‹ Les successeurs de Cyrano de BergeracChapitre 86 sur 111 · CLAUDE GILBERT · texte numérisé non relu

CLAUDE GILBERT

Nous devons les renseignements ci-après sur Claude Gilbert à l'abbé Philibert Papillon, chanoine de la Chapelle au Riche de Dijon, son compatriote; ils ne nous apprennent rien sur ses mœurs.

Claude Gilbert, avocat, fils de Philippe Gilbert et de Marguerite Pain, né à Dijon le 7 juin 1652, épousa, le 15 juin 1700, Marie F^ey, et mourut en sa patrie le 18 février 1720, après avoir été attaqué, quelque temps auparavant, d'une paralysie qui l'avoit rendu perclus de la moitié de son corps. Il fit imprimer à Dijon, en 1700, un in-12 de 329 pp. intitulé : Histoire de Calejava, ou de Vlsle des hommes raisonnables, avec le parallèle de leur Morale et du Christianisme. Ce livre ne porte point le nom de l'auteur ni de l'imprimeur. On sçait néanmoins qu'il est sorti de la boutique de Jean Ressayre. Un avocat, qui avoit lu quelque chose de cet ouvrage, dit à l'imprimeur que, s'il y metloit son nom, il pourroit en être inquiété. Celui-ci remit toute l'édition à l'auteur qui la brûla entièrement, ainsi qu'il me l'a assuré plusieurs fois, avec serment, à la réserve d'un exemplaire. L'imprimeur avoit cependant retranché plusieurs endroits dangereux concernant le Christianisme et le Judaïsme. La veuve de Claude Gilbert préparoit le même sort à cet unique exemplaire, mais elle céda aux prières que je lui fis de me le remettre, et m'en fit un don le 15 mars 1735. Gilbert mettoit l'isle de Calejava en Lithuanie. L'ouvrage est en dialogues. Le même auteur avoit encore fait un livre manuscrit où il rappeloit toutes les Loix à la crainte : Primus in Orbe dédit Leges timor. Ce manuscrit a été quelque temps chez sa veuve, mais elle n'a sçu depuis ce qu'il étoit devenu {Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, i 745).

M. André Lichtenberger a analysé L'Histoire de Calejava dans son livre : Le Socialisme au XVIII'^ siècle, i895 :

« L'île de Calejava est un pays où l'or est inconnu, où la religion est libre, pourvu que l'on croie à l'existence de Dieu et de l'âme, où l'on n'attache nulle honte à l'acte de la reproduction, où l'époque des mariages est fixé par la loi, où les enfants sont élevés par l'Etat, et où l'on jouit d'un vrai bonheur, parce qu'il est conforme à la nature et à la raison, qui ont établi les règles qui doivent l'assurer. Tous les Avaïtes, y compris les magistrats, travaillent deux heures et demie le matin et autant le soir h la culture de la terre ou à un métier manuel, après quoi ils sont libres, le reste du temps, de se livrer à leurs occupations préférées. Les magis-

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