‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 16 sur 111 · Conseil de Genève, 166, samedi 1 décembre · texte numérisé non relu

Conseil de Genève, 166, samedi 1 décembre

source, elle s'adresse immédiatement au pasteur de son quartier, le priant de lui délivrer une attestation de bonne vie et mœurs destinée à lui servir à Lausanne. Galendrin* se dérobe sous le prétexte de consulter le Consistoire. Celui-ci l'autorise à signer le certificat réclamé-.

Léa s'empresse de rejoindre l'ex-cordelier à Lausanne où il était de retour. Peu de temps après, en se mariant au Temple, ils unissaient leurs deux détresses. Foio-nv essaie d'utiliser sa connaissance des langues française et latine, de la g'éographie et de la musique, en cherchant à recruter des élèves. La difficulté était d'attirer une petite clientèle? Les familles riches ou aisées n'auraient jamais accepté un professeur mal vu du Consistoire et de la Vénérable Compagnie, et les membres de ces assemblées tenaient Foigny en médiocre estime; ils n^ignoraient rien de ses antécédents à Genève. Force est donc à notre libertin de se rabattre sur les étrangers en résidence temporaire à Lausanne, aussi arrive-t-il à grand peine à ne pas mourir de faim avec sa femme et l'enfant qui leur était né. Découragé, las de lutter contre le mauvais sort, il part pour Berne, résolu à employer un moyen héroïque capable de désarmer ses adversaires : prouver son attachement à la religion protestante et cela en écrivant et publiant un livre d'édification dont le titre trahissait nettement les intentions : Les Attraits au service divin. Le manuscrit achevé, comment en tirer parti? L'offrir à un imprimeur ou à un libraire ne présentait aucune probabilité de succès ; sa qualité de coureur de cachets, sa notoriété plutôt discutable, étaient loin de le recommander. Le sujet traité réclamait la signature d'un pasteur de préférence à celle d'un laïque, et d'un laïque qui sentait le fagot. Foigny, convaincu d'avoir réalisé une œuvre méritoire, adresse une requête à Messieurs de Berne les sollicitant de s'intéresser aux Attj'aits au service divin. 11 caressait le secret espoir que la magie de son style et la pureté de sa doctrine engageraient le Gouvernement à faire imprimer cet ouvrage à ses frais. Les seigneurs de Berne communiquent le manuscrit au professeur Hibner et au pasteur français Clerc. Ces théologiens, prenant à gré l'intention et voulant encourager Foigny dans la voie où il s'engage, déclarent ce petit traité utile et édifiant, jugeant cependant « que son impression manquerait d'à

1. Benedict Calendrin, dont la famille était originaire de Lucques, né en 1639, professeur de philosophie à l'Académie de Genève en 1664, recteur en 1673, mort en 1720.

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