TRES
Du 28 mai au 10 août 1948, il reçoit 100 gr. de streptomycine, associée à l'huile de chaulmoogra. Dès la fin du mois de juillet, apparaissent dés lésions buccales.
À l'examen, pratiqué le 10 août 1948 sur la demande du Docteur DuLonG DE RosNaY, nous observons une stomatite diffuse intéressant les joues, la langue et les lèvres, avec une muqueuse légèrement œdémateuse, d'aspect laiteux et présentant de vastes surfaces érosives, très douloureuses, au point que le malade ne peut presque plus s'alimenter.
Le 10 août 1948, on cesse donc la streptomycine, tout en continuant l'huile de chaulmoogra.
Un nouvel examen, le 19 août 1948, nous montre une rate en pleine régression : les douleurs ont pratiquement disparu, les érosions sont presque inexistantes, la muqueuse jugale présente seulement un réseau blanc bleuté, la langue et les lèvres ont un simple aspect opalin. Une biopsie pratiquée à ce moment, montre des lésions typiques de lichen plan. (Cf. chap. d'anatomie pathologique).
Ce malade quitte l'hôpital le 30 août 1948.
Mais, au début du mois de février 1949, il présente des Lieu rénales droites. Une première analyse d’urines faite dans un laboratoire de la ville note la présence de quelques B. K. Sur les conseils de son médecin, il entre à nouveau dans le service du Professeur DaAMaADE, Une analyse d’urines, pratiquée à l'hôpital, donne un résultat négatif.
Malgré tout, un traitement par la streptomycine est décidé. Le 17 au soir, on lui administre | gr. de streptomycine. Une demiheure après l'injection, le malade ressent des bouffées de chaleur, des vertiges et des picotements désagréables dans la bouche. Quelques instants après, on relève un érythème assez prononcé de la muqueuse buccale. Le 18, on lui fait à nouveau | gr. de streptomycine. Les accidents buccaux s’accentuant, on essaye de pratiquer un traitement désensibilisant par injections hypodermiques de 1/4 ou 1/2 cc. de streptomycine. Mais les accidents buccaux ne cessent de s’aggraver, aussi le traitement est interrompu le 20 février.
A l'examen buccal que nous avons personnellement pratiqué ce jour-là, nous observons un érythème buccal généralisé avec œdème de la langue, de la région jugale et des lèvres. Les dents laissent leur empreinte sur les bords de la langue. Le malade présente, aux commissures labiales droite et gauche, un éventail d’érosion
SNA l'es
rappelant la perlèche. En outre, un peu en arrière de la commissure labiale gauche, nous pouvons distinguer deux taches opalines nettement séparées, rondes et du diamètre d’une lentille.
Cinq jours après l'arrêt du traitement, les accidents ont déjà nettement régressé.
Le 27 mai 1948, ainsi que le 18 février 1949, le malade présentait 2 % d'éosinophiles, alors que le 5 août 1948, période des accidents buccaux, il en présentait 8 %.
OBsERVATION III
(MM. Le Coulant, L'Epée, Texier. Observation communiquée à
la Société Française de Dermatologie et Syphiligraphie. Séance du 4 novembre 1948.)
Bar... (Rachel), 21 ans. Est hospitalisée dans le service du Pro- ® fesseur DAMADE pour tuberculose rénale droite, avec présence de B. K. dans les urines.
Depuis le 22 avril 1948, elle est traitée par la streptomycine, dont elle a reçu un total de 130 gr., lorsqu'elle nous est adressée, le 12 août 1948, par le Docteur DULONG DE RoSNAY pour des lésions de la muqueuse buccale, remarquées par hasard, depuis une dizaine de jours. I] n’y a en effet aucune manifestation fonctionnelle, mise à part une légère sensation de rugosité.
L'examen nous révèle des lésions blanchâtres des muqueuses lhinguales et jugales :
— Sur les joues, les lésions siègent au niveau de l’intérligne dentaire, à gauche depuis la commissure labiale jusqu'aux dernières molaires ; à droite, sut la moitié antérieure de la joue seulement. À gauche, ce sont des taches opalines nettement limitées, au nombre de trois : deux en arrière, une en avant. Les deux taches postérieures sont ovalaires dans le sens antéro-postérieur et marginées, leur bordure étant très nettement plus blanche que leur centre. La tache antérieure, de forme irrégulière, est de teinte uniforme. À droite, sur les taches d’un blanc bleuté, nous notons quelques papulettes de la dimension d'une pointe d’épingle, très légèrement saillantes et d'un blanc éclatant.
OBsERvATION II]
OBsERVATION III
Photo II
Le TO M
— Sur la langue, il existe des lésions blanchâtres, lenticulaires, multiples, à peine visibles.
Le reste de la muqueuse buccale est normal.
Les autres muqueuses et la peau sont indemnes.
Une biopsie, malheureusement imparfaite, ne permet pas de
conclure à la certitude, mais seulement à la probabilité d’un lichen plan. |
Une semaine plus tard, le 19 août 1948, la streptomycothérapie étant continuée, l'affection évolue : les lésions se précisent, plus laiteuses ; les points blancs sont plus nets et se multiplient ; les taches primitivement distinctes sont maintenant ( en contact » ; enfin, une érosion lenticulaire est apparue au centre de la tache gauche antérieure, réalisant ainsi après la période initiale de simple stomatite opaline, un début de lichen plan érosif.
Avant ces accidents buccaux, la malade avait déjà présenté des phénomènes d'intolérance à la streptomycine. Le 28 avril, après 8 gr. de streptomycine, se déclarait une éruption généralisée rubéoliforme, non prurigineuse, accompagnée d'une poussée de fièvre à 3905. Par la suite, le 15 mai, la malade est sujette à des vertiges et des vomissements. Le 17 mai, on donne du Phenergan à la malade et on voit disparaître ces accidents, deux jours après. Le 20 mai, on supprime le Phenergan, tout en continuant la streptomycine. Le 21, les vertiges et les vomissements réapparaissent. Le 28, on donne à nouveau du Phenergan à la malade et le 3 juin la malade ne vomit plus et n’a presque plus de vertiges.
Tous ces accidents ont donc précédé l'apparition de la stomatite.