LA DESCRIPTION
de ce pays inconnu jufqulcî, de lès mœurs & dejG
s AD
Avec les avantures qui le c on dj'i firent c fiée Cor.ûnent , ^ les pdrticdanhz du> fcÀour cmilyfit d'Si^cLM trente-cm^ans é'p^^^'i & de fo/^ retour.
Réduites oc mifes en lumière par les foiiis & ia conduite de G. de F.
A VANTEES,
par ÏAQ^Bs Vernevil. uu' S. Gilies iéyé.
Titre de l'édiLion originale de Genève, 167G.
OU le premier qu'il faudrait choisir pour père? » La conclusion, c'est le péché originel qui nous a mis dans l'obligation de nous couvrir alors que les Australiens n'ont pas eu de part à la faute d'Adam..., etc.
Les Australiens — nous le répétons — ne parlent jamais de Dieu, autrement dit : de « l'Incompréhensible ». On le suppose, on l'honore intérieurement. Ce serait un crime inouï de s'en entretenir, soit par dispute, soit par forme d'éclaircissement parce que l'on ne saurait discourir de sa perfection sans l'offenser. La révélation, base de la religion chrétienne, est une absurdité. Pourquoi Dieu s'adresserait-il plutôt aux uns qu'aux autres, pourquoi favoriserait-il plutôt les uns que les autres? Les miracles, quelle valeur y attacher alors que les uns y croient et que d'autres n'y croient pas! Leur fondement est la crédulité de ceux qui se laissent plus facilement persuader, etc. La connaissance de Dieu ne sert d'ailleurs qu'à nous diviser, nous tourmenter et nous rendre malheureux^ L'espérance d'un monde meilleur (l'immortalité de l'âme) est un non sens. Ce serait la conciliation de deux choses opposées : qu'un vivant ne puisse voyager dans Y Autre Monde, et qu'un mourant puisse faire ce voyage, les morts auraient plus de mouvement que les vivants ! La prière est également un acte irréfléchi. En priant Dieu nous supposons qu'il ignore nos désirs, c'est le blasphémer; s'il les connaît et ne les réalise pas, c'est de l'impiété; s'il est indifférent, c'est sacrilège! etc., etc. ».
Les membres de la Vénérable Compag-nie ont dû être ahuris à la lecture de semblables aberrations publiées tout au moins — si elles ne sortaient pas de son cerveau — par le collecteur, avec prières nouvelles, des Pseaumes de Marot et de Bèze ! Le seul moyen de voir un peu clair dans ces ténèbres, était d'inviter Foigny à s'expliquer. Il est donc décidé que Foigny comparaîtra dans les premiers jours de la semaine suivante. On l'interrogera sur le manuscrit original de La Terre Australe^ sur son impression et sur les « choses intolérables contenues en ce livre ».
Du vendredi l**" décembre 1676.
M. Després, précédent modérateur, a rapporté que quant au livre de Foigny on ne put pas mardy dernier faire le rapport des remarques que peuvent avoir fait ceux qui ont été chargés de le lire, parce qu'alors on n'avoit pas pu recouvrer des exemplaires. Que depuis en ayant eus on pouvoit en parler maintenant dans la Compagnie. Sur quoy ont esté ouïs MM. les professeurs en théologie Mestrezat et M. Després, lesquels nous ont rapporté que ce livre est plein d'extravagances et de faussetés, et
1. C'est exactement la doctrine de Geoffroy Vallée (que Foigny ignorait certainement! dans sa Béuliliide des Chrestiens ou le Fléo de la Foy, voir Le Libertinage au XVII' siècle : Mélanges. L'Ancêtre des libertins du XVII' siècle.
38 LA VIE DK GABRIEL DE FOIGNY
même de chozes dang'ereuzes, infâmes et impies comme il se peut voir principalement dans les chapitres 5 et 6. A été avisé qu'on appellera devant la Compagnie un des premiers jours de la semaine prochaine le sieur de Foig-ny pour le faire répondre sur l'original, Timpression dudit livre et sur les choses qu'on trouve intolérables dans ledit livre'.
La Vénérable Compagnie siège le lundi 4 Décembre pour entendre Foigny, mais celui-ci a fait savoir qu'ayant été visiter un de ses enfants, placé en nourrice dans un village aux portes de Genève, il viendrait seulement s'il était de retour à temps. Les pasteurs Després et A. Mestrezat produisent leurs remarques sur La Terre Australe^ mais Foigny ne donnant pas signe de vie, la séance est levée après avoir décidé qu'on préparera, avant de l'interroger, la liste des questions à lui poser.
Du lundy 4 décembre 1676.
M. le modérateur ayant fait appeller la Compagnie à cauze du sieur Foigny qu'il a fait avertir pour comparoir aujourd'huy et que sa femme a répondu qu'il ne pouvoit pas se présenter aujourd'hui parce qu'il étoitallé dehors à un village où on noux'rit un de ses enfans, que s'il étoit de retour de bonne heure il ne manqueroit pas de comparaître. A été avizé qu'il sera de nouveau cité pour vendredy prochain et cependant que... (mots illisibles) qui ont veu son livre en produit (sic) leurs remarques, assavoir M. le modérateur et M. Mestrezat le jeune; ensuyte de quoy on a trouvé bon de les rapporter encore vendredy pour délibérer comment on aui'a à luy parler^.
Le vendredi 8 décembre Foigny attend sa comparution dans l'antichambre de la salle des délibérations de la Vénérable Compagnie. Son interrogatoire sera limité aux points suivants : I. Est-il l'auteur de La Terre Australel — IL Dans la négative, comment en a-t-il eu la copie? — IIL S'il en possède l'original? — IV. S'il Ta fait imprimer, et qui lui a octroyé la permission?
Introduit, Foigny raconte une petite histoire cadrant assez bien avec les indications de son avis « Au lecteur ». Sauf cet avis, dont il accepte la responsabilité, il n'a fait que « traduire » l'ouvrage d'un nommé Sadeur et l'a donné à imprimer à La Pierre. Un marchand étranger, acheteur du manuscrit original, le lui a envoyé pour le mettre au jour. Foigny, son travail achevé, s'est adressé au syndic Jean LuUin — mort il y a une dizaine de mois — afin d'obtenir l'au-
i. Registre de la Vénérable Compagnie, M., à la date.