Registre de la Vénérable Compagnie, cote M., à la date
torisation d'imprimer; il l'a eue et elle figurait sur la première feuille; La Pierre Ta reçue de ses mains. Les exemplaires deLa Terre Australe ainsi que le manuscrit sont tous chez le « marchand étrangler ». Ce livre est fort pudique, les Australiens ignorant Fimpudicité. L'absence au titre de la rubrique Genève est imputable à Lullin : il a conseillé ce léger accroc à la vérité parce que Sadeur raisonne comme un papiste et non comme un huguenot ; deux Scolarques d'ailleurs ont lu La Terre Australe.
Foigny payait d'audace. A moins de considérer les membres de la Vénérable Compagnie comme des niais, il devait présumer qu'ils ne s'arrêteraient pas à ses assertions fantaisistes.
Sorti de la salle, Foigny reste à la disposition de la Vénérable Compagnie, elle décide aussitôt :
1° La comparution immédiate de La Pierre. Il devra apporter le manuscrit de La Terre Australe et le permis d'imprimer de Lullin.
2° Foigny déclarera le nom du marchand qui a acheté l'original de La Terre Australe et celui de la personne à laquelle il a montré « sa copie » avant de l'envoyer à l'imprimeur.
3° On demandera à Foigny si les' doctrines exposées par les Australiens ont son approbation.
La Pierre tardant à venir, Foigny est introduit k nouveau. Il désigne le marchand étranger, acquéreur du manuscrit original : un sieur Bille ou Pille, libraire à Clermont en Auvergne, précise qu'il a « traduit » pour son compte La Terre Australe, l'a fait imprimer, et lui a, en outre, délivré les exemplaires sans en conserver un seul. II n'a recommandé dans la préface (l'avis « Au Lecteur ») que les aventures de Sadeur; quant à la matière « il la regarde, sans y ajouter foi, comme une révélation analogue à VAlcoran! »
L'imprimeur La Pierre entendu ensuite dépose une partie de la copie de Foigny, en reconnaissant qu'il a remis à ce dernier en février ou mars 1H77 les cinq cents exemplaires de La Terre Australe. La permission signée Lullin lui a été montrée, mais il ne peut la représenter.
Foigny, interpellé à ce sujet, répond qu'il ne l'a pas non plus; il se rappelle l'avoir laissée à La Pierre.
Cette confrontation terminée, la Vénérable Compagnie reprend le cours de sa séance, et, après en avoir délibéré, arrête :
Le précédent modérateur Després et son prédécesseur Calendrin verront le syndic Butiny et le mettront au courant des allégations de Foigny et de La Pierre, Ils lui communiqueront les remarques
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contenant les choses fausses, deshonnêtes et impies dont La Terre Australe est pleine. Ceci fait, les deux délégués se présenteront devant le Conseil de Genève, au nom de la Vénérable Compagnie, portant plainte contre Foigny et La Pierre, lesquels se couvrent de ia permission de Lullin, puis déclareront que La Terre Australe mérite d'être condamnée pour des passages contraires à la vérité, aux bonnes mœurs et à la religion, et que la présence de Foigny est dangereuse à Genève. Enfin il prieront MM. de Genève d'écrire à M. de La Chaumette, pasteur à Maringues, au sujet du nommé Bille ou Pille, libraire à Clermont en Auvergne.
Voici le procès-verbal de cette importante séance que nous venons de résumer :
Du vendredy 8° décembre 1676.
Le sieur de Foi},^ny étant à raiiticliambre a été avizé de l'inLerrog^er seulement, premièremeuL s'il est Fauteur dudit livre, comment il a eu la copie dudit livre, et s'il en a roriginal, et s'il ne l'a pas fait imprimer et où, et qui luy en a donné la permission.
Lequel étant entré et ayant été interroj^^é comme dessus a respondu qu'il a fait la translation du livre de Sadur et qu'il a fait le préliminaire et qu'il a fait imprimer ici par accident par les sieurs Delapierre et qu'ayant obtenu de celuy à qui avoit été vendu l'orijjinal qui estoit un marchand étranger qui luy a ordonné de le faire imprimer et qu'il en a eu la permission il y a environ dix mois par feu M. Lullin écrite en la première feuille, et qu'il en a eu seulement la commission et que tous les exemplaires sont par devers celuy qui a achelté ledit original. Que s'il y a quelque chose qu'on n'approuve pas on ne luy peut pas imputer puisqu'il n'a fait l'office que de traducteur et la permission est par devers l'imprimeur et qu'il n'y a rien clans le livre qui ne soit une création fort pudique, puisque ceux dont l'histoire est récilée ne savent que c'est d'impudicité et si le nom de Genève n'est pas mis sur l'imprimé, il a suivi le conseil dudit seigneur Lullin, ayant dit que deux scolarques ont veu ledit livre. Et ayant donné liberté on a avisé, 1® que l'imprimeur qu'il a nommé sera appelé et averti d'apporter présentement à la Compagnie la copie dudit livre et la permission de l'imprimer, 2" que ledit Foigny sera sommé de dcclai-er qui est le marchand qui a aclietlé l'original et la copie de la translation, à qui il l'a fait voir devant que l'imprimer, s'il approuve toutes les choses quelle contient? Lequel estant rentré il a nomuïc le S"" Bille de Clermont en Auvergne, marchand libraire, auquel il a vendu ledit livre. Quant à la matière dudit livre, s'il l'a recommandé en la préface, ce n'est que quant à l'histoire, il n'y ajoute pas entièrement foy; que ce n'est qu'une révélation, comme peut-être lalcoran; qu'il n'a agi en l'impression que comme ayant la commission dudit Pille auquel il a remis tous les exemplaires, n'en ayant pas un seul de réserve par devers soy; qu'il y a environ dix mois que M. Lullin luy a donné la permission, lequel n'a pas trouvé bon qu'on mît le nom de
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Genève parce que celuy qui en est l'auteur parle en papiste, et non comme un homme de notre religion. Que les autres... sic... Et le Sieur Delapierre le cadet imprimeur a avoué d'avoir imprimé ledit livre il y a dix mois; que le sieur de Foigny en a retiré tous les exemplaires au nombre de cinq cents, luy ayant fait voir la permission de l'imprimer signée par M. Lullin, laquelle l'un et l'autre ont nié l'avoir présentement, ni savoir ce qu'elle est devenue, quoyque Foigny a soutenu l'avoir laissée audit Delapierre, lequel a remis dans la Compagnie une partie de la copie qui luy avoit été baillée par ledit de Foigny.
La Compagnie ayant délibéré sur toute celte affaire, a résolu que MM. le modérateur présent et précédent verront M. le syndic Butigny, scolarque, auquel ils réciteront les démarches que la Compagnie a fait envers le sieur Foigny et le sieur Delapierre et communiqueront les remarques faites sur le livre contenant choses fausses, deshonestes, impies et fort dangereuses. Et qu'ensuite, nos dits frères pourront se présenter devant nos Seigneurs au nom de la Compagnie pour se plaindre contre le sieur de Foigny et même contre Delapierre, lesquels prennent prétexte de se couvrir d'une permission obtenue de feu M. l'ancien syndic Lullin, représenter au Conseil que le livre de lierre australe connue est plein de chozes insupportables comme il a été dit, afin que messieurs jugent sur ce qui est à faire, la Compagnie estimant que le séjour dudit Foigny est dangereux parmi nous et que ledit livre mérite d'estre condamné comme contraire à la vérité, aux bonnes mœurs et à la religion. Qu'il faudra écrire à M. de la Chaumetle, pasteur àMaringues, et s'enquérir dudit marchand nommé par ledit sieur Foigny*.
Les pasteurs Després et Galendrin remplissent près du syndic Butiny la mission qu'ils avaient acceptée le 8 décembre. Butiny leur répond que dès qu'il aura lu La Terre Australe, il avertira Galendrin soit de se présenter au Conseil, soit de venir en conférer avec les Scolarques, soit de s'expliquer par lettre.
Un des pasteurs de la Vénérable Compag-nie, Delesmilières', a rencontré Fabri, nouveau scolarque, et Isaac Lullin. Aux yeux de Fabri La Terre Australe doit être supprimée et Fimprimerie fermée, il s'en entretiendra avec ses collègues. Le lils de l'ancien Syndic lui a déclaré : « Il est contre la vérité que mon père ait donné la permission d'imprimer, son état de maladie ne lui a pas permis de voir ce livre, il n'aurait rien fait d'ailleurs sans l'autorisation de ses collègues, n'étant pas alors premier syndic ».
Enfin, Galendrin a eu l'occasion de remettre au syndic Jacques Sara-
\. Registre delà Vénérable Compagnie, cote M., à la date.
i. Gamaliel Delesmilières, professeur à l'Académie de Genève, en 1666, mort en i704.
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zin le mémoire concluant à ce qu'il ait à s'informer de l'existence d'un nommé Bille, libraire à Glermont eu Auvergne.
La séance de la Vénérable Compagnie s'ouvre dans ces conditions le vendredi 8 septembre.
Après l'exposé des démarches et des faits ci-dessus, il est rapporté que quelques membres du Conseil de Genève désirent prendre connaissance de La Terre Australe. Cette exigence, capable défaire traîner l'aifaire en longueur, prouve l'action de Foigny agissant en sous-main près de Messieurs de Genève. Il est au mieux, en effet, avec le premier Syndic, et cherche à influencer sa décision. Un des pasteurs présents fait remarquer que l'attitude de Butiny et de ses collègues est telle que la remontrance de la Vénérable Compagnie a chance de rester lettre morte, tant que le Conseil actuel demeurera en fonctions. Ces déclarations impressionnent la Vénérable Compagnie ; elle reprendra la question Foigny aussitôt après la réponse définitive du syndic Butiny au sujet de la remontrance.
Du vendredy 15 décembre 1676.
M. le précédent modérateur et M. Calench-in ont veu M. le syndic Butiny, suivant la résolution prise vendredy dernier en la Compaj^nie touchant le sieur Foigny, son livre et l'impression qui en a été faite. Ledit seigneur ayant promis qu'après la veuedudit livre il avertira notre dit frère, soit pour se présenter au Conseil, soit pour en faire communication avec MM. les Scolarques, ses collègues, par la Compagnie ou par lettre. Et M. Delesmilières a dit aussi qu'ayant veu M. Fabri, nouveau scolarque, ils s'entretiendront du livre de la terre australe connue, lequel ledit seigneur a leu et il le condamne, ayant expressément déclaré que ce livre mérite d'être supprimé et mêmes l'imprimerie de ceux qui en ont fait l'édition. M. Galendrin a rapporté qu'il a donné un mémoire à M. le Syndic Sarasin pour s'informer du nommé Bille, libraire de Clermonl. A été encore ditque quelques particuliers du Conseil ont déjîi leu leditlivre et que les autres dézirent de le lire, ce qui portera TafTaire en longueur, le dit Foigny tâchant de prévenir le jugement de nos Seigneurs. Et mêmes quelcun a remarqué par avis de particuliers du Conseil que AL le premier syndic supporte ledit de Foigny et qu'il est à appréhender que la remontrance de la Compagnie ne soit infructueuse devant le présent syndicat. Enfin M. Delesmilières a représenté que s'étant rencontré avec M. Lullin et ayant parlé de Foigny et du livre de la terre australe connue, M. Isaac Lullin, lils de AL le syndic Lullin, a soutenu qu'il est contre vérité que M"" son père ait donné la permission de l'impression dudit livre parce qu'il y a dix mois que ledit seigneur n'éloit pas en état, à cause de sa maladie qui l'adligeoit déjà, de voir ledit livre et qu'il n'eût pas entrepris de voir sans communication avec ses collègues, n'estant pas alors le premier scolarque. A été avizé qu'on attendra l'exécution de la remon-
LA VIE DE GABRIEL t)E FOIGNV' 4&
Irance devant nos Seigneurs jusques à ce que M. le Syndic Butiny ait fait sa réponce*.
La suspicion portée contre le Conseil de Genève en entier paraît justifiée. Le Syndic avait été circonvenu par Foigny au point que Butiny, ayant eu vent de la « remontrance » et bien qu'ayant lu La Terre Australe^ dit au pasteur Galendrin qu'il serait à propos d'attendre quelque temps avant de la faire !
Du vendi-edy 22 décembre 1676.
M. Galendrin, ayant dit que M. le syndic Butiny a veu le livre de Foigny, a donné avis qu'il serait à propos d'attendre quelque tems pour exécuter la remontrance résolue par la Compagnie. A été avizé de suivre ledit avis^
La Vénérable Compagnie sent qu'elle est bernée ; elle est trop politique pour avoir l'air de s'en apercevoir! MM. Calendrin et Delesmilières s'assureront simplement si les Syndics de Genève ont vu Foigny et s'ils sont disposés à suivre l'avis de la Vénérable Compagnie. C'était prendre l'affaire de biais. De plus Foigny ayant publié son Garantus de l'année 1677 dans lequel il aurait glissé quelques prédictions hardies, les membres de la Vénérable Compagnie ayant parcouru cet almanacli sont chargés den présenter un rapport.
Du vendredy 19 janvier 1677, Quant au livre de La Terre australe connue dont le sieur Foigny a répondu devant la Compagnie a été avizé que MM. Galandrin et Lesniilières aui'ont soin de savoir si MM. les scolarques l'ont veu, pour agir ensuite selon l'avis de la Compagnie résolu par ci-devant. Sui* quoy ayant été dit qu'en l'almanach qu'il a fait pour cette année il y avoit quelques prédictions hardies a été avizé que ceux qui le pourront voir en fassent rapport^.
L'ancien syndic Sarazin, au lieu de s'adresser à M. de La Chaumette, pasteur à Maringues, le correspondant de la Vénérable Compagnie (était-ce méfiance?), avait écrit au sieur Chabrol, médecin à Clermont; celui-ci lui répond le 27 janvier : Depuis cent ans il n'existe aucun libraire ou imprimeur de ce nom à Clermont; voici la liste des imprimeurs : Jaquart. Perdrix et Barbier, celle des libraires, les mêmes et Rolart. Avant ceux-là on ne connaît
i. Registre de la Vénérable Compagnie, cote M, à la date. 2. llegistre de la Vénérable Compagnie, cote M, à la date.
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que Durand, et Pierrot venu de Metz, Le pasteur Calendrin à qui cette lettre est communiquée immédiatement en fait part à ses collègues de la Vénérable Compagnie.
Du vendredy 26 janvier 1677.
M. Calendrin a produit un extrait d'une réponce de M. Chabrol, médecin, demeurant à Clerniont, à M. l'ancien syndic Sarazin touchant un nommé Pille, libraire, allégué par Foigny sur son livre de la Terre australe, etc., lequel extrait est exprimé aux termes suivants : Extrait d'une lettre de M. Chabrol, écrite de Clerniont en Auvergne le 27 janvier 1677 : Je me suis soigneusement enquis en cette ville s'il n'y avoit pas eu un libraire ou imprimeur nommé Pylle et n'en ai trouvé aucunes nouvelles et on m'a assuré que depuis 100 ans on n'en a point ouï parler de ce nom et je suis certain que depuis 37 ans que je suis habitant de cette ville il n'y en a point eu. Il faut qu'on vous ait baillé un nom pour l'autre. Nous avons pour imprimeurs Jaquart, Perdrix et Barbier et pour libraires les mesmes et Rolart, et avant ceux-là les anciens estoyent Durand et Pierrot qui estoit venu de Metz. Si vous avés quelques circonstances qui puissent servir à découvrir sûrement ce que vous désirés, prenez la peine de me le mander, afin que je puisse vous mieux satisfaire sur ce sujet*.
Il ne devait pas y avoir grand chose de répréhensible dans le Garantus de 1677, on n'en parlera plus. Au contraire, la lettre du sieur Chabrol olfre un prétexte d'exécuter la remontrance décidée et ajournée depuis deux mois. Calendrin et Delesmilières la feront à MM. de Genève, au nom de la Vénérable Compagnie. Il restait cependant encore à savoir si les Scolarques avaient tous lu La Terre AustraleK
Du vendredi 9 février 1677.
MM. Calendrin et Delesmilières auront soin d'exécuter la députation envers nos Seigneurs touchant la résolution prise cy et n'oublieront de représenter ce qui a été écrit à M. l'ancien syndic Sarazin touchant le nommé Bille par le sieur Chabrol, l'extrait de sa lettre étant couché sur le registre le 26 janvier dernier^.
Les Scolarques et le Conseil de Genève ont enfln pris connaissance des remarques des pasteurs Calendrin et Mestrezat et des extraits de La Terre Australe. M. Delesmilières en rapporte l'exem-