‹ Les statuettes de terre cuite dans l'antiquitéChapitre 22 sur 133 · lleuzev, Figurines , pi. 18 bis. n0* 5 et · texte numérisé non relu

lleuzev, Figurines , pi. 18 bis. n0* 5 et

que prenncnt les champs et les vignobles pendant I'hiver; leur vivo imagination s’est emparee de ce spectacle pour le transformer en mythe religieux. La Terre inerte et lugubre devient Demeter (I’rj m-cnp) a (jui la mort, Hades oul’luton, a ravi sa fi lie Core, c'est-a-dire la jeunesse, le renouveau. Quand la saison ramene la vegetation a la surface du sol, c’cst la reunion de la mere et de la tille, c’est la joie et l’ivresse du printemps. Le rrieme symbolisine mythologique s’applique aux metamorphoses de la vigne. lacchos esl le tils de Demeter. Coniine la jeune Core represente le hie, il incarne la seve gonllant les bourgeons de la vigne. Dieu mourant periodiquement pour ressusciter aver le printemps, il est amend naturellement a entrer en relations avec les demeures infernales. II est associe aux grandes deesses et assis coniine un petit enfant a leurs pieds dans certaines terres cuites d’ltalie1. Puis il devient l’epoux de Core et se substitue completement an dieu des enfers, Hades ou Pluton. Qu’on nous permelte de reproduire line page de.M. .1. Girard qui decrit les solennites dionysiaques et insiste sur le double role de Bacchus, dieu du vin et puissance chthonienne. « Un caractere d’antiquite est fortement marque dans les Anthestdries par la double nature de la fete, qui esl brillante commc il convient a la fete des lleurs, mais aussi inystcrieuse et triste. Les jours pendant lesquels elle se celebrait etaient nelastes (pixpai, d-o^pios?) ; on fermait les temples et certains rites s’adressaient aux morts. Sous ces formes s’exprimaient un sentiment profond, une emotion, une craintc en presence du double mystere de la nature renaissante et de la fermentation du vin accomplie. 11 fallait conjurer la colere des puissantes divinitds qui presidaient a ces grands fails. II fallait aussi s’associer aux

I. ticrliard, Aiililic liildu'crkr , [I. 'i ; vuy. Sa^lio, Diclionnairc tics Anlit/uilds (jrecqueti cl rvmaines, i, p. 1041), lijj. I -UT.

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epreuvcs do certaines d’entre olios ot a leur etrange destinee.... L’antique statue on bois (?6avov) do Dionysos Eleuthereus btail tiree du vieux temple do Li in mo ot transports dans un potil temple du Ceramique exterieur. C’est do la qu’elle partait pour faire son entree dans la ville ct revenir au temple do Limine, oil ellc etait censee elre introduite pour la premiere fois. Elio s’avantjait en grande pompo, suivant les rites do la ceremonie nuptiale, portee sur un char, accompagnee d un brillant cortege. A cote d’elle etait assise la femme de Earchonte-roi, qui flgurait l’epouse. La procession des Dionysies parait avoir etc uno reproduction partielle de cello des Anthesteries. De memo la statue de Dionysos Eleuthereus etait tiree d’un temple de Limine et transports a un autre sanctuaire du dieu, voisin de l’Academie. De la il revenait en grande pompe au Lenaeon pour presider a sa fete. La procession etait magnilique; toute la cite, les pretres, les magistrats, les chevaliers, les citoyens ranges par tribus, les ephebes, y prenaient part1. »

Voici enfin la partie la plus solennelle des fetes attiques; c’est la grande procession des fetes eleusiniennes qui conduit l’epoux mystique Iacchos vers la jeune Core. Le 20 du mois Boedromion, les pretres et les inities se rassemblaient, au milieu d’un concours immense du peuple. Le cortege s’organisait dans le Pompeion, edifice destine a la preparation des ceremonies publiques, et Eon se mettait en marche a travers le Ceramique pour gagner la Voie Sacree. La statue du dieu etait precedee par le Iacchagogos, directeur de la pompe sacree, ct escortee de douze pretresses. On portait les ustensiles mystiques, le vase, la ciste, et dans un sac les jouets de Bacchus enfant, osselets, balle, toupie et poupee de laine. La troupe des inities suivait, chacun

1. Article Diomjsia clans le Diclionnaire de Saglio, n, p. 235, 238,

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tenant une torche, line couronne de rnyrte sur la tele. Les ephebes en armes formaient coniine une garde d’honneur. Puis venait la foule sans ordre, bruyante et chantant avec les mvstes le cantique a Iacchos. A chacun des sanctuaires etablis corame des reposoirs le long de la Yoie Sacree, on faisait halte pour olTrir des sacrifices et des libations, executor des danses religieuses. Aussi la procession n’avan^ait quo tres lentement. Partie d’Athenes le matin, elle n’arrivait a Eleusis que dans la nuit, a la lueur des inilliers de flambeaux qui elevaient lour fumee rougeatre et leurs etincclles dans l’obscurite. Le dieu penetrait alors dans le sanctuaire des Grandes Deesses el les profanes etaient rigoureusement exclus de 1'enceinte pendant toute la duree des ceremonies, qui occupaient les deux journees suivantes. Le 24, la partie secrete des Gleusinies, les initiations, etait terminee : la fete redevenait jniblique. Des banquets, des jeux, des representations theatrales attiraient de nouveau les spectateurs de tous les environs. Le 2d, les inities retournaient processionnellement a Athenes : c’etait la partie la plusjoveuse de la fete. La populace athenienne, a pied ou dans des chariots, le visage convert de masques, venait se poster au pout du Cephise et, quand le cortege religieux debouchait sur la route, il etait accueilli par des la/.zis et des plaisanleries grossieres auxquels les inities repondaient avec entrain. (',i> concours singulier avail ses recompenses, et le vainqueur, dans cette bataille de gros mots, recevail une bandelette. Aux portes d’Athenes, on procedait une derniere lois a des libations saintes du cote de 1 orient et de 1 Occident en l’honneur des dieux des \ hauls el des mods, on remettait 1 i dole dans son temple, el la vi lie reprenail son aspect accoutumfi1.

1 . , J I'nipruntt' ccs details a mi article mnniiscrit de E. Lcnonnaut sui- les Elcusima, destine au Uictionnaire dev Antiquity* de Saglio.

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Le role nouveau de Bacchus, ses relations avec les grands mvsteres, et par suite avec le monde des morts, nous sont maintenant bien connus. Nous ne nous etonnerons plus de trouver ses images melees, des le ve siecle, aux ex-voto deposes dans les sepultures, et quand nous verrons, apres l’epoque d’ Alexandre,, son culte s’etendre et se ramifier dans toutes les parties du monde ancien, au point d’eliminer les grandes deesses elles-memes, nous nous souviendrons des elements mystiques qui composent sa nouvelle incarnation et qui l’ont fait admettre dans le cycle des puissances infernales. Sous la multiplicitedes legendes etdescroyances qui ont, comme a plaisir, embrouilleet complique la nature de ce dieu, on retrouve, en somme, le symbole le plus simple et le plus pratique que la Grece ait jamais cree : la Terre nourriciere, avec les deux produits essentiels a l’existence humaine, le pain et le vin, forme une sorte de trinite sainte sous les trails de Demeter, la mere, Core et Dionysos, la fdle et le fils, qui sont en meme temps epoux mystiquement unis. Une grossiere idole en terre cuite de Preneste symbolise cette triade sous 1 aspect le plus clair : Demeter debout pose une main de cliaque cote sur l’epaule d’lacchos et de Core qui se pressenttendrement contre elle1.

Les artistes grecs ont trouve, pour exprimer le caractere chthonien des trois divinites, une forme rappelant par un procede ingenieux leurs relations avec la vie vegetative qui sommeille au sein de la terre et qui fail ensuite son apparition a la surface du sol. Au moyen d’une mince couche d’argile petrie dans le creux d'un moule, i Is fagonnent de grands masques on bustes, coupes a la ceinture, qui reproduisent les traits d’une matrone a la physionomie austere, la tete couverte d’un voile (Demeter), ceux d’une

1. Gerhard, Antiice Bildwerke, pi. 4. n° 1 : vov. Saglio, Dictionnaire des Antiquittfs, i, p. 1062, fig'. 1507.

jeune fille severement ajustee dans une tuniquc collanto (Core), on ceux d'un liomme barbu et couronne do pampres, tenant nn cratere (Dionysos)1. Cos masques, poses par terre, donnent l'illusion d'une figure qui s'eleve des profondeurs souterraines et qui surgit comme une apparition parmi les vivants. M. Heuzey a consacre a ce genre de terres cuites un travail etendu auquel nous renvoyons*. II raontre que 1’invention de ce type a pour origine l’usage des masques monies sur les cadavres memes ou faconnes sommairement a l’imitation du visage humain, comme dans les couvercles de boites renfermant les momies egypliennes5. Les sculpteurs grecs out employe plusieurs fois ce motif pour symboliser les divinites de la terre. Pausanias4 rapporte que Demeter Tliesmoplioros, adoree dans le plus ancien sanctuaire de Thebes, en Beotie, etait representee par line statue dont la partie superieure etait seule visible. A Sicyone, dans 1 edifice reserve aux femmes pour la celebration des mysteres, les images des trois grandes divinites chlhoniennes, Demeter, Cor6 et Dionysos, n’etaient que des tetes ou des masques®. Le Louvre possede une demi-figure de femme voilee, trouvee en Cyrenaique, qui est coupee brusquement a la hauteur de la faille et personnifie probablement Demeter sortant du sol. Enfin, sur les rochers de Philippes, en Thrace, M. Heuzey a remarque un buste de Bacchus execute dans les monies conditions®. Tons ces

t. Heuzey, Figurines, pi. 19, li^. I et 2; pi. 40 his, fig. 3.

Monuments grecx publiis par V Association des eludes grecques, 18/ ]>. 17 cl sniv. ; Catalogue, p. 58.

■ >. Voy. mi curicnx magpie trouve a Defenneh et rappelant d'une ,c°.n 8r,'uci'alc I,' type des Imstcs de Dimeter: FI. Petrie, Tunis, part i, pi. 1, n“ 17. 1 ’

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