‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 104 sur 111 · CG LE ROYAUME D ANTANGIL · texte numérisé non relu

CG LE ROYAUME D ANTANGIL

sauvez, ni en quel lieu ils sont, ni s'ils oient leurs prières, et que quand ils les enlendroient, qu'ils ne sont Médiateurs ni Dieux, pour se trouver en tous endroits, et qu'ils n'en ont aucun commandement en l'Escriture.

Quand à la vénération et adoration de la croix, et images des Saincts, ils n'en parlent aucunement : n'aians images, statues, ni représentations dans les Temples, ni aussi deliors, hormis la croix, pour marque et souvenance de la mort et passion de nostre Seigneur Jésus-Christ, et non pour l'adorer.

Les jeusnes et abstinences y sont commandez aux veilles des grandes festes, comme sont ces quatre : L'Annonciation, Pasque, Pentecoste, Noël ou nativité du Christ, et le premier jour de l'an, et aux grandes nécessitez et afflictions de l'Eglise, d'autant qu'il n'y a chose qui eslève davantage l'Espi'it à Dieu, que l'abstinence et la sobriété.

Le Caresme, Vendredi et Samedi, n'y sont observez, mais chascun mange de ce qu'il lui plaist indifféremment, la bouscherie et poissonnerie estans ouvertes en tout temps suivant la doctrine de l'Apostre.

Quant aux festes, celles sont seulement observées, ausquelles quelque grand mystère de nostre salut a esté opéré, comme sont les quatre premières que nous avons dites, les autres non, l'oisiveté et paresse estant rigoureusement défendues, comme la racine de tout mal.

Des mœurs et louable vie des Ecclésiastiques.

Suivant le précepte de l'Apostre qui veut que l'Evesque soit irrépréhensible : ce sainct personnage Byrachil ordonna que nul Ecclésiastique ne se dist supérieur des autres Evesques et Curez, sinon pour l'ordre et bienséance seulement, se faisant plustost craindre, honorer et respecter des siens par la bonté et sincérité de leur vie, que par la rigueur des commandemens.

Il voulut aussi qu'ils fussent sobres et frugals, ne mangeant que deux fois le jour.

La chasteté leur est fort recommandée sans qu'il leur soit licite de hanter familièrement autres que leurs femmes, mères et sœurs.

Les banquets leur sont interdits, si ce n'est en lieux fort honnestes et modestes, et avec personnes graves et d'autorité. Leurs propos sont toujours conGts avec le miel de la saincte doctrine, sans se mesler beaucoup de ce qui regarde les choses temporelles. Les jeux et exercices ne leur sont permis, hormis les promenades avec leurs semblables, ou autres personnes graves et qualifiées, encore faut-il que ce soit en lieux esloignez du commun, comme dans les cloistres, jardins et autres lieux escartez.

Le dedans de leur maison est peu orné, mais accommodé seulement pour la nécessité.

Leurs femmes et tout leur petit train sont aussi fort modestement vestus.

Leurs enfants sont bien instruicts, ainsi qu'il appartient à gens de leur profession.

Nul d'eux ne plaide ni chicane, mais s'il y a quelque procès, les Anciens de l'Eglise prennent la cause pour eux sans qu'il leur couste aucune chose, d'autant que c'est bien raison que ceux qui veillent incessamment pour nostre instruction, soient aussi soulagez des autres affaires qui leur surviennent et que l'Eglise les embrasse pour eux...

En résumé, le royaume d'Antangil se présente comme un état gouverné par un roi fainéant, assisté de deux chambres élues au suffrage restreint. Ses deux dominantes sont le militarisme et la religion protestante.

Le gentilhomme tourangeau est eu avance (?) sur son siècle en préco-

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nisant le service militaire obligatoire et la monarchie constitutionnelle. Par contre il n'a rien dépouillé de ses préjugés de gentilhomme : il tient le peuple pour peu de chose, exalte le métier des armes et aime le faste à un degré qu'il serait difficile de dépasser, La description du cérémonial observé aux sorties du roi ne comprend pas moins de six pages de texte, tout un chapitre. Le Souverain se rend au Conseil précédé de mille soldats marchant dix à dix, suivi de quatre mille gentilshommes, de vingt-quatre joueurs d'instruments tant de hautbois, sacqueboutes, cornets à bouquins, de vingt-quatre trompettes, puis de hérauts, etc., etc.; derrière lui viennent, deux à deux, les cent Sénateurs, le vice-roi à leur tête, les députés des provinces, mille autres soldats, etc., etc.

Les costumes sont pour tous les fonctionnaires publics d'une richesse extraordinaire, tout aussi bien que celui de l'Evêque : longue robe de serge violette pourprée, à manches étroites, avec boutons par devant, couverte de croix, débranches de palmier et d'olivier en broderie de soie, d'or et d'argent, le chapeau de même couleur orné d'un cordon blanc, brodé aussi d'or et d'argent; la soutane, bas de chausses et souliers sont de même couleur, etc., que celui des Conseillers d'Etat habillés aux couleurs de la province qu'ils représentent avec les armes de la ville capitale sur la poitrine et sur le dos, etc.

L'auteur entre dans une profusion de détails qui prouvent avec quelle minutie il a étudié son sujet. Notons seulement qu'il est à peu près muet sur l'agriculture; cette richesse essentielle de l'Etat ne semble pas l'intéresser ou il en a méconnu l'importance.

La publication de son livre n'a pas suscité la moindre émotion. Personne ne l'a lu, sauf quelques protestants; on l'a considéré comme une niaiserie, il a sombré dans l'indifférence complète, et c'était d'ailleurs justice.

Voici la liste des chapitres, ce qui dispense de donner l'analyse du plus grand nombre ; ils sont très courts :

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