POLAIRE
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présumer que les quantités innombrables d'oiseaux de passage qui fréquentent les îles Britanniques et d’autres pays du Nord, ont des raisons d'instinct pour rechercher, à certains temps de chaque année, des latitudes plus chaudes et retourner ensuite régulièrement vers le pôle. Il doit donc se trouver dans ces régions des eaux qui ne sont pas toujours gelées, des terres produisant, pour leur progéniture et pour’ eux, une suffisante quantité de nourriture. »
Voici, en résumé, les services que la nouvelle expédition peut rendre à la science : elle déterminera la forme définitive du Groënland, dont on ne connaît bien que les côtes est et ouest; elle étudiera à leurs différents étages la profondeur des mers polaires; en faisant osciller le pendule au pôle nord, s’il lui est donné d'atteindre ce but suprême, elle offrira à la géographie mathématique les moyens de calculer la longueur du rayon terrestre au pôle; à la météorologie et à la physique elle fournira de précieuses indications. Quelle est la science qui ne s’enrichira pas des observalions scientifiques recueillies à bord de l'Alert et de la Discovery? La flore du Groënland comprend trois cents espèces de plantes phanérogames; on ne sait pas ce que la flore du pôle ajoutcra à ce catalogue. Co qu'on suppose avec fondement, c'est que la vie est loin d'être absente de l'océan Arctique; c'est que le nombre des êtres organisés infiniment petits y est prodigieux; c'est que chaque
année, en été, on voit des multitudes d'oiseaux fuir les contrées les plus septentrionales de l’Europe pour des régions situées encore plus au nord, où ils trouvent sans doute des endroits convenables pour y faire leurs nids et de quoi se nourrir eux et leurs petits. Or cette nourriture doit leur être fournie par la terre ou l'eau: il doit donc y avoir dans ces latitudes polaires de l’eau qui n’esi pas perpétuellement glacée, de la terre capable de production et habitable.
Plusieurs de ces résultats sont déjà acquis à la science’, Toutefois il est deux points curieux, deux desiderata, pour la solution desquels on attend beaucoup de l'expédition anglaise au pôle :
Premièrement, quelles indications va donner au pôle l'aiguille aimantée? On sait déjà qu'à une certaine latitude, le 70° parallèle, par exemple, sa direction est diamétralement l'opposé de celle qu'elle devrait être si l’on naviguait sous les latitudes ordinaires. Ainsi, lorsque les navires sortiront du détroit de Smith pour s'avancer vers le pôle, la boussole, au lieu d’incliner au nord, marquera une direction sud-est, Des cartes spéciales dressées par le professeur Adams et le Capitaine Evans, hydrographe de l'Amirauté, pour l'usage
1 Le capitaine Hall, du Polaris, et avant lui Parry, en 1827, ont rencontré, le premier à 82 degrés 16 minutes, le second à 82 degrés 45 minutes, le point le plus voisin du pôle où l'on soit parvenu, des Esquimaux qui paraissaient connaitre des contrées situées encore plus au nord, où, si l'on pouvait les atteindre, on trouverait probablement aussi quelques individus de la race humaine,
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exprès de l’expédition, indiquent, dans toute l’étendue de la région encore inexplorée, les conditions magnétiques présumées que les voyageurs devront rencontrer, si la distribution du magnétisme terrestre à la surface de la terre est réellement telle qu'on la suppose en se basant sur les notions acquises jusqu’à ce jour. Pour peu qu'on réfléchisse que le commerce du monde dépend de la boussole et que l'usage de la boussole repose sur une théorie plus ou moins vraie du magnétisme terrestre, on comprendra l'importance pratique de l'expédition, sa tâche se bornât-elle à cette seule catégorie d’études.
En second lieu, si jamais l'expédition parvient à son but, qui est le pôle nord, comment pourrat-elle retrouver son chemin pour revenir? Au pôle, en éflet, il n'y a pas d'étoiles qui se lèvent, se couchent ou culminent; là, le temps, dans le sens ordinaire du mot, n'existe pas, et tous les points de l'horizon doivent être directement au midi de l'observateur. Au pôle, en effet, la terre ne semble pas tourner sur elle-même. La rotation, si sensible à tous les points de l'équateur, ici est réduite à zéro; par conséquent les astres occupent, nendant la nuit, les mêmes points dans le ciel. Il n'y aurait qu’une chose qui pourrait aider les astronomes de l'expédition à déterminer la longitude d’un lieu voisin du pôle, ce serait une éclipse de soleil, Or il se trouve précisément que l'Almanach nautique, rédigé par M. Hind, fixe d'avance les dates de deux éclipses de soleil qui seront visibles
dans la région polaire en 1876 et 1877, et donne de plus une liste d'occultations d'étoiles par la lune, visibles dans le 82° degré de latitude nord et le 60° de longitude ouest, ou dans le voisinage, vers le mois de septembre 1875 et en mars 1877.