Voyez plandie
sauTi^y où nous atteadait une scène des plus eitraordinaires. Dès qu'on nous aperçut, cinq ou six hommes à cheral, munis de longs lacets » s'élancèrent au milieu du taboun (haras), les yeux conslamiiient lixés sur le jeune prince qui devait leur iudiquer Tammal à saisir. Au. signai donné, ils se précipitèrent dans l'enceinte et enlacèrent en un instant un jeune cheral à longue crinière, dont l'ail dilaté et les uaseaux fumants annonçaient une inexprimable terreur. Aussitôt un Kalmouk, habillé à la. légère ci qui les suivait à pied^ s'élance sur l'étalon, coupe les lacets. qui le ga-^ rottaîent et commence avec lui une lutte incroyable d audace et d'agilité. Je ne crois pas qu'aucun spectacle puisse agir plus vivement sur Tesprit que celui qui s'offrit alors à nos yeux. Tantôt le cavalier et sa monture roulaient ensemble sur l'herbe; tantôt ils itindaieuL laii avec la rapidité d'un irait, pour s'arrêter brusquement, comme si un mur se tut dressé tout à coup en face d'eux. Soudain le. cheval furieux rampait sur son ventre ou se cabrait à nous arracher des cris d'effroi; puis, reprenant sa course désordonnée, il se jetait à travers le taboun, et par tous les moyens possibles, cherchait à se débarrasser d'un fardeau si nouveau pour lui.
Mais cet exercice, quelque violent et quelque dangereux qu'il nous parût, semblait n'être qu'un jeu pour le Kalmouk, dont le corps suivait avec tant de souplesse les mouvements de l'animal, qu'on les eût I. 28
crus tous deux animës de la même pens^. L'étalon ruisselait d*ëcume et tremblait de taus ses membres.
n liant au cavalier, son sang-froid eiit fait honte aux plus habiles ëcuyers. Dans les momenis les plus critiques, il trouvait encore la liberté d'agiter ses bras en sig[ic de triomphe; et malgré Thumeur indomptable de sa montui^, il la dominait assez pour la maïuteair presque toujours dans le cercle que oos regards pouyàient parcourir. Àu bout de qudques minutes , sur un nouveau signe du prince, deux cavaliers, qui aVaient suivi du plus près possible ce hardi centaure, le saisirent avec une prestesse merveilleuse et remportèrent au g^lop, avant que nous eussions eu le temps de nous rendre compte de ce nouvel incident. Le cheval, un momeût stupéfoit, partit bien, tôt ventre à terre et alla se perdre an milieu du taboun. Ces prouesses se renouvelèrent plusieurs fois, sans qu'un seul cavalièr se laissât terrasser.
Mais qud fut notre étonnement , lorsque nous vîmes un enfant de dix ans s'avancer pour tenter la même épreuve. On lui choisit un jeune étalon blanc, d'une grande taille, dont les bonds fougueux et les efforts désespérés pour rompre ses lacets^ révélaient un caractère des plus farouches.
Je ne peindrai pas le» vives éujoLioLàS qui uous assaillirent durant cette nouvelle lutte. Ce faible enfant, n'ayant, comme les autres écujm, que la crinière du cheval pour se cramponner à lui, donnait Texemple
dé ce que peut le ratflonaement sur Tinstînct et la
foice brutale. Pendant qutlques minutes il soutint arec une intrépidité héroïque la diiïiculté de sa position. Enfin, à notre grande satisfaction» un Gayatier se mit à sa poursuite, l'atteignit, et l'enlevant à bras tendu, le jeta en croupe derrière lui.
Comme ou le voit, les Kalmouks sont d excellents ëcuyers, et s'habituent dès leur enfance à dompter les chevaux les plus sauvages. L'eicrcice auquel nous venions d'assister est un de leurs plus grands amusements: les femmes même n'y sont pas élraugcrcs, et souvent nous en avons rencontré qui rivalisaient entre elles de vitesse et de témérité.
Llieure avancée nous rappela au palais, où on avait préparë pour nous un dîner splcndide. Deux grandes tables dressées dans deux pièces contiguës» lurent présidées par les princes Tumène. Nous primes place à celle du frère aîné qui fit les honneurs du repas de la manière la plus distinguée.
La cuisine, moitié russe, moitié française, ne laissait rien à désirer pour Tapprét et le choix des plats. Tout était servi en vaisselle plate; les vins de France et d'Espagne, et surtout le Champagne, furent prodigués avec un véritable luxe de giand seigneur. On porta beaucoup de toasts, parmi lesquels ceuxdeTempereur de Russie et du roi des . Français jouèrent le premier rôle.
Je remarquai avec beaucoup de surprise que pen-
dant tout le dlaer la prinoeMe paraissait fort mal à son aise en présence de son beau-frère; elle ne se mit
à table qu'après en avoir reçu l'ordre, et tout dans ses manières annonçait sou profond respect pour le chef de la famille. Sou mari, le frère puiné du prince , était absent depuis, plus de deux mois. Le repas se prolongea longtemps et fut très -animé. En voyant Fordonnance, l'éclat et le savoir-vivre qui y régnaient, nous ne pouvions nous faire à l'idée que l'amphytrion fut un Kalmouk. Le prince nous adressa grand nombre de questions sur la France j et nous paria arec enthuusiasme de son séjour à Paris et des liaisons agréables qu'il y. avait formées. Quoiqu'il se tint peu au courant de notre politique, notre dernière révolution ne lui était pas étrangère, et à plusieurs reprises il nous mauiléslâ une grande admiraliou pour Louis-Philippe.
En sortant de table, nous montâmes dans sa calèche pour nous rendre à la mystérieuse pagode, que uous étions si désireux de visiter. >
Au luuiiienl où uous mimes le pied sur le seuil du temple , un charivari auprès duquel une trentaine de grosses cloches en branle ne seraient qu'une douce harmonie, salua notre présence et nous ^ta presque l<i laculté de voir ce qui se passait autour de uous. C'était un bruit si perçant, si discord, si sauvage,