AU LECTEUR
L' Homme ne porte aucun caractère plus naturel que le désir de pénétrer dans ce qu'on estime difficile, et de comprendre ce qui paroit à plusieurs inaccessible. Il est né avec cette passion, et il en donne autant de preuves quil entreprend de nouveaux desseins. Il veut même monter dans les deux et non content de raisonner et discourir des qualités des étoiles, il s'éforce d"" approfondir dans les secrets de la Divinité. Cette considération oblige plusieurs personnes de s'étonner, quand ils font réflexion qu'on ne cesse depuis quatre ou cinq cens ans de proposer une terre Australe inconnue, sans qu'aucun jusqu'ici ait fait paroilre son courageet sessoins, pour la rendre connue^.
Il est vray que Magellan a conservé quelque tems la gloire de l'avoir découverte'^ l'an 1520 sous le nom de « Terra del fuego », mais les Hollandois lui ont enlevé cet honneur en nous asseurant^ qu'il n'avoit veu que certaines Isles, qui sont plutôt des dépendances de l'Amérique que des suites de la Terre Australe. Plusieurs croyent que le sieur de Gonneville, François, pourroit avec justice s'attribuer cet avantage, puis qu'ayant équippé un vaisseau à Ronfleur, et levé l'ancre le 12 juin de l'an 1603, il arriva heureusement au Cap de bon Espérance où, perdant sa route à cause d'une furieuse tempête, il fut jette sur une mer inconnue et ensuite contre des côtes Australes où, ayant demeuré six mois, il prit la résolution de retourner en France, et en amena un jeune homme qu'il qualifioit fils d'un Roy de ces Quartiers.
C'est cequ'il dit : mais comme Une marque aucune particularité de l'assiette nide l'étendue de ce pays, on ne peut asseoir aucun jugement solide sur sa relation. Marc Paul, vénitien, fit davantage longtemps auparavant, si nous voulons nous arr ester à sonrapport, puis qu'il découvrit, à V opposite delà Grandelava, laProvince deBoeachqu'il qualifie pleine de richesses, le
a) Var. 1692 : Préface. — b) Quoique les avantures surprenantes de Sadeur, et la découverte du Pais dont on va lire les particularitez soient quelque chose de fort extraordinaire, le lecteur n'aura pas beaucoup de peine à y ajouter foi, quand il sçaura que depuis deux cens ans on parle d'une Terre Australe inconnue. Il aura seulement lieu de s'étonner qu'on ait été si longtems sans la découvrir, le Monde étant plein de Pilotes si habiles, et de Voiageurs si curieux, et il jugera avec assez de fondement que ceux qui ont entrepris de faire cette découverte ont péri dans le voiage, où ont été tuez par les Habitans de ce Païs, après y avoir pénétré, comme l'auroit été Sadeur lui-même, sans les prodiges de bravoure et de courage qu'il fit paroître, aux yeux des Australiens, en combattant contre des Animaux d'une grandeur et d'une force monstrueuse, ce qui charma tellement ces Peuples, naturellement fort braves, qu'ils lui accordèrent le privilège de demeurer avec eux contre les Loix les plus solennelles de leur Païs. La naissance de Sadeur, son éducation, ses malheurs, et ses naufrages parottront à tout le monde, comme les effets d'une destinée qui sembloit ne l'avoir fait naître que pour le conduire dans cette Terre inconnue, dont nous n'avons eu aucune Relation véritable avant lui. — c) s'est attribué l'honneur d'avoir découvert ce Païs. — d) nous ont montré très clairement.
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Hoy au me de Mitleluruhondanl en épiceries'^, Vhie deVelunremplie d'iirfjics aromatiques, et une autre isle qu'il nomma petite lava. Mais les Iloliaiidais qui ont un commerce ordinaire^ en la grande lava', nous asseurent que toute cette découverte n'est que de plusieurs isles, et non du continent de la terre Australe. Cela est d'autant plus recevahle'^ que Fernandes (jale{,^o écrit qru'ayant parcouru toute cette vaste mer, depuis le détroit de Magellan jusqu'aux Moluques, il trouva une telle suite d'Isles qu'il en compta jusques à mille et soixante et dix.
Tous ces débats et toutes ces oppositions de personnes, d'ailleurs fort célèbres, donnent beaucoup de poids à la proposition de Monsieur de Ranty en son introduction à «. La Cosmographie », que « personne n'a sceu jusqu'ici ce que cestoit que la terre Australe, ni même si elle estoil habitée ».
Il est vx'ai que comparant la relation deFernandez de Quir, Portugais*, avec la description qui doit suivre, on est oblige d'avouer que si quelqu'un en est approché cet honneur lui est deu privativement à tous ses devanciers.
Nous trouvons dans sa huitième Kequeste à Sa Majesté Catholique que dans les découvertes qu'il fit Tan 4610, il vid des pays dans la terre Australe qui surpassent l'Espagne en fertilité^, où les habitans sont en qrand nombre, d'une humeur gage, affable et aimable, d'un naturel plein de reconnoissance, d'un port grave, d'un corps plus gros et plus long que les nôtres, d'une santé ferme et de longue vie, d'une adresse admirable à faire quantité d'ouvrages, et particulièrement des parterres, des barques et des draps. Louys Paëz de Torrés estoit Admirai de la même flotte et il confirma le rapport de Quir au Conseil d'P]spagne, ajoutant que ces contrées sont d'un air si sain et si conforme au tempérament de rhomme qu'on y couche à platte terre sans aucune incommodité, et que ses soldats et luy-même y dormoient indifféremment au Soleil et à la Lune avec plaisir; que les fruits y sont si nourrissans et si excellens qu'ils suffisent seuls à la nourriture; qu'on y boit d'une liqueur plus agréable que nos vins; qu'on ne sçait ce que c'est que l'usage des
h) Var. Ifi92 : a joiii aussi assez longtemps de la gloire de cette découverte, lorsqu'aiant été jette par la tempête beaucoup au delà de l'Isle de lava, surnommée la Grande, il découvrit le Koiaume de Maletur, la Province de Boeach. — b) qui sont établis. — c) et qui en font tout le commerce. — d) par toutes leurs relations, que tous les Païs que ce pilote a vus, ne sont autre chose qu'un amas de plusieurs Isles qui ne tiennent par aucun endroit au Continent de la Terre Australe; et cela est d'autant plus vraisemblable. — e) il trouva un Pais beaucoup plus fertile cl plus peuplé que tous ceux de l'Europe.
1. Voici les sources de Koigny sur de Quir : La relation en latin de la Terre Aus- Irule de Pierre Fernande/, de Quiros qui fait partie du volume suivant : Descriplio ac delineatio geographica deleclionis freti, sire transittis ad oceanum super-lerras americanas..., recens invesligali (par Ilenr. Jhidson). — Item, nnrraiio régis Hispaniae fada super traclu in quinlu orhis lerrariim parle, oui Aiislrali.ie incognilae nomen est, recens deleclo, per Pel. Ferd. de Quir, elc. Anislelod,, ex o/jficina Hesselii Gerardi, l6ii{ou 1613). Petit in-4. — La relation de Quir a été traduite en français sous le titre : Copie de la requête présentée au roi d'Espagne par le capitaine P. Ferdinand de Quir, sur la découverte de la cinquième partie du monde, appelée la Terre Australe incogneaë. Paris, 1617, in-8.
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habits; que les sciences naturelles y sont en grande estime. Voilà le racourci des rapports de ces deux personnages dont la mémoire ne peut estre que glorieuse, et la suite fera voir que, s'ils nontp^is parcouru ces vastes pays, ils en ont approché de fort près. Ce nest cependant qu'un léger crayon qui altère plus qu'il ne satisfait, puis qu'ils ne particularisent rien^.
Le beau jour de ces ombrages étoit réservé au règne de Louys le Redouté et le Triomphant, afin que si deux terres fermes ne suffisent pas à ses conquêtes, il ait l'avantage d'en connoitre une troisième mieux située et incomparablement plus réglée que les autres. On disputera peu t-estre du pays à qui nous avons l'obligation de ces riches lumières, et l'Espagne prétendra se les attribuer parce que notre Autheur doit son éducation au Portugal. Mais puisque le fruit appartient à l'arbre qui l'a porté, et que son père et sa mère ont été François, nous pouvons asseurer que cet avantage appartient à la France.
Et certes les connoissances si rares et si éclatantes qu'il nous donne ne doivent avoir aucune autre origine qu'une nation qui éclalle plus que jamais sur toute la terre. J'avoue que si je ne m'étois trouvé à Livorgne l'an i66i au temps de son débarquement, ses mémoires seraient tombez en des mains étrangères qui lui auraient ravi sans doute cette gloire. Mais le bon-heur, qui l'accompagne toujours, aussi bien que la générosité ne pouvant souffrir cette injustice, me conduisit d'une façon assez particulière pour empêcher cet inconvénient.
J'estois sur le port quand le vaisseau qui l'avoil apporté de Madagascar y mouilla l'ancre. On débarqua avec quelque précipitation comme c'est l'ordinaire après de si longs voyages, ce qui fît que notre Autheur affaibli sans doute des incommoditez que cause un chemin de trois ou quatre mille lieues, passant sur la planche, glissa et tomba dans l'eau avec une petite valise qu'il portait. Ce bon homme se noyait malheureusement au part, sans qu'an fît aucune diligence pour le sauver, j'y courus touché de pitié, et je trouvai le moyen de lui tendre une perche à la faveur de laquelle il évita le naufrage. Etant sorti de l'eau, et m'ayant témoigné beaucoup de reconnaissance, plutôt par ses gestes que par ses paroles, il me fit connaître qu'il étoit dénué de tout secours en ce mande et qu'il voudrait avoir le tems de me faire le récit de sa fortune. La douceur de son visage et la bonne grâce de ses façons de faire me donnèrent de la tendresse pour lui, et bien que je fusse Etranger, je le conduisis en mon logis, et fis ce que doit un Chrétien en cette occasion. A peine eut-il changé d'habit et pris quelque nourriture que deux Mariniers m'abordèrent et me demandèrent quinze pistâtes, tant pour son part que pour sa subsistance depuis Madagascar. Je voulus les satisfaire de paroles; mais comme je n'avançais rien, j'allai trouver le Capitaine du vaisseau qui me receut avec quelque courtoisie^
a) Var. 1692 : fort cultivées. Mais avec tout cela, il faut demeurer d'accord qu'ils n'avoient qu'une connoissance fort superficielle de ce Pais, et que ce qu'ils en ont dit ne pouvoit servir qu'à exciter la curiosité qu'on avoit déjà de le connoitre, bien loin de pouvoir la satisfaire.