L. — LE PROGRAMME
Le problème du pôle nord est-il insoluble?
M. Nordenskjold, à qui de nombreuses expéditions dans les mers de glace du Spitzherg et de la Nouvelle-Zemble ont donné l'expérience de ce genre d'explorations, est convaincu qu'il faut renoncer à pénétrer par la navigation dans les régions inconnues du pôle. D'un autre côté, M. Payer, du Tégétoff, on l'a vu, est plus explicite encore: suivant lui, il n'existe aucun Océan polaire, il y a autour du pôle une ceinture de glaces à peu près infranchissable, dans laquelle on ne peut s'engager que par un fait de hasard.
1 Les journaux anglais et français ont longuement entretenu le public des préparatifs et du départ de l'expédition anglaise, Nous leur avons naturellement emprunté les éléments de cette notice, Nous devons beaucoup aussi à l'Explorateur, nouveau recueil hebdomadaire de géographie commerciale,
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Ces affirmations n'ont pas découragé les Anglais, D'ailleurs, dès qu'une porte est ouverte au hasard, il se trouve toujours des gens prêts à s’aventurer dans les domaines de l'inconnu.
C'est la société royale géographique de Londres qui a eu l'initiative de la nouvelle entreprise. Avec un empressement que n’ont pu décourager les dernières et malheureuses tentatives des Suédois et des Autrichiens, elle a saisi son Comité arclique du projet d'une nouvelle expédition polaire et du programme à rédiger pour en assurer l'exécution. Le Comité a publié son Mémoire au mois de février 1875, et la Société l'a soumis à l'hydrographe de la marine. De son côté le Conseil de l'Amirauté nommait un Comité arctique chargé de donner son avis sur le projet présenté par la Société,
Les choses marchent vite en Angleterre. C'est au mois d'octobre 1874 que la Société a présenté son rapport, Au mois de mai suivant l'expédition était prête à partir. Que l’on se rappelle le pauvre Gustave Lambert et le temps qu'il lui a fallu, non pas pour réaliser son projet, mais seulement pour le faire connaître!
À la suite des rapports échangés entre la Société et l'Amirauté anglaise, il fut décidé que deux navires partiraient pour le pôle nord et s'engageraient dans le détroit de Smith, déjà visité par des explorateurs américains, entre autres par Hall. Voici d'ailleurs, en résumé, le programme du voyage :
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Les deux navires devaient, autant que possible, se partager le théâtre des découvertes et des explorations. L'un d'eux se posterait de façon à servir de refuge à l’autre en cas de désastre, et aussi de manière que les équipages combinés pussent atteindre sans trop de difficultés, soit en traîneaux, soit avec des embarcations, un troisième navire, dit de secours, qui serait envoyé, en tem ps utile, au détroit de Smith. Le second navire ne devait pas dépasser 82 de latitude.
Le chef de l'expédition, assuré de la position et des ressources du second navire, devait y prendre quelques hommes de l'équipage pour renforcer le sien et pousser une expédition en traîneaux vers le pôle, puis cingler aussi loin que possible vers le nord. Les deux navires ne devaient pas hiverner à plus de deux milles l'un de l'autre. Si le chef de l'expédition dépassait, pendant l'été de 1875, cette limite, il devait s’efforcer d'y rentrer, Il serait plus sage, en effet, de rejoindre le second navire et de
combiner les forces pour l'exploration pendant le printemps et l'été de 1876:,
1 Nous trouvons dans un journal un r de ce programme : « Les deux navires de mai pour gagner la baie de Bafün le détroit de Smith; un des navi une partie de son équipage avec ner des dépôts de provisions et nord que possible, L'autre navir
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Si le premier navire trouvait dans son exploration une ligne de côtes s'étendant vers de très hautes latitudes, son commandant devait avoir soin de laisser des stocks de provisions échelonnés Gans divers endroits. Arrivé au point nord le plus extrême qu'il aurait pu atteindre, il aurait soin également d'y laisser une embarcation qui devait lui servir au printemps suivant.
Dans le cas d'absence d'une côte continue, le voyage en traîneau devenait nécessaire; le chef de l'expédition devait avoir à sa disposition six fortes équipes de traîneaux à hommes et quatre attelés de chiens, Ces opérations en traîneau commenceraient au printemps. Au retour on devait organiser des expéditions pour l'exploration des côtes.
Le chef de l'expédition donnerait des instructions précises, afin d'éviter le danger d’une séparation entre les différentes divisions. Il devait, en outre, faire son possible pour rejoindre le second navire pendant la saison navigable de 1876, afin de retourner avec lui en Angleterre, si son expédition du printemps avait eu un succès convenable. Cependant, s’il jugeait qu'il fût absolumer:t nécessaire de rester encore une saison pour terminer ses explorations, le Comité ne s’y opposait pas. En ce cas, il devait prendre les plus grandes précautions et ne pas perdre de vue un seul instant le se-
à échelonner des dépôts de vivres dans la direction du nord. Pendant l'été de 1876, une expédition partira du navire le plus avancé et tâchera d'atteindre le pôle au moyen de traineaux et de bateaux.
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jugeait le dégagement de ces navires, sinon impossible, au moins douteux. I] ferait en sorte alors de les quitter assez à temps pour gagner le navire de secours envoyé à l'entrée du détroit de Smith, et cela dans la première semaine de septembre 1877. En effet, un troisième navire de secours et de dépôt devait être envoyé dans le courant de l'été à l'entrée du détroit, et s'y trouver au plus tard dans la dernière semaine du mois d'août.
Dans le cas où, les navires étant pris par les glaces, le chef de l'expédition se déciderait à rester dans l'espoir de les dégager, il devait agir avec la plus grande prudence et voir s’il n’y aurait pas lieu de réduire les deux équipages à un minimum et de renvoyer tous les hommes dont il Pourrait se passer au navire de secours.
Le gouvernement danois, qui possède des établissements sur la côte du Groënland, s'intéres. sant vivement à l’entreprise, promettait de tenir à la disposition des explorateurs, dans l'île de Disco, des chiens et des conducteurs de traîneaux. Les États-Unis abandonnaient à l'expédition les provisions de toutes sortes laissées par le Polaris en différents endroits. Enfin le parlement anglais accordait une somme ce quatre-vingt-dix-huit mille cinq cents livres sterling (deux millions quatre cent soixante-deux mille cinq cents francs) pour
les premières dépenses de l’entreprise dont nous allons maintenant examiner les préparatifs.