L’ART HELLENISTIQUE EN GRECE
Toutes deux sont seduites par Jupiter change cn cygne. Mais un detail particulier a l’liistoire de la seconde, c’cst qu’elle echappe plusieurs fois aux poursuites du dieu qui a recours alors a la ruse : il se fait poursuivre par un aigle et se refugie, commie un oiseau tremblant de peur, dans le scin de Nemesis qui l’accueille sans defiance et s’efforce de le soustraire an bee de son ennemi. C’est ii ce motif que se rattacbe evidemmentla statuette athenienne : le regard dirige vers le ciel, le voile etendu comme un bouclier protecteur, la demarche liative, prouvent que la femme s’enfuit devant un danger qui vient d on haut. On connait line seriede monuments analogues qui attestent la celebrite de cette composition, evidcinment empruntee a la statuaire ou a la grande peinture. Nous aurons occasion de revenir sur ces nombreuses imitations d’ oeuvres celebres, executives par les modcleurs de cette periode.
La caricature est ici representee par un specimen jusqu’a present unique (fig- 45).
Les longs cheveux pendants, le voile ramene tres bant et en pointe au-dessus de. latete,
Fig. 43. — Caricature d’acteur tragique.
en forme d'byv.oc, l’expression douloureuse (Du1™p1Jt|^c^p3,)ain’ de la bouche ouverte donnent a la pliysionomie de cette vieille quelque ressemblance avec les masques connus de la tragedie. Or, c est un fait curieux a noter dans les usages funeraires que Lon ne rencontre pas aupres des morts de statuettes d’acteurs tragiquesS'tandis
1. 11 n’y a jusqu’a present de derogation a cette regie que pour les masques tragiques dont on a recueilli d’assez nombreux exemplaires, mais en bicn moins grande quantile que les masques comiques. t ne seule statuclte de terre cuite, a ma connaissance, peut passer pour Fiinage d un acteur tragique. Ellc provient, croit-on, de Pergame et a ete publico par M. Rayet, Monuments de lari antique, pi. 80.
que les histrions et les grotesques sont frequents dans les necropoles de l’epoque hellenistique. La raison en est simple : on veut avant tout distraire le mort, le rfecreer par des images joyeuses dans la solitude morne du tombeau ; en outre, le lire etait de bon augure et repute pour (Moigner les mauvaises influences. On evitait done d’ensevelir avec le defunt des figures tristes, des personnages places dans des situations tragiques. Aussi notre figurine offre-t-elle un singulier compromis entre la tragedie et la comedie. Par 1 attitude du corps, la main posbe sur la liancbe, le gros ventre postiche saillant sous la robe, elle rappelle le costume comique. Ce n'est pas une veritable reproduction de personnage tragique : e’est une caricature de ce genre d’acteurs, et par 1;\ memo elle rentre dans le cycle ordinaire des parodies, dont elle est une varianle iuteressante. M. lleuzey a montre1 comment ces figures de vieilles femmes aux traits burlesques, costumees en danseuses, en nourrices, en buveuses, se rattachent encore a la fable de Demeter et a la legende de la facetieuse servanle qui seule cut le talent de derider la mere eplorbe. On sait que dans la procession des Eleusinies les plaisanteries grasses se donnaient carriere sous le patronage de ces compagnes peu graves, admises dans l’intimite de la deesse, Deb, Iambe et Baubo. Leurs images se multiplient al’epoque on la caricature entre franchement dans le domaine de la plastique2. Nous verrons que les modeleurs en profitent pour aborder toutes sortes de sujets divertissants, n'ayant pliiM de rapport avec les primitives origines religieuses3.