UNE HEROÏNE DE ROMAN
perfidie d'ouvrir la porte à mon mari qui se tenait piteusement derrière, coup de théâtre d'un comique achevé. Courant çà et là comme des biches effarouchées, elles faisaient semblant de se cacher le visage, mais au fond prenant bravement leur parti de cet incident imprévu : la preuve, c'est qu'au résumé toutes restèrent dévoilées.
Trois semaines s'écoulèrent vite en une aussi charmante intimité, mais l'heure du départ finit par arriver, après avoir été plusieurs fois ajournée, et force fut d'interrompre une liaison qui nous semblait déjà ancienne, tant nous étions charmées l'une de l'autre.
La veille du départ, nous sortîmes de bonne heure dans l'intention de faire une dernière et longue promenade. Je dois dire, pour l'éclaircissement de ce qui va suivre, que dans nos excursions précédentes, la baronne avait toujours évité le chemin de Dimirdji, se faisant un plaisir de lui tourner constamment le dos. Cette répulsion s'expliquait facilement. Dimirdji, jadis sa résidence, était lié à d'horribles souvenirs, et cela lui suffi<^ait pour lui en rendre la vue insupportable. Ma surprise fut donc extrême en voyant la baronne prendre avec intention le petit sentier si soigneusement évité jusqu'alors. Je compris que quelque chose d'extraordinaire la préoccupait, et la suivis avec une véritable curiosité. -
A mesure que nous avancions, le front de la belle châtelaine s'assombrissait visiblement, et
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certes, sans une fausse l d'une fois volte-face; mai:
lire enfin dans son cœur, récits, et je lui faisais hàt contant ce qui se passe s ou dans l'aouie d'une p:
ruse eut un plein succès :
miëres maisons du villagt de reculer, car notre app dans l'endroit] fut saluée | Toute la population fémit dtatement, en accablant (dame, petite dame] de ti de respect. Les unes bais d'autres nous offraient i orientale, avec de grands jeunes filles, curieuses e l'une à l'autre la baronne nesques leur avaient été r tout cela formait une sc£ et de couleur locale.
Fortement émue, ma c( ner jusque sur la place, re presque enfantine les lieui lui avaient été si longten ravissement, la plupart ( voile de côté, ce qui me quelques têtes vraiment b
Ce premier étourdisses se décider à apercevoir
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doute par hasard, s-entr'ouvrit comme pour nous engager à en franchir le seuil. Ai-je besoin d'ajouter que cette porte, ombragée de deux vigoureux platanes, était celle de l'ancienne habitation de la baronne ?
« Savez-vous, me dit-elle en la regardant avec une fixité singulière, savez-vous qu'il y a dix ans que j'ai passé là pour la dernière fois? »
Que de tristes révélations dans ces simples motst Sans doute j'aurais dû être assez généreuse pour l'arracher à ce lieu maudit, mais une ardente curiosité me rendit presque cruelle. Profitant de son trouble, je lui fis franchir cette porte qui, depuis dix ans, s'était refermée sur sa jeunesse et ses amours.
La maison, complètement abandonnée par le baron, n'avait pour tout habitant qu'un vieux gardien tatar dont l'aspect inculte et sauvage me causa presque de TefiFroi. La vue de sa maîtresse le stupéfia. « Allah Keriml » murmura-t-il en entrant dans la maison pour ouvrir la porte et les croisées qui ne - l'avaient peut-être pas été depuis la fatale catastrophe.
Arrêtées un moment dans la cour pour attendre le gardien, noijs vîmes tout à coup sortir d'une niche à moitié enterrée sous des décombres, un misérable chien efiQanqué, grelottant malgré le soleil, et qui, par l'admirable instinct accordé à ces animaux, venait de sentir la présence de sa maîtresse.
L'émotion de celle-ci fut lellemen naissant un compagnon des ancien:
figure se couvrit à l'instant de lan Salgliir! pauvre Saighirl... > El elle autre chose.
C'était un lévrier noir d'origine rable de formes, mais si mait^re, si ' parent, que rien n'était plus piloyabk
< Voyez, me dit la baronne en le i ment, si tout ici n'est pas marqué tristesse et de l'oubli. Jadis la vie, le nesse animaient jusqu'aux pierres d( a vu passer tant de joyeuses cavalt pauvre animal était beau, léger, h tout ce qui est aimé I
> Maintenant, regardez cesdébrii verdâlre, ce puils dégradé, ces fol ont effacé la trace de mes pas, et a espèce de malédieliou pèse sur ces on devine que la vie y fut arrêtée crises fatales qui brisent tout, homi la nature elle-même, douce et souri rapides du bonheur, se complaît à d qui n'est plus animé du souffle de I de la passion. Avec quelle élrangS sait refléter les variations morales Sommes-nous heureux, son soleil no fleurs nous enivrent, ses brises nous devient séduction, jusqu'au brin d'ht sous nos pas.
■jSi LUS STEPPES DE LA UER CASPIEN
face de ces objets, lettres mortes d'un livre fermé I
Dans toutes les chambres régnait une glaciale, une odeur d6 moisi qui prouvait d'abandon. La baronne me conduisit air chambre à l'autre, me décrivant minutieuf destination de chaque pièce avec une volu trahissait la lièvre dont elle était animée, l pièce restait à visiter, la chambre à cou compagne devint fort pâle en y entrant geste me montra le portrait de son mari e:
séparés par une horloge de forme antique, guille immobile ajoulaiti'i la irislessedu li< temps je considérai la tête hautaine et se baron. Son regard irrité semblait suivre mouvements avec une persistance fatidi traits hardis, fortement accusés, oifrai* blême de la force brutale, et je me sentis i sonnante en songeant à ce qu'avait dû s femme, dans les premières années de le Tout le passé de celte dernière se trouvi par la physionomie dure ^t farouche d'un Les mains crispées sur sa poitrine, la s'enivra, pour ainsi dire, de l'excès d'i puisé dans cette triste contemplation donc, disait-elle avec une espèce d'égan regard qui me glaçait, celte bouche d'o taient que des paroles d'ironie et de déc poitrine où n'a jamais battu un cceur celte main... »
Je l'enti émotions, I sion qui se m'ouvrit so émouvarit, gnant avec à un homi amours, d accorder à bitude, SE jeune, avi< puis -je dir tout son pi
armé d'ur et me renc La proi fidences d récit incoi peler le s l'impressic 1er au plu entre ce q baronne u Ifi rossigiti brise de permis de poésie! Er
apparaître à travers les massifs de lilas, de c]^tises et d'acacias qui secouaient sur nous leurs grappes embaumées.
Deux jours après, j'étais à bord du Saint-Nicolas (pyroscaphe faisant le service entre Jalt et Odessa), regardant avec un inexprimable regret les côtes de la Tauride, qui s'amoindrissaient de plus en plus à l'horizon, et dont la silhouette dentelée finit par se confondre avec les vapeurs du soir.