VALLÉE I)E LA POD-KOUMA IK
Russie. Sous la bourka noire qui les recouvrait à moitié, on voyait briller leurs pistolets et leurs poignards damasquinés. Au moment de disparaître à nos yeux, ils se dessinèrent en plein sur le sommet d'une colline. Leur étrange aspect, leur tournure belliqueu!«eet leurs coursiers vigoureux, empruntaient au brouillard quelque chose de fantastique, qui me fit songer involontairement aux guerriers du Nord, chantés par Ossian.
Maislaissons de côté nos impressions personnelles, pour convenir que les Circassiens sont les hommes les plus fiers et les plus beaux qu'il soit possible d'imaginer. A la perfection des formes, à la grâce des mouvements, ils unissent la force du guerrier et l'agilité merveilleuse du montagnard. Habitué dès son enTance aux exercices violents, à vivre aussi hbre que l'aigle de ses montagnes, et à détester tout ce qui peut porter atteinte à son indépendance, le Tcberkesse repi'ésente noblement aufondduCaucase les dernières traces de l'esprit chevaleresque et belhqueUK qui jeta tant d'éclat sur les peuples du moyen âge. C'est à cheval surtout qu'il faut le voir avec son pittoresque costume, sa souplesse et ses évolutions brillantes, pour juger combien cette race caucasienne est supérieure, pour la beauté physique, à toutes les autres.
La contrée, jusqu'alors si monotone, se revêtit d'un tout nouveau caractère, dès que nous eûmes laissé les Tcherkesses derrière nous. A la vaste plaine que la rouie avait d'abord parcourue si hbre-
tW LES STEPP ment, succéda un lit profond de la montagnes aux e:
notre marclie de Mais combien et l'aspect grandiose A notre gauche, i vingts mètres, roi Kouma, charrian vier, de débris de tion incessante de couverte de foré forme d'un pain d à quelques verste que. dans l'éloigi case, se dessin an montrait ses neig< lards que commei d'un soleil coucl secondaire, qui étroite du torrent mit bientôt d'ap dressant ses cinq collines environ r spectacle. La nati pour y étaler tou n'a rien oublié pt plus pittoresques déjà fait connaStn variété de ses fit
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inconnues ailleurs , la vertu médicinale de ses eaux, la beauté de son climat ; mais il faudra bien des années encore pour qu'il soit possible de Tétudier avec soin et de pénétrer dans ses hautes vallées, sur ses larges plateaux habités par tant de nations belliqueuses, qui les rendent inabordables aux Eu- « ropéens.
La lutte établie entre les montagnards du Caucase et la Russie, lutte opiniâtre, acharnée, tenant depuis si longtemps l'Europe attentive, jetait sur ces montagnes l'attrait indéfinissable qui s'attache toujours à l'actualité, cette enchanteresse dont le pouvoir sait rendre prestigieuses jusqu'aux choses les plus ordinaires de la vie. Mais là son rôle était glorieux, car elle évoquait devant nous tout ce qu'il y a de noble et de grand dans l'histoire d'un peuple. La vue de ces hauts sommets, de ces aiguilles se perdant dans les nuages, de ces monts revêtus d'immenses forêts, remplissait notre cœur d'enthousiasme et d'admiration pour les Tcherkesses, qui ont fait de chaque pic un rempart de liberté et de patriotisme. Envisagés sous ce point de vue, loin de s'offrir à noire pensée comme d'audacieux brigands, ils nous apparaissaient comme d'intrépides et héroïques martyrs, prêts à mourir plutôt que de permettre à l'étranger de souiller leurs montagnes.
Pendant plus d'une demi-heure, nous gravîmes assez péniblement une rampe étroite et rapide, sans qu'aucun signe nous annonçât Piatigorsk. Nul
S33 LES STEPPES DE 1 être vivant, nulle cabane A peine la solitude était-4 vautours de la plus gra cieusement au-dessus de culminant de la route a embrasser à la fois la v disséminées sur les haute' délicieux paysage jeté, c lieu des scènes sauvage:
caucasiennes.
Delà, nous n'eûmes plu d'une verste environ, po maisons de Piatigorsk. i dizaiue d'années qu'on p< risques, aller en voitur époque les Circassiens d mauvais état des cheraii une entreprise périlleuse Maintenant, grâce à qui grand nombre de postes toute la ligne, les eaux di annuellement par plus d qui viennent de toutes ps le plaisir ou ta santé. Les rares; depuis celle que j't raent de ce genre n'est ve
A notre arrivée à Piai chez le docteur en chef avions des lettres de recc reçut de la maniera la pi
'IGORSK
ain, malgré ses nombr te-cinq ans et un brou toute force nous serv )mpagner sur ]es monta lias méritoire, qu'une usants devaient rendre
attrayante pour quicc ■ la curiosité. Je dira •3 un temps alTreux pei Par une dérision du soi itions venus chercher ; nous nous trouvions
yeux, comme ces div le dérobe aux regards a ine si de nos croisées lase du Bechtau, dont araient.
e fut pour la source nom de l'impératrice
10 cbaleur de plus de tr Un vaste établissemei :alier construit dans le tes les facilités nécessa oup d'autres sources sur la plupart des bau k. Les travaux qu'on e l'accès facile, font
11 gouvernement russe eut inaccessibles, le n ions élégantes, des sei
Mi LES STEPPES DE LA UER CA!
se croisant en tous sens, des terrasse:
talions d'arbres, dont la présence c sauvages ferait croire à un caprice de struit, sur un des pics les plus ^levi ment octogone, surmonté d'une jolie les colonnes qui le soutiennenl sont en base d'une élégante balustrade. L'inu 6ce, ouvert à tous les vents, contie éolienne, qui prolonge jusqu'au fon< ses sons mélancoliques, mêlés à 1 des montagnes voisines. C'est au do notre hdte, qu'on doit cette grociei sionné pour la musique, en vérital la Germanie, il a compris tout ce < aériens, venant comme du ciel, po d'Iieureuse influence sur le moral de Ce petit temple, surnommé le pavilh touré d'arbres, de vignes sauvages, i être l'endroit favori de ceux qui ai contempler dans la solitude les scèni la nature. De sa terrasse, la vue est inr^mparable ; mais pour en juger,!
que nous fussions un peu mieus fa temps. Néanmoins notre bon docteu cription colorée, poétique, suppléa à < pouvions voir, et nous consola en qui notre mésaventure. Il faut aussi cor cimes coiffées de vapeurs et les forêt les nuages , avec leurs vagues et silhouettes, avaient quelque chose d
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pour que notre ascension ne fût pas complètement
' inutile.
Plusieurs grottes naturelles et artificielles, disséminées sur la montagne, servent de lieu de refuge dans les grandes chaleurs. Au dire du docteur, rien n'est plus amusant que d'aller s'y asseoir à Theure des bains. Tous les sentiers se couvrent alors de jolies baigneuses et d'élégants buveurs d'eau, offrant aux yeux de l'observateur les types les plus variés, depuis les traits du prince tatar de la Crimée jusqu'à ceux de la belle Géorgienne de Tiflis. En Russie, la société possède un rare avantage, celui de ne pas présenter la fatigante monotonie qui vous poursuit dans presque toutes les contrées de l'Europe. À Saint-Pétersbourg commeà Kief, comme à Mosôou, comme à Odessa; dans les salons d'un gouverneur comme dans un établissement public, on a le plaisir de passer en revue des gens de tous les pays, et de faire dans une seule soirée une étude de races et de physionomies, aussi complète qu'ioriginale.
Le plus beau quartier de Piatigorsk, occupant le fond de la vallée, présente deux lignes d'élégantes habitations s' appuyant sur le roc vif, et faisant face à une promenade ornée de beaux arbres et de cana<pés. La population «ordinaire de la ville se borne aux employés du gouvernement, à la garnison, à quelques malades incurables qui y passent toute l'année. Les bâtiments de la couronne sont assez nombreux ; outre les établissements de bains qui
136 LES STEPPES DK LA MER CAE rentrent dans son domaine, on comp église grecque, un immense liûtel pc gers, une salle de concert, une maîsc un hôpital pour lesofficiers blessés rev case, une caserne ^e défense, etc.
Au résumé, Piatigorsk est moins un réunion de délicieuses maisons de ( bitées pendant quelques mois par ur riche et puissante. Tout y est coquet, le cachet de luxe, ^ue les Russes no!
mettre en toutes choses. Là, rien ne les yeux, ni resserrer le cœur ; point f vre, point de métiers pénibles, point partant point de misère. C'est un lieu f doit offrir aux dames et aux princes, a et aux généraux de l'empire, que des tes, choisies dans tout ce que la natu de plus séduisant. Comment les eaux i seraient-elles pas souveraines avec ta de succès? Gomment les personnes atti lions de poitrine, de maladies nerveuse du cœur, ne i-ena!traient-elles pas à la pirant l'air vivifiant des montagnes, des notes mystérieuses de la harpe dansant chaque soir et en prenant des Aussi que de guérisons merveilleuses i citer chaque année I Le docteur, en hoi se méfiant sans doute de l'efBcacité pour sa part contribué largement à f gorsk un véritable paradis terrestre.