‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 3 sur 111 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Plus nous avançons dans la monographie des libertins du XVII^ siècle et dans la publication de leurs œuvres, plus se précise notre définition du libertin : un faible d'esprit incapable de maîtriser ses passions, en d'autres termes un homme rétif à toute discipline intellectuelle volontairement consentie et ayant perdu le sens des réalités; un déséquilibré chez qui la sensation l'emporte sur la raison.

Si nous ne nous trompons pas, que devient l'opinion à peu près universellement acceptée aujourd'hui, quia fait des libertins du XVII^ siècle des intelligences se dégageant librement des chaînes du passé, les précurseurs, en un mot, de l'esprit philosophique, nettement anti-chrétien.

On conçoit la gravité du choix entre ces deux conceptions du libertin.

Si les libertins sont de simples déséquilibrés, ils ne peuvent faire figure dans l'histoire de la libre-pensée sans déprécier fortement cette dernière. Qu'attendre de raisonnable et de pratique d'impulsifs incapables de distinguer le chimérique du réel? Rien. Quelle importance attacher à ces contempteurs des hases de l'ancienne société et aux projets qu'ils ont formés de constituer un monde nouveau? En vérité, aucune.

Le XVIII^ siècle a vu le triomphe du libertinage, l'ancienne société s'est écroulée en 1789. Pourquoi? Parce que le libertinage avait gagné les classes dirigeantes, parce que la mentalité de ces classes était devenue libertine. Ce fait est sans contestation possible.

De la régence de Philippe d'Orléans à la veille de la Révolution, la Noblesse et la haute bourgeoisie n'ont eu qu'une unique pensée : jouir; les sens ont dominé la raison, aussi tout a été à l'unisson : la littérature en grande partie sadique, l'art voluptueux, la philosophie maiéraliste, etc. Crébillon fils et Jean-Jacques Rousseau sont les deux pôles du XVIIP siècle; la sensibilité, sous sa double forme : l'éréthisme tout court et l'éréthisme cérébral, a prédominé, la seconde forme ayant été aussi néfaste que la première. Le XVI IP siècle a donc vu l'éclipsé complète du bon sens.

Cette simple constatation justifie notre définition du libertin : Gabriel de Foigny dont nous nous occupons aujourd'hui ne nous démentira pas!

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