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Nares la dépêche suivante : « Je vous souhaite sincèrement toute sorte de succès, à vous et à vos braves compagnons, et j'ai confiance que vous accomplirez la tâche importante que vous avez si courageusement entreprise. »
Le capitaine Nares transmit aussitôt la réponse suivante à la gracieuse missive de Sa Majesté la reine :
«Je suis profondément reconnaissant du grand honneur que Sa Majesté nous fait, à moi et aux autres membres de l'expédition arctique, en nous souhaitant le succès; Sa Majesté peut être assurée que tous feront leur devoir. »
La veille, dans un banquet offert par la municipalité de Portsmouth aux officiers de l'Alert et du Discovery, le capitaine Nares, à la suite d’un toast porté au succès de l’entreprise, s'était exprimé en ces termes :
«Sans nous vanter de ce que nous allons faire, surtout quand nous sommes engagés dans une lutte contre un ennemi inconnu, permettez- moi de dire que jamais expédition semblable n'a quitté le rivage de notre pays, ni d'aucun autre, aussi bien préparée que nous le sommes,
« Grâce au concours actif et empressé de sir Leopold Mac-Clintock, nos navires sont excellents, notre équipement parfait. Nous avons toutes les
ressources que nous pouvions raisonnablement espérer. Nos officiers et nos hommes ont été choisis avec grand soin parmi un grand nombre de volontaires; ils comptent les uns sur les autres, et ils ont le cœur tout entier à la besogne. Notre route est bien tracée, nos instructions ont été rédigées avec une extrême précision, et nous nous mettons en marche ayant pour guide l'expérience chèrement acquise de quatre expéditions antérieures, auxquelles ont pris part des navigateurs de toutes les nations.
« Avec tous ces avantages, il nous faut joindre la bénédiction que Dieu daignera répandre sur nos efforts, les nombreuses prières que plus d'une âme Charitable adressera au Ciel en notre faveur, ainsi que l'encouragement que nous puisons dans le sentiment du profond intérêt que le pays tout entier prend à notre entreprise; je pense que si le succès est possible, nous devons l'obtenir. Il suffit sans doute que tout ne soit pas rose dans nos perspectives, pour que l'on voie s’accroître l'intérêt dont l'expédition est déjà l'objet. Après notre départ, quand on n'aura plus de nouvelles de nous, cet intérêt pourra bien se changer en inquiétude, Cependant cette émotion sera salutaire, et, j'ose le croire, d'un grand prix pour la nation, sans parler de la valeur des nombreux faits scientifiques que nous avons à recueillir, et qui sont encore ensevelis dans le mystère...
« Permettez- moi de remercier, en mon nom et au nom de mes compagnons, la Société royale de
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géographie de nous fournir le moyen de combattre un ennemi qui n'est pas à dédaigner. Je la remercie aussi, au nom de toute la marine, de l’occasion qu'elle nous offre d'entrer en lice avec nos voisins et nos rivaux, qui nous dis= putent les lauriers qu’il y a à cueillir à l’exploration des régions arctiques. Maintenant que l'Angleterre a résolu de prendre part à ces entreprises, le succès est certain. Si nous réussissons, l’ardeur de la nalion n'en sera que plus vivement stimulée à continuer les explorations; dans le cas où nous échouerions, il faudrait que le pays eût bien dégénéré, si notre insuccès ne l’excitait pas à marcher de nouveau à la victoire. »
A notre tour nous avons salué, et bien sincèrement, de tous nos vœux le départ de l'expédition anglaise; et, puisque notre pays, détourné par d’autres préoccupations des entreprises lointaines, n’a pas pu attacher son nom à la conquête décisive du pôle nord, nous aimons autant que ce soient les Anglais qui aient cet honneur. N'est-ce pas l’Angleterre qui, depuis Cook jusqu'à Mac-Clintock, a inscrit le nom de ses enfants sur les détroits et les chenaux, sur les îles et les presqu'iles, sur les caps et les golfes de ce monde confus des mers polaires? N'est-ce pas l'Angleterre encore qui, depuis Cook jusqu’à sir John Franklin, a fourni les plus glorieux martyrs de la science? Enfin la conquête du pôle
nord n'est-elle pas le complément naturel de cette conquête séculaire que baignent les eaux de la baie d'Hudson et de la baie de Baffin? Si le commerce et la civilisation ont peu à gagner au succès de la nouvelle entreprise, il n’en est pas de même de la science et de la navigation. Le pôle nord une fois atteint, bien des problèmes, on l’a vu, seront résolus; mais n’y eût-il que l’idée d’avoir atteint ce but, l’entreprise en vaudrait encore la peine. Nous croyons au succès de celle-ci. Depuis trop longtemps le pôle nord est l'objectif des plus hardis navigateurs pour qu’il ne s’en trouve pas un qui, plus heureux que les autres, ne pose enfin le doigt sur ce point si curieux du globe.