Chapitre I. — Technique
Nous avons adopté la technique habituelle d'étude des anaérobies : isolement par la gélose de Veillon ; étude ces cultures liquides el solides désaérées par la machine pneumalique, qui donne un vide inférieur à 1 */* de mercure.
Le matériel dont nous avons pu disposer a consisté en crachats de gangrènes pulmonaires ou de dilatations bronchiques ; en pus fétides et en lochies d'infections puerpérales où gynécologiques ; en sérosités d’appendicites, etc. |
Aussitôt que possible après le prélèvement du matériel, nous effectuons l'examen direct et l'isolement. L'examen direct permet d'apprécier l'abondance des bactéries et.
AO
le pourcentage des streptocoques ; l'examen au fond noir à été systématiquement pratiqué, ce qui nous a fait constater la présence fréquente de l'association fuso-spirillaire à côté des streptocoques dans les gangrènes pulmonaires. -
Trois ordres de difficultés sont à signaler : — En premier lieu, les streptocoques anaérobies poussent en général assez mal en première génération, lentement, donnant‘ des colonies très petites, difficilement maniables ; il faut travailler avec une grande patience et une grande minutie ; nous pensons que c'est là une des raisons pour lesquelles le groupe a été si mal étudié. —— En second lieu, les streptocoques anaérobies colonisent souvent avec d’autres cocci, soit aérobies, soit anaérobies ; quand une colonie est composée ainsi, la séparation est difficile et il faut passer plusieurs fois par l'isolement en gélose profonde. — Enfin. un streptocoque strictement anaérobie en première génération peut pousser de plus en plus près de la surface à partir de la deuxième génération, et devenir facultatif ; ce sont les anaérobies de prédilection
dont la fréquence est grande.
Les milieux employés pour l’étude des caractères eulturaux sont : 1° les milieux peptiques : bouillon Martin ; bouillon Martin glucosé ; gélose de Veillon ; gélose inclinée ; eau peptonée à 20 0/00 (*). Nous avons également employé un milieu recommandé par Weinberg et Goy, renfermant les produits de la digestion peptique de la viande et du foie : ce milieu est particulièrement favora-
(*) Nous avons utilisé la peptone de la maison P. Macquaire.
4 Pr.
ble au développement des streptocoques anaérobies el sera désigné « bouillon W.-G. »
2° Les milieux protéiques : bouillon Martin additionné soit d’un cube de blanc d'œuf coagulé, soit d’un cube de viande, soit d'un cube de foie, soit d’un petit fragment de fibrine (tous ces milieux étant estérilisés à l’autoclave) > lait simple et tournesolé ; gélatine, sérum coagulé ;
3° Milieux bioprotéiques : afin d’élucider la question, soulevée par Schotimüiler, des propriétés lermentfaires clevées de son streptocoque putride vis-à-vis de certaines albumines, question à laquelle l’ensemencement dans les milieux protéiques chauffés donnait une réponse négative, nous avons été amenés à rechercher un milieu dans lequel ces prélendues propriétés protéolytiques pouvaient se manifester. Comparant les faits de Schottmüller : lyse de la fibrine et du tissu élastique in vivo, putréfaction du sang frais in vitro, avec les nôtres : absence de protéolyse in vitro, nous avons essayé de réaliser in vitro les conditions mêmes dans lesquelles les streptocoques putrides effectuent leur protéolyse in vivo ; à cet effet, nous avons prélevé aseptiquement des organes de. lapins ou de cobayes normaux (poumons, foie, cœur, rale, rein) que nous avons répartis dans des tubes stériles, soit sans addition de milieu liquide, soit avec addilion de 2 ce d'un mélange à parties égales de bouillon glucosé et d’ascitesérum (*). Il va sans diré que l'emploi de ces milieux non chauffés exige de grandes précautions el un contrôle ‘constant : on met 48 heures à l'étuve pour éprouver la
te) L'Institut Pasteur livre sous ce nom des ampoules stérilisées de
sérum ramené à la teneur de l'ascite en albumine.
NGRER IE
stérilité des tubes, vérifiée ensuite par ensemencement de témoins. On peut se dispenser de faire le vide dans ces milieux frais : les anaérobies y poussent bien, comme l'ont signalé Tarozzi, Wrzoseck, etc. ; mais au bout de peu de temps le dégagement gazeux s'arrête, la culture ne croit plus, puis meurt, les bactéries semblant avoir épuisé la catalase qui leur permettait de vivre en présence d'oxygène ; aussi avons-nous employé ces milieux en anaérobiose. Nous avons également employé les extraits, filtrés sur bougie, de ces organes broyés. |
Ces milieux nous ont révélé des faits très importants relevant tous de la même cause : les bactéries se retrouvent placées dans des conditions de vie analogues à celles de l’état parasitaire (à part toutefois l’absence de défense de l'organisme parasité, et l'absence de renouvellement du milieu).
Ces principaux faits sont : le retour des streptocoques à la morphologie in vivo (forme diplocoque, courte chafne, forme bacillaire : variations de taille) ; le retour à la physiologie in vivo, en particulier au métabolisme des aibumines qui est une bioprotéolyse partielle ; le retour à la biologie in vivo, en particulier la récupération du pouvoir pathogène perdu dans les milieux chauffés (anaiogie avec les faits entrevus par Küstner (37) pour les streptocoques facultatifs)." |
Eu égard aux services que ces milieux nous ont rendus dans l’étude des streptocoques anaérobies, nous les avons désignés sous le nom de milieux « bioprotéiques ».
(Le bouillon Martin, additionné de quelques centimètres cubes de sang frais stérile, ou de sérum frais stérile
RAM NET à
constituent également des milieux bioprotéiques dont la préparation est facile.)
4° Glucides : nous avons recherché l’action de nos souches sur les glucides par la technique décrite dans la thèse d’A. Berthelot ; on ensemence en eau peptonée neutre, et on park de cette culture pour ensemencer des tubes d’eau peptonée neutre additionnée de quelques gouttes d’une solution stérile du glucide à étudier ; on fait le vide et on note le jour du début de la croissance ; on tournesole le 5° jour après ce début, de façon à noter une acidité ou une alcalinité d'arrêt.
Nous avons employé trois hexoses : glucose, lévulose, galactose ; trois hexobioses : saccharose, lactose et maltose ; un pentose : l’arabinose ; trois alcools : glycérine, mannite et dulcite ; deux polysaccharides : l’inuline et l’amidon.
L'étude des propriétés biologiques s’est faite ainsi :
— La recherche des hémolysines, sur le liquide de centrifugalion d’une culture de 48 heures ; nous avons employé les hématies de mouton (solution au 1/20).
— Le pouvoir pathogène a d’abord été recherché avec
milieux chauffés, sur le cobaye
des cultures pures en la souris ; il à été ainsi presque toujours négatif ; après que nous eûmes trouvé les propriétés des milieux bioprotéiques, nous avons fait les essäis avec le liquide de décantalion de nos tubes ; nous avons pu ainsi remonter le pouvoir pathogène de souches qui n'en possédaient plus du tout,
<— Les sérums anti-microbiens on£ élé obtenus par injection de microbes vivants, émulsionnés en eau physiologique, dans la veine du lapin.
Il faut dire que les streptocoques anaérobies sont .de celle manière d'assez mauvais antigènes ; il faut en in- Jecter de grandes quantités à intervalles rapprochés : à irois jours d'intervalle, nous injectons les culols correspondants à 10, 15, 20, 25, 30 et enfin 40 cc de culture en bouillon W.-G. glucosé ; ces injections sont parfaitement supportées (une seule fois avec la souche Ver... à la 5° injection, le lapin B 14 est mort en quelques minutes en présentant des phénomènes d'anaphylaxie aiguë). Par ce procédé, nous avons pu obtenir des sérums agglutinants et floculants assez actifs (72 bis).
Mensuration el. dessin : Les dessins de colonies ont été effectués au faible grossissement (20 diamètres) en lumière incidente (qui fait apparaître, mieux que la lumière transcidente, les reliefs si complexes des colonies).
Les dessins de microbe ont été faits au grossissement 1000. aie
Tenant compte des faits régis par la loi de H. Vincent, toutes les préparations qui ont servi à nos planches ont été obtenues à partir de cultures de 24 heures en bouillon exactement neutre (PH 7).
La mensuration des streptocoques exige une règle à cause du polymorphisme des éléments ; on ne. doit mesurer que les formes moyennes et régulières ; les figures de division peuvent presque doubler le diamètre des cocci ; à ce polymorphisme « de division », commun à toutes les bactéries, vient s'ajouter pour les streptocoques un polymorphisme que nous appellerons « d'évolution » (formes allongées, formes bacillaires) ; peu marqué pour les espèces stables, très accentué pour les anaérobies de