I. — LES FIGURES D’HOMMES
Les textes nous font connaître quelques statues tombales exécutées au iv1’ siècle. Celle de Xénophon, sculptée en marbre pentélique. se dressait à Skillonte sur sa sépulture U C’était sans doute un portrait, conçu dans le même esprit que les statues honorifiques de personnages illustres, devenues si fréquentes. Un autre texte signale comme un des plus remarquables, parmi les tombeaux de la voie sacrée d Eleusis, celui du poète Théodecte de Pliasélis. qui prit part au concours institué par Artémisia pour l’éloge funèbre de son mari, Mausolos ; il était décoré des statues des jioètes grecs les plus célèbres depuis Homère". Il est donc permis de croire que, dans certains cas, la scu bit ure funéraire se confondait avec la sculpture de portraits, et peut-être possédons-nous dans nos musées des effigies de poètes ou d écrivains qui nous
i . Pausanias, V , 6, 6.
•i. Pausanias. t, 37, !\. Cf. Pseudo-Plutarque, I ie des dix orateurs, p, 837 D.
LE IV- SIÈCLE. — LES IMAGES DES DÉFUNTS i45
conservent des copies de statues tombales1 2 3 4. On comprend que l i dentification présente des difficultés insolubles.
Pourtant, les artistes restent le plus souvent fidèles aux types généraux et impersonnels, ceux-là mêmes qui constituent le répertoire des sculpteurs de stèles. Pausanias mentionne une statue qu il a vue encore en place au Céramique d’Athènes, près de la porte du Pirée. Elle était signée de Praxitèle, et représentait un personnage en costume militaire debout près de son cheval '. Il n’y a aucune raison de l’ attribuer a Praxitèle I ancien, plutôt cru’ au maître de la Cnidienne, et 1 argument tiré de la présence d’un motif analogue sur les vases apuliens, au début du iv' siècle, est sans valeur . En réalité, le sujet est fort ancien. 11 apparaît déjà, avant les guerres médiques, dans les statues votives archaïques, témoin les fragments d un groupe trouvé sur l’Acropole*. D’autre part les
1. M. Reisch remarque justement que beaucoup des statues de poètes et de musiciens mentionnées par les textes sont îles statues funéraires ou honorifiques. Griech. Weihricschenhe, p. 53.
2. Pausanias, I, 2, 3. Cf. Hitzig-Bluemner, Pausanios. I, p. 12S.
3. Watzinger, De vase, piclis tarent, inis, p. 26. Pour l’attribution de la statue au grand sculpteur Praxitèle, voir Wolters, Athen. Miltheil., XVIII, 1 8ç>3 , p. 6.
4. W inter, Arch. Jalirb., VIII, iSi,3. p. i\-2, 1 4 b. Il y avait aussi sur 1 Vcropole une statue archaïque d An-
Pliol Alinaii
Fig. 78. — Stèle funéraire de Panai tios (Musée national d’Athènes).
1 46 LES STATUES FUNÉRAIRES DU Ve ET DU IVe SIÈCLE
stèles attiques nous font voir cru il était couramment traité au ivc siècle.
Une stèle de l’ancienne collection Tyskiewicz montre un personnage barbu, portant le costume des cavaliers athéniens, chlamycle et pétase, tenant sa lance, et debout auprès de son cheval, en présence cl un homme plus âgé ‘.
Un motif analogue se retrouve sur des stèles décorées de loutrophores, témoin celle de Panaitios 2 (fig. 78). Enfin le témoignage des vases apuliens atteste que le sujet avait été adopté dans les ateliers de la Grande-Grèce pour des statues funéraires \ Sur un vase médit du Musée "Vivenel, à Compïègne \ est représenté un jeune cavalier armé de la lance, s’appuyant nonchalamment sur son cheval, dans une attitude aisée qui évoque le
Fig. 79. — Cavalier près de son cheval. Peinture d’un vase souvenir (le Certaines fi°UreS
du Musée Vivenel (Compiègne).
praxitéliennes (fig. 79). C’était donc un thème familier à la sculpture funéraire cju avait traité Praxitèle dans son groupe du Céramique ; mais il I avait sans cloute renouvelé par le
thémion, fils de Diphilos, accompagné de son cheval. Elle avait été dédiée par Anthémion pour rappeler son passage de la classe des 0fjTs; dans celle des [-r.it.'. Aristote, ’A0r(v. r.oX'. rsta, VII. Cf. Helbig, Les iâiïeîç athéniens. Mémoires de U Acad, des Iriser.. XXXV II. 1902, p. i58.
1. Conze, Alt. Grabreliefs, n° 1001. M. Conze pense que la stèle peut encore appartenir au vc siècle.
2. AU. Grabreliefs. n» 1062, pl. GCXVI. Cf. le lécythe d’Hégémon, n° io65,le lécythe de Théseus, n° 1127, pi. CCXXXV.
3. Watzinger, ouvr. cité, p. 2 G. Vase de la collection Jatta, nos 409, 434, 425. Vases de Naples, Heydcmann, 1985, 2022, 2if|3, 2208, 2388. Inghirami, I, pl. 20. Vase du British Muséum, A4 alters, Cotai.. IV, n° F. 284-
4. Je dois la communication de ce document à l’obligeance de M. Pottier.
LE IVe SIECLE. — LES
rythme des lignes cl la grâce du mouvement 1 .
Les peintures céramiques de I I lalie méridionale nous apprennent encore par un autre exemple que les types généraux de la statuaire attique ont pénétré dans les ateliers tarentms. Une de ces peintures représente un jeune homme appuyé sur un pilier, tenant de la main droite un oiseau, et de la gauche une palme 2. Le rapprochement s’impose avec un marbre trouvé à Athènes, au Dipylon. en i8y33 (lig.
80). Sur un fond à peine dégrossi se détache la figure d’un éphèbe vainqueur, qui tient une palme de la main gauche, et ramenait la main droite, aujourd hui disparue, vers la couronne dont sa tète est ceinte. Esl-ce un relief ou une statue ? Suivant I hypothèse la plus plausible, le sculpteur avait commencé une statue ; mais il n’a pas terminé son travail, ni pris le soin de dégager la figure du bloc de marbre où il avait déjà modelé la partie antérieure. L’œuvre inachevée prend ainsi I aspect d un bas-relief dont le fond n aurait pas été ravalé. Vu reste, il s agit ici d une sculpture médiocre, taillée dans un marbre pentélique de qualité secondaire, el I analogie avec
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l u;. 80. — Statue inachevée d’un jeune athlète, trouvée au Dipylon (Musée national d’Athènes).
suggère M. Salomon Reinach, rapprocher le groupe de