‹ Les steppes de la mer Caspienne: voyage dans la Russie méridionaleChapitre 41 sur 63 · UN CHARMANT DOCTEUR · texte numérisé non relu

UN CHARMANT DOCTEUR

reconnaître qu'il a été parfaitement compris et second^ par l'Empereur, toujours disposé à mettre de la magnificence dans les choses les plus superficielles. Ici, le raffinement est poussé si loin, que les belles dames de Moscou et de Saint-Pétersbourg, fort indolentes d'habitude^ peuvent se rendre aux diverses sources sans sortir de leur voiture, traînées par de fringants attelages; et pourtant les sources sont presque toutes à quelques centaines de mètres au-dessus de la vallée ! Que de corvées, que de peines, que de misères représentent ces chemins si commodes ! Il n'y a vraiment que le gouvernement russe capable de faire de telles galanteries I

Maintenant, je dois dire quelques mots de Texcellent docteur chez qui nous trouvâmes un si cordial accueil. Notre bonheur habituel, auquel nous devions déjà tant de charmantes relations, nous accompagna à Piatigorsk en nous rendant les hôtes du docteur Conrad, qui joue aux eaux du Caucase le rôle d'un petit souverain. Bavarois de naissance, il se trouvait attaché à la direction de ces eaux depuis une vingtaine d'années. Plein de zèle, de ta- ^ lents et de dévouement pour l'humanité soufi'rante, il finit par s'attirer l'attention de l'Empereur, qui, dans difi<érentes occasions, lui donna des preuves de sa haute estime.

 l'époque où nous le connûmes, c'était un homme de soixante ans environ, portant une de ces physionomies pleines de finesse et de bonté, dont le type, presque perdu, nous rappela les médecins de

r» LES STEPPES DE LA MKR CASPIENNE

la Tieille école. Habit noir, large tabatière à la

main, jabot bien plissé, co) de cliemise montant

jusqu'aux oreilles, regard observateur, figure de

parchemin et quelque peu de surdité ;

ses traits distinctifs. Je ne pouvais m

en le voyant, de le comparer à ces aucte

de l'école tiamande, qui unissent à la pei

détails tant de vie, de couleur et de

notre grande surprise, vu son âge, son

son genre d'occupation, nous trouvâme

pianiste passionné, consacrant à son art

les instants dont il pouvait disposer. Fa

les compositeurs anciens et modernes, il j

leurs œuvres comme on puise à mém<

plein de pierres précieuses, passant des

plus mélancoliques aux. variations les

de même qu'aux ouvertures les plus

tout comme s'il avait eu sous les yeux it

de Beethoven ou de Mozart. Favorisé

moire prodigieuse, il interprétait les gra

sans avoir besoin de musique sous les yt

Que de soirées charmantes nous avoi l'entendre exécuter, tantôt quelque fugu tien Bach, tantdt quelque iinprovisaiio joyeuse, selon la fantaisie du moment, u mélancolie germanique tout le brio italit

On conçoit quel diarme devaient des oreilles si longtemps condamnées a chameaux du désert, de semblables soir une source de délicieuses sensations, ret

UN CHAKtIANT DOCTEUR

dans un coin du Caucase, à laquelle m teuvions avec une voluplé iiiesprimab iDserverai-je un éternel souvenir de ce l

pour tout le plaisir qu'il nous a causé.

âte, j'ai rarement rencontré de nature p lique que la sienne. A l'âge où tant d'ho it blasés, grognons, désabusés de tout

poésie, la musique, la nature, comme ^ue vingt ans. Le soir de sa vie est plus ue bien des jeunes existences. Ses sb1< nplis de tableaux, d'albums, de portra int été laissés en grande partie par ses ne lalades, et qu'il conserve avec un soin r

[ue la saison des eaux fût passée lors de i ée, il avait encore chez lui quelques pi es qui donnaient beaucoup d'agrémeni lions du soir. Parmi ceux-ci, se trouvait Ecier russe, arrivé depuis peu d'une exci itre les Circassiens. .Deux blessures as e fortaient à demeurer tout l'hiver à Pii ^ qu'il nous raconta de la campagne qi e faire, et des terribles épisodes dont il a^ )in, nous fit plus d'une fois frissonner, 1 layèrent cher la pi'ise de quelques villa is. La moitié des leurs resta sur place a te de plus de cent vingt officiers. Un 1 blessé recueillit une charmante petite f mne ayant eu sa mère tuée sous ses yei lent ému de l'horrible position de a

enfaut, restant orpheline sUr un champ do bataille, l'officier la mit en croupe sur son cheval, et regagna le camp avec cette prise d'un nouveau genre. A. son arrivée à Piatlgorsk, il s'empressa de placer sa protégée dans une pension tenue par des dames fran* çaises. Nous allâmes la voir, et revînmes enthousiasmés de sa beauté, qui promettait de soutenir la réputation des femmes de son pays.

La temps, complice peut-être de nos secrets désirs, mit pendant une huitaine de jours obstacle à toute longue course : réellement nous avions besoin de ce relâche dans nos habitudes nomades. Ces huit jours se passèrent dans un repos et une douce intimité qui nous rappelaient le séjour de Vladimirofka. Mais le soleil, auquel nous ne songions plus le moins du monde, lit un beau matin irruption à travers les brouillards et nous rendit gré nous à nos excursions aventureusi demain nous partîmes pour Kislovod; l'intérieur des montagnes, à quarai Piatlgorsk; et possédant des eaus grande réputation.

La roule, en quittant Piatlgorsk, si vallée large et profonde de la Pod-Koui à droite une ceinture d» rochers amc sur'les autres, comme des vagues péti tant dans leurs caprices et dans leurs les signes d'un ancien bouleversemer gauche de belles montagnes boisées rc en étage jusqu'à l'imposante chaîne d

ss de mai rétrécie, he côtoya jusqu'au meot dai euit dOQt tirar, ai Idité qui j ^da comu u froid, d >it, phéiio vait élé pi is tout ce es de ses

de dépeiii' vec les sit ttte partie u'uji océi imides, dt.

Dlime dé* atioii. Le) is cimes , i, se dér semblent a rocher r infraucl uduit jusc lillunnant )t vous m

irouîllards, OU vous vous engagez dans une ti parait sans issue. C'est un continuel ;nt de scènes et d'Iiorizons, revêtant toutes ïs et toutes les coukurs, depuis le gris les vapeurs qui couronnent les sommets orgueilleuK, jusqu'aux teintes pourprées âges d'automne. On rencontre de distance ice des bo!tes coniques de terre, d'une de mètres de hauteur, servant de lieu tion à des sentinelles, qui di lur les alentours : leur silh(

le fond nébuleux du ciel, p l'et au milieu de la solitude .a vue de ces Cosaques, t'< bon sur la tête, arpentant

militaire l'étroite terrasse di mercier intérieurement le ivoir balayé cette contrée, i!e aux malades ainsi qu'aui ! la saison déjà avancée, la v lute sa fraicheur. De magnifi lit les pentes escarpées des i le nourriture abondante à ;s épars çà et là. Leurs gar

de moutons et portant, en !oiig fusil en bandoulière, ave es à leur ceinture, donnaien ige par leur accoutrement toral. Des aigles d'une tail majestueusement d'un roc à

PArSAGKS les seuls souverains de ces lieux :

bien là ce que nous avions rêvé, dans les steppes de la mer Caspienne par un sable ardent, sans autre di vue et les cris de nos chameaux o' quelques kibitkaskalmoukes, nous soustraire à nos souffrances, en pe de mille images ravissantes.

Avant d'atteindre la gorge où vodsk , nous rencontrâmes une s Circassiens; mais aguerrie par la quelle nous avions voyagé jusqu'al séjour à Piatigorsk, je me livrai sa au plaisir de les admirer. Ces r nombre d'une douzaine, se delà rocher fortement en saillie.

C'était un pittoresque coup d'< leur halte dans cette solitude. Les c bridés, paissaient à quelques pas qui n'avaient pas même songé à s leurs armes, avant de se livrer ai avaient la tète entièrement couvei espèce de capuchon de poil de clia met qu'en voyage ; d'autres portai fourrure, coiffure nationale du pa; Ions d'argent brillaient sur leui*»

coupe gracieuse et commode ; tous la bourka, aussi nécessaire au Tel armes. Lorsque notre voiture s't quelques - uns se levèrent sur leui

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regardèrent d'un air de dédaigneuse indifTérence, sans manifester la moindre intention alarmante.

k peine arrivés à Kislovodsk, notre premier soin fut d'aller visiter la source des eaux acides, à laquelle c« lieu doit sa célébrité. Cette source est nonseulement un phénomène intéressant aux yeux du savant, mais encore une curiosité -'"' — -!•-■'—:• pour le voyageur. Elle ne jaillit pas, part des sources de ce genre, du flan gne ou de la fente d'un roclier ; non au fond d'une vallée, à la portée de La nature, quicaclie ordinairement:

les retraites les plus inaccessibles, a tion en sa faveur. On lui aconsiruiti oîi elle bouillonne constamment, moindre chaleur. Son pétillement et rement acide lui donnent de la ress l'eau de Seltz.

Kislovodsk se compose d'une quii sons, ou plutôt de petits palais asiat longues galeries à jour, de terrasse:

de vestibules remplis de fleurs, Tou:

de Piatigorsk viennent y finir la sa' Derrière ce séjour aristocratique s'él étroite, bordée de tous côlés par d( pic qui semblent l'isoler du monde drait plusieurs jours pour parcourir les sites délicieux que renferme Kisli

Parmi ses curiosités naturelles es très-renommée, cachée tout au fond c

Ïi6 LES 'STEPPES DE LA MER CASPIENNE

De retour chez le docteur, nous all&mes visiter la colonie allemande de Karas, située au pied du Bechtau. Son étal de prospérité fait autant d'honneur aux colons qu'au gouvernement dont ceux-ci ont recherché la protection. Exclusivement composée d'Ecossais dans le principe, elle a été fondée par un nommé Peterson, ardent sectaire, qui, pour objet principal, se proposait la conversion des peuples du Caucase. Mais toutes ses prédications furent inutiles, et peu à peu de laborieux Allemands vinrent remplacer les missionnaires écossais, A peine si l'on se souvient aujourd'liui du but primitif de l'établissement. La colonie, essentiellement agricole, ne songe plus qu'à s'enrichir aux dépens des étrangers que les eaux minérales attirent dans le Caucase.

Après cette dernière excuif sans de vifs regrets, congé i teur et de son entourage.

Le rare avantage que hou dans un coin du Caucase, esf plaire, goût des beaux-arts, e fait le charme des pays les mi de ces bonnes fortunes, cot peu sur les pas du voyagea précieux dans les conditioi nous vivions alors. Le contn ture sauvage avec les goûts e tuelle du docteur ; le voisina à tant de sécurité et de bien

OURAGAN DANS LE CAUC ;ympathie prodigués, à nous, et de si loin, ne pouvaient manquer i trace profonde dans notre esprit, f éloignant de Piatigorsk convînmes-n fois, qu'au milieu des Alpes cauca nous étions trouvés moins dépaysés c coup d'endroits où l'on se pique néar naître tous les ralGnements de la civil

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