‹ Les steppes de la mer Caspienne: voyage dans la Russie méridionaleChapitre 47 sur 63 · UN PONT SUR LE D · texte numérisé non relu

UN PONT SUR LE D

les douceurs de la vie civilisée nous attendaient. Puis le temps, si doux jusqu'alors, s'était subitement refroidi, et devait naturellement augmenter notre désir d'arriver au port. Tous ces motifs, saoa compter le plaisir de lutter contre l'impossible, nous firent faire la sourde oreille, et nous continuâmes notre route. Cependant, aux abords du fleuVe, nombre de cbarlots dételés ne purent nous laisser aucun doute sur le mauvais éiat du |)ont. Des paysans couchés auprès de ces voitures, en attendant patiemment le jour, ajoutèrent encore leur mot aux récits de mauvais augure qui nous avaient été faits. Tout cela nous sembla peu rassurant ; mais il n'était que onze heures ; nous avions donc en perspective près de sept heures à passer dans notre brisclika, exposés au froid âpre de la nuit, tandis qu'une fois sur l'autre rive, nous pouvions gagner Rostof en deux heuresl Cette considération était en vérité trop puissante pour nous permettre d'abandonner notre projet.

Mais en prenant le parti d'avancer, aucun de nous ne négligea les précautions que la prudence devait conseiller. Le cocher et le Cosaque, munis d'une lanterne, furent chargés d'aller faire une reconnaissance dont le résultat devait décider si nous passerions ou non. Après une demi-heure d'exploration, ils revinrent nous annoncer que le passage n'était pas précisément impossible; seulement il s'agissait de prendre les plus grandes précautions, car le pont, à leur dire, avait des parties si peu so-

STEPPES DE LA ME» CASPIF.r la moindre imprudence pouvail

ilculer les risques auxquels allait nous exentreprise qu'on traitera de téméraire, nés promptement notre détermination.

lUs pied à terre, nous suivîmes la voilure cher conduisait, tandis que le Cosaque, en tête avec la lanterne, lui indiquait, au lesure, les endroits à éviter, louteux que, dans le cours de ce long ous nous soyons trouvés dans une situaeffrayante. Le danger était imminent, il fias à s'y méprendre. Les craquements du bscurité, le bruit de l'eau qui se faisait vers le plancher à demi brisé que nous fléchir sous nos pieds, les cris d'alarme nt k chaque instant le Cosaque et le cose réunissait pour nous plonger dans une épouvante. Cependant, la pensée de la le vint pas, ou plutôt mon esp ' i pour qu'une pensée distinctt e fois la voiture se trouva inches tout à fait rompues ; < je cruelle anxiété, mais, à f< nous réussîmes enlin à gaj ans avoir aucun malheur à ait duré plus d'une heure ; il car je pouvais à peine me sou it le pont nous était venue pi . On dut me déchausser et n:

AVENTURES NOCTIIKSES S«9

îs jambes dans une couverture pour leur rendre un eu de sensibilité. Est-il nécessaire de dire avec uelle satisfaction cliacun reprit place dans la voiture ? Les périls que nous venions de courir, et que nous étions alors mieux à même d'apprécier, nous faisaient presque douter de notre sécurité actuelle. Longtemps enwre il nous sembla entendre le bruit des vagues qui se brisaient contre le pont. Mais cette impression, toute vive qu'elle était, dut faire place à d'autres sensations, car nos aventures nocturnes n'étaient rien moins que terminées.

A quelques verstes du Don, notre mauvaise étoile nous gratiTia d'un cocher ivre. En vérité, celle nuit ëtait néfaste. Après avoir .perdu la route je ne sais combien de fois, après nous avoir fait traverser des fossés et des terres labourées sans s'inquiéter des soubresauts de la voiture, ce mallieureux ne s'avisa-t-il pas de ramen^' le véhicule juste en vue du pont auquel nous ne pouvions encore songer sans frissonner I

En vain, dans notre détresse, chercli ions- nous k nous faire illusion. HélasI il n'y avait pas à s'y tromper : le Don était en face de nous ; Axai, village que nous avions traversé en remontant dans la brischka, nous montrait de nouveau ses falaises et ses maisons bâties inégalement sur la hauteur I Qu'on jugé de notre colère t Avoir perdu plus de deux heures à courir les champs, pour nous retrouver précisément à notre point de départi N'était-ce pas un guîgnon à démonter l'esprit le plus philosophe ?

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