XVIII GENÈVE
des ministres, et l'élection des pasteurs sous la ratification du Conseil des Deux-Centa.
Lorsqu'un poste se trouvait vacant la Compagnie, jointe avec une députation des Conseillers, faisait subir des examens sévères aux postulants, puis les Conseillers se l'etiraient et l'élection avait lieu à la majorité absolue. Le choix, approuvé par le Conseil des Deux-Cents, était annoncé du haut de la chaire le dimanche suivant, et, si nulle objection ne se présentait, le pasteur élu était consacré.
Afin d'eiïacer toute idée de préséance ou de hiérarchie la Compag^nie nommait elle-même son Président, qui fut d'abord élu pour l'année, et plus tard tous les huit jours, sous le simple titre de Modérateur.
Consistoire.
Le Consistoire, créé également par Calvin, se composait des pasteurs de la Ville et de douze « Anciens » nommés par le Petit Conseil après entente entre les Pasteurs et les Deux-Cents. Chaque jeudi au moins cet aréopage avait séance, un Syndic le présidait; il formait un tribunal pour les mœurs et prononçait, sinon des peines, du moins des censures contre les coupables de certains délits que ne pouvaient atteindre les tribunaux ordinaires.
Les pouvoirs du Consistoire étaient limités; il avait puissance d'admonester si les cas étaient légers et non de les juger; il pouvait cependant priver de la Cène les obstinés en leur péché.
En fait, avec son recrutement d'anciens et de pasteurs, le Consistoire était en quelque sorte une émanation du PetitConseil ; il se retournait ensuite vers cette même assemblée pour appeler les pénalités d'Etat sur les coupables qui les avaient méritées.
Voilà les trois organismes : Petit Conseil, Vénérable Compagnie et Consistoire, devant lesquels Foigny a dû comparaître pour répondre de sa vie libertine.
Nous ne saurions trop marquer notre reconnaissance à M. Paul E. Martin, archiviste d'Etat de Genève, nous avons trouvé près de lui un accueil qu'il nous était impossible d'espérer aussi coi^dial et aussi empressé. Non seulement il nous a ouvert les Archives d'Etat de Genève mais grâce à son inépuisable amabilité nous avons pu avoir la copie de toutes les pièces des archives du Consistoire et de la Vénérable Compagnie des pasteurs. Dans la partie de notre vie déjà longue, consacrée aux recherches historiques, nous n'avons pas d'exemple d'une courtoisie pareille. Nous adressons encore nos très vifs remerciements à M. G. Kurz, archiviste d'Etat de Berne, et à M. Reymond, archiviste d'Etat de Lausanne, qui nous ont envoyé tous les renseignements que nous leur avons demandés.
On sait peu de chose de Venfance, de la jeunesse et des derniè/^es années de Gabriel de Foigny^ notre documentation ne porte que sur son séjour en Suisse {1666-1684), la période d'ailleurs la plus importante de sa vie au point d.e vue libertin. Ce n'est donc pas ici une biographie complète de Foigny, mais simplement Vanalyse des pièces le concernant existant encore aux « Archives d'Etat » de Genève, Lausanne, Morges et Berne et au « Consistoire » et à la « Vénérable Compagnie, de Genève. »
I. i630-1666. FOIGNY AVANT SON ARRIVÉE EN SUISSE. — SON PREMIER SÉJOUR A GENÈVE.
Gabriel de Foig-ny naquit vers 1630 à Foigny, petit village de 130 feux environ près Rethel et Reims*, qui possédait une importante abbaye de Cisterciens-. On ne sait rien sur ses proches. Faisaitil partie de la famille de Jean et de Simon de Foigny, imprimeurs à Reims? C'est probable, mais nous ignorons son degré de parenté avec eux^. Notre libertin a dû recevoir une bonne éducation et une instruction soignée. Ses humanités terminées, il a suivi les cours
1. Foigny en Picardie, diocèse cL élection de Laon, parlement de Paris, intendance de Boissons. On y compte 161 feux y compris ceux de La Bouteille. Cette paroisse est située dans une île que foi me la petite rivière d'Aubenton, à une lieue et demie N. E. de Laon(DExpilly).
2. Cette abbaye d'hommes, de l'Ordre de Citeaux et de la filiation de Clairvaux, était au xviii* siècle en commende; taxée seulement en Cour de Rome 000 florins, elle valait 16000 livres de rente au sujet auquel le roi la donnait.
Dans la seconde moitié du xvn' siècle, les anciens bâtiments de cette abbaye correspondaient fort bien à la grandeur de l'église (2.400 pieds de longueur sur 82 de largeur soutenue par 44 gros piliers et par autant de petits d'une grande beauté) dédiée en 1124 à Saint-Bernard. Aujourd'hui il ne reste que des vestiges de cette abbaye.
3. Voici la mention de quelques Foigny habitant Reims : 1567, Jean, imprimeur et Simon, sou fils; 1618, Simon et Jehan, son frère, s'associent; 1622, Jean, procureur de l'ollicialité de Reims; 1623, Simon, imprimeur; lrt2S, Simon, marchand libraire. Les Foigny étaient entrés dans l'imprimerie pur la cession que Nicolas Bacquenois, imprimeur à Lyon, qui était venu s'établir à Reims vers laoO, avait faite de son fonds à Jean de Foigny le 17 octobre lotil. — Il y avait aussi des Foigny, parents des précédents, dans l'Eglise : Jacques, docteur en théologie, chanoine régulier de Saint-Augustin, prieur, curé de Connicy, auteur de l'ouvrage : Les Merveilles de la vie, des combats et victoires d'Ermine, citoyenne de Reims, 1618, in-8.
de théologie. Connaissant à fond la langue latine, doué d'une grande facilité délocution, déjà au courant de la vie monastique qu'il avait vu pratiquer à Foigny, il se résolut à entrer dans l'Ordre des Cordeliers de l'Observance. Ses supérieurs le remarquèrent et le choisirent bientôt comme prédicateur. N'ayant aucune des qualités indispensables à un bon religieux, d'un tempérament voluptueux, à peu près dépourvu de sens moral, il en vint bientôt à mener une conduite scandaleuse. Elle lui valut des remontrances, plus que des remontrances, Foigny s'en soucia assez peu et se décida seulement à sortir de l'Ordre quand sa situation y devint impossible.
Jeter le froc aux orties aurait entraîné en France des désagréments de toute sorte, il ne lui restait d'autre alternative que celle de quitter le royaume et de changer de religion. Il se décida en février 1666 à partir pour Genève. La Rome protestante n'apparaissait guère comme un lieu de retraite pour un épicurien doublé d'un libertin. La discipline austère, instituée par Calvin, s^était, il est vrai, un peu relâchée, les bûchers ne s'allumaient plus comme au xvi^ siècle% mais la Vénérable Compagnie chargée de diriger l'Eglise réprimait encore durement les moindres écarts de mœurs. Foigny ne l'ignorait pas et était disposé, croyons-nous, ne pouvant l'éviter, à s'imposer une certaine réserve.
Son dénuement est tel en arrivant à Genève que la Vénérable Compagnie pourvoit à son logement. Il sollicite aussitôt le droit d'habiter dans la cité et l'autorisation de faire abjuration devant le Consistoire- de la foi catholique et romaine. Cette apostasie était, à ses yeux, une simple formalité; ses convictions religieuses n'y entraient pour rien. Les questions de dogme le laissaient indifférent; seule la paillardise, — elle l'avait mis dans l'obligation de faire peau neuve — le tourmentait. Enfin la sévérité genevoise lui semblait moins à redouter que l'hostilité qu'il aurait rencontrée dans sa patrie. Les registres du Consistoire nous apportent sous la date du 6 mars, le texte de sa déclaration affirmant son désir d'être reçu au nombre des membres de la « Vraie Eglise » :
Jeudy 8 mars 1666. Gabriel de Foiny, du lieu de Foiny en Champagne, s'est présenté avec déclaration qu'ayant croupy l'espace de trente-six ans en l'Eglise romaine, où il a été cordclier de l'observance et prédicateur, Dieu l'ayant daigné illuminer, il a pris résolution de venir se