II. — ES PRÉPARATIFS
Il avait été décidé que deux navires, l'Alert et la Discovery, seraient construits dans les chantiers de Portsmouth sous la surveillance d'un comité d’officiers expérimentés. Ce comité se composait : de l'amiral Richard, de l'amiral sir Léopold Mac- Clintock et de l'amiral Sherard-Osborn. Toutefois sir Mac-Clintock avait la direction personnelle des travaux.
Les deux navires devaient être construits en bois de chêne et de teck, aussi solides que le fer, de façon à résister à l'énorme pression des glaces. L'Alert, chargé de pousser plus avant l'exploration polaire, devait porter cinq tonnes d'esprit-de-vin, dix tonnes de pain, quatre-vingt-cinq tonnes de bœuf salé, porc, lard, café, sucre, farine, conserves de viande, plus dix tonnes de provisions diverses. Le poids total à bord devait être de cinq cent quarante tonnes; le tirant d'eau était estimé devoir être de quinze pieds six pouces à l'avant et de dix-sept pieds à l'arrière.
La Discovery, qui ne devait pas passer le 82° parallèle, d'un tonnage moindre, devait recevoir quatre tonnes et demie d’esprit-de-vin, neuf tonnes de pain, soixante-dix-huit tonnes de bœuf, farine, sucre, porc, lard, café et conserves. Le poids total à son bord, machine comprise, devait
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L'installation à bord des deux navires devait
être aussi confortable que possible ; mais tout était disposé au point de vue de l'économie du poids et de l’espace. On avait banni tous les objets dont la présence n'avait pas été suffisamment justifiée par un besoin ou une nécessité quelconque. Les cabines élaient cependant très spacieuses, car elles Mmesuraient six pieds de long sur sept de large. Elles étaient garnies d’une jolie commode qui, la nuit venue, se changeait en un bon lit, par l’addition d’un simple matelas. Leur éclairage s'opérait par une claire-voie pratiquée dans le pont du
navire, ou au moyen de prismes de verre pour les cabines de l’entrepont. Les portes s’ouvraient sur un même corridor conduisant à une élégante salle à manger, où tous les officiers devaient prendre leurs repas ensemble.
La proposition de faire chauffer le navire à air chaud fut repoussée par le Comité, qui, pour des raisons d'hygiène, a préféré les feux ouverts.
Les propulseurs furent formés par des hélices d'un modèle très réduit, permettant d'éviter les
1 Pour diminuer leur charge, sans cependant préjudicier à leurs besoins et aux moyens d'y subvenir, on a jugé à propos d'adjoindre à l’Alert et à la Discovery une frégate à vapeur,
le Valorous, qui les a accompagnés jusqu’à l'établissement danois de Disco, dans le Groënland, où elle a déposé une grande quantité de provisions de toute sorte, dont elle était remplie de la cale au second pont,
chocs avec la glace, au moyen d’un Système de leviers propres à les relever dès qu’une collision semblerait imminente. Une grue à vapeur, placée au milieu du pont, devait permettre d'éviter les grosses fatigues à l'équipage, telles que le levage des deux grosses ancres Martin dont chaque navire était pourvu.
Les embarcations ont été construites par M.John Wite*. Elles sont au nombre de dix-huit et d’une solidité éprouvée. L'expédition devait porter avec elle trente-cinq traîneaux de différentes dimensions, le plus grand pouvant contenir une dou- Zainc d'hommes avec des provisions pour sepl semaines, le plus petit contenant quatre hommes. On a joint aux traîneaux plusieurs équipages de chiens destinés aux officiers.
Chaque traîneau est pourvu d'un ou de plusieurs appareils de cuisine, les uns entièrement en métal, pendant que d’autres (d’après l’invention récente de sir Leopold Mac-Clintock) sont construits moitié en bois, moitié en métal, avec un couvercle d'étain et au-dessus un récipient à neige assurant ainsi une provision constante d'eau. Les fourneaux sont de forme circulaire et chauftés à l'esprit-de-vin ou à la stéarine. Les casseroles sont ajustées les unes sur les autres, ce qui permet de faire cuire à la fois pommes de terre, pemmikan ou toute autre provision. L'appareil entier est garanti du froid par un revêtement formé d'un
1 Le constructeur renommé de Cowes.
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enduit spécial que les Anglais désignent sous le nom expressif de fearnought (peur de rien ). Chaque homme devra porter toujours sur lui une provision d’eau contenue dans une gourde ordinaire, mais dont le goulot, entouré d'une bande de cuir, lui permettra d'éviter le contact cuisant du métal glacé. Les gourdes devront être approvisionnées par des condensateurs et portées par chaque individu sous ses vêtements, afin que la chaleur du corps maintienne l’eau à l’état liquide. Chaque traîneau doit être pourvu d'une certaine quantité de rhum, de la première qualité, non pas à titre de boisson enivrante, mais comme remède; on a reconnu, en effet, que le meilleur reconfortant, sous les latitudes polaires, ne consistait pas dans l'emploi des spiritueux, mais dans une nourriture substantielle, dont le pemmikan forme la base principale.
Les instruments scientifiques et ceux plus vulgaires que nécessite un voyage dans les mers polaires ont été l’objet d’un soin tout particulier, Les tentes, les couteaux, les scies à glace, les bâtons ferrés , les capsules explosibles pour briser la glace t, les ancres à glace, tout a été fait pour exciter, avant le départ, l'admiration des visiteurs. Par exemple, la plus grande des scies à glace est un énorme outil mesurant quinze pieds de longueur ? et pesant à peu près cent kilogrammes.
En cas d'emprisonnement du navire par les glaces, on emploiera la poudre ou le fulmicoton pour faire sauter les glaçons et creuser un chenal,
? 4 mètres 560, On sait que le pied anglais vaut un peu plus de 300 millimètres,
On n'évalue pas à moins de quatre millions de francs les dépenses nécessitées par l'expédition, et réparties de la manière suivante :
Pour l'année 18744875. . . . 2,460,500 fr.
Pour l’année 1875-1876. . . . 398,575
Pour l’année 1876-1877 et, le cas échéant, pour chacune des sui- D .