‹ Les steppes de la mer Caspienne: voyage dans la Russie méridionaleChapitre 53 sur 63 · DÉPART D'ODESSA POUR LA CRIMÉE · texte numérisé non relu

DÉPART D'ODESSA POUR LA CRIMÉE

Dès notre arrivée en Russie, une certaine analogie de destinées, de goût pour les arts et les voyages, joints à ce titre de compatriote, si précieux quand on est à six cents lieues de son pays, firent naître entre nous une amitié qui, depuis, ne s'est jamais démentie. Son nom, comme on a dû le remarquer, est assez souvent cité dans le cours de cet ouvrage ; c'est à la fois un hommage rendu au savant, et un ténioignage de sympathie pour Tfaomme aimable dont la société nous fut si douce pendant notre séjour en Russie. Chargé par le gouvernement hollandais,d*explorer les bords de la mer Noire dans un but scientifique et artistique, il possédait les deux bâtiments que j'ai nommés, et sur f un desquels toute la petite société était réunie.

Quoique fort .courte, la traversée n'en fut pas moins féconde en émotions. Mal de mer, bourrasque, clair de lune, causeries délicieuses, nous eûmes en abrégé tout ce qui fait le charme d'un voyage sur mer. Dans la matinée du second jour, par un soleil radieux, nous commençâmes à apercevoir les côtes de cette terre célèbre, surnommée inhospitalière par les anciens, en raison de rhorril)le coutume qu'avaient ses habitants, de massacrer tout étranger que le hasard ou la tempête y conduisait. Les malheurs d*Oreste suffiraient seuls pour rendre la Tauride célèbre. Qui ne s'est attendri en lisant le drame à la fois terrible et touchant, dans lequel le frère et la soeur, jouets de la fatalité, sont les héros sur cette côte déserte! A peine pus-je distin-

484 1,ES STEPPES guer la ligne de rochi à l'horizon, (]ue déjà que, où la tradition Taure, cette cruelle prêtresse, et où elle f les indications de ne couvrir sur la point grande distance de n m'assura être consaci entre le doux culte c

naire Taure qui exigeait pour olfraiides, non la prière naïve et ['ex-voto du marin, mais des victimes humaines.

Toute la côte de ce côté, est stérile et déserte ; un mur inaccessible s'élendait devant nous et semblait nous fermer cette presqu'île tant du fois conquise et ravagée par les nations guerrières et commerçantes. Dotée parla nnluredes avantages les plus précieux, ta Tauride fut de tout temps un objet de convoitise pour l'Europe et l'Asie. Les peuples pasteurs se sont disputé ses montagnes; les peuples marchands ses ports et son célèbre Bosphore ; les peuples guerriers ont planté leurs lentes au milieu de ses magnifiques vallées: tous ont voulu avoir un pied sur ce sol, où la civilisation grecque a laissé de si brillants

Pendant une partie delajournée, le vent contraire nous força à louvoyer et à courir de petites bordées devant la muraille qui s'étendait en face de nous. Cependant, sur les quatre heures, un changement de

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