Les Steppes De La Mer Caspienne, Le Caucase, La Crimée Et La Russie Méridionale
En quittant Gonstantinopie pour me rendre à Odessa» mon but principal était de reconnaîti e la constitution géognostique de la Crimée, ainsi que celle des steppes de la Mouvelle-Kussie, et d'arriver, par des observations positives, à la solution de la grande tjuestiou de la rupture du Bosphore. Cette étude une fois entreprise, je n'ai pas tardé à être jeté hors du cadre primititif que je m'étais tracé, et forcément j'ai dû finir par étudier toutes les vastes contrées qui s'étendent entre le Danube et la mer Caspienne , jusqu'au pied du versant septentiional du Caucase. J'ai donc passé près de cinq années dans la Russie méridionale, silloiiucial le pays dans tous les sens, explorant à pied ou à cheval le cours des fleuves et des rivières , et visitant toutes les eôtes russes de la mer INoire, de la mer d'Azow et de la mer Caspienne. Deux fois chargé
par legouvemementrusse d'importantes missions scientifiques et industrielles, j'ai joui, pendant tous mes voyages , d'une protection et d'une assistance spéciales, et je snis heureux de pouvoir témoigner ici ma reconnaissance au comte Woronzof et à tous ceux qui m'ont si largement secondé dans mes pénibles études.
Ainsi protégé par les autorités locales, j'ai été à même de recueillir les renseignements les plus authentiques sur la situation des hommes et des choses; alors à la science est venu naturellement se joindre tout ce qui se rattache à l'histoire, à la statistique et à la constitution actuelle des divers peuples qui habitent la Russie méridionale, et mon voyage, qui, dans le principe, devait être tout scientifique, est devenu successivement pittoresque, historique et statistique. J'ai d'ailleurs été fortement encouragé dans ma nouvcUe tache par le désir de faire connaître sous leur véritable jour toutes ces contrées méridionales de l'empire , qui depuis Pierre le Grand jouent un si grand rôle dans l'histoire de la Russie.
Ma femme, qui n'a reculé dcvauL aucune latigue pour m'accoinpagnei- dans la plupart de
mes explorations, est devenue en France ma
collaboratrice pour les travaux de rédaction. C'est à elle qu'appartient toute la partie pittoresque du voyage.
Notre ouvrage n'est publié sous le patronage de personne; nous sommes restés indépendants de toute influence étrangère, et en signalant franchement ce que nous avons trouvé de vicieux dans les institutions sociales de l'empire moscovite, nous croyons nous montrer plus reconnaissants de l'accueil qui nous a été liait en Russie que quelques voyageurs de notre époque^ dont les pages ne soni i ciiiplicb que de flatteries aussi ridicules qu'exagérées.
XAVIBB HcmXfAIBB DB JHBIX.
Paris, le 7 septembre 1843.