OBSERVATION I
(MM. Le Coulant, L'Epée et Texier.
Travail de la Clinique de Dermatologie de M. le Professeur Joulia.)
Cau... (Amélie), 24 ans, qui nous est adressée par le Docteur DuLonc DE RosNay, est traitée dans le service du Professeur D'AMADE pour typho-bacillose, par la streptomycine, du 22 avril au 24 juillet 1948 : dose quotidienne 2 gr., dose touale : 184 gr.
Vers le 15 juin, elle présente au visage des lésions caractérisées par de la rougeur du gonflement, de la desquamation et du prurit. Environ une semaine plus tard, il apparaît des lésions buccales débutant par le milieu de la langue. À peu près à la même époque, une éruption comparable à celle du visage, mais moins intense, se constitue sur le dos des doigts, vers leur extrémité. Au début de juillet, le tableau clinique est dominé par une stomatite intense et diffuse : la langue et les joues présentent une surface laiteuse, parsemée de vastes érosions. Les lévres ont un aspect identique sur leur versant muqueux, alors qu'elles sont squameuses et croûteuses sur leur versant cutané. Le palais, les piliers, la luette, sont érodés en certains points, d'aspect blanchâtre en d’autres, tandis que le fond du pharynx est entièrement tapissé par un enduit épais de couleur grisâtre. Les douleurs sont telles que la mastication et la déglutition sont gênées.
La streptomycothérapie est continuée. Mais la stomatite s’intensifie à un point tel que l'alimentation devient impossible et qu'on doit interrompre le traitement le 24 juillet. La formule sanguine de la malade montrait seulement 2 % d'éosinophiles le 22 avnil et le 22 juillet, lors des accidents buccaux, elle en révélait 8 .
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Deux ou trois jours après l'arrêt du traitement, les lésions commencent à régresser. Au bout d’une quinzaine de jours, les érosions ont pratiquement disparu.
Au début de septembre, 1l existe :
— D'une part, un état atrophique dépapillé, rouge, brillant, lisse, de la partie médiane de la langue, alors que le reste de la muqueuse buccale a un aspect normal.
— D'autre part, une pigmentation du visage intéressant le front, les joues, les pommettes. En plus de cette pigmentation vraie, il existe un érythème réticulé, une hyperkératose ponctuée, très marquée, de siège folliculaire et un léger état d’atrophie cicatricielle, le tout rappelant les lucites érythémateuses et kératosiques, décrites par GoUGEROT. Mêmes lésions des lobules des oreilles. Mêmes lésions ‘ du dos des doigts.
Le 15 novembre, les lésions ont encore régressé :
— À Ja langue, l'aspect atrophique persiste, inchangé.
— Au visage et aux doigts, l'érythème et l'hyperkératose ponctuée ont complètement disparu. Il ne subsiste plus qu’un aspect discrètement cicatriciel, avec pigmentation Ronciuée et réticulée, d’ailleurs en voie de disparition.
Ainsi donc, chez cette malade, la streptomycine à provoqué des lésions cutanées rappelant le lupus érythémateux et une stomatite laiteuse et érosive.
On peut regretter qu'il n'ait été pratiqué ni biopsie de la muqueuse buccale, ni biopsie cutanée du visage, mais ce cas fut le premier observé par les auteurs bordelais qui n'avaient pas encore leur attention attirée vers l'étude de ce problème.