant que la statue était bien, dans le plus ancien rituel, traitée comme un être vivant. C’est l’effigie en bois d’un personnage royal complètement nu. Il semble qu’on trouve ici le commentaire des textes hiératiques oîi il est question de I habillement des statues funéraires3. On donnait en effet aux statues primitives un ajustement complet et réel, perruque, pagne et bijoux ; on leur mettait en main le bâton de marche ; en un mot, on procédait à leur toilette comme s’il se lût agi d’une personne vivante. C’est seulement quand cet habillement effectif tombe en désuétude que le sculpteur se borne à en reproduire l apparence dans le bois ou dans la pierre. Mais pendant longtemps la croyance à la vie réelle de la statue ne s’affaiblit pas. Aussi la sculpture a-t-elle pour tâche de rendre le plus fidèlement possible l’attitude pour ainsi dire professionnelle et la physionomie du mort. Si l’art de l’Ancien Empire nous a laissé tant d oeuvres où se manifeste une curieuse recherche de réalisme, c’est que, dans les croyances égyptiennes, l’âme du défunt réclamait, pour l’habiter au cours de sa vie d outre-tombe, un corps de pierre ou de bois semblable de tout point au corps mortel quelle venait de quitter4 5.

A bien des égards, les idées primitives des Grecs sur la vie future présentent des analogies, souvent signalées, avec celles des Egy ptiens A La plus ancienne forme de ces croyances est celle que Fustel de Coulanges a définie avec une grande précision. « L’opinion première de ces antiques générations fut que

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