‹ Les statuettes de terre cuite dans l'antiquitéChapitre 125 sur 133 · PI · texte numérisé non relu

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sait encore a modeler de petites figures en cire et on aroile. D'un autre cote, les rites funeraires contribuaient a prolonger i existence de ces pieux ex-voto.

11 sul'fit de jeter un coup d'oeil sur les produits ceramiques des autres provinces de I Empire pour constater que si la decadence s’y manifesto par des indices tout aussi clairs, ils ne tombent pourtant pas a ce degre d'abaissement.

Nous avons note a Tarse des motifs qui attestent 1'inlluence de la civilisation romaine. On a quelques raisons de croire qu’en effet, la fabrication des terres cuites s’est prolongee assez tard dans ce centre1. Dans la region d’Asie Mineure se rencontrent des representations de gladiateurs5, des caricatures curieuses de fonctionnaires romains, a la physionomie rebarbative et coruiquement solennelle, drapes majestueusement dans leur toge.

Alexandrie d’Egypte offre des specimens d’un art qui appartient a la periode imperiale, car les details techniques sont semblables a ceux que nous venons d’etudier : diminution ou disparition du Iron d’event, bases cylindriques, formes empatees, motifs inspires par la plastique romaine. Mais on se sent en presence d’une civilisation qui a derriere elle un long et glorieux passe; (die lutte encore pour eonserver dans sa ceramique les traditions du passe et l originalite deslvpes nationaux. En voici

Fig. 84.

Buste d’Ainmon.

(D’apres l’original du Louvre.)

1. M. Heuzoy pense qu’elle dure encore au temps de Trajan; Fragments tie Tame, p. ‘20.

‘2. Frodmer, Collection Grtau, pi. f>4.

un exemple clioisi dans la collection du Louvre (fig. 84). C’est un dieu Ammon avec la haute coiffure en psclient sur la tete et la barbiche postiche sous le menton. L’aspect general ne differe pas des nombreux bustes d’enfants portant au cou la bulla ; mais le sujet a ete habille a l’egyptienne. Les necropoles de l’Afrique romaine, en particular celle de Sousse (ancienne Hadrumete), out fourni aussi des statuettes datant de l’epoque imperiale1 2 * * * * *. Quelques types interessants figuraient a l’Exposition de 1889 dans la section de Tunisie. L’inlluence des motifs hellenistiques yest encore Ires sensible ; on y conrpte des representations de Venus nue, d’ephebe en costume phrygien jouant de la lyre, de cavalier, de dieu lies; ce dernier atteste la survivance de 1’ element phenicien dans ces regions. D’autres compositions sont manifestement inspirees par la vue d’episodes familiers et propres a l’Afrique : signalons entre autres un personnage assis sur un chameau et portant deux gargoulettes. L’animal connu et redoute de tous les Africains, le lion, se presente sous une forme remarquablement soignee et etudiee d'apres nature. Aux ceremonies de la religion nationale les modeleurs ont emprunte des images de pretrcs ou d 'or ants tenant un belier, puisant l’encens dans un vase pour le bruler sur un petit thuribulum 8. Tonies ces images ont un caractere bien local et, malgre la negligence ordinaire du style, revelent des efforts persistants pour creer une ceramique indigene.

Nous devrions, en terminant, fixer la date a laquelle

1. Do Lacomble et llannezo, Bulletin arch, du Comite des travaux historiques, 18S9, p. 110, pi. o.

2. Casual, Archives des Missions scienli fiqucs , 3° serie, tome xi,

1885, p. 27-29, pi. 14- Dans la pi. 15, enfant accroupi, tenant un

oiseau et une grappe de raisin, derive du motif liellenistique bien

connu. Un type de pretre portant le belier ou le cbevreau a ete

recueilli a Carthage mSme par M1I. Reinacli et liabelon, Bulletin

arch, du Comite des trav. hist., 1886, p. 31, pi. 3.

244 LES STATl ETTES DE TERRE CU1TE.

prcnnent fin ces manifestations d’nn art expirant. II n’cst Kuere possible, dans l'etat de nos connaissances, d’assigner lllie epoque precise a ce terme supreme. L’industrie ceramique, suivant les regions et suivant les circonstances, a pu prolonger plus ou moins longtemps la fabrication des petites idoles. Celle-ci s’est eteinte peu a pen dans

chaque centre, a mesure que les progres irresistibles du christianisme abolissaient, avec le culte des dieux patens, les pratiques de l'idolatrie. 11 parait peu probable qu’elleaitpersistfe audela dn i\"si6cle de notre ere et, en beaucoup d’endroits, elle a du decroitre rapidement a partir du n° siecle. Parmi les monuments de la periode imperiale, on remarque une terre cuite qui semble un dernier deli porte & l'inlluence chretienne et une sorte de vengeance exercee centre les proscription's des idoles : c’est une caricature du Christ represente en tine, comme dansle celebre graffite de Pompei; il a les sabots et les grandes oreilles de l’animal ridicidise; il est veto de la toge romaine et tient de la main gauche un livre, l'Kvangile (tig- $•>). lertullien, qui viva i t au commencement du m" siecle, nous apprend avec indignation qu’un peintre de son temps avait imagine cette plaisanterie Inipie1. I.a satire eut, parait— il, du succes, mais elle n'empecba pas la mort des petites industries qui vivaient surtout des ceremonies du paganisme. Les

Fig. 85. — Caricature du Christ.

(Ex trait lie 1 'Hist, des Romains de Duruy, v, p. 795.)

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