‹ Les Stomatites dues à la StreptomycothérapieChapitre 24 sur 31 · ÉTUDE. CLINIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE. CLINIQUE

Les lésions buccales dues à la streptomycothérapie que nous avons pu observer, surviennent un certain temps après le début du traitement, alors que la dose totale de produit administrée est déjà importante.

Elles apparaissent lors du traitement des tuberculoses, aussi bien pulmonaires qu'extra-pulmonaires.

D'autre part, dans cinq cas relatés sur dix, elles se renouvellent avec la reprise du traitement.

Assez souvent, elles font suite ou coexistent avec des accidents cutanés, des vertiges ou des vomissements.

La lésion buccale est, en général, précédée d’une sensation de brûlures ou de picotements dans la bouche. À ce moment-là, l'alimentation n'est encore guère gênée.

À ce signe subjectif, fait suite le premier signe objectif qui est un érythème généralisé de la muqueuse buccale. Les joues, la langue, la région amygdalienne, les gencives sont œdématiées et rouges. Il semble toutefois que ces lésions prédominent dans la région jugale. La gêne de l'alimentation augmente alors sérieusement.

À la suite de cette stomatite érythémateuse généralisée, apparaissent des placards opalins, jaunâtres ou grisâtres, suivant les cas. Ces placards, de taille assez réduite au début, sont séparés les uns des autres et généralement bien limités. Par la suite, ils viennent « au contact », surtout dans la région jugale. À ce stade de l’évolution, la stomatite commence à faire penser à du lichen plan. D’ ailleurs, deux biopsies nous ont prouvé qu'il s'agissait de lésions à type de lichen plan vrai, tout au moins dans certains cas.

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À cette stomatite laiteuse, fait suite une stomatite érosive. Ces érosions sont surtout marquées sur la muqueuse jugale. Elles sont étendues dans le sens antéro-postérieur de la bouche. Elles débutent en avant, dans la région rétrocommissurale, puis elles s'étendent horizontalement, jusqu’au niveau des grosses molaires. Ces érosions font face à l'interligne dentaire. Elles semblent d’ailleurs présenter une plus grande intensité dans la région jugale postérieure qui est particulièrement traumatisée par les molaires lors de la mastication. La stomatite est donc, à ce moment-là, caractérisée par des placards laiteux avec des érosions plus ou moins importantes. Ce tableau fait encore penser à une forme érosive de lichen plan. À ce degré d'évolution, la stomatite gêne considérablement l'alimentation. Cette seule gêne, en dehors de la gravité de la stomatite, nécessiterait l'arrêt impératif de la streptomycine.

Cette stomatite semble évoluer rapidement lorsque le traitement par la streptomycine est maintenu malgré l'apparition des premiers symptômes.

La guérison, après l'arrêt du traitement, se fait graduellement et dans un délai variable. Cependant, dans l'observation IV, la malade présente, deux mois après l'arrêt du traitement, deux bandes atrophiques sur la langue ; et à ce signe objectif vient s'ajouter un signe subjectif, en ce sens que la malade souffre encore lorsqu'elle mange des plats épicés et surtout vinaigrés. D'ailleurs, la langue reste atrophique, dépapillée, aux endroits anciennement touchés par les lésions,

Comme nous l'avons dit au début de ce tableau clinique, dans certaines de nos observations, les malades présentaient en même temps ou avant la stomatite, des phénomènes d'intolérance à la streptomycine. Ainsi, pour la malade de l'observation [, la streptomycine a provoqué, quelques Jours avant l'apparition de la stomatite, des lésions cutanées rappelant le lupus érythémateux. La deuxième malade; elle, a ressenti quelques vertiges. Dans tous les autres cas, sauf dans 3 cas, les malades ont eu une éruption cutanée, ainsi que des vertiges et des vomissements.

Ce tableau clinique des stomatites dues à la streptomycine, est semblable à celui des stomatites auriques.

La stomatite aurique passe, elle aussi, par un premier stade subjectif pour ensuite évoluer en trois temps. Les stomatites auriques sont aussi à type histologique de lichen plan.

En résumé. — Les stomatites dues à la streptomycine passent par cinq stades :

1° Période des signes subjectifs. — Un temps variable après le début du traitement, le malade ressent des picotements et une légère brûlure dans la bouche. À ceci viennent s'ajouter parfois certaines sensations de dégoût pour certains aliments.

29 Stade de stomatite érythémateuse. — L'érythème généralisé se double d'un œdème des muqueuses buccales, tant jugale que linguale et labiale.

3° Stade de stomatite laiteuse. — Des placards opalins font leur apparition.

49 Stade de stomatite laiteuse et érosive. — Sur ces placards laiteux se développent des érosions.

5° Stade d'évolution terminale :

— Si le traitement est continué, la stomatite présente une intensité telle que, pour un esprit non averti, 1l ne viendrait plus à l’idée de penser à un lichen plan médicamenteux car les lésions érosives deviennent grisâtres, pseudo-membraneuses, d’allure presque sphacèlique.

— Lorsque le traitement est interrompu, la stomatite régresse assez vite. Toutefois, les muqueuses peuvent conserver un aspect atrophique particulièrement net au niveau de la langue, du fait des surfaces dépapillées de cet organe.

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