Id., pi. 19, lig
66 LES statuettes de teure cuite.
avec les puissances chthoniennes, comrae le remarque M. lleuzey; il signale, en outre, sur une peinture de vase d’un style encore archaique et severe, une tete d Athene casquee tenant, au lieu de la lance, une enorme pomme ou grenade, attribut donne plus volontiers a Demeter et a Core conuue symbole de la vegetation1.
Tous ces masques ou bustes appartiennent a 1 epoque la plus belle de Dart grec. Les rnodeleurs leur conservent une saveur archaique qui est due il des preoccupations religieuses, au souci d imiter des types consacres par le cuite et veneres dans les sanctuaires. Leurs oeuvres y gagnent un caraclere de gravite hieratique, admirablement propre ii exprimer le rble de ces idoles saintes; mais leur main, peut-etre malgre eux, y ajoute deja une vie nouvelle, une elegance de modele, une science d’ expression oil se revele I’inlluence imperieuse d line sculpture toute proche de la perfection. Gi* t art de transition seduit plus qu aucun autre par le melange des formes anciennes pretes a perir et des formes nouvelles en train de naitre : telle line figure de vierge adolescente, ou la naivete de l’enfance transparait encore et en qui s’epanouit lentement la grace de la femme.
La fabrique oil l’on rencontre le plus de morceaux appartenant au grand style atlique est, chose etrange, etablie dans file de Chypre, mix confins du monde grec et de l'empire asiatique. Les terres cuites de Larnaca (ancienne cite ile Kitlion) otTreut une serie remarquable de fragments, de tetes detaeliees, quelquefois de figurines entieres, qni semblent issues directement des ceuvres plastiques dont Atlienes s'etait enricliie an v1' siecle. lilies proviennent pour la plupart de vastt's lagunes, appelees les Salines, ou 1 on croit avoir reconnu 1’einplacement d’un sanctuaire. C est
t. Monuments green, 1885-88, p. 51-55.
LE STYLE ATTIQUE. 67
ce qui explique pourquoi dies sont en molns bon etat que les statuettes deposees dans les tombeaux. Rejetees par masses des edifices religieux et enfouies dans des fosses, elles ont du etre systematiquement mises hors d'usage, pour que les fraudeurs ne vinssent pas les deterrer et les remettre dans le commerce. Elles ont forme ainsi, par couches successives, un amas de debris meles aux terres et a la boue blanchatre des salines que les habitants du pays ont longtemps exploite comme une mine d’antiquites. On les a exporfees en nombre considerable et il est rare qu’un musee n’en possede pas quel- (jues-unes ; la collection du Louvre contient plus de cent numeros1. Le motif execute de preference est toujours celui de Demeter avec Core; les deesses sont assises sur deux trones places cote a cote, ou debout l’une pres de l’autre. On se demande s’il ne faut pas donner le nom d’Aphrodite (Venus), la grande deesse de l’ile, a un groupe de belles tetes, coilfees de tiares cylindriques (fig. 22) ou se superposent des zones de rosaces, des palmettes, des creneaux denteles, et meme parfois des figures de sphinx. La richesse particuliere de cette coiffure donne aux figures un aspect oriental, tandis que la noblesse majestueuse du style respire toute la purete de Part grec. On connait, en outre, par quelques fragments assez rares et par des textes epigraphiques, Pexistence d’un cube local en Phonneur d’Artemis Paralia; cette Diane chypriote est representee dans la serie du Louvre, tenant unefleur (Pune main et serrant de P autre
1. Heuzey, Catalogue , n0’ -J 23-232 ; Figurines, pi. 15, 10 et 10 bis.
Fig. 22. — Tete chypriote (Heuzey, Fig., pi. lb, n° 1.)
mi jeune faon contre sa poitrine. Le clioix exclusif des types feminins domine ici, eorarae on le voit, plus que partout ailleurs. On ne trouve meme pas une seule fois trace de Bacchus. La religion mystique du dieu thraco-phrygien n a pas pris cette route pour penetrer en Grece ; Chypre est restee jusq'u’au bout fidele k sa devotion pour le symbole oriental de la deesse-femme, eparpille en quelque sorte dans les diverses creations de Demeter, Aphrodite, Artemis.
La question historique qui se pose est plus difficile a resoudre. Comment expliquer leclosion soudaine a Chypre d’une ecole altique? La coupure est tres brusque entre les oeuvres dociles a l’influence des modeles assyriens ou egypto-phcniciens et la classe des terres cuites de style attique. « Pour passer, dit M. Heuzey, aux belles figurines greeques qui font la reputation de Larnaca, il y a un saut brusque, un abime franchi d’un seul coup, en un mot, toute la distance qui separe la barbaric du grand art1 *. » L’auteur enconclut qu’ilfaut admettre, a un moment precis de l’bistoire chypriote, l’arrivee de colons grecs, d’artistes apportant avec euxles ressources d une education raffinee et inliniment superieure a cede des modeleurs indigenes. II remarque pourtant une sorle de contradiction historique* dans l eclosion < 1 e ces petits chefs-d’oeuvre a Kitlion, qui resta jusqu’au milieu du iv siecle le siege de l’inlluence phenicienne. C’est alors, suivant lui, une infiltration lenle de l'element grec, bien anterieureau ive siecle, qui a produil une revolution dans la ceramique de Chypre. La solution du probleme est peut-elre encore plus simple et elle nous semble donnee par les fragments conserves ail Louvre, mi M. Heuzey a leconnu le. premier les elements d’une composition purement altique3. Stackelberg a public