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Les successeurs de Sir John Franklin [microforme]

Il y a quelques années, nous avons offert à la jeunesse studieuse ün volume : Voyages à la recherche de Franklin. Depuis la publication de cet ouvrage bien dés événements se sont passés, bien des voyages ont été entrepris pour explorer les rivages ignorés des terres polaires, pour découvrir un passage au pôle nord, à travers l'inextricable réseau des iles, des presqu'iles, des canaux, des banquises des régions arctiques. On a interrogé de bien des côtés le redoutable Sphinx qui a dévoré de glorieuses victimes et n’a pas encore livré son secret. Et voyez comment s’enchaînent, sous le doigt de Dieu, les travaux de l'homme et les découvertes de la science. Les premiers navigaleurs n'avaient eu pour objectif que le Passage de l'océan Pacifique à l'océan Atlantique, soit par le nord de l'Amérique, soit par le nord de la Russie. Un hardi navigateur, à la recherche de ce passage, s'était égaré et finalement

perdu au milieu des banquises qui entourent la Terre Victoria. En cherchant les restes de l'expédition de Franklin, Mac-Clure découvre le fameux Passage nord-ouest. Puis sont venus le docteur Kane et son Compagnon Morlon, qui, en cherchant le Passage, ont cru reconnaître la mer libre du pôle,

La question en est là. Les deux pôles sontils recouverts d’une calotte solide, formée de Slaciers ou de terres glacées, impénétrables pour les vaisseayx, accessibles seulement aux traîneaux? Ou bien existe-t-il au pôle nord une mer libre et accessible en toute saison?

Telles sont les deux hypothèses qui partagent le monde savant. En attendant qu'elles soient résolues dans un sens ou dans un autre, et Pour aider nos jeunes lecteurs à Comprendre les récits qui forment l'objet du présent volume, nous allons essayer de leur donnerune idée sommaire de la géographie des contrées boréales,

Supposons que l’on s'élève en ballon à quelques lieues au-dessus du pôle arctique de manière à Pouvoir embrasser et distinguer la portion du globe circonscrite par le cercle polaire! Si la vue était assez perante, on apercevrait une ligne de côtes, tan-

1 Nous n'avons pas besoin de dire que nous faisons ici une Supposition toute gratuite,

tôt nette et définie comme au nord de l'Asie et de l'Europe, tantôt vague et indécise comme au nord de l'Amérique. En deçà de cette zone, c’est-à-dire autour du pôle, le regard embrasserait d'immenses plaines de glaces et de neige, des amas d'eau ou mers libres, des polynias réchauffées par les courants équatoriaux qui viennent lécher la base des icebergs et les dissoudre avec fracas.

Le tableau que nous venons d’esquisser acquiert plus de netteté et de précision, si l'on jelte les yeux sur la carte des régions arctiques. Il existe des mappemondes dans lesquelles les deux hémisphères sont représentés Suivant la projection de l'axe de la terre, montrant, par conséquen:, les deux pôles au centre même des deux cercles hémisphériques. De ce centre, qui est un des deux pôles, rayonnent les méridiens. Un de ceux-ci, le méridien de Paris, coupe les régions arctiques en deux parties égales, de la mer de Beñring à la mer du Nord. A 23 degrés et demi du pôle (environ six cents lieues), le cercle pulaire arctique entame une portion des continents et comprend leurs extrémités s’ailongeant vers le pôle, comme autant de bras, au Contour plus ou moins défini : ici, c’est le

cap Sévéro et la Nouvelle-Zemble; là, le L*

Spitzberg et l'Islande ; ailleurs, le Groënland et la terre de Grinnell, le continent le plus voisin du pôle. Si l'on suit du doigt le cercle polaire sur la carte, à partir de la Suède et en allant de l'ouest à l'est, on le voit entrer dans la presqu'île scandinave, au-dessus des îles Loffoden, au pied des vastes glaciers de Findalen, séparer la Laponie de la Finlande, pénétrer dans la mer Blanche, traverser ensuite toute la Russie et l'Asie septentrionale en Coupant à angles droits les grands fleuves qui descendent vers l'océan Glacial : la Petchora, l'Obi, l'Iénisseï, la Léna, etc. Le cercle traverse le détroit de Behring, partage l’Amérique russe, franchit la rivière de Mackenzie, le lac Grand-Ours, le pays des Esquimaux, le canal de Fox, l'île Cumberland, le détroit de Davis; il coupe la partie sud du Groënland et vient raser la pointe nord de l'Islande avant de revenir en Suède à son point de départ.

Si au dedans de ce cercle on en trace un autre, nécessairement plus petit, lequel aurait pour rayon une longueur de 10 degrés, on décrira le 80° cercle parallèle, lequel comprendra la région polaire proprement dite, avec ses mystérieuses profondeurs non encore explorées, mais qui sont aujourd'hui l'objectif

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de toutes les expéditions arctiques. A 80 degrés on est encore à quatre cents lieues du pôle. Ce cercle couperait encore quelques terres, le nord du Groënland, la terre de Grinnell, le groupe d'îles récemment découvertes au nord-est du Spitzberg.

Un fait qui paraîtra d’abord inexplicable pour ceux de nos je ‘2s lecteurs qui ne sont pas encore familiarisés avec la géographie astronomique, c'est la longueur démesurée des jours et des nuits polaires. Et pourtant ce fait, en apparence si extraordinaire, est la conséquence toute naturelle d’un autre fait. Personne n'ignore, en effet, que la terre, en tournant autour du soleil, semble s'incliner devant lui; si elle marchait toute droite, c'est-à-dire si son axe était toujours perpendiculaire sur le cercle qu’elle décrit annuellement autour du soleil, les nuits, pendant toute l’année, seraient égales aux jours, et les uns et les autres seraient exactement de douze heures. Mais, comme cet axe est incliné sur l'orbite terrestre, il en résulte que les deux pôles sont alternativement exposés à recevoir les rayons solaires. Pendant six mois, c'est le pôle nord qui est éclairé; tandis que le pôle sud est plongé dans l'ombre. Pendant les six autres mois,

c'est le tour du pôle sud d'être éclairé. Il y a donc aux pôles des nuits et des jours de six mois. À mesure qu'on s’avance des pôles à l'équateur, la durée du jour et de la nuit varie suivant la latitude. A 70 degrés, par exemple, le soleil ne se couche point pendant environ soixante-cinq jours et ne se lève pas pendant un nombre à peu près égal de jours; à 80 degrés, il reste sur l'horizon pendant cent trente-quatre jours et au-dessous pendant cent vingt-sept jours. Il a suffi d’une faible inclinaison de l'axe terrestre sur le plan de l'orbite Pour amener ces conséquences, qui rentrent dans l'ordre régulier et providentiel de l'univers.

Il est inutile d'ajouter qu'à l'équateur, ainsi que le mot l'indique, les jours sont égaux aux nuits, et que les uns et les autres sont de douze heures.

Toutefois il ne faut pas croire que les nuits polaires soient accompagnées d'une obscurité complète. Le reflet des glaces et des neiges, recouvrant d'immenses soliludes, y tempère horreur des ténèbres. L'éclat de la lune y est si vif qu'on peut lire à sa clarté comme en plein jour. Les crépuscules s'y prolongent au point de former des jours sans fin, alors même que le soleil est descendu sous l'ho-

rizon. Au pôle boréal, par exemple, règne, du 21 mars au 21 septembre, un jour de six mois, suivi d’un crépuscule de cinquantetrois jours; après quoi vient une obscurité complète de deux mois et demi, puis un nouveau crépuscule de cinquante-trois jours.

Enfin les nuits sont parfois illuminées par le splendide phénomène des aurores boréales, qui projettent leurs derniers reflets jusque dans nos contrées tempérées.

Les régions arctiques sont le théâtre de bien d’autres phénomènes déjà décrits dans un précédent volume, ou qui trouveront place dans le présent ouvrage. Les voyageurs ne se lassent pas de nous décrire les phénoinènes lumineux des régions arctiques. Ils insistent plus particulièrement sur les phénomènes de réfraction, le mirage, par exemple, qu'on croirait être plus particulièrement l’apanage du désert, et qu'on retrouve avec surprise dans la région des glaces.

Nous n'avons pas oublié, pas plus ici que dans notre premier volume, que c’est à la jeunesse chrétienne que nous nous adressons.

Nous n'entendons pas parler seulement de ce respect des mœurs invoqué déjà par un ancien : Maæima debetur puero reverentia.

C'est la première règle que doit s'imposer

quiconque a l'honneur d'écrire pour elle. La religion, qui est le premier et le dernier mot de la vie, a droit à tous nos hommages.

Toutes les fois que l'occasion s'en présente, nous ne manquons pas de faire observer que c’est précisément aux limiles extrêmes où expirent la civilisation et, pour ainsi dire, la nature animée, en présence des scènes sublimes ou terribles des régions polaires, que le nom de Dieu vient naturellement sur les lèvres ou sous la plume du navigateur ou du marin. Dans ces contrées dépouillées de ce qui fait le charme de nos climats tempérés, la religion, si elle a été par hasard méconnue, reprend tout son empire. Où l'on croyait n'avoir à s'occuper que de science et de dé-

couvertes, on fléchit le genou et on lève les .

yeux vers le ciel; on cherchait le pôle nord, et on trouve Dieu!

Paris, avril 1875,

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