‹ Les statuettes de terre cuite dans l'antiquitéChapitre 14 sur 133 · CHAP1TRE III · texte numérisé non relu

CHAP1TRE III

LA CONSTITUTION DES STYLES ET DES SUJETS

Dans le chapilre qui precede nous avons vu les tatonnements par lesquels chaque peuple de Pantiquite a passe pourarriver a fabriquer une terre cuite qui eut it peu pres l’apparence humainc. Si etrange que le fait paraisse a nos yeux tout impregnes des lour enfance de formes correctes ct perfectionnees, la Grece n’a pas procede autrement que les sauvasres de la Polynesie. C’cst le fruit de notre educalion, formee par les oeuvres accumulees de trente siecles, de ne pouvoir, sans un grand effort de V esprit, nous figurer une societe ignorante des elements les plus simples, reduite a tirer tout de son imagination, sans autre guide que l'inslinct. Pour cette raison nous avons cru devoir insister sur les (‘bandies primitives; elles nous feront juger du chemin parcouru dans la suite et elles demontreront mieux que toute autre chose la prodigieuse intelligence des Grecs en matiere d’art. Lours debuts ne different pas le moins du monde des grossiers essais de toute race encore plongee dans la barbarie. Mais, lii oil d’autress'arretent, ils prennent lour elan definitif. A peine se son t-ils degages des rudiments del’art plastique, a peine ont-ils appris a mettre debout sur ses pieds un bonhomme d’argile, que tout de suite leur science s'etend el s’affermit. Ils entrevoient ce quo d’autres

LES STATUETTES DE TEltttE CU1TE.

ont laisse de cote; ils serrent la verite du nu de plus pres, ils s’instruisent des details anatoiniques et de la musculature, ils songent deja au parti que la sculpture pout tirer des etoffes et des plis ondoyants, idee fecondc qui leur assurera bientot une veritable superiority bn un mot, apres les premieres lecons de fa$o image, nous allons assister a la naissance de ce qu’on appclle le style.

Cc qui frappe, en effet, dans les premiers essais ceramiques, sur quelque point du monde qu’on les rencontre, c’est un grand air do famille. Si lc modeleur beotien met deux bouleltes en guise d'veux et un morceau de p<He crochu pour ncz a ses idoles, est-ce parce qu'il a vu proceder ainsi l’artisan chaldeen ou troyen? Assurement non. 11 est trop eloigne par la distance et par le temps pour s en douter. Mais il obeit a une loi commune qui regit tout travail humain a ses debuts : la simplification complete des formes, la substitution du plan au rneplat, la preference de l’ensemble reproduit sommairement au detail etudieen particulier. Ce n’est pas a dire que nous supposions l’ouvrier grec s’exerQant sans aucun modele et s'adressant directement a la nature pour la copier. Ce serait se meprendre tout a fait sur notre ponsee. Des l’epoquc la plusreculee, le commerce des Pheniciens et des aulres peoples marins avail repandu par milli ei's dans les regions voisines de la Medilerranee des objets qui devaient passerdemain en main et eveiller l'altention curieuse des artistes : armures, etoffes, bijoux, vases de metal el de tern' cuile, amulettes, telle eta i t la pacolillc que le cabotage jetait a travers les plages des i les et de la Creco. Ilomen' nous decrit deja les mu'urs de ces vendeurs passagers, pirates a l’occasion et marchands d’esclaves. Les oeuvres a imiler ne manquaient done pas et 1’on a plus d’une fois signale la ressemblance des peintures de vases archaiques avee les figures representees sur les cylindres assyriens, sur les pierres gravees des lies, sur les coupes

LA CONSTITUTION OES STYLES ET DES SUJETS

pheniciennes d’argent et de bronze. Mais, quel que fut le modele, la main de l'arlisan n’etait pas assez souple, dans la periode des premiers tatonnements, pour creer autre chose que d’informes fetiches. Qu’il semiten presence d’un type vivant ou qu’il s’ingeniat a copier les gravures d’un beau cachet oriental, il devait necessairement ahoutir a un resultat analogue.

Ce que l’imagerie orientale lui a surtout appris, c’est a donner un corps a ses idees sur la religion, sur les dieux et les etres fabuleux dont son imagination aimait a peupler lunivers. he ses propres croyancesetde la vue des types orientaux le Grec a forme un etrange amalgame qui constitue la plupart de ses legcndes mythologiques. lieaucoup d’entrc dies ne reposent que sur une erreur d’interpretation, sur tine histoire creee do toutes pieces pour expliquer un motif egyptien, assyrien ou asiatique : ainsi sunt nees les images d’Harpocrate enfant, des Sirenes et des Harpyes, de la Chimere, du Sphinx, etc.1. Quant aux principes de plastique el de dessin, le modele oriental ne parait pas avoir fourni autre chose aux Grecs que des donnees generates sur la forme. C’est pourquoi tous les essais sont marques a la lnerne empreinte de naivete et de gaucherie. Plus tard, au contraire, quand l’ouvrier est a peu pres maitre du faconnage, il etudie de plus pres ses modules ; il essaie de rendre, non pas seulement l’aspect d’ensemble, mais le detail des traits et des costumes, ou bien il les modifie suivant la tournure originale de son esprit et d’apres ses propres observations sur la nature : alors il devient artiste et ses oeuvres acquierent un style personnel.

La periode ou les styles se constituent varie de date suivant les pays, comme la phase des premiers essais. Mais il resulte de I’etude des documents que l’epoque du

1. Voy. l’introduction de M. IJeuzey, Catalogue, p. 10-15, et l'ouvrago de M. Clennont-Ganneau, l' Imager ie phenicieune, Paris, 18S0.

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plus grand developpeinent artistique dans lcs lies ol en Grece n’est guere anterieure au vn® siecle et au debut du vr . Les faits historiques expliquent cctte subite eclosion sur Lous les points du monde ancien a la fois. D’une part, le regne glorieux des Sargonides, qui poussent les confins do 1’ empire chaldeo-assyrien jusqu’aux rivages de la Syrie et de l’Arabieau \ n siecle, d'autre part l ouverture de 1 Lgypte aux mercenaires grecs, appeles par Psammetique et par Amasis a la fin du vu° et au debut du vr siecle, mettent le monde hellenique des iles et du continent en contact direct avec les deux grands foyers de la civilisation orientale. Jusqu’alors les modules n’etaient parvenus aux Hellenes que par une sorte d’infiltration lentc et generalemenl alteres par les contrefacons commerciales des Pheniciens. Maintenant, c'esl une penetration complete et rcciproque de l’esprit semitique et du genie aryen. La fortune toujours croissante du grand empire asialique amenc la construction des palais ninivites on s’exerce l'habilete d une foule d’artistes. Les Milesiens s’installent a renibouchure du Nil; la confederation des iles grecques prend possession de Naucralis, dans l’interieur memo du Delta. C’est une maree montante oil Phellenisme se pousse au premier rang et absorbe par tous les pores l air vivifiant qui 1 ni vient de l'Orient. Nous allons voir quel esprit nouveau il en rapporte et quelle originality y gagnent les oeuvres ceramiques.

Le caracterc (Limitation orientale est surtout marque en Phenieie et a Cbypre. Nous avons signale plus baut deux groupes de statuettes, dans lesquels M. Heuzey retrouve les caracteres d’un style jiseudo-assyrien et d un style psendoegyptien'. Au premier typeappartiennent des representations de chars monies par des guerriers coiffes d’un casque conique*, qui rappellent les grands bas-reliefs des palais nini-

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