‹ Les suisses et Genève (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

ecclésiastiques étaient secondaires et qu'ils se préoccupaient essentiéllemenl du salut de l'Etal et du maintien de la paix publique. Aussi inclinons-nous à donner raison à M. J. Fazy lorsqu'il dit : « Il n'y avait en réalité aucun élément de convictions religieuses bien profondes à Genève , ni pour ni contre le catholicisme. » « Pour la plupart des Genevois de ce temps, dit M. Albert Rilliel, la Réforme était le moyen, Genève était le but ; au fond ils étaient dévots à la patrie plus qu'à l'Évangile. » M. Merle d'Aubigné, que les discussions dogmaliques ne laissent . jamais froid, ne s'éloigne pas de celte manière de voir lorsqu'en commençant le récit d'un de ces mouvements populaires que l'inlervenlion opportune des magistrats empêcha toujours de dégénérer en col lision sanglante, il dit: «On s'occupait peu alors de théologie à Genève. »

Comme le clergé était à la veille de se débander, les magistrats, en hommes prudents, songèrent à l'empêcher d'emporter les biens de l'Église.

« Le 1 0 août, on ordonna que pour le bien de la république et afin que les biens des églises et couvents ne se perdissent, on établiroit des preudhommes pour mettre le tout en sûreté.» — <.<:Car, observe Gautier, on ne pouvait pas douter que l'Église de Genève ne fût là où était le magistral et le peuple de Genève. »

Cette mesure fut prise fort à propos ; car le 16 août les Bernois faisaient une nouvelle recharge pour être payés et se montraient très-irrités de la lenteur avec laquelle la ville satisfaisait à ses engagements. Les ornements et les vases sacrés de plusieurs temples furent apportés à la maison de ville. On se procura ainsi 300 écus ; et

— 163 — (1535) comme celte somme ne suffisait pas, on mit aussi à coniribulion la cathédrale.

Quelques jours après la décision qui avait interdit la célébration de la messe, les syndics accompagnés de Farel, Virel et Bernard se firent ouvrir les portes du couvent de Ste-Claire et assemblèrent les religieuses pour les haranguer et les exhorter à abandonner la vie claustrale. « Farel , raconte Jeanne de Jussie, dit que la Vierge Marie n'avoit point tenu vie solitaire , maisestoit diligente à faire service à sa cousine Elisabeth, et sur ce passage dégradoit la sainte clausure et I eslat de saincte chasteté vilupérablement, ce qui transperçoit le cœur des pauvres sœurs. » — «Nous savons bien, disait encore le prédicateur , que plusieurs de ces pauvres jeunes filles viendroient volontiers à la vérité de l'Evangile et au grand bien du mariage, si vous. Père confesseur et les vieilles ne les teniez tant de court et sujettes. » — « A ces mots, dit Jeanne, la mère vicaire ne se teut pas, vint devant le prédicant frappant de ses deux poings contrôla paroy, de grand force, criant : Très chélif et maudit homme, tu perds bien tes feintes paroles, tu n'y gaigneras rien. Je vous prie, mes sœurs, que vous n'entendiez rien à luy. De cela les hérétiques furent plus troublez que devant; car elle faisoit tel bruit de ses mains, et crioil si fort que le prédicant perdoil sa mémoire et propos. »

Farel et ses compagnons renoncèrent à endoctriner des auditrices qui venaient de donner la preuve de convictions aussi fortement trempées. Mais quelques jours plus tard une bande bruyante que conduisaient Baudi-

chon et Vandel fit irruption dans le couvent. Les envahisseurs annonçaient l'intention de faire sortir toutes les religieuses qui désiraient rentrer dans le siècle; mais une seule d'entre elles, nommée Blaisine Varembert, que Jeanne de Jussie flétrit de l'épilhèle d'apostatp, se déclara disposée à quitter le voile et se retira du couvent le 25 août, noïi sineplanctu magno cœterarum reclvsarum, d'ismlles Registres. De nouvelles visiles furent infructueuses; on vain séqiieslra-t-on l'abbesse et les sœurs les plus anciennes, et s'adressa-t-on individuellement aux plus jeunes pour les ébranler. « Si vous saviez, disait-on à sœur Colette, qu'il fait bon eslre auprès d'un joly mary et comment Dieu l'a agréable.» «Va-t-en , langue envenimée, » fut la réponse de sœur Colette. Jeanne de Jussie ne repoussa pas moins énergiquement les suggestions de Cl. Bernard : «Retirez-vous de moy, car vous me foulez et estouffpz le cœur de votre puante halaine, et vous faictes autant de me prescher, comme si vous battiez la mer pour en faire beurre; ne ma compagne ni moy ne sçavons que c'est de corruption. Et sur ce viennent ceux qui avoient laissé sœur Colette disant : Sire Claude, comment va, avez-vous failly à la proye aussi bien que nous? Qui NOiidroit réciter les propos infâmes tenus ces jours, toute une grande rame de papier ne suffîroit pas. »

Celte résistance victorieuse exaspérait les Réformés fougueux. «Après les avoir suffisamment admonestées de voulloir vivre selon leur réformation, voyant que rien n'avoit peu proffiler envers elles, aulcuns dirent: Fault sourtir ces renardes hors de leur taynière et les envoyer

— 165 — (1535) avec leurs renardz.^ » Mais ces conseils passionnés ne pouvaie{)l avoir accès auprès îles magistrats ; ils déclarèrent aux religieuses qu'elles pouvaient demeiirer dans la ville pourvu qu'elles se conformassent aux ordonnances du Conseil, en cessant de célébrer la messe.

Cependant les religieuses auxquelles le duc de Savoie avait offert un asile dans la ville d'Annec} « pour les retirer d'entre ces canailles, » dit Jeanne de Jussie, résolurent d'accepter cette proposition et demandèrent au Conseil, le 2o août, l'autorisation de quitter la ville. Le Conseil députa aux requérantes les syndics pour les détourner de leur dessein et les assurer de nouveau de la protection des autorités. Les sœurs ayant répondu aux syndics qu'elles persistaient dans leur résolution, le Conseil décida, le 27, de leur octroyer l'autorisation demandée et chargea les syndics de les escorter jusqu'aux limites des Franchises, afin de les préserver de tonte insulte. Les pauvres sœurs plièrent précipitamment leurs bardes, et le 29 août de grand matin, se mirent en marche protégées contre la curiosité indiscrète de la foule par les syndics qui prirent congé d'elles très-respeclueusemenl à l'entrée du ponl d'Arve. ^

Jeanne de Jussie nous a tracé un tableau très-pathétique de cet exode: « C'éloit chose piteuse, de voir cesle saincle compagnie en tel estât, tant affligée de dou-

* Froment.

- « Le syndique, quand vint à la départie, fut meu de telle pitié qu'il sanglottoil tout haut et l.irmoyoit amèrement et, prenant les sœurs par ordre, les mettoit sur le pont et dit : Or à Dieu, belles dames, certes vostre départie me desplait. »

leur et de fatigue que plusieurs défailloient et se pasmoient par le chemin, et avec ce qu'il faisoit un temps pluvieux, et leciiemin fangeux, et n'en pouvoienl sortir, car toutes esloient de pied, hormis quatre pauvres malades qui esloient sur un charriot. Il y avoii six pau\res anciennes qui avoienl demeuré plus de seize ans en religion, et les deux passé soixante six ans sans avoir jamais rien veù du monde, qui se esvanouissoient coup à coup, et ne pouvoient porter la force de l'air, et quand elles voyuient quelque beslail ès champs, cuidoient des vaches que fussent ours, et des brebis lainues que fussent loups ravissans. Nul ne renconlroient en la voye, que mot leur peut dire tant estoient surprins de compassion, et combierj que Mère vicaire avoit fait donner à toutes de bons souliers pour les garder de fouller les pieds, la plus part n'y sçavoit cheminer, mais les porloient attachez à leur ceinture, et en tel estât cheminèrent jusque près de la nuit depuis cinq heures de malin qu'elles sortirent de Genève jusques à Sainct Julian qui n'est qu'une petite lieue loing. »

L'abbé de Bonmont, Aimé de Gingins, grand-vicaire de l'évêché, ne tarda pas beaucoup à quitter une ville envahie par l'hérésie, et les chanoines s'éloignèrent pareillement. Le 10 septembre, le Conseil accorde à ces derniers la permission d'emporter le mobilier des enfants de chœur et les livres de chant. Dans ce momentde dislocation, on a lieu d'être surpris de trouver encore les religieux en proie à des différends intérieurs. «Le 27 août, disent les Registres, Vt. Boulet, religieux de Palais, expose qu'il étoit envoyé par ses confrères et par le prieur, parce qu'il

— 167 — (1535) y avoil quelques uns de leur couvent qui avoient fait certaines fautes, mais qu'ils ne peuvent pas les arrêter sans notre secours parce qu'ils sont trop rebelles. Ordonné que les syndics iroient au dit couvent et verroient ce qu'il y a entre ces relij^ieux. » Un seul religieux est mentionné comme ayant alors adopté les croyances nouvelles. « Fr. Solliet, religieux de St-François, demande un habit parce qu'il a quitté la robe de moine pour suivre l'Évangile. On lui donne sur les biens du couvent une pièce de drap pour un habit. ^ »

Le 20 août avait eu lieu à Baden une nouvelle Journée entre les cantons suisses au sujet des affaires de Genève. Leduc avait envoyé trois ambassadeurs, et lesPeneysans étaient représentés par deux délégués. Mais Ami Porral déjoua l'espoir du duc en se transportant sur les lieux avec Hugues V^andel. Le 22 août, il écrit à son frère Nicolas : «Dii'u nous a aidés d'être allés Hugues et moi sur la journée de Baden » .... « L'on a bien ri quand le parleur de ceux de Peney a dit que les femmes de Genève ont traîné les images par les rues avec leurs jarretières. » Après qu'on eut lu les instructions du duc et celles du Conseil de Genève, la Journée fut prorogée de trois semaines.

Le Conseil de Berne, informé de la révolution ecclésiastique consommée par les autorités genevoises, les en félicita par la lettre suivante datée du 28 août :

\< Nobles, magnifiques , prudents seigneurs , syndics, amis et très chers combourgeois. Nous summes adverlis»

* Reg. des Cons.

comme par le moyen de l'anniinliation de la Saincle Parolie de Dieu, par maisire Guillaume Farei et aultres jusque icy, par bon espace de lemps, en vosire ville purement faicle, Dieu vous ayt par sa grâce touché de la lumière de vérilé , sur quoy ayés mis quelque ordre ès cérimonies papales. Dont nous louons Dieu , vous sur ce prians et exhortans , puisque avés cogneuz la vérité, que veilliés en icelle fermement persévérer, et affîn que cella puissiez faire, vivrez par ensemble en boneel fraternelle union, charité et paix, comme bons, vrais frères chrétiens sont enlenus de faire. Ce faisant, ne craignez pas que Dit^n finallement vous laisse ruiner, lequel prions vous donne grâce de vivre suivant sa volonté. »

Malgré le décret rendu en faveur de la Réforme, l'Eglise catholique conservait encore dans notre ville de zélés adhérents.

Le 2 septembre, P. Luilin présenta une requête en son nom et en celui de plusieurs autres citoyens pour qu'on leur accordât d'entendre la messe, comme cela a eu lieu ci-devant. Le Conseil ordonna d'attendre des nouvelles de B^'rne afin de voir ce qu'il y a à faire. Le 17, on parla en Conseil des violences que commettaif-nt dans les églises Baudichon, Amy Perrin et leurs satellites, et on leur intima la défense d'entrer dans Si-Pierre.

Le 5 septembre , Cl. Savoye , J. Luilin et G. DesClefs furent élus pour se rendre avec Ami Porral à la Journée de Baden. Pendant ce temps, Fr. Favre plaidait notre cause à Berne d'où il écrivit le 9 septembre au\ syndics :

«J'ai élé en Petit et en Grand Conseil et ai dit que voulions avoir aide et secours pour l'honneur de Dieu.

El pour le paiement , quand eux seront à Genève pour nous faire gaiidir de noire bien , ils pourront preniJre des marchandises jusqu'à ce qu'ils soient satisfaits ; mais si leurs Excellences laissent perdre la ville, eux et leurs su'^cesseurs en pleureroient. Messieurs lui ont répondu qu'ils avoient envoyé des ambassadeurs à Genève et répondroient après avoir reçu leur rapport. On a mandé aujourd'hui des hauts cantons (les cantons catholiques) à MM. de Berne qu'ils ne fissent point la guerre; car s'ils sailloient. ils iront après coiitr'eux, et n'en douiez; c'est ce que j'ai entendu quehjue part. Nonobstant ayez toujours bon conseil et bon cœur.»

Le 26 septembre, J. Lullin e', G. Des Clefs (ils avaient laissé derrière eux leur collègue Cl. Savoye) revinrent de la Journée de Baden. Voici la substance de leur rapport : Piochetet Fontanel, ambassadeurs du duc, avaient demandé qu'on observât l'arrêt rendu à Lucerne au mois de février de cette année, lequel portait que le duc et l'évêque viendraient à Genève conduits par MM. de Berne, que le duc demeurerait en toutes ses prééminences (le vidomnat;, que les traîlres qui sont à Peney pourraient retourner dans la ville et y seraient tenus pour gens de bien, que le duc ne vexerait aucun citoyen de Genève. Mais les ambassadeurs de Genève avaient déclaré qu'ils ne consentiraient à aucune modification de l'arrêt de Payerne. MM. les Suisses, voyant que ceux de Genève demeuraient fixes à cela, avaient dit «qu'ils ne voulaient plus se mêler de nos affaires. » Là-dessus la conférence ^'était séparée.

Tandis que notre cité, aux prises avec tous les embar-

ras inséparables d'un grand changement intérieur , ne recevait du dehors que des témoignages d'une sympathie stérile, ses adversaires n'avaieat garde de lui laisser du répit.

« Le 26 aoust, disent les Registres, on vil des hommes armés en grand nombre aux Eaux-vives, venans contre la ville, ce qui fit qu'on sonna l'alarme. » — «Le jeudi, 2 septembre, en Conseil des Deux Cenis, ordonné qu'on élise 50 hommes pour garder la ville, et qu'on les loge dans les maisons des particuliers ; et si l'on aime mieux bailler de l'argent que les dits 30 aient à se contenter de quatre florins pour 15 jours pour chacun.»

Le 23 septembre eut lieu un engagement dont les Registres rendent compte en ces termes :

«Ce jour, de grand malin, Michel Guillet, Lucinge et plusieurs autres avec les traîtres qui sont à Peney, sont venus à Plainpalais où ils ont dérobé un cheval et un chariot, et après cela se sont retirés au delà du pont d'Arve, où ils se sont retranchés avec des tonneaux et des balles de laine ; ils ont posé des gens dans des fossés, et derrière des haies et dans la grange de J. de Pesmes, se cachans près de l'Arve avec des arquebuses où ils ont attendu jusques à ce que quelques Genevois aient paru, et voyans que personne ne venoit à eux, ils ont déplatelé le pont et ont tiré des pièces d'artillerie. Ceux de la garde de Genève y sont accourus, et alors ceux qui étoient cachés le long de l'Arve en ont blessé deux. Les citoyens voyant qu'il y avoit là une entreprise contre la ville sont sortis en bon ordre avec une grosse pièce d'artillerie et quatre» petites et sont allés jusqu'au pont levis. Les ennemis ont

— 171 — (1535} tiré plusieurs coups de grosses arquebuses dès la grange des de Pesmesdès ie bout du pont et dès les maisons au delà du pont. Les citoyens aussi ont liré l'artillerie contre les ennemis et les ont contraints d'abandonner le pont et la place ; après quoy ayant refait le pont d'Arve, ils ont passé au delà où ils n'ont plus trouvé personne ; ils ont brûlé le lieu et sont retournés en ville, amenans les laines et autres choses dont les ennemis s'éloient fortifiés. Sur quoy on a écrit au chàlelain de Ternier, nommé Faulcon, pour savoir comme il l'entend puisque ces choses se sont faites rière sa juridiction. »

Avec le mois d'octobre les angoisses des citoyens redoublent, et la situation ne paraît pas pouvoir être supportée plus longtemps, comme letémoigne l'extrait suivant de nos Registres :

«3 octobre. A cause des menaces qu'on nous fait et parce que nous sommes assurés que nos ennemis se préparent tous les jours pour nous attaquer, pour nous ôler les vivres, pour prendre les noires sur les chemins, et pour piller tous les biens des citoyens, en sorte que si Dieu ne nous donne secours , nous ne pourrons pas échapper de leurs mains sanguinaires, on assemble le Conseil ordinaire el quelques autres citoyens où on propose, que quelques gentilshommes françois ont dit cydevant à quelques particuliers de Genève, que s'ils vouloient du secours, ils leur en donneroient ; sur quoi on résout que si on peut avoir du secours, on l'accepte d'où qu'il vienne, pourvu toutefois qu'il n'entre pas dans la ville. »

Quelques jours plus tard on publia que tous les ci-

loyens et habitans qui sont hors de la ville eussent à y retourner dans l'espace de six jours, sous peine d'êlre traités comme traîtres.

Heureusement on fut bientôt informé de Tapproche d'un secours précieux et inattendu. « Le 5 octobre, on dit qu'il nous doit arriver cette nuit du secours de Neuchàlel. Surquoy on donna charge à Baudichon, capitaine général, de loger ceux qui viennent à notre aide. ^> Qui donc s'ébranlait en notre faveur?

Claude Savoye, un de ces citoyens dont le dévouement à l'indépendance nationale ne connaissait pas de limite, avait en vain représenté au gouvernement de Berne l'extrême détresse des Genevois. Guidé par une inspiration providentielle, il gagne les vallons du Jura neuchàlelois et fait appel à la sympathie des populations de cette contrée zélées pour la liberté et la Réforme. Ses exhortations trouvèrent de l'écho.

« Iceulx de Neufchaslel , raconte Froment, esmeus de piiié de leurs frères en Nosire Seigneur et pour la charité qu'ilz doibvent à leur prochain, disoynt entre eulx et au dict Savoye: Nous les yrons secourir de nostre pouvoyr et à noz despens. Et mille hommes d'eslite, belles gens de guerre, fidelles et de grand cueur, si en y a point en Suysse , furent advertis et incontinent assemblés, prestz à despartir. » Mais à peine M. de Prangins, gouverneur du comté au nom de la duchesse de Longueville, souveraine de Xeuchàtel, fui-il informé de ce des-

* Baudichon avait été nommé capitaine-général, le 29 sept., en remplacement de Jean-Pbilippe qui s'était démis de ses fonctions.

sein qu'il fit publier des défenses formelles à tous ses ressortissants de prendre part à celte expédition. Un grand nombre de ces braves gens étaient fort ébranlés lorsque les deux chefs de l'armement , Jacob Verrier et André Messelier banderct, les interp^'llè^ent de la sorte : «Ceulx qui n'auront courage de voulloir vivre et mourir pour aller secourir nos frères de Genève, qu'ils s'en retournent d'ici ; car aymons mieulx esire peu de gens comme Gédéon et de bon cueurque plusieurs crainlifz. Et se mirent tous à genoux en terre, avec prières et oraysons. Et ung peu après le capitayne commença à dire à haulle voix : Que ceulx à qui Dieu a donné le cueur pour aller batailler pour nos frères de Genève sans crainte de la vie viennent avec nous; mais les aultres n'ayans le cueur, qu'ilz s'en retournent en leurs maysons. Et s'en retournèrent envyron de iroys cens bommes. »

Le gros de la troupe continua sa roule par les sentiers difficiles des montagnes pour ne pas effaroucber les habitants du pays de Vaud.

« Icenlx descendus des moniagnes et des bois, estans en la plaine de la graride vallée, enire les moniagnes et le lac en un lieu appelé Gingins, pensoynt trouver (|uelque chose à n^anger en bien payant. Mais au lieu de manger, leur fallut batailler ; car trouvèrent le rencontre de Savoysiens, Iialliens et Espagnolz en nombre de 4 à 5000 hommes qui desia esioynt informés par espions de leur venue. » A la vue de l'ennemi, les Neuchàielois eurent bientôt fait leurs dispositions. (C'éldit le 10 octobre.) «Ils attendoyeni à ung lieu bas comme m-irest, sans se houger, et aulianl que venoynt de Savoysiens et aultres

les assaillir, aiiliant en Hemeuroycnt ilz sur la place morlz, en sorte que lant de ceulx de Savoye que d'Ilalliens et Espagnolz, y en demeura plus de 2000. Des auilres de INeufchaslel qui n'estoyent que 700, il en mourut sept. ^»

La nouvelle du combat de Gingins causa une grande émotion à Genève.

« Le 11 octobre , parce que nous avons appris quo nostre secours deNeuchâtel, conduit par Cl. Savoye, avoit eu un combat le jour précédent à Gingins avec les Savoyards desquels on dit qu'il en éloit resté 376, et qu'ils étoient enfermés près deNyon en sorte qu'ils ne pouvoient pas passer outre, et qu'ils étoient en grand danger de succomber, de peur que nous ne semblassions être ingrats pour tant de services, de peines, de travaux, de diligence et d'amour, et pour le danger où de si braves gens se sont mis à cause de nous, nous sommes sortis avec trois drapeaux déployés et buit pièces d'artillerie, tendans du côté de Nyon pour secourir de si bons amis. »

Cependant le Conseil de Berne avait appris le départ des volontaires, et comme il désirait éviter la guerre, il avait dépêché immédiatement sur les lieux deux ambassadeurs, Nâgueli et Diesbach. A peine la troupegenevoise était-elle arrivée en vue de Coppet qu'un messager de Berne vint lui annoncer que les deux ambassadeurs bernois étaient maintenant en pourparlers soit avec le gouverneur de Vaud, soit avec les Neuchâtelois, et qu'en conséquence ils priaient les Genevois de ne pas pousser

* L'exagération de ces cliiffres saute aux yeux ; il n'est pas non plus probable que des Espagnols aient pris part à cette affaire.

plus loin. Trois Genevois qui entrèrent à Coppel pour confnrer avec les autorités savoisiennes furent appréhendés et conduits dans les prisons de Chlllon ^

Les ambassadeurs bernois s'élant portés au devant des Neucbàteloisqui s'étaient avancés jusqu'à Founex, obtinrent qu'ils rebroussassent chemin . en se faisant fort d'amener le duc à cesser toute hostilité ; puis ils se présentèrent le 12 devant le Conseil de Genève, exposèrent ce qu'ils avaient fait et proposèrent de négocier quelque accommodement avec les gens de Peney. Le Conseil ne cacha point le désappointement qu'il avait éprouvé en voyant ses auxiliaires congédiés- et déclara qu'il ne donnerait les mains à aucun arrangement avec les traîtres de Peney.

Le 22 octobre, une nouvelle ambassade bernoise composée de MM. Diesbach, Graffenried et Augsburger, insista de nouveau sur la nécessité pour la ville de conclure un accord avec ses adversaires. Le Conseil des Deux Cents qui fut assemblé le lendemain refusa d'entrer dans ces vues. Les ambassadeurs demandèrent alors la convocation du Conseil général qu'ils espéraient trouver plus souple. Le Conseil général fut réuni le 24, et Diesbach renouvela ses exhortations en faveur d'une paix dans laquelle seraient compris les Peneysans qui, disaitil, s'étaient engagés à ne plus molester la cité : «Mais,

* Ces prisonniers étaient J. D'Àrtod, Ttiibaiit Tocker et J. Lambert.

2 « On leur dit, lit-on dans les Registres, que nous étions surpris de ce qu'ils eussent renvoyé notre secours, puisqu'ils savoient que nous étions dans une si grande calamiié. »

disenl les Registres, le Conseil cria toul d'une voix : Nous ne voulons poinl d'apjjoinieinenl avec les traîtres retirés à Peney et à Jussy et aulre part, mais les tenons tous pour traîtres, brigands et larrons qu'ils sont. »

Les faits ne justifiaient que trop la défiance témoignée • par les citoyens.

« Le 26 octobre, écrivent les Conseils à Ami Porral, les ennemis vinrent au pont de Jargonant avec tambourin et enseigne déployée, et après qu'ils eurent détruit la grange de Jean de la Mar, ils se muquoieni de nous. Certains de nos gens en petit nombre sortirent sur eux et par la grâce de Dieu de là les déchassèrent jusques à Chesne , puis s'en revinrent sans fourrager, ni piller, ni aller plus outre. Des nôtres en resta un. Du côté des Savoisiens il en demeura aucuns ; ils en savent mieux le nombre, car ils les ont cachés ; ils nous vinrent chercher, ils ne perdirent poin' b'ur peine ; ils ne disent qu'ils soient morts que trois et un bantJeret.^ »

Mais le 2 novembre , les trois envoyés bernois reparurent, accompagnés d'un nouveau collègue, Antoine Bischufî. Ils axaient pour mission de déclarer que leurs supérieurs avaient été très-mécontents de la dernière réponse du Conseil général, et qu'ils avaient fixé une Journée à Aoste, le 21 novembre, pour régler avec le duc tous les points en litige ; d'ici là le duc s'engageait à rétablir autour deG nève la libre circulation et à réprimer les Peneysans. «Si vous vous refusez absolument à toute paix, dirent en terminant les ambassadeurs, nos supé-

1 Papiers Galiffe.

rieurs nous ont chargé de vous dire qu'ils vous remelironl voire bourgeoisie, étant ennuyés de vos affaires. »

Celle clîiuse coinniinaloire rendit le Conseil un peu moins raide; il répojidit qu'il souscrirait à lout arrangement qui aurait pour base la semence de Payerne.

Toutefois, le Conseil ne laissait point ignorera ses alliés la silualion lamenlable à laquelle la ciié élail réduite, situation que ne moiiifiaienl en rien les monotones exhortations à la patience qui nous parvenaieni de Berne. Une mauvaise humeur bien nalurelle perce dans la lettre que le Conseil écrivit le 3 novembre à Ami Porral:

«Nous n'avons point pris de bestial ni de fourragea nos assaillans , sinon que lorsqu'ils eurent pris certaines vaches , certains conipagnons sortirent el prinrenl certaines bêles qu'ils rendirent aux paysans, excepté certaines pièces qu'ils tuèrent pour manger. Nous connaissons bien que l'on a informé Messieurs autrement, et nous ne pouvons avoir passage pour aller répondre, mais sommes ici enclos comme pauvres prisonniers à qui on ne donne parole qui soit confortalive , mais toute désolation, nous disant: si vous ne faites ainsi, l'on vous rendra la bourgeoisi ', n'ayani aucun regard aux maux que avons soufferts. Et ne sufiii-il pas nous avoir ôté notre secours, au lieu de nous secourir ; mais on nous fait demeurer dedans sans avoir de quoy vivre, el ert sorte que nous n'osons regarder chemin qui soit pour aller informer qui que ce soit de nos droits. Noire adversaire est partout, nous a tout pillé et détruit, el il ne se parle sinon de traiter avec lui. encore que l'on sache que jamais il n'a observé de promesse. Atout le moins, Messieurs doivent Tome II. 12

aujourd'hui counaître le mensonge de tout ce qu'il a dit que ce n'éloit pas lui, et maintenant ils voient qu'il n'y a autre. ^ »

Comme les gens de guerre continuaient à entourer Genève et à intercepter les vivres, le Conseil écrivit de nouveau aux Bernois, le 6 novembre, pour solliciter du secours et ordonna que chacun se trouvât en armes à son poste, au premier son du tambour , à peine du gibet. Le 12 arriva Claude Savoye qui, accompagné de 12 hommes, avait passé heureusement au travers des troupes ducales.

Dans ces circonstances, la nouvelle d'un prochain secours venant de France ne pouvait manquer de causer une surprise agréable.

«Le 16 novembre, on dit qu'il y avoit environ 700 Français qui venoient à notre secours et qui n'étoient qu'à quatre lieues de la ville. On résolut qu'à toutes fins on prépareroit des armes et du pain , et que quand leur capitaine seroit venu, on l'entendroit et on verroit ses intentions. » Mais les Genevois ne devaient pas voir arriver de sitôt ces auxiliaires ; leur capitaine, le sire de Verey, trouvant les passages occupes par des forces ennemies supi^rieures avait dû se retirer.

« Le 24 novembre, disent les Registres, on parla de la sortie faite hier vers le pontd'Arve, et parce qu'elle s'estoit faite avec peu d'ordre, on donna charge à P. Vandel, lieutenant du capitaine-général , d'assembler tous les gens de guerre au son de tambour pour leur faire savoir qu'on a arrêté que personne ne fasse de sortie sans l'ordre du capitaine, et que le capitaine ne sorte point lui-même sans l'ordre du Conseil. »

* Coll. Galiffe.

Le 26 novembre, Rodolphe Nagueli se présente au Consoil; il fait savoir que les ambassadeurs bernois sont partis pour la Journée d'Aoste, et que le duc a prorais de garantir de toute insulte les Genevois, qui doivent à leur tour s'abstenir de toute hostilité ; ses supérieurs l'uni chargé de demeurer à Genève pour protéger la ville et veiller à l'exécution des engagements pris. On lui répondit , le 30 novembre , que les Genevois étaient toujours l'objet de graves violences sur les terres du duc, que les vivres étaient toujours arrêtés, et que, par conséquent, MM. de Berne ne devaient pas trouver mauvais que ceux de Genève repoussassent la force par la force.

En effet, on ne s'apercevait guère autour de nous des effets de la Journée d'Aosle. «Le duc, dit Roset, demandoit journée d'amitié et faisoit semblant d'être enclin à tout bon accord , mais brassoif par dessous terre tout l'opposé. »

« Le 7 décembre, comme une partie des gens de guerre qui sont icy pour la garde de la ville étoil auprès du pont d'Arve, ils furent attaqués par M. de Rolle et d'autres capitaines, de sorte que plusieurs des citoyens entendans 1 attaque y coururent avec peu d'ordre et repoussèrent les assaillans desquels six ou sept furent tués.^ On assem-

1 «Vous demandez de l'escarmouche de mardi 7. Il est vrai que ainsi que nous étions en Conseil, les seigneurs de Bellevaux, de Symons et autres plus de 800 vinrent assaillir ceux qui étoient au guet au pont d'Arve; ils se défendirent; il y alla environ cent hommes de la ville pour les déchasser. La nuit les sépara, car ils étoient main-à-main avec les premiers. On dit que Symon est blessé, son barbier mort et cinq ou six: autres. > (Lettre du Cons. a À. Porral.)

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hia le Conseil pour aviser à ce qu'on ne face plus de telles sorlies sans onJre. On résoliil qu'on (lonueroil à P. Vandel la foncliori de capilaine-général (jui auroil pour lietilenant un homme expérimenté nommé Jjiques de Grandson qui prendront garde que les compagnons ne sorleni pas comme cela. »

« Le 10 décembre, on publie que tous se retirent sous son capitaine lorsqu'on sonnera le tambour, à peifie du gibet, et que personne iie tire de l'arquebuse en vyin, à peine de chàliment. On donna cliaigeau maîire d'ai lillerie de s'informer de ceux qui oni de la poudre et de défendre à tous ceux chez qui il en trouvera de la vendre sans sa permission. On ordonna que les chefs de famille feroient le guel et de jour et de nuit.* » — F. Favre reçut la commission d'acheter tout le sel qu'il pourra trouver.

Les ordres des Conseils n'étaient point observés avec une docililé exemplaire. «Hier, contre les défenses, disent les Uegistrrs, quelques personnes ont fait une sortie, ils ont pris les chè\res de Cl. Basiard qui n'est point ennemi de la ville; on lui payera celle qui a été tuée, et les ravisseurs seront mis au crotton pour trois jours. »

Cependant la Journée tKAosle s'était séparée comme lanl d'autres sans aboutira aucun résultat. Le 14 décembre, Nagueli se présenta au Conseil et apporta une leiire de ses supérieurs, commuiiiquant la proposition d'une Irève de cinq mois f-iile par le duc et appuyant cette proposition. «Il nous Si'mble , disait la lettre de MM. de Berne, que vous pourrez bien accepter ladite sur>éance, .ifiii, icelle pendante, que l'on puisse trouver quelque bon

* Reg. des Cons.

moyon [)Oiir f>acifier loiil l'aiïnire, ot qijp rniïnire ne vienne; à fnii de guerre. Car, esl n d lubler que nous vous puissions donner aide à cause rie nos propres aiï.iires el dangers esipiels nous sommes, si vous nous admonesiiez de vous secourir en vigueur de la l)ourgooisie, comme nous l'avons fait par ci devant. Pour aulanl avisez bien à vos affaires el nous faites sur ce brève réponse ; car de mettre nos propres affaires en bazard el les voires prendre à nous, ne nous esl coruenable. i»

CeWt" proposition d'une Irève fui fort mal reçue comme on peut s'en convaincre par la réponse que les Conseils adressèrent le 15 à Ami Porral pour être transmise au gouvernement bernois.

«Nous avons reçu vos lettres et les lettres de Messieurs el ouï M. le commis sur ce que Mgr. de Savoye demande auire trêve. Nous en répondons à Messieurs et sommes ébabis comment leur Excellence ne peut penser que mal tiendra-t-il une trêve de cinq mois , quand il ne la peut tenir de 21 jours, mais encore non pas d'un. Par quoi, sommes de cet avis qu'alliez devant Messieurs du Petit et Grand Conseil, fassiez les remontrances des outrages qui nous sonl faits, nommément jouxte une lettre que vous porte le sieur Nagueli, et vous verrez les cries de tuer ceux qui sortiront de Gpuève, comme dimanche ont dépouillé deux femmes et coupé la gonelle sur le dos. décbaussé un petit enfant de deux ans, dépouillé et battu un pauvre homme vieux de 80 ans. Et supplierez ne nous vouloir pas induire h telles trêves, ni journées : car nous entendons que le duc ne le fait sinon pour nous faire mourir » Coll. Galiffe.

de 'aim. Et pourtant pour l'honneur de Dieu et charité ch:élienne, qu'ils nous soient en aide, et si vous êtes de cei avis, le requerrez en vigueur de la bourgeoisie.»

« Vos Excellences entendent bien que pestilence, glaive et faim sont instruments de guerre et mort. Le dit Seigneur de Savoie ne pouvant user des trois, prend la faim qu'il nous fait endurer par ses beaux moyens de prometlie et de ne rien tenir. Soit votre charitable plaisir de suivre votre droit sur l'hypothèque et de nous être en aide et secours, afin que par une bonne foi puissions ôter vos Excellences de tant de fâcheries.*»

Les magistrats genevois n'avaient donc point renoncé à l'espoir de mettre enfin en mouvement leurs alliés de Berne. Il est probable que la lettre suivante que Baudichon leur avait adressée de Morat, le 9 décembre, n'était point étrangère à leur confiance^.

« Oncques de vous ni du moindre de Genève n'ai eu nouvelles non plus que si j'étois un juif ou un Sarrasin. Je ne m'en puis assez ébahir que cela veut dire. Je ne suis pas bon gré hors de la ville, et si je pouvais passer en sorte du monde, je ne demeurerois pas par deçà ; mais

* Papiers Galiffe.

- Baudiction qui avait suivi les Neuchâtelois dans l'espérance d'en ramener quelques-uns, cherchait à réchauffer le zèle des amis de Genève; il avait écrit de Payerne, le novembre: « Nous avons parlé au banderet de château d'Oex et à d'autres de Gruyère lesquels ont promis 200 hommes toutes et qii.'.ntes fois nous les voudrions en les payant, et sont gaillardes gens et bien en point. Vous avertissons comme les ambassadeurs de Savoye sont fort après envers MM. de Berne pour obtenir paix ou trêve, à cause que vous leur avez donné une frottée. »

je suis bien averti comme de tous côtés je suis veillé comme le chat veille la ratte. Sachez que oncques en ma vie je ne vis les bourgeois et communautés de Berne de si bon vouloir pour une ville de Genève comme ils sont maintenant, et murmure fort le commun contre les gros de ce qu'ils nous font tant journoyer en nous morfondant et sont fort désireux que leurs ambassadeurs rapiDortent mauvaises nouvelles du duc. Et sachez que ceux de Basie et autres cantons qui sont à l'Evangile nous ont grandement recommandés aux Seigneurs de Berne et qu'ils veulent s'employer de tout leur pouvoir à nous maintenir. Ne soyez point ébahis de la longue attente; vous verrez merveille en bref et comme Dieu besognera.* »

Sur ces entrefaites , M. de Verey réussissait à percer jusqu'à Genève avec quelques-uns des siens, par les monlagnes de Gex, mais non avoir laissé la plus grande partie de sa bande sur le carreau.

«Le 14 décembre, il arriva un genlilhomme français nommé de Verey qui dit qu'il nous amenoit du secours du côté de France. Nous lui envoyâmes au devant 300 hommes dans la direction de la terre de Gex. On élut deux fourriers, assavoir Fr Favre et Ant. Gerbel, à qui on donna charge de loger les Français qui viendroient, surtout ceux qui seront blessés, à condition qu'ils n'en logent point dans la ville plus de 25, au faubourg de la Corralerie oO, et au pont d'Arve autant qu'on pourra. »

« Le 1 7 décembre, on parla de ces gentilshommes français accompagnant M- de Verey qui ont été attaqués venans en cette ville, et dans le combat ils ont perdu leur

* Papiers Galiffe.

bag.'ige el leurs Ihibits, de sorte qne mainlennnl éiant nuds et Stins nrgenl. ils omI besoin d'h;ibils et de vivres^. Ils promellenl de pnyer dnns peu, après qu'ils auront reçeu de l'argent du Roy, p;irce qu'i's n'enlendent pas nous charger, maispîiyerei vivre aux dépens du Roy de France et non aux noires. Sur qnoy on résolut qu'on leur pourvoiroit d'habits, de chemises et de souiiers, comme aussi de blé, de vin, de chair, de logement et de loules choses nécessaires, espéra ns qu'ils payeront comme ils le promènent, lorsiju'ils auront reçeu de l'argent du roi.

1 Les seuls détails que nous connaissions sur la rencontre dans laquelle Verey fut défait se trouvent dans les Mémoires de Pierrefleur, le grand banderet d'Orbe, qui attribue cet exploit à son compatriote, le baron de la Sarraz :

« .\u dit mois de décembre fut rapporté au dit baron comme il devoit venir au secours de Genève une compagnie de chevaux français qui estoyent en nombre cent, bien montez et armez. Kslant de ceadverf y. fiât liastivement marcher ses gens an mont des fossilles (la Faurille) qui est soubs In montagne près de Gex, auquel lieu fu>t lo dit rencontre, et tant à l'occasion de froidure que les dits françoi> estoyent tous gelez que aussi du passage qui de lui-même est eslroit et fort, furent par le dit baron et ses gens retenus les dits gendarmes françois, et furent tous deslroussez et mis à pied, excepté qu'on ne leur esta point leurs accoulremens ; le dit butin lust tout départy par le dit baron à sa bande sans que luy en vousist rien rotenir. Item, y eusl de la ditle bande plusieurs morts et occis, et SI ne fust le dit seigneur baron , le loulage y fust démoré. Le capitaine de la ditle bande françoise estoit appellé le seigneur de Verey, lequel, estant bien monté, se sauva malgré la bande et s'enfuit à Genève, auquel lieu il fust le bien venu. »

2 « Il se parlera par aventure, dit la lettre de Porral déjà citée, qu'ayons des François en notre secours. Il est vrai qu'il est venu un gentilhomme de France qui est en la ville qui at-

Milis loul en se lenarU prêls à tout événement, les citoyens ne négligeniiînt point d'invoffiier le secours d'Kn Haut. « Maître (îuill. Farel, ilisenl les Registres, prédicateur de la Parole de Dieu, lit en Conseil le 17 décembre une sainte exiiorialion que nous nous convertissions à Dieu, et fissions que tout le peuple renonçât au mal et ouït la parole de Dieu, en priant Dieu unanimement pour la paix. Sur quoy on arrêta qu'on fîi une crie qu'au son de la grosse cloche tons viennent demain et les autres jours au temple de St- Pierre, afin de prier Dieu pour la paix et la conservation de la ville. »

Cependant la coopération que le roi de France apportait à notre cité n'était pas complètement désintéressée, comme on put le reconnaître sur-le-champ.

En elîet, le jour même où le Conseil <lécidail d'héberger de sor) mieux ses auxiliaires, leur chef M. de Verey fait demander les syndics Bandière , Savoye et Sept et leur donne à entendre que son souverain qui l'avait envoyé avec 400 chevaux dont le plus grand nombre avaient été malheureusemeni taillés en pièces, [)orte un vif allachement à notre ville [Genevam ingenti amnre prosequiiur] et est tout disposé à donner des marques plus efïicaces de son bon vouloir pour Genève et à entrer en guerre, s'il le faut, avec le duc de Savoie.

« Mais , continua M. de Verey , afin que le Roy ait meilleure occasion de vous aider et de vous faire recouvrer vos terres tombées aux mains de l'erïnemi, il faudra bien que vous lui faciez quelque prééminence en

tend d'heure en heure ses gens, comme a bien entendu le sieur Nagueli. »

vôtre ville. Vous savés que vous avés eu un évêque qui estoit prince avec toute prééminence, et faisoit grâce. Vous savés aussi que vous avez eu le duc de Savoye comme vidomne, qui tenoit cour , éloit obéi , prenoit vos gens ; vous avés depuis recouru aux Suisses pour vous garder d'oppression, vous savés comme vous en avés été menés et traitlés par des Journées ; l'un vous a fait la guerre contre vos personnes, l'autre contre votre bourse, de sorte que vous êtes ruinés. Si vous venés à l'observation de votre sentence de Payerne que vous allégués toujours, vous serez toujours ainsi maltraittés, car vous recevrés le duc pour vidomne et l'évêque qui sont réservés en cette sentence. Quel autre bien peut vous advenir du côté des Suisses, si non que vous mangerés votre bien? Le Roy ne demande rien autre, sinon d'être appellé Protecteur de \os libertés et coutumes, en vous laissant vôire justice, vôtre gouvernement et tous vos droits ; il veut vous aider à vous fortifïîer et ne demande rien du vôtre, mais seulement la puissance de faire grâce qui appartenoil à votre évêque. Et cela luy donnera le courage de vous envoyer tel secours que vous déschasseriés vos ennemis à ses dépens. C'est pourquoy, avisés à ce que je viens de vous dire. »

Certes, ce langage était adroit; mais les magistrats genevois avaient trop d'expérience pour ne pas discerner le hameçon qu'on leur tendait, quelque arlislement dissimulé qu'il fût. C'est ce dont M. de Verey s'aperçut à la réserve qui accueillit les propositions séduisantes dont il était le porteur.

« On raisonna longtemps en Conseil sur ces choses,

disent ]es, Registres, ot enfin après avoir tout bien examiné, on résolut do répondre ainsi aux Français (omnibus bene ruminatis dismissis et calculatis fuit solutum respondendi sic) : « Nous avons parlé avec quelques-uns des principaux de notre ville , et nous avons trouvé que ce dont vous nous avés parlé est une chose de grande importance , laquelle nous n'oserions proposer devant notre peuple, de peur d'en être repris, car notre peuple ne s'est encore bonnement aperçeu de l'aide et secours du Roy. Toutefois nous sommes demeurés en cette résolution de vous dire que vous suiviés votre inteniion , qui est comme vous nous avés dit de nous aidera chasspr nos ennemis, afin que notre peuple en soit consolé et prenne courage, et nous croyons qu'alors quand nous proposerons cette affaire à notre peuple, il fera volontiers en sorte que le Roy aura sujet de se contenter de nous. »

Le 18 décembre, on rapporta qu'on avait fait cette réponse à M. de Verey. « Pensés y bien, Messieurs, avait répliqué le gentilhomme français, nous avions fait entendre beaucoup de choses au Roy, et nous croyions bien vous trouver de meilleure volonté. Toutefois , vous estes sages et les choses sont bien importantes, quoy que le Roy ne vous demande point de sujettion et ne veuille autre chose que d'être conservateur de vos droits, vous rendre vos terres, et vous fortifier votre ville.» — «On pesa fort cette affaire, et on conclut qu'il y avait grand péril à tomber entre les mains d'un tel Prince.»

Deux jours plus tard, le Conseil décida «qu'on écriroit au Roi une lettre sur ce qui a été proposé par M. de Ve-

rey, par laquel'e il ne puisse avoir aucune pensée que nous nous voulions assujellir, m.iis seulement que nous lu}' offrons notre humble service, aiilani que nous pouvons et que les circonstances le permeilent, à cause de ses bienfaits, sans aucune sujeltion. »

Les dangers de la cité ne tendaient point à s'éloigner, bien au contraire.

« Le 29 décembre, on proposa qu'il étoit nécessaire d'élire deux conseillers secrets pour les affaires de la guerre, louchant lesquelles il semble bon de consulter M. de Verey. On élut Ami Bandière et Hudriod Duinoiard «yndics à qui on donna toute la charge d'aviser sur les choses nécessaires pour la guerre, même s'il faut sortir contre les ennemis. On résolut aussi qu'on ne permetiroil point aux étrangers d'entrer dans la ville, ni à personne d'en sortir sans permission ; et si on apporte quelque chose à vendre, qu'il y ait des gens qui le reçoivent et le payent aux portes et qu'ensuite ils le portent au marché. »

« L'après disnée se présentèrent Henry Dolens, P. Vandel el Cl. Bernard, sous capitaines élus ci-devanl avec J. Dezars, Fr. Chamois el Amy Perrin enseignes, avec lesquels on avisa de donner un meilleur ordre pour faire la garde. »

En conséquence on promulgua l'ordonnance suivante:

«Pierre Vandel, Cl. Bernard , Henri Dolens aui-ont chacun cent hommes, Ja(|ues de Grandson aura les étrangers. Les trois premiers seront tenus de se trouver tous les jours en la place du bourg de St-Oervais »ine heure avant la nuit, avec chacun un dizenier et ses dix hommes pour aller au guet. Jiiques de Grandson s'y trouvera aussi

avec six hommes de sa bande, le tout outre le guel ordi- I naire. On fera nenf guériles sur les murailles. I.e mol du guel se baillera aux dizeniers du guet. Les dils trois capitaines ou leurs enseignes se irouveronl au point du jour tous les malins au dit guet avec ehacun cinq hommes qui relèveront les autres dix et qui seront relevés à midy par cinq autres (|ui demeureront jusqu'à la nuit. Jaques de Grandson fera de même avec trois des siens avant midy, trois après midy el six la nuit- On ordonnera un capitaine qui aura la charge sur les bateliers, les enrôlera tous, et les fera assembler au Molard quand on en aura affaire. La porte du pont du Rhône sera toute la nuil fermée à la clef, et on ne l'ouvrira qu'à ceux qui auront le mot du guet. On ne laissera plus sortir personne de la ville sans congé. »

Ainsi la mémorable année 1535 arrivait à son terme daris des conjonctures bien propres à entretenir l'anxiéié et l'arbre de la Réforme à peine planté sur notre sol semblait près d'être déraciné par l'orage.

Avant d'aborder les événements décisifs qu'amenèrent les premiers mois de l'année 1536, nous devons mentionner quelques mesures importantes qui se rapportent à l'an 1o3i.

Ce fut alors que Genève , jusqu'ici tributaire de ses voisins, entreprit de frapper de la monnaie.

«Le 24 novembre, en Conseil des Deux Cents, on parla du moyen de payer les gens de guerre qu'on releuoit pour la garde de la ville. Et parce que presque toute la monnoye est sortie de notre ville, à cause de l'obligation de payer les vivres, de sorte qu'à peine trouve-t-on

à changer des pièces d'or, parce qu'aussi la méchanceté des princes de cette ville nous a privés du droit de battre monnoye, et que nous n'a\ons avec nous aucun pasteur légitime que nous puissions consulter pour reprendre notre pouvoir, et qu'au contraire celuy qui se disoit en dernier lieu noire prince, nommé Pierre de la Baume, s'est joint méchamment et par une damnable conjuration au duc deSavoye, l'ancien ennemi de notre ville, et que nos ennemis conjurés ne cherchent que la destruction de notre ville. ~ tl a esté avisé entre nous, que nous qui autrefois avions accoutumé de nous servir de notre monnoye battue dans la ville, comme cela est assés évident par plusieurs pièces d'argent qui setrou\enl encore entre les mains de nos citoyens, donnions ordre qu'on balte de la monnoye qui ait cours principalement entre nous, et que nous façions recevoir pour des vivres et marchandises. On donna charge au Conseil ordinaire d'établir un maître de monnoye et autres officiers, de faire battre la monnoye et de la faire recevoir. »

Deux jours après, Claude Savoye fut investi pour dix ans de l'office de maître de monnoye, et chargé de faire faire des enclumes et des coins au plus tôt. ()n lui remit en même temps un certain nombre ;l'objet3 précieux tirés des églises. Savoye s'engagea, le 5 décembre, à battre de la monnaie fort supérieure à celle que nos voisiris frappaient et montra au Conseil la marque de la monnaie qu'il voulait faire « qui est de celte manière : d'un côlé : Geneva civitas. Post tenebras lucetn ; de l'autre côté-: Deus noster pugnat pro nabis. 1535. »

Le 24, les premières pièces furent présentées au Con-

seil des Deux Cents qui ne les trouva pas suffisamment marquées el ordonna de les refondre; on élut en même lemps un essayeur el un garde de monnaie pour contrôler le niHÎtre de la monnaie.

C'est aussi à ce moment qu'il faut rattacher une nouvelle organisation donnée à la charité publique, à la suite de la dispersion des communautés religieuses.

«Le 29 septembre, en Conseil des Deux Cents on lut des articles faits en faveur des hôpitaux, et on les approuva. Le principal estoit qu'on fît deux hôpitaux, l'un à Ste-Claire, et l'autre au pont du Rône pour les passans, el que tous les autres hôpitaux soient réduits à ces deux là. » Le 5 octobre, sur la proposition des commissaires de l'hôpital , le Conseil décide qu'on élira un homme qui fixera son domicile à l'hôpital, qu'on désignera deux notaires pour rechercher les biens des paroisses, et qu'on contraindra les prieurs des confréries de remettre toutes les propriétés de ces corporations entre les mains des administrateurs de l'hôpital. Le 14 novembre, Claude Salomon d'ii Pas ta , citoyen dévoué, fut élu hôpitalier en Conseil général. Le Conseil général sanctionna également toutes les mesures prises par le Conseil ordinaire pour fondre en un seul bloc et ^îppliquer au soulagement des pauvres tous les fonds provenant des églises, chapelles, confréries. La mendicité fui rigoureusement interdite, el on élut un guet chargé spécialement de contraindre les mendiants à se retirer à l'hôpital. On assigna à ce fonctionnaire 30 sous par an.

On s'occupa aussi des prisons. « Parce qu'il y a beaucoup de dépense d'avoir deux prisons et deux geôliers,

puisqu'une snule peul sulTîre, on ordonna qu'on visiieroil les lieux et qu'on verroit si l.n niciison épiscopale derrière Si Pierre éloil propre et pourra suffire, et que si cela esl on y amènera tous les prisonniers.^ »

On ne peut que rendre hommage au senr, pratique des citoyens lorsqu'on voit N's mesures administratives suivre ainsi leur cours d'urje manière régulièie a côié des dispositions militaires et des modifications dans la conslilution ecclésiasii(jiie.

En 1 535, l'émigration dans nos murs de Réformés français se dérobant aux supplices qui les menaçaient, avait déjà oomfnencé d*ins dt^s proportions assez larges. C'était par l'entremise d'un réfugié, Maigret, que le Conseil avait été informé des desseins de François l*""" en faveur de la cité. Nous avons rapporté la fin tragique du français Gardetz; les frères de Farel axaient été maltraités près de Faverges, en se rendant à Genève.

Nous ne savons s'il faut mettre en rapport avec cette émigration le nombre inusité d'admissions à la bourgeoisie que constatent les Registres dans le courant de l'été. Le 1 1 juin on reçut dix bourgeois, le 15 six, le 18 quatorze, le 22 .yio;. L'admission de nouveaux bourgeois était un expédient auquel la république recouvrait volontiers lorsqu'elle était à cours de ressources.

Cependant , la question ecclésiastique n'avait pas encore été complètement vidée par l'ordonnance qui prohibait la célébration publique de la messe. On avait déjà outrepassé par cette mesure la juste limite des attributions du pouvoir civil. Néanmoins on ne s'en tint pas là. (/est

* Reg des Cons., 23 novembre.

(le quoi nous ne devons pas être surpris; une majorité ne soupçonnait pas alors qu'elle pût ou dût respecter l'expression d'opinions qu'elle estimait erronées.

Le 15 octobre, le Conseil d» cide qu'on avertira doucement les prêtres qui sont demeurés dans la ville d'avoir à cesser l'administration des sacrements. Le 12 novembre, en Conseil des Deux C*'nts, on résolut «afin, disent les Registres, que cette maudite discorde ne puisse pas croître entre les citoyens, d'appeler les prêtres par devant les magistrats et de leur demander s'ils veulent vivre selon la parole de Dieu ou soutenir que leurs cérémonies sont conformes à l'Evangile. » En conséquence de cette décision, les prêtres comparurent le 29 novembre par devant le Conseil. On leur demanda s'ils pouvaient établir que la messe et leurs autres offices fussent contenus dans les Saintes Écritures. « Ils répondirent par l'organe de Rolet Dupan que ce n'estoil pas à eux de soutenir de telles choses, puisqu'ils n'avoient pas le savoir nécessaire. » Sur quoi on leur enjoignit de ne plus célébrer de messes et d'aller au sermon «afin d'apprendre comme il faut vivre.» Le 5 décembre, on rapporta au Conseil des Deux Cents la réponse des prêtres et la défense qui leur avait été intimée. Les Deux Cents approuvèrent la marche du Conseil ordinaire et arrêtèrent que les prêtres seraient astreints à écouter les sermons, sous peine de quitter la ville pour n'y plus rentrer. Le lendemain celte décision fut communiquée aux prêtres. Un certain nombre d'entre eux déclarèrent leur intention de quitter la ville, d'autres obtinrent Tome IL 13

l'aiilorisalion de rester à condition de cesser toute fonction et de déposer leurs habits sacerdoiaux. ^

Nous louchons enfin à la péripétie décisive du drame compliqué dont nous suivons depuis longtemps les développements sinueux.

Les premiers jours de l'année 1336 furent semblables aux mois qui avaient précédé. Il fallut que les citoyens se tinssent tous les jours sur le qui vive.

<^ Le 3 janvier, ceux des garnisons de Gaillard , de Jussy, de Cologny, de Confignon, de Lancy, de Sacconay delà d'Arve, et du Plan les Ouates attaquèrent nos citoyens qui étaient occupés à recueillir du bois proche du pont d'Arve. On sonna l'alarme, et plusieurs des nôtres y

1 II nous paraît utile de rappeler ici les principaux événements qui eurent lieu en Europe pendant l'année 1535 :

Le 21 janvier, François I^"" fait périr sur le bûcher un certain nombre de Réformés.— Le 14 juin, Charles V s'embarque pour l'Afrique ; le 25 juillet il prend d'assaut Tunis , et le 4 septembre est de retour à Palerme. — Le l^"" juillet, les princes allemands s'emparent de Munster, siège du gouvernement des Anabaptistes. — Le 7 juillet , Henri VIII envoie à l'échafaud l'ancien chancelier Thomas Morus, qui a refusé de reconnaître la suprématie religieuse de la couronne. — Le 24 octobre, François Sforza, duc de Milan, meurt sans laisser de postérité. — Le 12 décembre, Paul III convoque un concile général à Mantoue, et les protecteurs allemands renouvellent la Ligue de Smalkalden. — Calvin achève la composition de ï Institution chrétienne.

Depuis longtemps l'Europe n'avait pas été dans une pareille agitation, soit au point de vue politique, soit au point de vue religieux.

coururent ; loulefois la nuil les obligea à se retirer. Les enneinys snisirenl le pont que nous avions laissé et s'efforcèrent de prendre notre tour auprès du dit pont.» Le lendemain , on ne put point tenir de Conseil à cause de l'assaut du jour précédent. — « Le 8 janvier, à cause de la pressante nécessité des vivres et autres choses nécessaires, on résolut de préparer une ou deux barques pour aller chercher des vivres dans les lieux qui sont près du lac, et aussi pour faire prisonniers ceux qu'on pourra, en place des nôtres qui ont été arrêtés par les Savoyards (7 bateliers genevois étaient retenus à Nernier).

«Le 13 janvier, on proposa que nous étions dans un grand danger de guerre à cause des menaces qu'on fait de nous assaillir vigoureusement. On résolut d'assembler le Deux Cents pour y examiner ce que M. de Verey proposoitde faire pour la garde de la ville. On ordonna qu'on fît des cries que tous ceux qui avoient été choisis pour faire la gai-de se trouvent en armes au Molard et en la place de St-Gervais pour attendre d'être placés à leur poste, ou autrement ils seront tenus pour traîtres; que les portes de la Corraterie et de St-Antoine soient fermées, et qu'on ne laisse ouverte que la porte Baudet (la Treille); qu'on abatte les maisons qui sont près des murailles du côté de la Corraterie. En Conseil des Deux Cents on ouït M. de Verey sur toutes ces choses, qui dit qu'on devoil les faire puisque de toutes parts on menace d'assaillir la ville. On ordonna qu'on fît les cries susdites, et on nomma six commissaires pour examiner avec M. de Verey toutes les mesures convenables pour fortifier la ville. >

Le jour même, l'événement justifiait les précautions extraordinaires des magistrats.

«Ce jour, disent les Registres, entre 9 et 10 heures du soir, nos ennemis vinrent du côté de St-Gervais jusques près des fossés, du côté de St-Victor jusqu'aux murailles, du côté de Rive de même, du côté de l'Arve jusqu'à la tOur de St-Auguslin. Ils nous assaillirent vigoureusement; Dieu toutefois, a qui en est tout l'honneur, les repoussa, et plusieurs d'entre eux en remportèrent des blessures. »

Cette alerte devait être la dernière. Un changement soudain s'opéra dans la situation de Genève, et ses citoyens purent enfin respirer. Berne avait, le 16 janvier, adressé une déclaration de guerre au duc de Savoie.

Berne, en tirant son épée, va trancher dans l'espace de quinze jours le nœud gordien des questions litigieuses dans lequel notre patrie se trouvait enlacée depuis de longues années. La patience de nos ancêtres va être récompensée, et du même coup les destinées &e l'Helvétie romande seront fixées pour toujours.

Campagne victorieuse des Bernois, délivrance de genève.

Avant d'entrer dans le récit des opérations militaires exécutées par Berne , revenons un peu sur nos pas pour nous rendre compte de la politique bernoise vis-à-vis de la Suisse romande.

Déjà lors des guerres de Bourgogne, la prise de possession de plusieurs districts de la plaine romande annonçait asspz clairement de la part des hommes d'État bernois l'intention de faire prévaloir un jour l'influence de Berne dans les contrées qui avaient formé autrefois le royaume de la Bour|Tfogne transjurane.

Cependant Berne qui, ainsi que Fribourg, était lié à la maison de Savoie par de très-anciens traités, poursuivit ce but avec une sage lenteur. Puis l'intervention des Suisses dans les guerres d'Italie, intervention qui ne discontinua guère pendant les 25 premières années du seizième siècle, et qui était fort lucrative pour les magistrats bernois, senible avoir détourné l'attention de ces derniers des affaires du pays roman. Comme les Suisses des cantons occidentaux étaient d'ailleurs souvent appelés à em-

prunier le lerriloire du duc de Savoie pour se rendre en Loinbardie, ils avaient inltrêl à ménager ce prince qui, de son côté, avait pour eux des attenlions marquées.

Lorsque la fièvre du service étranger se fut ralentie, nous voyons les Bernois saisir avec empressement les occasions d'intervenir dans le ménage de leurs voisins romans. La combourgeoisie avec Genève en 1526, qui entraînait pour Berne l'obligation de défendre noire ville conire tout assaillant n'élait point, on peut le présumer, une démarche dictée par un pur désiiilércssement. De plus, une année auparavant , comme des brouilleries graves étaient survenues entre l'évêque de Lausanne, Sébastien de Montfaucon, et les bourgeois de la ville, Berne, Fribourg et Soleure avaient offert leurs bons offices, prononcé une décision arbitrale et, en décembre 1525, contracté avec les Lausannois un traité de combourgeoisie dont les clauses sont identiques avec celles du traité conclu quelques mois plus lard avec Genève. Il est bien naturel de penser que ct's deux traités faisaient partie d'un plan calculé. Berne avait eu soin égalemerit de renouveler très-régulièrement les alliances qu'elle avait depuis longtemps avec Payerne et Avenches. En exécution du traité de 1525, que nous venons de rappeler, Lausanne avait dû envoyer à Berne un contingent de cent hommes, en 1529 lors de la révolte de rOberland, et en îo31 lors de la guerre de Cappel. En 1515, à l'occasion de l'expédition de François l^"" en Italie, Berne mit garnison à Yverdon.

Mais surtout l'hypothèque du pays de Vaud insérée dans le Iraile de Payerne conclu en 1531, était un in-

dice assez Iransparent des aspiralions de Berne. Cela élam, on a lieu de s'élonner de voir Berne, client Tassi^lonce année est .si souvent requise par Genève, éluder presque toujours les demandes de ses combour^eois, ne mellre ses guerriers en mouvement qu'une seule fois (1530) et mèrne presser à plusieurs reprises, avec une insistance odieuse, les Genevois de renoncer au traité dè combourgeojsie qui est leur seule ancre de salut.

D'où provient tant de lenteur, tant d'irrésolution, contrastant d'une manière si frappante avec l'inébranlable fermeté des Genevois? Nous ne sommes point en mesure de répandre une lumière complète sur ce point. Sans doute, les troubles religieux qui agitèrent le canton dè Berne, et plus tard la guerre civile, dans laquelle furent entraînés plusieurs des Etats de la Confédération, cunirihuèrent beaucoup à retenir le bras des Berriois. Ils pouvaient craindre aussi que le duc de Savoie ne trouvai de l'appui auprès du roi de France ou de l'empereur qui étaient en paix l'un avec l'autre depuis l'année 1529 et avaient l'un et l'autre intérêt à ménager ce prince.

Comment se fait-il néanmoins, est-on conduit à se demander, que les Bernois, après avoir exercé une pression aussi énergirjue pour précipiter Genève dans le camp de la Réforme, se soient montrés si lièdes alors qtie Genève fut sur le point de succomber sous les forces réunies des catholiques du voisinage? La considération de la situatioa générale de l'Europe, dont la situation était alors fort tendue, peut seule rendre raison d'une hésitaiion ùu^'i persistante.

Les hommes d'Etat bernois avaient sans doute les yeux fixés sur le roi de France dont l'attitude n'était point encore netternent dessinée. Il ressort de plusieurs documents contemporains que les cantons catholiques menaçaient alors Berne pour le cas où elle continuerait sa propagande armée en faveur de la Réforme. « Les ambassadeurs de l'empereur, nous dit du Bellay , du roi Ferdinand, son frère, des ducs de Savoie et de Milan, faisoient d'un commun accord tout ce qu'ils pouvoient imaginer qui servist à divertir et aliéner messieurs des Ligues de la confédération et amitié du Roy. et principalement les cantons obéissans à l'Eglise romaine, leur donnant à entendre que ledit seigneur Roy favorisoit les prolestants contr'eux. ^» Personne n'ignorait que Charles V n'attendait que d'être délivré de tout souci du côte de François et des Turcs pour se mettre à la tête d'une croisade contre les prolestants, et on fui longtemps dans l'incertitude sur la véritable destination de l'armement qui aboutit au siège de Tunis. ^

La rivalité entre François P"" ei Charles V allait-elle éclater par une guerre ouverte , ou bien ces deux souverains se rapprocheraient-ils momentanément pour humi-

* Mém. de Du Bellay, p. 185.

2 Un protestant allemand zélé, Conrad Zwink, écrivait le 12 janvier 1535 au réformateur bernois, Berthold Haller :

« Il est certiin que l'empereur a fait opérer à Augsbourg de grands mouvements d'argent; il est certain aussi que le roi Ferdinand lève tout ce qu'il peut réunir de Lansquenets. En veulent-ils au Turc, à la France, au landgrave de Hesse, à Ulrich de Wiirteraberg? S'il est vrai, comme on le dit, que les levées filent vers l'Italie, ce n'est pas nous qui serons at-

lier les Turcs el rétablir l'unité de l'Eglise ? En présence de deux éventualités qui devaient paraître également possibles, la circonspection des hommes d'Etat bernois ne saurait pas être condamnée d'une façon absolue. Tout le monde ne pouvait pas démêler a travers les négociations de François K avec Charles V l'intention bien arrêtée de faire la guerre qu'affirme Du Bellay : « Toutes les actions, négociations el pratiques de ce3 deux grands princes en tout le cours de ces précédentes années esquelles encore qu'ils ne fussent en guerre, il ne se pouvoit dire loutesfois qu'ils fussent en paix, donnoient assez grande apparence de ce que à la fin en adviendroit. Et déjà combien que les propos de la confirmation de ceste paix et multiplication d'estroitles alliances entre eux se continuassent toujours, toutes choses néanmoins tendoient apparemment à ouverture de guerre el bien jugeoient tous personnages de bon esprit, qu'à l'un ne à l'autre ne resloit plus , sinon le moyen et couleur de se deffendre et couvrir envers le monde du blasme et charge de la première invasion. »

Mais François Sforza, duc de Milan, mourut le 24 octobre 1535 sans laisser d'hérilier, et François P"" avait réclamé pour un de ses fils la principauté de Milan que l'empereur n'était nullement disposé à laisser tomber

laqués. A qui donc en veut l'empereur? On parle de Genève, et voici le plan qu'on suppose : L'empereur et le duc commenceront par soumettre Genève et réduire la république de Berne ; puis on fera ployer le reste des Évangéliques de la Suisse, et la réforme étouffée chez les Confédérés, le tour de l'Allemagne viendra. » {Chroniqueur, p. 42.)

(1536) — Hù'l —

cnire les mains d'un prince franwis. Dès ce itioînent, Frdnçois semble s'êire arrêté à la résolulion de rompre le trailé de Cambrai et d'allaqiier l'empereur, si ce der-« nier ne s'arranj^eail pas avec lui au sujet du Milanais. Mais il entrait aussi dans le:j plans du monarque français de porter les premiers coups au duc de Savoie qui, après s'être longtemps complu dans la neutralité à l'égard des deux puissants poter.lats, dont l'un était son beau-frère, l'autre son neveu, avait dernièrement reçu des faveurs delà main de Charles V , et lui avait donné en retour des gages non équivoques de son dévouement. François, en particulier, avait été très-irrité de ce que le duc lui eut refusé, en 1534, le passage à travers ses États, lorsqu'il avait voulu chàiier le duc de Milan pour l'assassinat de Merveille, son agent. ^

«Qu'y eust pensé, dit l iiistorien français Du Bellay, initié à tous les secrets de son souverain, qu'un due de Savoye eust si avant contemné les forces et authorité d'un roi de France que d'accepter la comté d'Asti, ancien patrimoine de la maison d'Orléans? Si contre l'empereur on ne s'en veult venger ou qu'on ne puisse le faire, obstant les traités , contre le duc de Savoye, le peuil-on faire ; car on a contre luy assez d'autres bonnes et justes querelles.» — Puis, comme le remarque très- justement Mézerai, « par dessus tout cela, il y avoit le droit de bienséance qui vouloitqne le roi s'emparât des terres du duc pour conquérir plus facilement le Milanais. »

* GuichenoQ nie ce refus de passage affirmé par Du Bellay.

Ce fui l'arrivée de Verey el de ses compagnons à Genève qui délerminîi Berne à soriirdelîi réserve que les Genevois commençaient à lui reproc.lier amèremeiU. 11 s'agissait (rempêcher le roi de France d'implanter son autorité à Genève. «Quand les Bernois, dit Froment, entendirent que les Français venoienl au secours, ne furent pas lasches à descendre et d'avoir la robe plus près que la chemise, se mellans en grand dangier des ennemys et du froict. » En ouire, le secours oITerl aux Genevois montrait (|ue François ï"'" avait irrévocablement rompu avec le duc et que, par consé(|ueni, l'exécution de leurs desseins ne rencontrerait de la part de ce prince aucune opposition.

Dès que le Conseil fut informé par son commissaire, Rodolphe Nagueli, des proposilions que Verey avait faites aux Genevois, il se décida à la guerre , mais mit le plus grand secret dans ses préparatifs. Comme l'entreprise était d'une grande conséquence, le Conseil fil consulter secrètement tous les bailliages de la république dès le 27 décembre 1535.

« Nos combourgeois de Genève, disait le message du Conseil, ayant embrassé la Parole diviîie et bien extirpé If* papisme, non-seulement le duc de Savoie, mais aussi leur évêque et d'autres, soîit par là plus que jamais aigris et animés d'un esprit hostile conir'eux et bien plus qu'aupara\ant répriment leur commerce, leur coupent les vivres, les assiègent , les enferment et les font prisonniers, tant qu'aucun d'eux n'ose sortir de la ville qu'au péril de sa \ie, el que mêtne à toute heure ils s'altentJenl à mie surprise , si biew que plusieurs fois ils nous ont ex-

horlés en verlu du traité d'alli.-ince comme aussi de la charité chrétienne et fraternelle el pour la gloire de Dieu comme membres du Chrisi, de leur venir en aide et de faire lever le siège. Pour lors prenant en considération le temps présent avec ses préoccupations et dangers, troubles et pratiques, et nous rappelant avec cela que ceux de Genève n'ont pas encore entièrement payé la solde qui nous est due, et que présentement il n'y a pas d'argent disponible, et qu'il nous est onéreux de faire la guerre à nos frais. Nonobstant, comme vous pouvez bien juger, que les susdits de Genève se trouvent en pareille détresse pour avoir embrassé la Parole de Dieu, el qu'on ne veut pas leur laisser leurs droits et comme il tient à notre honneur et à notre devoir de bien considérer ce cas ; nous avons voulu vour^ en informer f^l vous faire savoir que pour les causes susmentionnées et autres bons motifs, nous nous trouvons engages à résilier l'alliance que nous avons avec le duc de Savoie el à lui renvoyer ses traités d'alliance et ensuite d'aviser à ce qu'il conviendra de faire en ayant égard tant à notre honneur qu'aux exigences du moment, dans la ferme conviction et l'espérance certaine que comme cette affaire soit avant tout à la gloire de Dieu et ensuite à la nôtre, et considérant que si nous de\ions abandonner les susdits de Genève dans cet extrême danger de guerre et de famine, on nous le reprocheroit éternellement, vous ne nous ferez défaut en rien, mais bien vous montrerez en cette occasion braves et obéissants; attendant là-dessus par écrit votre prompte décision, cette affaire ne souffrant pas un long délai. ^»

1 Voir le texte entier de ce document dans Gaberel, P. just., p. 52, ou dans le Chroniqueur, p. 213.

— 205 — (1536) Tous les bailliages, à l'exceplion d'un seul, déclarèrenl qu'ils approuvaient le dessein de marcher au secours de Genève.

Dès que toutes les réponses eurent été recueillies , le Grand Conseil décida, le 16 janvier, d'adresser une déclaration de guerre au duc en bonne forme. « Nous vous défions par icelles lettres, disait le Conseil après avoir rappelé tous les griefs qu'il avait contre le duc, et vous avertissons qu'avec l'aide de Dieu nous assaillirons tous vos pays et sujets et les endommagerons de tout notre pouvoir, lesmoin nostre sceau plaqué à icelles. »

Comme on le voit, les Bernois appelaient les choses par leur nom et ne combattaient pas pour vmc idée.

6000 hommes reçurent l'ordre de se rassembler le 22 janvier. Un second corps de la même force devait se tenir prêt à suivre le corps expéditionnaire s'il rencontrait une trop forte résistance. Le commandement en chef fut confié à François Nagueli, capitaine, qui avait fait ses preuves sur les champs de bataille d'Italie.

Dans les campagnes précédentes, on avait vu le soldat bernois s'écarter des règles de la dis«'.ipline et surtout fouler aux pieds les populations inoflfensives. Mais aux yeux du gouvernement bernois, l'expédition projetée devait être pure de violences et de désordres; aussi eut-il soin de promulguer, le 22 janvier, un édit par lequel il remettait en vigueur les anciennes ordonnances qui avaient tant contribué aux premiers succès des Suisses. L'art. 7 était de nature à combattre efficacement le penchant au pillage : « Aura perdu les biens et la vie celui qui, avant la bataille gagnée, se livreroit au pillage. Qu'aucun de

nos gpns ne se permelte de faire tort, ni par pillage , ni par incendie, ni en aucune manière, à seigneur ou à ville qui ne se seroit pas ouverlemenl déclaré contre nous, elque tous paient honnêtement ce qu'ils consommeront. S'il étoil contrevenu à cet ordre, notre commandant et ses conseillers feront justice des contrevenants selon la gravité des cas, sans les épargner aucunement. ^ »

Mais revenons aux Genevois aux tribulations desquels ce secours si longtemps attendu en vain devait enfin mettre un terme. Ils n'étaient nullement préparés à ce revirement-

«Iceulx Bernois , raconte Froment , despartirent fort subitement, sans fayre grand bruict ne braveté , si que personne n'en sçavoit rien que ceulx de leur Conseil , et envoyèrent lettres à ceulx de Genève par ung hérault, l'une parescript, l'aultre à la bouche, par une ruse de guerre, afin qu'il peut passer parmy les ennemys. La première lettre donc en papier esloit qu'on deslivrasl de prison le docteur Furbily ; l'aultre message que le hérault pourtoit à sa bouche estoit : Vous me tiendrés ici prisonnier et me faictes mourir si MM. de Berne ne despartenl dans troiz jours pour vous venir secourir. Ce que ne voulloient ou ne pouvoynt croire ceulx de Genève, vu les refus qu'ilz avoyentfaict auparavant. Mais disoient: C'est bien parlé maintenant de Furbily, n'ont Hz avÀtre chose à fayre que de mander la deslivrance d'ung caphart ? etestoient fort marrys contre leurs combourgeois. Toutefois le héraut les consoulloit, les assertenant de leur ve-

* Chroniqueur, p. 224.

nue, et vous verrez, disoit-il, dans trois jours brusier les chasleaux du pays, qui sera le sij^ne de leur venue ; ce que fust vray. »

Ce message fut délivré le 16 janvier ; le Conseil, convaincu par les déclarations du héraut, lui remit six écus pour ses bonnes nouvelles. Le lendemain, une lettre écrite de Berne par Ami Porral dissipa tous les doutes. « Je rends grâces à Dieu, mandait le zélé négociateur, de ce qu'il a inspiré à nos combourgeois de nous donner charitablement aide et secours. [Is m'ont demandé si nous avions argent pour l'expédition. Nous en trouverons, aije répondu. Ainsi, ayons bon courage ; jamais je n'eusse pensé que le Seigneur eût louché le cœur de leurs Excellences, à la sollicitation de leurs paysans et de leurs amis de Bâie. » — « Qui patitur vincit, » avait écrit le même Porral ,' le 3 janvier, et l'événement lui donna raison.

« Le 17 janvier, on proposa que, puisque nous savons que xMM. de Berne nous envoyent du secours, le principal est que nous ayons de l'argent. On résolut de battre de la monnoye et d'emprunter de l'argent où on pourroit. »

Les défenseurs de la ville ne voyaient que l'heure et le moment de courir sur l'ennemi.

«Le 24 janvier, nos gens sortirent, comme il plut à Dieu, du côté de Chesne et du côté de Cologny, où ils rencontrèrent les ennemys; il y eut un combat où environ 200 ennemys furent tués , on en amena quatre prisonniers. ^ »

* «Les ennemys, dit Froment, furent tellement de si près et si rudement poursuyvis de ceulx de Genève que si n'eust

Le succès de celte expédition encouragea à une nouvelle tentative.

«Le samedy 29 janvier, selon que Dieu avoit nnis au cœur de nos gens de guerre, M, de Verey ayant pris avec luy environ 80 hommes, ils attaquèrent par le lac le village dQ Versoy duquel ils chassèrent les ennemis et en apportèrent plusieurs biens en blé, vin, bestiaux, cloches et autres choses lesquelles ils vendirent publiquement dans hi ville et en partagèrent l'argenl. »

Mais bien mieux encore que les sorties victorieuses opérées par les citoyens enhardis, l'approche de l'armée bernoise allait balayer les environs de Genève.

« Enfin, disent les Registres, le 29 janvier, nous apprismes que l'armée de MM. de Berne venoil à notre secours; ce que la troupe des Savoyars appercevanl, ils s'enfuirent et s'allèrent cacher dans les montagnes du côté de Bourgogne. »

Suivons maintenant les pas de l'armée libératrice. *

Le 22 janvier l'armée bernoise arriva à Morat ; le 23 janvier , elle entra à Payerne où le contingent de Neuchâlel et celui de Gessenay vinrent la grossir; Payerne fournit aussi quelques soldats. Yverdon était pourvue

esté le capitayne seigneur de Verey , aucun n'y fust resté; mais il eust pitié d'eulx et dict à ceulx de Genève : Je vous prie que ce soyt assés tué et d'estre contens d'avoir gaigné la bataille sans tout tuer; laissés quelques-uns pour labourer les terres. »

1 Voir pour de plus amples détails le Chroniqueur , ainsi que l'excellent écrit de Hidber intitulé: Waadt ivird schweizerisch durch die Berner und den bernischen Feldhauptmann Hans-Franz Nàgueli.

— 209 - (1536) d'une forte garnison commandée par M. de La Sarraz; le Conseil de guerre bernois résolut que l'armée se porterait en avant en laissant celte ville derrière elle. Le 25 , Nagueli atleignit Echallens où il reçut les délégués de-Moudon. Sommés de se rendre, les habitants de celte antique cité ont considéré sérieusement la grande puissance de MM. de Berne à laquelle il ne leur sérail pas possible de résister, et cela d'autant moins qu'ils n'ont reçu aucune instruction, ni aucun secours du duc, leur seigneur, et ils ont conclu qu'il leur est plus profitable de se rendre que de se laisser fouler et détruire. Après avoir reçu le serment des députés, Nagueli désigna un commissaire pour exercer à Moudon les droits dont était investi auparavant le représentant du duc. Le 28, les Bernois, renforcés par le conlingent que leur envoya Lausanne, en vertu du traité de combourgeoisie, arrivèrent en vue de Morges. Là l'ennemi avait rassemblé quelques forces et l'on pensait que le châtelain de Musso qui en avait le commandement s'efforcerait d'arrêter les envahisseurs. Mais cette attente fut trompée; les chefs savoyards se retirèrent en toute hâte de l'autre côté du lac, et leurs soldats se dispersèrent dans différentes directions. «Comme l'exercite de Berne commençoit à les approcher , dit Froment, lesYtaliens, Espagnolz, Savoysiens et aultres gens de guerre qui debvoyenl empescher les passages, après avoir veu ceulx de Berne en rench de bataille, à la coustume des Suysses, ne sçeurent aultre chose à fayre fors s'enfuyr à la course de chevaux, et les aultres gens de pied se retirèrent bataillans de l'espée à deux pieds. » Le 30 janvier, les vainqueurs se rendent maîtres de Rolle TomeIL 14

dont ils brûlent le château, et poussent jusqu'à Divonne qui est occupé sans coup férir. Le 1*"" février, des députés de Gex, de Nyon, de Coppet viennent faire leur soumission-

L'élonnement des Genevois ne fut surpassé que par leur joie lorsqu'ils virent du haut de leurs remparts disparaître en ua clin d'œil cet essaim de Savoyards et de Peneysans qui les harcelait depuis si longtemps.

«Nous a'pprimes, disent les Registres du 30 janvier, que la puissance de Dieu avoit tellement confondu la présomption et la téméraire audace de nos ennemis dès que l'armée de MM. de Berne commença à s'ébranler, que M. le capitaine, le banderet et les conseillers ne trouvèrent pas un homme en chemin qui portât le nom de Savoyard. »

Nos ancêtres ne voulurent pas laisser toute la besogne aux Bernois. Le même jour, ils envoient un tambour à Gaillard et un autre à Jussy pour sommer ces deux châteaux. Il n'y avait plus un seul homme de guerre dans ces deux places, et le lendemain, 31 janvier, le Conseil envoya L. Chabod pour recevoir le château de Gaillard au nom de la ville, et Henri Dolent pour prendre possession de Jussy. Le lendemain, 2 février , deux ^habitants de Jussy se rendirent à Genève pour prêter serment de fidélité à la ville.

Les Genevois, pour se dédommager de leur inaction et de leurs longues privations, voulaient sortir de tous les côtés pour rendre à l'ennemi les maux qu'ils en avaient re- Qus. Le Conseil dut intervenir pour réprimer ces incursions désordonnées. « Parce que , disent les Registres,

tous indifféremment courent à la proye el s'approprient tout ce qu'ils trouvent, ne réservans rien pour la communauté, on ordonne qu'on feroildes cries que personne ne 'sorte pour aller fourrager à peine de trois traits de corde. »

Le Conseil voulut lui-même diriger ces sorties qui étaient indispensables pour approvisionner la ville épuisée depuis longtemps.

«Le 2 février, ordonné qu'on face des cries que tous les chariots se trouvent au Moulard pour aller où MM. les sindics ordonneront. On rapporta qu'il y avoit au château de Villette beaucoup de vivres qui nous sont surtout nécessaires pour nourrir l'armée de MM. de Berne. On donna commission à P. Mutiod d'y mener des chariots et de faire amener icy aux halles tout ce qui est dans ce château. »

«Cet arrest , dit Froment, fut exécuté en telle sorte qu'on ne fist que brusler, piller et saccager tout à l'entour de Genève, vivres et maysons et certains villages qui avoynt faict plusieurs maulx à la ville et amener vivres dans icelle pour la victuaille, tant que c'estoit chose admirable de voyr tout cella ; car on appourtoit du saccagement jusques aux drappaux des petits enfans. Tous les hommes et femmes se saulvoynt par les montaignes de plus de quatre à cinq lieues à la ronde, tant de peur ilz avoynt des Luthériens. Mesrae des petis enfants de Genève estans seulement de l'âge de 12 à 13 ans admenoynt avec eulx dans la ville de gros butins. De tous coustés on admenoil des cloches, des blés, vins en abondance, bestial, utencilles de maysons, comme coustres, linceulx,

veslemenlz ; les femmes mesme y couroynt, lani estoit la chose véhémente. »

Le 2 février . deux fourriers de MM. de Berne vinrent annoncer que l'armée bernoise serait ici dans une heure, requérant qu'on la logeât et qu'on se pourvût d'avoine pour les chevaux. Le Conseil envoya à la rencontre de nos libérateurs Fr. Lullin pour leur faire compliment, el leur dire que nous n'avions point d'avoine à cause de la longue défense des vivres. Des mesures furent prises pour amener le plus promptement possible tout le blé et tous les bestiaux qu'on put trouver dans les environs. On nomma des fourriers chargés de pourvoir au logement de nos auxiliaires: Et. Chapeaurouge etJ.Bordon pour toute la Corraterieet jusqu'à la Fusterie, Anl. Gerbel el Girardin de la Rive, de la Fusterie à tout le Molard , Fr. Rosset et Chateauneuf du Molard à Rive, Jean Coquet et un autre pour le Bourg-de-Four.

« Ce même jour entrèrent heureusement les Magnifiques François Nâgueli , Vingarter, Diesbach, Graffenried, capitaines, banderets, conseillers, prevost et autres de MM. de Berne, avec une grande armée et 17 pièces d'artillerie et avec les compagnies de Neufchastel et de Lausanne, venans de Gex, où ils avoient laissé M. d'Erlach pour faire brûler le château de Gex. »

Le lendemain, 3 février, les chefs de l'armée bernoise furent introduits en Conseil des Deux Cents: ils annoncèrent la prompte et heureuse issue de la campagne qu'ils avaient entreprise et demandèrent si les Genevois jugeaient à propos qu'ils passassent plus outre. On les pria d'entrer sur les terres du duc de Savoie afin de mettre ce

«iernier hors d'état de nuire désormais à Genève. On ronvinl de respecter le territoire du Genevois, parce que M""* de Nemours, la souveraine de ce comté, veuve de Philippe, comte de Genevois, avait envoyé des députés ;iux capitaine^ bernois et promis de leur fournir des I vivres.

I «Le 4 février , en Conseil des Deux Cents, on exposa que le grand capitaine et le Conseil de l'armée bernoise voulant tirer au delà d'Arve avoient demandé notre artillerie pour mener avec eux, des guides et 50 pionniers avec leurs instruments pour préparer les chemins devant l'artillerie, de plus que nous prenions garde que le pain ne leur manque pas. On conclut qu'ils ne demandoieni rien qu'on pùl refuser, et on dit tous d'une voix : « Il est raisonnable de faire ce qu'ils demandent; ils sont en peine nuit et jour pour nous, faisons qu'il ne leur manque rien.» On arrêta que nos cavaliers sortiroienl avec eux dans le plus grand nombre qu'il se pourroil, et on commit la charge de les conduire à Estienne Chapeaurouge ; on décida aussi qu'on leur donneroil 50 pionniers de la ville, et s'ils en veulent davantage, Henry Dolens en enverra encore 25 de Jussy ; on donna In charge de les conduire à Jean Malbuisson, qui prendra avec eux six charpentiers, un maréchal et un charron pour servir l'artillerie. On commit à Jean Lullin et à Fr. Favre le soin de faire cuire le pain et le mener au camp.»

Le 5 février, l'armée de MM. de Berne passa l'Arve, tirant à St-Julien ; ils avaient deux grosses pièces de l'artillerie de la ville conduites par Ami Gervais, à qui on

avait donné 40 écus ; le conducteur des pionniers avait reçu 29 écus.

Le jour même où les chefs bernois donnèrent le signal du départ, ils demandèrent les syndics auxquels ils firent une communication à coup sûr bien inattendue. Ils devaient demander à leurs combourgeois, de la part de leurs supérieurs, s'ils ne voulaient pas consentir à céder aux seigneurs de Berne les droits de l'évêque sur la cité et les attributions autrefois dévolues au vidomnat. Certes, nos magistrats ne devaient pas soupçonner que l'assistance armée que Berne s'était déterminée si tard à leur prêter couvrît des vues aussi intéressées. Nos alliés ne s'étaient donc opposés aux usurpations du duc que pour faire valoir ses prétentions à leur profit, et la protection dont ils avaient convertie parti réformé n'avait été qu'une manœuvre habile pour substituer leur autorité à celle de l'évêque. Les syndics répondirent à la demande des chefs bernois par un refus ; toutefois ils ajoutèrent qu'ils feraient assembler le Conseil pour délibérer sur cette proposition.

Le lendemain du départ de l'armée bernoise, le 6 février, le Conseil général fut assemblé pou^ l'élection des syndics. Avant que de procéder aux opérations électorales, l'assemblée ordonna «que tous les citoyens vivroient de bon accord, et que tout ce qui s'est passé seroit aboli el oublié, excepté les trahisons contre le public; qu'on ne reprocheroit point les pilleries, les maisons abattues, les injures et autres choses faites à cause de la guerre, et que toutes ofife uses seroienl pardonnées excepté celles qui sont contre le bien public. Mais si quelqu'un intercède pour

— 215 — (1536) ceux qui ont été contraires à la ville ou l'ont abandonnée en sa détresse , il sera tenu pour ennemi et pour traître, et jamais on ne parlera de recevoir les condamnés et leurs adhérens de la nouvelle bande des fugitifs. » On arrêta de plus «que dorénavant on ne se diroit plus les uns aux autres : Tu as esté papiste ou luthérien, mais que tous vivroient sous le St-Évangiie de Dieu. »

Le suffrage populaire promut aux fonctions syndicales Claude Savoye , Ami Porral , Estienne Chapeaurouge et Aimé Levet.

Quelques jours plus tard, le 11 février, les Bernois partirent pour assaillir le Fort de la Cluse ; un détachement franchit le Rhône, gravit la montagne qui domine le fort et de là fit rouler de grosses pierres sur la garnison qui, déconcertée par cette attaque inattendue, capitula le 13.

Le 15 février, on reçut des lettres de M™^ de Nemours qui prie qu'on laisse la cloche d'Annemasse. « On répondit que cette cloche avoit sonné le tocsain contre nous, et ainsi que nous ne pouvions pas la souffrir. »

Ce même jour, le Conseil des Deux Cents reçut des délégués des Mandements, de Thiez et de Gaillard qui venaient offrir de prêter serment de fidélité à la république pourvu qu'on les laissât en possession de leurs anciennes coutumes, et qu'on ne changeât rien à l'état de l'Église. Ce même Conseil ayant délibéré sur la demande des capitaines bernois qui réclamaient l'office du vidomnal ainsi que les droits exercés par l'évêque de Genève, décida «qu'on remercieroit très-humblement les très-honorés seigneurs de Berne , nos combourgeois , des peines et

des travaux qu'ils ont eus pour nous et des biens qu'ils nous ont faits jusqu'ici, et qu'on leur remontreroit trèshumblemeiit comme dès environ 17 à 20 ans nous avons souffert la guerre tant contre le duc de Savoye que les évêques ; à cause de quoy nous avons recouru à leurs supérieurs qui nous ont protégés et gardés jusqu'à présent ; qu'il a plu à Dieu de les envoyer avec une si puissante armée et si bonne volonté que nos ennemis ont fui devant eux comme la neige fond devant le soleil. Pour ce qui est de nous, si nous eussions eu dessein de rendre la ville de Genève sujette à quelcun , nous n'eussions pas tant souffert que nous avons fait; nous ne croyons donc pas que leurs supérieurs eussent la pensée que nous voulions réduire en aucune sujétion celte pauvre ville qui a lantcomballu et souffert [lour être en liberté ; nous les prions de prendre en bonne pari ces remontrances et de nous aider à maintenir notre bien puisqu'en eux est noire entière confiance après Dieu. » Quatre députés furent envoyés au camp de MM. de Berne pour leur porter cette réponse.

Le 16 février, les Bernois revinrent victorieux du pas de la Cluse où ils avaient laissé une garnison. Ainsi fut réalisé le propos que le sieur de Thorens avait tenu «n 1533: «Tu verras que cette émotion sera cause que MM. de Berne descendront el ciMirrunt toul le pays jusqu'au pertuis de la Cluse. S>

Le 17, le Conseil des Deux Cents s'assembla et prit connaissance d'un message des chefs de l'armée qui déclaraient n'être nullement satisfaits de la réponse qui

1 Déposition de Girard Ghabod.

— 217 — (1536) avait élé faite à leurs propositions et pressaient de nouveau le Conseil d'y souscrire. Mais ce dernier tint bon.

« Il a esté avisé et conclu que l'on doive dire à leurs Excellences que nos corps, nos biens et tout ce que nous avons sont encore à leur commandement et service, pour en user raisonnablement; nous ne croyons pas qu'ils soient venus pour nous mettre en sujettion, mais pour nous rendre noire liberté; c'est pourquoy nous les supplions qu'il leur plaise de suivre le bon vouloir que Dieu leur a donné, et nous faire selon le commandement de Dieu, ainsi qu'ils voudroient bien qu'il leur fût fait. »

En même temps , le Conseil donnait à nos alliés des . preuves d'une sollicitude attentive. «Et. Pécolat, disent les Registres, est élu pour soigner les pauvres malades venus du camp et voir qu'ils ne manquent de rien et soient tenus au chaud. On leur donnera pour les servir une femme qui parle allemand, afin qu'avec l'aide de Dieu ils puissent revenir en bonne santé. »

Le 18 février, l'armée de Berne prit congé de nous, après avoir séjourné près d'un mois dans nuire bassin et s'achemina dans la direction d'Yverdon. Arrivés à Morges, les capitaines bernois reçurent une députalion de la Tour-de-Peilz et de Vevey qui demandaient à se mettre sous la protection de Berne.

Le 21 . on décida que la porte de Si- Léger, fermée pendant la guerre, serait rouverte, mais qu'on continuerait encore à lenir fermée pendant 10 jours la porte de Sl- Gervais.

A Genève des personnes malintentionnées essayèrent d'exploiter le départ des Bernois pour jeter l'alarme dans

les esprits ; mais le Conseil avait l'œil sur eux. « On rapporta que quelques-uns semoient des bruits par la ville que le duc de Savoie viendroil après que MM. de Berne se seront éloignés avec de grandes troupes qu'il a déjà assemblées, et qu'il nous fera pis qu'auparavant. Parce que ces gens ne disent cela que pour ôter le cœur aux bons, on résolut que ceux qui tiendront ces discours seroient pris, et s'ils sont hommes, ils auront trois traits de corde, et si ce sont des femmes, elles seront mises au collier pour trois heures. »

Le 8 février étaient arrivés des ambassadeurs du Valais ; ils annonçaient que les Valaisans étaient, de leur côté, entrés en campagne, qu'ils avaient conquis tout le pays jnsr^n'n la Dranse, et qu'ils se proposaient de le garder aussi longtemps que les Bernois jugeraient à propos de conserver les districts qu'ils venaient d'occuper.

Les Fribourgeois avaient manifesté une vive irritation lorsqu'ils avaient été informés de l'entreprise des Bernois, et ils s'étaient empressés d'envoyer un ambassadeur aux cantons catholiques pour les engager à prendre des mesures contre l'ambition de leurs voisins. Mais après quelques jours de réflexion, le Conseil avait changé d'avis et décidé de profiter de l'occasion pour arrondir le territoire de la république. En conséquence, le 25 février, les milices fribourgeoises sont mises sur pied, et le même jour elles se présentent devant Romont qu'elles somment d'ouvrir ses portes. Romont, Rue, Estavayer se soumirent sans résistance. Des fourriers fribourgeois s'avancèrent jusqu'à Vevey , mais se retirèrent désappointés après avoir vu les armes de Berne sur les portes de la

ville. Une conférence fut bientôt ouverte à Payerne entre des députés de Berne et de Fribourg pour régler la répartition des acquisitions faites par les deux États ^.

Le 23, l'armée bernoise campait devant Yverdon et sommait la garnison de la ville d'avoir à l'évacuer.

Le 25, la place capitulait , et les guerriers bernois, après une absence de six semaines, rentraient dans leurs foyers.

Qu'on ne pense point que la froide raison d'Étal et l'obéissance passive aux ordres d'un gouvernement guidé par l'ambition aient conduit les bataillons bernois sous les murs de la cité qui, avant de devenir la citadelle de la Réforme, était déjà le boulevard de la liberté. Non, un noble entbousiasme, une sympathie chaleureuse pour des frères longtemps opprimés animaient les enfanis de la rude Berne. L'empreinte énergique de ces sentiments a été déposée dans le Chant de Vours donl nous transcrivons quelques strophes :

« Peuples, faites silence, et vous mes compagnons d'armes, répétez mon joyeux refrain. L'ours est sorti de son antre, la prudente bêle , au pas ferme, au cœur intrépide; il s'est mis aux champs, et c'est pour arracher au trépas ceux que la terre entière avait abandonnés.

« Mon bon ours, Dieu t'a oint de sagesse; il a rompu

* «Ce voyant, dit Froment, les Fribourgeois ne furent pas lasches à prendre aussi du pays du poure duc de Savoye, soubz coulleur de maintenir la chrestienté qu'ils appellent la Loi du Pape. Les Valleysans aussi, de l'aultre cousté, soubz cette mesme coulleur ont pris une manche du pays d'iceluy duc. »

la chaîne à laquelle le pape tenait ta folie attachée ; il l'a affermi le cœur, il t'a réjoui, il t'a entouré d'enfants en grand nombre, mon bon ours ; Dieu s'est montré pour toi d'une merveilleuse bonté.

« Voilà neuf ans que Genève poursuivie, haletante, a recherché notre alliance. Voilà neuf ans que le duc, Pharaon nouveau, la lient sous le bâton, captive, éplorée et près d'expirer. L'heure est venue pour la pauvre Israélite de passer la mer.

« De quel cri de douleur n'a-t-elle pas fatigué les échos des Alpes ! Tout dormait. Les rochers mêmes ont été émus ; les Confédérés sont demeurés insensibles. Berne seule a été attendrie. En cet âge de douleurs pour les enfants du ciol,de combats pour les pauvres de cœur, Vours, Vours a s<îuI ouvert ses entrailles à la pitié !

« Quand l'heure est venue, une voix du ciel s'est fait entendre : Sus, sus, à la vengeance ! Encore un dernier avertissement ; un an et un jour encore ; si ton ennemi continue à se jouer des pleurs de l'innocence, mon vieil ours, tu marcheras.

« Inutiles délais ! Avis dont le duc n'a fait compte. Paroles qu'il a crues jetées au vent. L'orgueilleux a méprisé l'heure de la patience. Il a cru l'ours imbécile, inhabile à danser. Il paie en ce jour sa folle imprudence par la perte de ses villes et de ses châteaux.

« Ça été un beau jour pour les amis de Christ, que celui où l'ours a poussé son cri de guerre. Ça été pour le prince un jour de honte et de confusion. Qu'il paraisse

— 221 — (1536) le téméraire, que ses gonfanons se déploient; car c'est un déshonneur pour lui que de voir nos oursins passer l'hiver sur les terres de son patrimoine !

« A peine avons-nous pu jouer de la patte avec les guerriers du duc. On nous dit que nous les trouverions à Morges ; le mal léché leur eût volontiers appris sa danse; ils avaient fui. En peu de jours, villes et châteaux, il avait tout pris; il se promenait sur la pente des montagnes ; il se baignait dans les eaux du lac.

« Adam, Adam ! en quel lieu du Paradis te tiens-lu caché? Ecoute la voix qui t'appelle à batailler.

«Courage, ma vaillante bête , courage ! et, l'œuvre accomplie, tu viendras te refaire en mes pâturages.

« Malheur à qui n'aime mon vieil ours ! Malheur à qui ne s'avance point comme lui pour guerro^'cr contre le mensonge, pour combattre jusqu'à la mort la troupe des hypocrites et des cafards-

«Tel est mon chant. [1 a été entonné le jour que le vieil ours a vu ses fils rentrer chez eux sans avoir fait entendre une parole de plainte. Aucun d'eux ne manquait à l'appel, aucun deuil ne troublait la joie de leur retour. Le Seigneur les veuille maintenant laisser aller en paix ! »

Tandis que Berne continuait à dépouiller le duc de Savoie, le Conseil de Genève, recueillant enfin les fruits de sa longue patience, recevait les députations des mandements voisins qui venaient à l'envi prêter à la ville serment de fidélité et désignait des châtelains pris dans le

sein du Petit Conseil, pour les administrer ^ On décida que les cries se feraient ainsi dans ces châtellenies : « L'on vous fait assavoir de la part de Messieurs de Genève. »

Les dernières ordonnances ecclésiastiques rencontraient encore des résistances partielles.

« Le 23 février, les sindics s'assemblèrent afin d'aviser touchant ceux qui se mêlent de battiser et d'eppouser contre les défenses qui leur ont été faites; ils trouvèrent que deux hommes avoient été épousés par Dom. Ant. Braffourel; qu'un autre avoil fait battiser sa fille à une sage-femme, et qu'un autre avoit fait battiser la sienne à un pâtissier, son compère. Ordonné d'appeler les battiseurs et de les punir.» — «Le 25, on appela deux hommes * qui confessèrent qu'ils avoient fait battiser leurs enfans en leurs maisons, ne pensans point mal faire.»

Le Conseil eut aussi à sévir contre des contraventions d'un autre ordre.

«Le 25 février, on exposa que Baudichon de la Maison Neuve avoit fourragé contre les défenses et ne vouloit point obéir au commandement qui avoit été fait d'apporter dans la halle les cloches du butin. » Il fallut destituer cet incorrigible personnage de sa charge de capitaine et le mettre en prison jusqu'à ce qu'il se fût dessaisi de neuf cloches qu'il s'était appropriées.

Le 28 février, le Conseil des Deux Cents statua de nouveau au sujet des personnes qui avaient abandonné

1 On décida «qu'aucun châtelain ne fût élu là où il a sa chevance, de peur qu'il ne s'amusât à cela, laissant les affaires de sa châtellenie. »

la ville l'an dernier au cas qu'elles revinssent; il fut décidé que si ces gens avaient été au château de Peney, ils seraient exécutés immédiatement ; mais s'ils n'ont fait que s'éloigner, on leur donnera simplement trois irails de corde et on les mettra hors de la ville avec leur famille « pour montrer à chacun le devoir qu'il a à la ville d'où il est.» — «On parla aussi des faubourgs qui sont presque ruinés, n'y ayant plus que quelques obstinés qui no veulent faire abaltre ce qu'ils y ont. vSur quoy on résolut que tout ce qui reste des fauxbourgs doive être rasé, à la réserve d'une maison qu'on laissera vers le pont d'Arve pour celui qui doit exiger le péage. Que tous ceux qui ont encore des murailles, granges et maisons dans les fauxbourgs aient donc à les dérocher dans trois jours, faute de quoi, elles seront livrées à ceux qui voudront les démolir pour ce qu'ils y trouveront et les matériaux. »

Ce même jour, le Conseil rendit une ordonnance dans l'intérêt de Tordre public. « En Deux Cents, on fît un règlement sur les cabaretiers, qu'aucun ne tienne cabaret sans permission du Conseil ; qu'ils ne permettent point qu'on blasphème le nom de Dieu, ni qu'on joue aux cartes et aux dés; qu'ils ne donnent à boire à personne durant le sermon, surtout le dimanche, ni après neuf heures de nuit ; qu'ils ne logent pas les étrangers plus d'un soir sans le faire savoir au capitaine ou aux dizeniers. »

l.e 3 mars, des ambassadeurs. Ami Bandière, Ami Porral et Michel Sept, partirent pour Berne, afin de demander le renouvellement du traité de combourgeoisie qui venait d'expirer.

Dans les premiers jours de mars , Farel exhorta le

Conseil à faire prêcher l'Évangile dans les nouvelles paroisses qui venaient de se ranger sous la souveraineté de la ville, et un prédicateur fut envoyé à Jussy. Plus lard Céligny et Saligny furent également pourvus.

Le 14 mars, on arrêta que les châteaux de Gaillard el de Peney- seraient démolis ^ .

Le 15, on adoucit les arrêts rendus précédemment en autorisant les femmes des fugilifs à demeurer dans la ville.

Les ambassadeurs revinrent de Berne le 15 mars ; ils rapportaient que MM. de Berne avaient refusé de jurer la bourgeoisie tant que la ville ne leur aurait pas fait une réponse satisfaisante au sujet de l'autorité de l'évêque et du vidomnat dont ils avaient demandé à être investis. «Sur quoy, on résolut de bien aviser et penser à leur faire une réponse qui soit à l'honneur et utilité de la ville, et de laquelle ils ne soient point indignés. »

Bien que Berne eût, après la réduction d'Yverdon, renvoyé ses miliciens dans leurs foyers , la guerre ne pouvait pas être considérée comme terminée, et bien des questions demeuraient en suspens. Les soldats ducaux tenaient garnison à Chillon, l'évêché de Lausanne n'avait point été entamé. Le duc avait réclamé la protection de l'empereur son beau-frère, et ce dernier avait envoyé une dépulalion aux cantons suisses pour se plaindre des procédés de Berne et annoncer son intention d'interposer sa médiation afin de mettre un terme au différend qui divisait le duc et les Bernois.

1 On fit marché avec un maçon pour 60 florins pour abattre les murailles de Gaillard.

Berne s'arrêlerail-elle ou poursuivraii-elle son entreprise avec une vigueur nouvelle? Les hommes d'État bernois eussent peut-être hésité si la France eût persisté dans une altitude expectante. Mais il n'en fut rien. François I^'"" avait décidé d'allaquer la Savoie. Il élevait du chef de sa mère , Louise de Savoie , des prétentions sur une grande partie des domaines ducaux, et un ambassadeur, Puyet, fut envoyé à Turin, porteur de ses demandes. Comme on pouvait s'y attendre, la réponse fut négative.

Dès que le roi eut connaissance de ce refus, le 11 février, il donna l'ordre à Chabot, gouverneur de Bourgogne, qui commandait un corps d'armée cantonné dans Je Lyonnais et le Dauphiné d'envahir la Bresse et la Savoie. Les troupes françaises se mirent immédiatement en mouvement , et le pays surpris n'opposa pas la moindre résistance; loule la Savoie fut occupée sans coup férir, la place de Montmélian tint seule pendant quelques jours.

Ce succès facile détermina le roi de France à diriger ses coups sur le Piémont. Maître de ce pays, il pouvait en imposer à Charles V avec lequel il avait entamé des négociations pour la cession du Milanais ou si, ce qui était le plus probable, les négociations n'aboutissaient pas, il disposait d'une position militaire excellente pour disputer la Lombardie à son rival les armes à la main. Il fallait se hâter avant que l'empereur, qui tenait alors sa cour à Naples, fût prêt à assister son parent. Le 6 mars, l'armée française franchit le pas de Suse et pénétra dans les plaines du Piémont. Charles III n'avait point les qualités militaires qui ont distingué plusieurs princes de sa Tome II. 15

maison. Le 24, Turin, abandonnée par son souverain, ouvrit ses portes.

Cette rapide offensive des Français devait provoquer l'émulation des Bernois. Le 1 1 mars, le Conseil de Berne décida d'adresser un nouvel appel à ses milices, et Nâgueli, le libérateur de Genève, fut chargé de faire la conquête de Chillon. Les Genevois furent sollicités de coopérer à celle expédition.

«Le 16 mars, on reçut des lettres de xMM. de Berne par lesquelles ils nous prioient que nous préparassions nos nefs et galères pour nous trouver avec elles à Morges le 20 de ce mois au soir, pour aller attaquer le château de Chillon. On résolut de le faire, et pour ce sujet d'envoyer cette nuit deux guets autour du lac avec la mission de faire revenir les nefs et les batleliers de cette ville, et de leur ordonner d'être icy dans deux jours sans faute. On ordonna aussi d'envoyer les deux nefs armées, deux autres grandes nefs et les autres qu'on pourra, et on élut Fr. Chamois et Fr. Favre pour les conduire et avoir soin de l'artillerie. On arrêta aussi de faire 50 balles de laine ou de bourre pour porter sur les barques , et de faire cuire du pain , afin que tout soit prest pour partir le 18 au soir*. » Les deux chefs désignés reçurent au moment de partir vingt écus d'or et emmenèrent cent hommes auxquels ils promirent 4 sous par jour.

Le 27, Nâgueli arrivait devant Chillon, et la forteresse était investie par terre et par eau.

Le 28, le commandant Antoine de Beauforl demandait

* Reg. des Cons.

— — 'lf.36)

à capituler, puis, sans attendre la conclusion, prenait le large de nuit et débarquait en Chablais.

v< Le 29 mars, disent les Registres du Conseil, le châtelain de Nyon ayant moniré des lettres de MM. de Berne portant que la barque de Chillon s'est enfuye on ne sait où, et que l'on craint que l'on y ait mis nos pauvres frères prisonniers, on arrêta d'y envoyer des parens desdiis prisonniers afin qu'ils façent plus de diligence pour en avoir des nouvelles. »

« Sur le soir du l®*" avril arrivèrent nos bateaux et nos gens qui ont été avec l'armée de MM. de Berne devant le château de Chillon qui fut pris par force le 29 mars à midi, auquel furent trouvés messire Fr. Boni\ard S ainsi que J. d'Arlod, Tocker et Lambert, pris à Coppet l'année précédente. Ils revinrent joyeusement avec l'aide de Dieu, dont le peuple fut fort réjoui. »

Le jour même où la flottille genevoise rentrait dans le port, Nâgueli traversait les paroisses de la Vaux dépendant de l'évêché de Lausanne, recevait, chemin faisant, leur soumission et entrait à Lausanne désertée par son souverain. Dès le lendemain l'ours remplaçait sur le château les armes de l'évêque. Les députés des cantons accourus en hâte à Lausanne pour ménager un arrangement entre le duc et les Bernois renoncèrent à une mission que les

* « M. de St-Vicior, dit Froment, avoit esté prisonnier par l'espace de six ans, au proffont de la forteresse, sus la roche auprès de l'eaue, lequel avoit faict en soy esbatant et pieteyant, ung petit chemin qu'on appelle vionnet, engravé sus la roche, tant se pourmenoit-il, en composant beaucoup de menues pensées et ballades, tant en latin que en françois. >

procédés de ces derniers rendaient sans objet. Dès ce jour tout le pays roman était rangé sous l'obéissance de Berne.

M. de Vercy nous avait quittés le 28 mars. « On ordonna, disent les Registres, que pour les bons services qu'il nous a faits on payera ceux à qui il doit des deniers de la ville, et qu'on luy dira que si nous avions de l'argent comptant, nous luy en aurions baillé , mais qu'il voye s'il y a quelque maison ou fonds dans la ville qui luy agrée et que nous aviserons notre Grand Conseil de l'en gratifier , le prians qu'il nous ait toujours en recommandation. » Ce ne fut pas sans peine qu'on put allouer aux braves qui avaient assailli Chillon la solde qui leur avait été promise. « Le 29 mars, vendu en grande hâte à Etienne de Chapeaurouge 4 seplines de pré à Plainpalais et 4 seplines en la Cuisine des biens nationaux pour 150 écus dont 50 lui sont dus parce que nous n'avons pas d'argent pour nos créanciers et nos troupes au camp. »

Les armes françaises, de leur côté, parcouraient victorieusement le Piémont. Toutes les villes de ce pays tombaient les unes après les autres entre les mains des envahisseurs. Ces derniers atteignent à grand' peine l'ennemi qui se replie devant eux, sur les bords de la grande Doire, le 15 avril, le culbutent et ne s'arrêtent qu'à la frontière du Milanais et aux portes de Verceil. «Et ainsi, nous dit P'roment, le poure duc fusl plumé de tous coustés en ung mesme temps, et maintenant est presque sans plumes. »

Dans les nouveaux domaines que Berne venait d'ajouter à son territoire, la mission des prédicateurs suivit de près

les opérations militaires. Le 16 mars, des commissaires bernois étant arrivés à Yverdon, investis de pleins pouvoirs et accompagnés de deux minisires, proposèrent une conférence aux ecclésiastiques du lieu. Ces dorniers, ayant décliné la discussion, le culte réformé fut introduit immédiatement et l'exercice de l'ancien culte prohibé.

Le 4 avril, Viret fut autorisé à prêcher dans le couvent des Dominicains à Lausanne. Vers le même temps, un des amis de Farel, Fabri , se rend à Thonon d'où il écrit à Farel le 18 avril : « Les papistes ne pourront célébrer leur culte abominable qu'après que nous aurons prêché la Sainte Parole. » Le 2 mai, Farel lui-même prêchait dans le chef-lieu du Chahiais.

Le 13 mai, le (Conseil de Berne règle définitivement l'organisation des pays conquis en créant huit districts qui seront administrés par des baillis ; ce sont Yverdun, Moudon, Lausanne et la Vaux, Avenches, Vevey, le Chablais, Ternier et Gex.

Mars revenons à Genève". Après que tout sujet extérieur d'alarme eut disparu, on mit d'autant plus d'insistance à astreindre tous les citoyens à la profession du même culte.

«Le 26 février, Dom. Guill. Maniglier, emprisonné pour avoir sacrarnenté contre les défenses, a promis de se représenter et a juré de ne battiser, épouser, ni faire autre sacrement sans le commandement du Conseil. »

Il paraît que quelques citoyens se rendaient hors de la ville pour prendre part au culte catholique ; on ne crut pas devoir tolérer cette conduite.

(loac) — 230 —

«24 mars. Ordonné qu'afin de vivre dans une plus graode union, on feroit défense par les dizaines qu'aucun n'eût à aller ouïr la messe, ni faire sacrement papal hors de la ville, lequel on n'oseroil faire dedans, el que ceux qui le feront demeurent dehors et soient estimés ennemis de la ville. »

Le 31 mars, le procureur de Vandœuvres requit . au nom de tous ses paroissiens, qu'on leur accordât leur grosse cloche el une messe tous les dimanches, «et alors ils seront contens d'avoir toujours le sermon après la dite messe. »

Le 3 avril, cinq prêtres de la ville joints à un certain nombre d'ecclésiastiques des paroisses qui avaient récemment fait acte de soumission comparurent en Conseil. M. le syndic Savoye leur adressa la parole en ces termes : « Nous vous avons fait mander par résolution de notre Conseil afin de savoir de vous si vous voulés vivre selon In doctrine évangélique, comme aussi pour vous corriger de ce que contre les défenses qui vous ont été faites de notre part, vous avés dit messe et fait autres sacremens papaux, contre l'ordonnance de Dieu, ce qui nous déplaît. » Ils répondirent d'abord qu'ils voulaient vivre selon l'Evangile ; ensuite ils dirent par la bouche du chanoine Cl. Puthex (de Satigny] : « Messieurs, nous vous prions qu'il vous plaise nous laisser vivre comme nous avons accoutumé, et comme font nos voisins , et nous vous obéirons en toutes choses ; nos prédécesseurs ont été gens de bien, nous les voulons suivre; toutefois, quand nous verrons que nos voisins changeront de façon de vivre, nous ferons comme eux.» Le syndic Cl. Savoye lui

réponilit qu'il avait des livres par lesquels il séduisait le peuple. « Le chanoine répliqua qu'il avoit wmpostille (apostille) sur l'Évangile. Alors maître Guill. Farel luy dit que l'on se devoil tenir à l'Evangile plustôl qu'à la postille^ car ce mot veut à'wQpost illa; et il leur fil plusieurs belles remontrances. Ils répondirent par la bouche du prêtre de Malval que ce qu'avançoit Farel étoit vray, mais toutefois qu'ils supplioient qu'on les laissât encore pendant un mois pour pouvoir lire l'Evangile, atin qu'une autre fois ils pussent mieux répondre. Après les avoir ouy, nous leur donnâmes un mois entier, après lequel ils comparaîtroieni de nouveau devant nous pour nous savoir à dire si la doctrine évangélique prêchée en cette ville est la sainte doctrine de vérité ou s'ils en doutent. Mais eu allendantnous leur défendîmes, que jusqu'à ce qu'ils nous aient montré par les Saintes Ecritures qu'ils le doivent faire, ils ne se mêlent point de dire messe, balliser, confesser, exposer, ni administrer sacrement suivant l'ordonnance papale. On fit aussi commandement aux procureurs des susdites paroisses de dire à leurs paroissiens qu'ils allassent tous au sermon. * »

Le 4 avril, le châtelain de Thiez informe le Conseil que les habitants du dit lieu craignent de se présenter à l'église le jour de Pâques parce que des lettre» d'excommunication ont été lancées contre quelques-uns d'entre eux, et qu'ils désiraient être absous. Le Conseil qui a assumé avec une grande désinvolture les fonctions épiscopales fait savoir aux gens de Thiez qu'il les tieiit pour absous.

Cependant le Conseil de Berne n'avait pas appris sans un vif dépit que les Genevois avaient de leur propre mouvement installé des châtelains dans les mandements avoisinant leur ville, et le 9 avril six ambassadeurs vinrent au Conseil pour exprimer leur mécontentement de ce que les Genevois avaient pris une pareille mesure sans consulter leurs supérieurs. Ou leur répondit qu'on n'avait pas cru mal faire, et qu'une députation se rendrait prochainement à Berne pour présenter de plus amples explications.

Le 12 avril, Eslienne de Chapeaurouge , Cl. Bernard et Henri Goulaz furent élus pour aller à Berne ; ils avaient pour mandat d'engager les Bernois à renoncer aux prétentions qu'ils avaient énoncées récemment et qui n'étaient pas compatibles avec l'indépendance de la cité.

Le 5 mai , les députés revinrent; après qu'ils eurent exposé leur charge, M. l'avoyer leur avait dit: «Nous aurions pensé que vous auriés eu charge de répondre bien autrement ; puisqu'il eu est ainsi, nous enverrons nos ambassadeurs par delà pour dire notre volonté. »

La marche des écoles avait naturellement été compromise par les derniers troubles ; on songea à les réorganiser.

«Le 28 avril, maître Christofle Fabri, le prédicanl, fait une exhortation pour que l'on pour\oye à avoir un maître pour les escoles et que l'on ne laisse point perdre le temps aux enfans. Arrêté dédire à maître Christin s'il voudroit vivre selon Dieu, se marier et tenir l'escole. »

Les défenses de dire la messe n'avaient pas été ponctuellement observées.

— 233 — (1536) Le 10 mai, le Conseil décide que les prédicanis seronl entrelenus sur les biens des églises paroissiales tant de la ville que des mandemenis sujets.

«Le 12 mai, on parla des prêtres emprisonnés pour avoir dit la messe contre les défenses; on arrêta qu'ils seroieiil menés à Rive au sermon le dimanche suivMiii pour confesser leur faute devant tout le monde, et moyennant cela on le»ir pardonnera.» — « Le 16, quatre femmes emprisonnées pour avoir ouï messe contre les défenses, furent libérées et promirent d'aller au sermon. »

Le 13 mai, le Conseil des Deux Cents ordonna que les nouveaux sujets de la ville éliraient dans chaque chàtellenie un lieutenant du châtelain et des auditeurs pour ouïr les causes en justice et qu'on mènerait les procès en langue vulgaire.

Jusqu'ici, les Conseils n'avaient point réclamé la sanction populaire pour toutes les innovations qu'ils avaient opérées dans l'Église. Avant de procéder plus outre, les chefs du mouvpmenl résolurent de consulter les citoyens assemblés en Conseil général. Sans contredit, cette consultation était une pure forme, puisque depuis près d'une année on avait fermé la bouche aux adhérents du culte déchu.

Le 19 mai , le Conseil ordinaire entend les exhortalions de Farel et de deux autres prédicants qui exposent qu'il y a encore beaucoup de gens froids en la foy de Dieu, et qu'il est urgent de donner bon ordre aux écoles. A la suite de cette admonestation, le Conseil déclara aux Deux Cents qu'il est d'avis qu'on assemble le Conseil général pour demandera tous s'ils ne veulent pas vivre selon

h nouvelle réformation de la foi. Le Deux Cents adhéra à cette proposition, et le Conseil général fut assemblé le dimanche 21 mai. Là, Claude Savoye, premier syndic, demanda à haute voix s'il y avait quelqu'un « qui sçeut et voulût dire quelque chose contre la Parole et la doctrine qui nous est prêchée en cette ville, et si tous ne veulent pas vivre selon l'Evangile comme il nous est prêché tous les jours depuis l'abolition de la messe, images, idoles, et autres abusions papales quelles qu'elles soient. » Tous les assistants répondirent d'un commun accord afïirmalivemenl et par l'élévation des mains en l'air qu'ils entendaient, avec l'aide de Dieu, vivre suivant la loi évangélique.

Ce mciiie Conseil général fut appelé à statuer sur l'or-^ ganisaiion des écoles. «On résolut, quant aux écoles, unanimement qu'on tâcheroit d'avoir un homme savant pour cela , et qu'on le payeroit en sorte qu'il pourroil nourrir et enseigner les pauvres sans leur demander aucun salaire, que chacun seroil tenu d'envoyer ses enfants à l'école et les faire instruire, et que tous escoliers et pédagogues soient tenus de résider en la grande école. » En exécution de cet édit, Saunier fut nommé maître d'école, et on alloua à lui et à ses deux sous-maîtres cent écus d'or ; il ne devait rien exiger des pauvres, les autres écoliers durent payer trois sous pour trois mois.

Il est bon de noter qu'avant l'arrivée de Calvin le Conseil était entré bien à son insu dans une voie semée d'écueils en rendant à l'instigation des prédicateurs maintes ordonnances disciplinaires.

« Le 28 avril, maître Christofle dit qu'il y a à faire plu-

— 235 — (1536) sieurs noces et que plusieurs femmes de celte ville refusent de couvrir le chef des vierges, et que pour lui il n'est point dans l'intention de les marier, sinon ainsi que le porte la Sainte Ecriture. On avertira les parents de ne point les amener le chef découvert.» — «Le 23 mai, on parla d'une cause de mariage entre Curtilliet et la fille du barbier Truffet , et parce que c'étoit une chose difficile en laquelle il faut entendre les Écritures, on arrêta qu'on manderoit les prédicanls pour ouïr leur avis. » — « 2 juin. Ordonné à (lurtilliet d'épouser Marthe Truffet dimanche prochain en face de l'Église. » — « 13 juin. On parla des fêtes, et on arrêta qu'on ne solenniseroil aucune fête que les dimanches. » — « Le 16 juin, il est décidé que tous doivent aller au sermon le dimanche à |>eine de trois sous. » —«Le 17 juin, un homme et une femme ayant été surpris en adultère, on bannit la femme pour un an à peine de fouet, et on met l'homme au crolton pour trois jours. » Le 21 juillet, on décide d'interdire la vogue de Jussy.

On le voit, notre cité avait fait bien du chemin depuis le jour où le Conseil avait simplement ordonné que les prédicateurs prissent l'Écriture pour règle de leurs discours. Un Irait est bien frappant dans toute cette méta- . inorphose, c'est que l'État n'hésite pas à proclamer sa compétence pour régler seul les affaires de l'Église et se met sans aucun scrupule en lieu et place des autorités ecclésiastiques. Était-ce là le résultat d'un système, d'une théorie? Nullement: la nécessite avait conduit là Le clergé genevois avait vu l'édifice ecclésiastique crouler sur sa tête sans prendre aucune mesure pour conjurer

l'ontge ei sans sauver le moindre débris. A Genève, point deZwingli, point de Haller, point d'Œcolampade, aucun personnage initié aux choses concernant la direction d'une Eglise ; il y a table rase complète. Qui donc prendra soin des inlérêls religieux? Qui présidera à la reconslruclion d'inslilulions ecclésiastiques anciennes de plusieurs siècles bt intimement mêlées à tout l'ensemble de la vie sociale? L'Etal seul pouvait intervenir. Los magistrats genevois reçurent donc des circonstances une mission qu'ils n'avaient point cherchée et pour laquelle ils n'étaient nullement préparés. Mais en assumant en dehors de toute tradition cette tache délicate, ils étaient fort loin d'entrevoir les graves complications dans lesquelles ils seraient entraînés si l'Église dont ils jetaient les bases un peu à tâtons venait à avoir à sa tète un homme agissant en vertu d'un syfithne et décidé à imposer à l'Etat le cachet de ses conceptions. Mais n'anticipons pas.

Les hostilités qui venaient d'éclater entre l'empereur et le roi de France et les mouvements de troupes qui en furent la conséquence ne laissèrent pas de causer quelqueinquiélude et motivèrent quelques mesures de défense. «Le i6 mai, on demande aux propriétaires de la Corralerie de fournir une bonne somme pour la faire clore de murs onde vuider leurs maisons pour qu'elles soient démolies. » — « Le 21 juin, on proposa que pour fortifier la ville on fît une taille générale pour laquelle on exigeroit toutes les semaines trois sous des riches , six quarts des médiocres et deux quarts des moindres.» Fr. Chamois fut chargé d'élever un boulevard du côté de la porte de Rive qui était le plus faible de la ville, et reçut trois sous par jour pour diriger les travaux.

On trouva bon de se relâcher de la rigueur avec la- (fuelle avaient été traités les citoyens qui avaient abandonné la ville au moment du danger, et le Conseil entra en composition avec plusieurs d'entr'eux qui furent autorisés à fixer leur domicile dans la ville, mais demeurèrent déchus de leurs droits politiques. Quelques-uns furent taxés à 1000 écus, d'autres à 300, d'autres furent quilles pour 40, 30 et même 20 écus^

Les Genevois avaient envoyé à Berne coup sur coup plusieurs ambassadeurs pour négocier le renouvellement de la bourgeoisie auquel le Conseil de Berne menait des conditions inacceptables. Le 13 juillet, Etienne de Chapeaurouge, Michel Sept, G. de Lesclefs et J. Luilin partirenl avec la mission de tenter un suprême effort. Enfin, la ténacité des Genevois l'emporta sur celle des Bernois, ce qui n'est assurément pas peu dire. Le 7 août fut signé un accord définitif. Aux termes de celte convention , les Bernois renonçaient à leur prétention d'hériter des droits de l'évêque et du vidomne ; ils nous laissaient en possession des terres dépendant de l'évêque, du Chapitre et du prieuré de St-Viclor, mais ils s'ad-

* Si les citoyens qui avaient abandonné la ville par pusillanimité finireni par trouver grâce auprès des autorités, il n'en fut pas de même de ceux qui s'étaient associés aux ennemis de la ville. Nicod de Prato, un des chefs de la conspiration de juillet 1534, arrêté en Savoie par des soldats français et livré le 18 novembre 1536 aux syndics, périt sur le gibet le 15 décembre. Jaques Brouges, serrurier, convaincu d'avoir voulu ouvrir, le 31 juillet, la porte de Rive avec des fausses clefs, subit le même sort le 31 janvier 1537. Bien plus, en 1544, on exécuta Fr. Dupra accusé d'avoir pris part au coup de main de 1534.

jugeaient la seigneurie de Gaillard, les terres relevant du

monastère de Bellerive et la Bastie de Cholex (château

de Roillebot). Les Genevois s'engageaient aussi à liquider

définitivement leur dette en payant 10,000 écus avant

Noël.

Cet accord conclu, la combourgeoisie fut confirmée pour vingt-cinq ans (à partir de l'alliance de 1526); les serments devaient être échangés tous les cinq ans. La conformité de croyance était alléguée dans l'acte comme un des motifs du traité : « Puis qu'il a pieu à Dieu éternel et tout-puissant par sa grâce ordonner et disposer que BOUS susdits de Genève nous sommes faits conformes à nos combourgeois de Berne en la foy. » La nouvelle de ce double traité fut fort bien accueillie à Genève. « Le 8 août, disent les Registres, F. Favre apporta des bonnes nouvelles que nous demeurons princes en notre ville. ^ — Le 1 1 août, les ambassadeurs arrivèrent porteurs du traité tant désiré; ils avaient eu soin de donner 25 écus au secrétaire, 10 écus à l'avoyer, 5 écus à chaque banderet, et 2 écus au clerc du secrétaire, sans parler d'un grand gobelet tiré de la cathédrale de St-Pierre dont avait été gratifié le capitaine Nagueli ^ L'accord fut ratifié par les Deux Cents le 13 août, et le 27 par le Conseil général en présence d'une ambassade bernoise présidée par Fr. Nagueli 2. Quelques jours plus tard, plusieurs conseillers

* On lit dans les Registres du 23 mai : ^< En considération des services que nous a rendus jusqu'ici Will. May de Berne, on lui donne une robe, afin qu'il soit toujours prompt à nous obliger. »

^ « Les commissaires du Conseil, dit Gautier, 'c'étaient Ci. Savoye, Et. de Chapeaurouge et Fr, Favre) allèrent avec les

— 239 — (1536) joints à des ambassadeurs bernois fixèrent les limites du territoire laissé à la république et de celui que les Bernois s'étaient approprié *.

Le 30 août, toutes ces opérations étaient terminées, et les ambassadeurs bernois prenaient congé de nous après avoir reçu chacun douze aunes de velours.

Cependant les résultats que venaient de conquérir d(> concert la vaillance disciplinée des Bernois et la sagesse éprouvée dos Genevois auraient pu être compromis si Charles V eût mené à bonne fin l'entreprise qu'il dirigeait alors contre François I". Àprès avoir longtemps leurré le roi, son rival, de l'espoir de voir son second fils investi du duché de Milan, l'empereur non-seulement avait fini par faire une déclaration négative, mais encore avait tenu à Rome, le 6 avril , en présence du pape Paul lïl

députés de Berne marquer les limites du côté du pays de Gex. Ils en plantèrent onze depuis le Rhône entre les villages de Châtelaine et d'Aire, jusqu'au-dessous de celui de Pregny lesquelles renfermoient dans leur enceinte les villages de Saconnei, Châtelaine avec toute la plaine de ce nom, le prieuré de St-Jean, Sécheron et divers hameaux épars entre deux. Deux jours après, les députés avec ces mêmes commissaires marquèrent les limites du côté de la Seigneurie de Gaillard ; ils en établirent dix dont la première fut placée au-dessous du village de Cologni dans le grand chemin qui va de Genève à Thonon, auprès d'un ruisseau qui coule de ce village et les autres ensuite jusqu'au pont qui est sur la petite rivière de la Seime qui passe par Chêne, de sorte que dans cette enceinte se trouvèrent les villages de Cologny, Frontenex, partie de Chêne et divers autres lieux dépendant de ceux-ci. »

* La convention réglant les points en litige et l'acte confirmatif de la combourgeoisie ont été insérés dans les Preuves de Spon (p. 183).

et des cardinaux, un discours menaçant et sommé François P"" de retirer ses troupes en deçà des Alpes. Toutes les dispositions étaient prises pour appuyer par les armes l'argumentation impériale. Le 8 mai, Antoine de Leyve, gouverneur du Milanais, passe la Sésia; le 4 juin, les impériaux s'emparent de Fossano. Charles V vient bientôt en personne se mettre à la lêle de son armée et. laissant derrière lui Turin occupé par une gainison française, il franchit le Var, le 25 juillet, et entre en Provence. Mais cette province a été dévastée par les ordres du roi, et l'armée impériale ne la parcourt que pour s'y voir décimée par la famine et la maladie. Le 24 septembre, l'empereur découragé repassa le Var avec les débris de ses légions. Les Genevois reçurent avec une satisfaction marquée la nouvelle d'un désastre qui enlevait au duc de Savoie toute chance de sortir de l'état d'impuissance auquel l'avaient réduit les derniers événements.

De nombreuses bandes de Suisses avaient passé par Genève daiis le courant de l'été, se rendant au camp retranché que le roi avait établi près d'Avignon.

Tout étant pacifié au près et au loin, le premier soin des magistrats dut être de remplir leurs engagements pécuniaires vis-à-vis des Bernois. Le H août déjà, le Conseil des Deux Cents avait chargé le Conseil ordinaire et celui des Soixante de chercher quelque bon moyen de se procurer 10,000 écus. Le 16, on proposa que sept des plus riches répondissent de ce qu'on emprunterait, moyennant quoi on leur accorderait les biens de la ville. « Le 23, on arrêta qu'on donneroil le six pour cent à ceux qui voudroient prêter, et qu'on demanderoit à tout le monde

par Ips dizninpss'il vouloit prêter » Cel appe! au concours voloiiiaire n'ayant pas produil un résultat suffisant , le D«'ux ( eiils (li'cida, le 5 octobre, qu'on contraindrait les récalciirants îi prêter et qu'ils seraient taxés par une commission. I.e '2(5, le même Conseil ordonne que les cito\ens payent ce à (|iioi ils ont été taxés, autrement ils seront chasses de la ville. L(; 13 novembre, on décide de fei mer les bouii(|ues de ceux qui refusent de prêter à la ville. Le 21 décembre, en Deux Cents on exposa qu'il manquait encore beaucoup d'a||gent pour parfaire la somme due à Berne, et on lut le rôle de ceux qui n'avaient rien déboursé ; s'ils ne s'exécutent pas, on les bannira. Tant d'f'fforis ne furent pas inutiles, et leSjanxier 1537, S»'pl, Luilin et Favre rapportaient de Berne une quittance signée pour 8000 écus.

IS'ous touchons maintenant au terme de noire tâche. La convention conclue avec Berne, en août 1536, dot ou du moins suspend quelque teinps pour Genève l'ère de la lutte el l'âge de l'héroïsme polilique. Ses citoyens, bien qu'obligés à se mettre souvent en garde contre la convoitise de leurs voisins, ne voient plus leur souveraineté el leur indépendance mises en question d'une manière continue. Depuis que des baillis bernois résident à Gex, à Tlionon, à Ternier, les Genevois n'ont plus à se mettre trop en souci du duc de Savoie qui, d'ailleurs, ne recouvrera lui-même qu'en 1559 parla paix de Cateau-Cambrésis sa capitale et la plus grande partie de ses Étals.

C'est alors qu'une carrière entièrement nouvelle s'ouvre pour notre cité sous les auspices dé Calvin. Des luttes passionnées au dedans amenées par le conflit entre l'Etal Tome II. 16

ancion ox l'Église lYoïivellb et une propagande incpssanle au dehors remphicenl dans les préOGCupai'ons des citoyens le soin de défendre l'indépendance n.itionale. Nous n'a^ vpns point l'inleniion de nous engager dans celle période» qui n'a point encore été éindiée d'une manière approfondie, qui a provoqué des appréciations bien divergentes et ne Irouvera pas probablement de sitôt un historien imparlial.

Mais avant de prendre congé de nos lecteurs , nous tenons à relater quelques faits qui ci^mplètent notre exposition.

D'assez nombreuses infraciions aux édils qui avaient proscrit l'exercice de l'ancien culte continuèrent à être signalées au Conseil.

« 17 juin 1536. Girardin de la Rive, ayant fait batliser son enfant à Ternier par un prêtre, il fut condamné à cause de l'olîense qu'il a faite contre Dieu et les cries, à être batini au lieu ou il veut faire ces choses. ^ »

«, 13 juillet. Jaques Dobons, prêtre, qui avoit cy devant prêté serment de ne plus se mêler de cette faction hérétique de la messe [illam hœrelicam factionem missalem], confessa que depuis ce temps-là il avoit célébré plusieurs messes en la terre de Gex pour y gagner sa vie. Cl. Bernard fit partie contre luy comme contr'un parjure ; on le mil en prison. »

1 Girardin De la Rive adhe'ra plus tard à la Réforme; car nous le voyons à diverses reprises investi de hautes fonctions publiques.

«Lo 21 juillet, sur l'exliortalion de FarpI , on résolut d'ap^jeler Jeuti Balard *, J .-!.. Ramer et d'autres qui refusent de venir ouïr la Parole de Dieu el de leur ordonner de l'aller ouïr ou de dire poiuMjuov ils le refusent. »

«Le 24 juillet, on demanda à Balard pourquoy il refusoil d'ouïr la Parole de Dieu. Il répondit qu'il croyoit en Dieu qui l'enseij^noit par son Esprit, et qu'il ne pouvoit pas croire à nos prf^dicans. Il ajouta que nous ne pouvions pas contrainiJre les ciloyens à aller au prêche contre leur conscience, puisque nous-mêmes avions dit au commencement de ces affaires que personne ne pouvoit dominer sur nos consciences. On luy d'il que d^ns troÎH jours il eiH à obéir aux cries, ou à dire une juste cause pourquoy il ne le faisoilpos. Il répondit : «Je veulx vivre selon l'Évangille, el n'en veulx pas user selon l'inlerprélalion d'aucuns parliculiers, mais seloii' l'interprétation du Sainct Esprit par la Sairtcte Église Universelle e\\ qui je^ croys.» On luy dit de répondre s'il ne vouloit pas aller' au sermon ; il iépondil « que sa conscience ne le portepas à y all^'r. et qu'il ne veut rien faire contre ieelle, car il-est enseigné de plus haut que par de >els prêcheurs. » Sur quoy, on prononça. que s'il n'obeissoit pas aux cries el s'il n'alloil pas au prêche avec sa famille, il eût à sortir de la ville dans dix jours. ^ »

* Le 10 janvier, en Conseil ordinaire, J. Balard avait dtt'^. « Si la messe ne vaull rren, la mort et passion de Jésus-Chrisl' ne vault rien.» Aussi le 10 ft^vrier, lors de la nomination du' Conseil, plusieurs avaient dit que Balard ne devait pf^s être élu « que premièrement il ne soit purFl'flé de ce qu'il ha did la passion de Jésus-Christ. »

« Le io août, on arrêia qu'on enverroil quérir J. Balard, ei s'il refiisoil d'aller ouïr le prCche qu'on l'emprisonneroil, et qu'un le mèneroil tous h^s jours au prêche. On arreia aussi qu'on feroil la même chose à l'égard de tous les autres. »

« Le 4 seplembre, on proposa au Conseil des Deux Cents que, quoiqu'on eût prouiis en Conseil général de vivre selon l'Évangile, il y en avoil plusieurs comme Cl. Richaniei, P. LuHin, J. ïialard et plusieurs autres qui ne vouloienl point aller ouïr ie prêche. A quoy, Cl. Ricliardcl répondit en furie [furibundè] « que personne ne domineroil sur sa conscience, et qu'il n'iroil pas au sermon (]uoi <]up puisse dire un syndic Porral.^ » — «On appella J. Philippe. J. Malbuissou et Bon. Olîischer, et on leur demaiid;i s'ils ne vouloient pas suivre les prêches de la Parole de Dieu ; ils répondirent qu'ils ne vouloienl pas être contraints, mais vivre en leur liberté; et si on le leur permetloil, ils feioienl en sorte que nous serions contens. »

De semblables vexations n'eussenl-elles pas dû être épargnées à l'excellent Balard qui avait été plusieurs fuis

* Ceci est la traduction exacte de la réponse de Richardet qui a été étriingement dénaturée dans l'extrait des Registres reproduit dans les Fragments de Grenus. Voici ce dernier texte : « Quelques-uns des principaux citoyens et un grand nombres d'autres, ne pouvant point endurer les ministres qui les reprennent de leurs vices, protestent devant le Conseil de vouloir vivre en liberté. >•> Les véritables Registres sont complètement muets sur ces vices. Et pourtant c'est ce texte altéré qui est très-souvent invoqué comme un argument péremptoire pour démontrer la profonde corruption qui aurait régné à Genève au moment où Calvin vint au milieu de nous.

syndic, avnit figuré sur la lisie dos Genevois proscrils par l't'nêijiie en I5U, el avait conimandé en 15:^5 une des compagnit^s cliar^ées de la défense de la ville? ' » C'esl vers ce lenips (jue les Registres font pour la pre-

* La ff^sisf^jnce Je B;ilard se prolongea longtemps encore sans attirer sur lui les rigueurs que semblaient annoncer les décisions du Conseil que nous avons ru[)poilées. Il fut rnéme nommé membre du Petit Conseil en 1539. Mais vers la fia de l'année, les Conseils s'étant mis à rechercher de nouveau les partisans secrets du catholicisme, le 22 décembre, Balard ni indé pardevan' le Petit Conseil et sommé de déclarer s'il estimait que la messe lût bonne ou mnuvaise, répondit: « !\lagnifi(iues Seigneurs, si moy Jean Balard savoye cert.iiiiement que la messe lusse bonne ou mau vayse, je le diroye inconlinant. ef pour ce que je ne le say pas certaynement, je ne dois pas juger témérayreinent, ny aussi ne me le debriés pas conseiller. Pourquoy je m'arrête du tout à croyre tous les articles de no&lre foy ainsi que toute la cité croyt, el veulx que mon corps soit uni avec le r-orps de la cité ainsi que uiig loyal citoyen doitestre. Si la messe est. bonne ou mau vayse, je respons que je croys au Sainct Ksprit, la Saincte Église universelle et ainsi que iceuU la croient et je la croys, » Cette réponse parut avec raison fort ambiguë au Conseil qui résolut ^< qu'on fasse répondre le dit Balard si la messe est bonne ou meschante affirmativement et négativement. Lequel est rentré dedans et a esté interrogé comme ci dessus et a dit qu'il veult vivre selon 'l'Évangile croyant au Sainct E>prit et à la Saincte Église uni' ver^elle et qu'il ne peut respondre à ce qu'ii ne sçait pas. » Là-dessus le Conseil prend l'arrêté suivant : ^< Arrêté que Jean Balard lioive vyder la ville dans 10 jours, el que l'on fasse ainsy à tous cieulx qui vouldront maintenir la messe bonne. > Cet arrêté, après avoir été sanctionné, le î'i, par le Ct)nseil des Deux Cents, fut communiqué à Balard qui reparut devant le Conseil ordinaire le 24 décembre. « Le sieur Jean Balard a proposé comment il luy fust faict connu indement hyer par le saultier de vuyder lu ville et sa famille dans 10 jours, duquel

,fl[)ière fols meniion de Jean Calvin qui était arrivé à •Geuè-ve irès-réoenim^'nt^

«Le 5 septembre 15'i6, maître Giiill. Farel exposa que cette lecture laquelle ce françois (is^e gallm) avoil com-

fust fort eabiihi, vû que à son semblant il avoyt respondu suffisamment. Toulesfoys, puisque le volloyr du Pelil et (irand Conseil est qu'il dyse que la messe soit mauvaise, il di&t la messe estre mauvayse et luy plus maiivays de juger témérairement de ce qu'il ne sçait, et crie à Dieu mercy et regnytf Satlian et toutes si^s œuvres. Kt l'on l'az faict rentrer dedans et luy ont esté faites plusieurs remon^trances auxquelles il a respondu de recliief qu'il ne peult pas juger de ce qu'il ne peult entendre ny eongnoistre, et puis qu'il plaist à Messieurs qu'il dye que la messe soyt mauvayse, il dit qu'elle est ntauvayse, et dist que l'on ne peut juger du cuœur d(^s hommes, et que l'Évangile di&t que tout ce que seraz de Dieu demorera et re que ser^ contre Dieu périra. Puis après a confessé la messe esire mauvayse. » Le 26, Balard reproduit sa déclaration devant les Deux Cents. - Cela ayant été ouï, disent les Registres, a été révoqué l'arresl fayct conire luy le tenant pour homme de bien et luy a esté commandé de retourner en sa place. »

Balard mourut au mois de février 155r\ jouissant de l'estime de ses concitoyens qui venaient de le nommer membre du Conseil des Soixante. On aime à contempler dans cet âge batailleur la physionomie pacifique de ce vieux syndic qui, entré dans la magistrature lors des débals des Mammelus et des Eidguenots, mort au plus fort de la crise des Libertins, inscrivait à la marge de son journal ces belles paroles : «Notez qu'il n'y a chose plus contrayre à Genève que division, ne chose plus prospère que union, car union donne consolation.»

* Jusqu'ici on avait placé avec Bèze la première arrivée de Calvin à Genève au mois d'août. M. Rillie a établi, d'après une lettre récemment retrouvée, que 1 entrevue de Calvin avec Farel eut lieu dans les premiers jours de juillet, mais qu'à la suite de cet entrelieu Calvin se rendit à Bàle et ne se fixa défiuilivemenl dans nos murs qu'en août.

mencée n Sl-Pierre éloil nécessaire ; c'est ponrf|noy il supplioil qu'on nvisàl de le relenir ei qtj'on'pourxùl à son enlrelicn. Sur quoy on ordonna qu'on y pour\oiroii. * »

On voil que le Conseil ne coîinaissHil pns encore Calvin sous une aulre désignaiion que c« /"r^/nç^j.s. Farel, par contre, était alors à i'apo«(ée de son cré(!il.

«Rsep^embre. Maître Guilinunie Farel entra et fil une remontrance et donna tin avertissement par écrit. Sur quoy on arrêta que puisque les écrits dudil Guillaume sont si dicim, on r<*roit le prêche à six heures ilu malin en l'église de Sl-Germain où les conseillers seroienl oblij^és de venir pour pouvoir entrer à sept heures en Conseil. »

«Le 14 septembre, ord mné de donner à maître Guill. Far*^l un loniu-au de vin blanc de Paradis. »

•Le Conseil de Berne de son côié, voulant régler l'état ecclésiastique des pays dont il avait pris en main l'adminislralion, avait c onvoqué à Lausanne un colloque solennel pour le 1'-'' octobre L'536. L'ordonnance de convocation conlenant les dix ihèst-s sur lesfjuelles de\ait rouler la dispute avait été rendue le 16 juillet. En vain le Conseil de Lausanne, peu porté aux i novalions, a l-il envoyé à Berne une ambassade pour prier le gouvernement bernois de renoncera son projet et d'ajourner tout chingemeui dans l'Église jusipi'au prochain concile; en vain, l'empereur a-t-il appuyé celte refiuêie par un

' Calvin est mentionné pour la seconde fois dans les Registres à la date du 1 :i février 1537 : «On dit que Calvin n avoit encore guère rereu , et on arrêta qu'on luy bailleroit viugtsix écus soleil. »

message pressant, écril le o juillei an camp de Savigliano; les (Jépulés sont revenns, le 27 juillet, sans avoir rien pu obtenir.

Le 2 oclubre, une aîïluence empressée se portait sons les voùles de la vaste cathédrale de Lausanne Quatre commissaires de R irne sont présenîs. D;iux Bernois et deux Lausannois doivent diriger les débals; quatre notaires se disposent à les coucher par écrit. -De Genève sont venus Fa.i^ei, Virel, Calvin, amenant avec eux leur ancien anlagonisle Caroli qui a maintenant passé dans le camp de la Réforme.

M. de Watteville, le premier commissaire bernois , expose le but de la réunion, et c'est Farel qui a lu et développé la première thèse. Puis, loi'sijue la parole a été donnée aux contradicteurs, les membres du Chapitre ont prolesié conlre la discussion présente en décl.irant que l'asseuïblée acinelle est dépourvue dt? tout mandai régulier, et que T Église universelle est seule coinpétrnte pour statuer sur des questions de ^oclnne. Cette protestation fut reriouvelée à chaque séance. Malgré le refijs des chan(>ines de prendre part 5 la discussion, la dispute fut plus sérieuse et plu^ nourrie que celle qui avait eu lieu à Genève. Elle dura sept journées entières, et |)lusieurs champions, tant ecclésiasii(|ues que ini(|:ies, se présentèrent pour défendre la cause de 1 Église catholique. *

1 Le Conseil de Genève avait suivi avec intérêt les déb'its qui avaient lieu dans son voisinage, et avait en l'allenlion de réfonforler les défenseurs de la l)onne cause. '< Ordonné, disent le» Registres (le 6 octobre', d'envoyer aux amliassadeurs de Berne qui sont i Lausanne de:ni-d.Mizaine de cliapons, trois douzaines de grives ol deux boîtes de dragée. >

Calvin si 'gea au Ci)lloqiie (Je Lausanne, mais ne prit la parole qu'une seule fois.

Le 8 oiiubre, la discussion fut d-^clarée close, et Farel, chargé de [trononcer l'exhorlMiion finale , dit en se leurnanl vers les commissaires de Berne: « El vous, Messeigneurs, aux(jijels Dieu a faii laiil de grâces, il faut que vous confessiez que Dieu vous a pleinemenl conduits en la conquête (le ce pays. El puis(|u'il vous a mis ce peuple comme l'enfant sous sou père, tàcliezqne Dieu soit purement servi de vous es terres qu'il vous a commises. Que Jésus ne soit pas de moindre estime à vos yeux que ne seroit le plus pauvre homme sur la terre. Car je suis bien assuré que si le plus pauvre homme du monde déclaroil sa cause devant vous, montrant le tort que lui fait sa partie, comme ici au nom de Jésus a été fait par la Saiîite Ecriture, et qui' la pariie ne savoit dire autre chose que ce que les prêtres o.it dit, sans délai vous jugeriez pour le pauvre liomm*^' contre son adverse pariie. Je vous supplie donc qiie ne souiTriez si grosse injure être faite au grarid roi et Seigneur Jésus par les tenant les ordonnances papales. »

L*^s dispositions de Berne s'accordaient trop bien avec les vues de Farel pour que les conseils de celui-ci ne fussent pas promptemenl suivis. Dès l* 19 octobre, ra\oyer et les Conseils de Berne font savoir à Ions leurs officiers dans les pays récemment C')n(|iiis, que la dispute publique dernièrement tenue à Lausanne a [nanifestemenl établi les erreurs et les abus ayant eu cours jusqu'ici, d'où résulte pour eux l'obligation de rétablir le culte dans sa pureté à l'exemple du saint roi Ezéchias. «Vous

mandons donc et commandons que de noire pnl-l fassiez exprès commandement à tous gens d'Église de soy inconiinenl dépourler de loules cérémonies, sacrifices, ' offices, insiihJtions el traditions papisiiques, cl de lolaleinenl cesser d'ycelles, s'ils veulent éviter noire maie grnce elgriebve punition. Aussy vous recommandons expressément sans dilalion abaiire loules images el idoles, el aussi les dulels qui se trouvent dans les églises et monastères, touleiïois par bon ordre sans liimulle. El nous commandons à nos subjecls d'obéir à icelluy maiidempnl sans exceptions, coniradiclions. opposilions, ne allégalions quelconques, soubz peine de notre indignation, car ains} nous le voulons. »

Après que les baillis eurent fait des tournées dans leurs dislricL> r vspeclifs pour melire à ex/'ciilion celle première ordunnanoe, le Conseil de Berne publia le 24 décembre ï édit de Réforma tinn desliné à fixer les bases essenlielles du régime ecclésiastique qu'il ociroyail à ses nouveaux sujets. Des commissaires parcoururent d'un bout à l'autre les divers bailliages pour veillera Texéculion de l'édit et prononcer sur la destination des biens ecclésiastiques.

Enfin le 13 mai 1537, un synode fut convoqué à Lausanne sous la présidence de deux commissaires bernois pour fixer d'une manière définitive el détaillée l'organisation de l'Église. Le projet, qui avait élé rédigé par le minisire bernois Mégander el qui divisait tout le pays conquis par Berne en sept classps ou circouscriplions ecclésiastiques, fut adoj)lé sans modifications.

C'est ainsi qu'en fort peu de temps tout le pays soumis à l'aulorilé exclusive de Berne accepta, sans répugnance

bien marqi»pe, comme aussi sans empressement, les formes rJd nouveau cuhe.

Mais dans les bailli'iges adminisirés en commun par Berne el Fribourj/, où les choses furenl laissées lotiglemps à'Ieur cours nalurel. les deux culles coexisièreni près de vinj<liins l'un àcôlé de l'aiilre ol dans les mêim*-s l-emples.

Ce fui seulement le 19 juillet 1554 (lue les habitants d'Oibe furent convoqués, en présence de commissaires de Berne et de Fribourg. pour déclarer par leur \ole s'ils voulaient mainlerjir l'ancienne Eglise ou professer le culte nouveau.

«Lesdils seigneurs de Berne el de Fribourg, *jit Pierrefleur, firent comniaudement que ceux de la messe se deussenl mettre d'un costéel ceux du sermon de l'autre. Kt puis furenl tous nommez les uns après lesaulres, sur lequel nombre se trouva plus au nombre des Luthériens que delà part de la messe, assavoir 18 personnes. Estre cela fait, chascun s'en alla disner, leffuel disné pour les uns fusl fort triste, el diso\nl les bons clirestiens icelny estre nommé

jour de désolation Et fust le tout en telle sorte, jusques à trois heures après midy que l'on voulusl sonner vêpres à cause de la solennité du patron ; lors lesdits seigneurs acnbassadeurs de l'erne allèrent vers les sonneurs el leiir firent deiïence de non plus sonner et aux prestres fusl deiïendu déchanter. Puis, l'odicier qui fait les cries par la ville, au pourchaz desdiis seigneurs ambassadeurs de Berne, fist crie publique par la ville, faisant inhibition el deffence , au nom des seigneurs de Berne, de non plus chanter messe ni vespres en la \ille d'Orbe; et esioynl présens les ambassadeurs de Fribourg

sans faire aucune opposition aiixdiles cries. Lnquelle deffeiice ainsi faile lombasi en un regret i'utlcible aux chrestiens lenans l'ancien style et mode de vivre. Le dernier jour dudit mois, qui esloil feste Sl-Germain, patron de la ville d'Orbe , estoil iceluy jour piiié d'aller par la ville; l'on n'oyoit sinon pleurer el lamenter cri;ins hélas! Tant de lamentation que c'est chose incrédible et crois que si laditte ville eusl esté prise d'assaut et pillée, qu'elle n'eusse sçi'U tomber en plus grande désolation i.» Le 25 novembre, la même épreuve fut faite à Gryndson, avec le même résultat. Mais la paroisse de Bonvillars ne se prononça pour la Réforme (ju'en 1564, celle de Goumoënsen'1575 seulement. Dans le plus grand nombre des paroisses du bailliage d'Eehallens la majorité se déclara pour le maintien du culte catholique.

A Genève, Farel continua encore quelque temps à avoir la haute main; c'est lui qui preiid l'iMitialive des mesures destinées à régler l'organisation intérieure de l'Église.

« Le 10 novembre 1536, en Conseil des Deux Cents, maître Guill. Farel proposa des articles du gouvernement de l'Eglise qui furent lus, et là-dessus on arrêta qu'ils seroient tous observés, qu'on abattroil les images en quelqu'endroit qu'on les trouvât, el (ju'on pourvoiroit des prédicateurs. »

Par ces articles du q>mvprnpment de l'Eglise, il faut entendre la confession dont l'année suivante le Conseil, à

* Mém. de Pierrefleur , p. 298.

l'insli^'alion des prédicateurs, vouliil imposer la signature à tous les ciloyeiis. Le professeur Schiiiidl de Sira>bourg, auteur d'une vie de Farel, eslirne que Calvin rj'eul pas I de part direcle à la rédaction de celle confession (|ui ne I contient aucune des thèses favorites de l'illustre théologien

j (.'est encore Farel que nous voyons se metire en avant le 1(3 j:in\ier 1537, lors(ju'il s'agit de poser les bases régulières d'une discipline ecclésiastique.

« On lui des ju licles donnés p.ir uiaîire Guillaume Farel et les aulres prédicans. On arrêta de proposer en Deux Cenis l'avis du Petit Conseil qui est que la Cène se fasse quatre fois l'an ; que le bapléme se fasse tous li's jours en l'assemblée des fidèles: que les mariages se doivent annoncer trois dimanches et célébrer tous les jours en l'as-

I semblée; qu'il y ait un homme de bien auquel on s'adresse pour connoître ceux qui se voudront marier el signer leurs aiUKjuces. On arrêta que le Conseil ordinaire

î connoîiroit des causes matrimoniales sans appellation, après en avoir conféré avec les prêcheurs el ministres pour se conduire selon la Parole de Dieu. On arrêta que le dimanche pendant les sermons on ne permettroit pas qu'il y eût aucune boutique ouverte, quelle qu'elle soit, même des bouchers, tripières el revendeuses, mais que

* Voir dnns Gaberel, P. just.,p. 120, le texte de cette confession, qui est peut-être le moins dogmatique de tous les symboles qu'enfanta la Réforme. M. Bungener s'exprime de manière à ne rien trancher au sujet du vrai rédacteur de cette confession. «Calvin, dit-il, moins de trois mois après son arrivée à Genève, obtint ou fit obtenir à Farel un grand et encourageant succès. »

chacun fermeroit sa bouliqiie aussitôt qu'on sonneroit le dernier coup de la grosse cloche »

Or, cette première ébauche d'organisation ecclésiastique qui laisse au magisirai civil une très-large pari d'aliribulioiis paraît emptunlée aux inslitulions déjà en vigueur dans les autres républiques suisses, et se distingue sous plusieurs rapports du régime ecclésiastique auquel Calvin a attaché son nom. Lorsque ce dernier fui en m^^sure de donner suite à ses propres idées, il chargea du soin de maintenir l'ordre moral, non pas le magistrat ordinaire, mais un corps spécial composé d'ecclésiasliqiues et de laï(|ues, le Consistoire.

Depuis que Farel eut présenté les articles concernant le gouvernement de l'Église, nous trouvons les noms de Calvin et de Farel associés toutes les fois que les ministres adressent des représentations au Conseil. Nous serions portés à croire, sans pouvoir l'afîirmer, que ce fui Calvin qui eut l'idée de lier chaque citoyen en l'astreignant à signer la confession de foi. Partout ailleurs, on s'était contenté d'une confession générale et collective; C'est à Genève, si nous ne nous trompons, que pour la première fois on a exige que chaque citoyen donnât persouriellenient son adhésion au Credo de l'Eglise, et celte innovation provoqua des réclamations énergiques.

Du reste, Calvin a pris soin de décliner lui-même la responsabilité des mesures qui ont accompagné la première organisation de l'Église genevoise.

* Nous avons constaté une analogie assez frappante entre ces premiers linéaments de l'organisation ecclésiastique de GtJnève et l'ordonnance ecclésiastique promulguée à Bâle dès 1529.

En mars 1555, Calvin écrivait aux seigneurs de Berne : «»Oii vous a mal informi s de dire qtie par curiosilé ou aiiJireinenfc, j'aye inlro<luil quelque façon nouvelle. Mon inèie maislre Guill. Farel esl icy présent , lequel vous« pourra, affirmer que devant que j'enirasse à Genesve,. ru^jaige- de la Cène, du mariage 'H des festes esioil lel qu'il est anjourd'Iiiiy sans que j'y aie rien changé ; tellement qu'on ne m'en peut rien attribuer comme propre à moy. La forme du mariage est toujours demeurée en son premier eslai, et je suis ce que j'av trouvé, comme celluy qui ne prend plaisir à rien innover.^ »

Il esl vrai que Calvin commet ici une légère inexactitude ; il était fixé à Genève depuis six mois lorsque les article> réglant le mariage el la Cène furent admis ^janvier lo36;.

Il faut observer aussi que toutes les fois que les Registres font menlion d'invectives lancées conire les prédicanls, c'est Farel qui esl en cause et non Calvin^.

Ce n'est g'.ière qu'en 1541, à la suite du rappel de Calvin et lorsque Farel se fut consacré à la direction de l'Eglise de Neuchàtel, que commence le règne de Calvin à Genève, règne orageux s'il en fu! . el qui esl peut-être l'événement le plus étonna::! de ce seizième siècle si riche en grandes apparitions. Pourquoi les choses prirent-elles chez nous une tournure si tragique? Nous avons déjà hasardé à cet égard quelques indications, et nous avons

* Lettres françaises de Calvin, publ. par J. Bonnet, II, p. 30.

* Notons aussi que Farel fut reçu bourgeois dès le 9 janvier I.'):37, tandis que Calvin ne fut admis à la bourgeoisie qu'en 1559.

renconiré dans un hisiorien frnnçais quelques lif^nes qui nous semblent loucher au vif de la quesliou. « Calvin, dit Mignet, qui se trouvait proscrii et placé dans une \ille en possession récenle dosa souveraineté, n'eut aucun ménagement pour l'aulorité civile, et parvint à la dompter parce (|u'il la Irouva plus faible (pie lui. Ayant l'exil pour point de départ, il eul ()Our but la soumission du [)ouvi)ir politique. Il subordonna TÉlal à l'Église, la société civile à la société religieuse, et prépara dans GeFiève une croyance et un gouvernement à Ions ceux qui en Europe rejetieraient la croyance et s'insurgeraient contre le gouvernement de leur pays V »

Bien que le traiié de eùl déli\ré les Genevois de leur principal sujet d'iii(|niélude , et créé pour eux un état de sécurilé relalixe, ils ne laissèrent pas de tourner de plus en plus leurs regards vers la Suisse et de chercher à se rallacher d'une manière éiroile à l'ensemble des cantons. On peut même affîrmer que les procèdes de leurs protecteurs dexeiius leurs voisins immédiats ne contribuèrent pas peu à leur faire désirer de n'être pas limités à l'alliance des Bernois. Noire cadre ne nous permet pas de présenter ici un historique développé des nombreuses tentatives que fil Genève pour être comprise dans l'alliance générale des Suisses. Cependant, un rapide aperçu des efforts que les Genevois accumulèrent dans ce but avec un zèle infatigable nous paraît être tout à fait à sa place.

* Mignet, Notices et Mémoires, p. 328.

L'alliance avec Berne, conclue en 1526 pour 25 ans et reconfirmée en 1536, le fui de nouveau en 1541 ei 1546 par l'échange des serments. Mais loul en culiivanl avec soin l'alliance de Berne, les Conseils de Genève prirent de bonne heure riniliylivp de démarches destinées à préparer l'entrée de Genève dans le corps helvétique, et cela, dit Gautier «afin de ne pas être à la mercy d'is seuls Bernois qui leur lenoyent la barre sur le dos. »

Déjà en 1541 , le Conseil avait reconnu qu'il était désirable d'oblenir la protection des Lij2;ues helvétiques, et en 1545, Cl. Roset et Ami Perrin furent chargés de sonder les dispositions des cantons JeBerne, de Zurich et Je Baie à l'égard de la future admission de Genève dans le sein de la Confédération. En 1547 et en 1549, des députalions furent envoyées dans ce même but, el rencuntrèrent de la part de plusieurs cantons un accueil sympathique. Mais les Bernois, qu on avait cherché à intéresser à cette négociation, la iraversèreïit au coniraire el témoignèreril beaucoup de mauvaise humeur de ce que les Genevois recherchaient un autre appui que le leur. Cependant, pour rassurer les Genevois, ils consentirent à proroger de cinq ans encore l'alliance qui devait expirer en 1551.

En 1555, les Genevois voyant que les Bernois ne se prêtaient pas de bonne grâce à appuyer leur demande d'être reçus dans l'alliance générale, prièrent le Conseil de Berne de vouloir bien contracter avec eux une nouvelle alliance pour 25 ans aux mêmes conditions que celle de 1526. Mais les Bernois prétendirent insérer dans le traité des conditions telles que les Genevois, après avoir en vain essayé de les fléchir, préférèrent laisser ex- TomeII. 17

pirer l'alliance, en sorte que pendant les années 1556 et 1557, Genève rentra dans son ancien isolement.

Une telle position n'était pas tenable à la longue. Aussi reprit-on avec une nouvelle ardeur, pendant l'année 1 557, les négociations pour l'agrégation à la Confédération, et Michel Rosel qui venait de débuter dans la carrière diplomatique fit plusieurs tournées, surtout dans le but de bien disposer les magistrats catholiques. «L'avoyer deLucerne, dilGautier, lui donna pour avis que les Bernois traverseroient celte affaire, se servant de cette expression quil fallait se donner garde de Vours. Pour entretenir ces magistrats dans les favorables dispositions où ils paraissoient être, Rosel fît présent au nouveau baillif de Baden de 25 écus, d'une pareille somme à l'avoyer de Lucerne et, ayant remarqué dans une conversation qu'il eut avec i'ammann de Schwylz que celui ci Irouvoil belle une bague d'or à turquoise que Rosel avoit au doigt, il la lui donna. » En septembre 1557, la demande de Genève fut présentée à la Diète de Baden et renvoyée à l'examen des cantons.

Pendant que les cantons délibéraient, les négociations avec Berne avaient été reprises, et elles avaient abouti à la conclusion d'un nouveau traité d'alliance pour 25 ans, le 2 janvier 1553. Les Genevois n'en persistèrent pas moins dans la demande qu'ils avaient présentée pour être admis dans l'alliance des cantons, mais ils eurent le regret, malgré leurs instances, de se voir refusés à deux reprises, en 1558 et en 1560, principalement à cause des préventions des cantons catholiques.

Celle série d'insuccès nedécouragea point nos ancêtres.

Le traité de Caleau-Cambresis (1559) qui avait rendu ses Etals au fils de rinfortuné Charles III, le glorieux vainqueur de Sl-Quenlin, et avait rapproché les cours de France et d'Espagne, donnait à penser aux Bernois, et ces derniers cessèrent de s'opposer à une combinaison qui eût placé sous l'égide du corps helvétique une ville située à l'enirée de leurs nouveaux domaines. En 1567 (c'était l'année de l'expédition du duc d'Albe) et en 1571, les Genevois revinrent à la charge, cette fois avec l'appui de Berne ; on leur donna de bonnes paroles, mais on ne conclut rien.

En 1 572, Genève fil de nouvelles ouvertures, et le roi de France, Charles IX, qui, suivant alors les conseils de Coligny, songeait à porter ses coups contre la puissance espagnole, chargea son ambassadeur en Suisse de soutenir de toule son influence la demande de Genève. Ce dernier distribua à cetefîel, au nom du gouvernement genevois, 5000 écusaux magistrats les plus influents. En 1573, les distributions furenî portées à 10,000 écus, et on alla jusqu'à rédiger les articles d'un projet d'alliance entre Genève, Fribourg, Berne et Soleure. Mais en 1574, le Conseil général, tnalgré le préavis du Conseil ordinaire cl des DeuxCenis, repoussa le projet. (On s'était achoppé à quelques clauses, et en particulier à la demande que faisaient les Fribourgeois de pouvoir célébrer librement leur culte à Genève s'ils y venaient comme auxiliaires.) Fribourg cl Soleure, irrités de ce vole, rompirent les négociations.

En 1578, nouvelle demande et nouveau refus de la Diète. Mais l'année suivante, 1579, les Genevois réussi-

reni à se faire comprendre dans l'alliance que Soieure et Berne renouvelèrent avec le roi de France, Henri III*.

Enfin, en 1581, les Genevois voyant combien il élait difficile de gagner l'ensemble des cantons, s'adressèrent spécialement à Zurich, et au bout de deMJx ans de tractalions, en octobre 1584, ce puissant canton entrait en tiers dans l'alliance qui unissait depuis plus d'un demisiècle Berne et Genève. «Nous nous sommes réciproquement acceptés, est-il dit dans ce traité, à perpétuels et vrais alliés et confédérés , et faisons et jurons serment solennel à Dieu tout-puissant à mains levées: que l'une des parties sera fidèle et loyale envers l'aulire, et avancera le profit, honneur, bien et prospérité, et détournera le dommage d'icelle et de maintenir les ungs envers les aultres, tout ce qui convient et appartient à fidèles et loyaux alliés et confédérés, jouxte les articles et conditions suivantes, etc. ^ » Une fête animée solennisa cet heureux événement, et des enfants de notre collège représentèrent, le 18 octobre, en l'honneur des députés des trois États confédérés, un drame de circonstance intitulé L'ombre de Werner Stauffacher'^.

* Traité 'perpétuel fait et passé par la Royale Majesté et Couronne de France, pour la conservation et deffense de la Cité de Genève et de. son territoire, avec les Magnifiques Puissans et Très Honorés Seigneurs de Berne et Soieure.

(Voir le texte dans les Pr. de Spon, p. 205.)

* Voir le texte dans les Preuves de Spon, p. 2-26.

* Les principaux interlocuteurs sont trois hergers Gébin, Ursin et Ziirchin. Voici quelques vers de cette pièce :

« Tiint que nous serons joints ensemble, Nous serons recherchés des rois.

En 1600, 1601, 1602 et 1604, de nouveaux efforts furent lentes, mais on ne put surmonter le mauvais vouloir des Petits Cantons. Michel Roset avait été jusqu'ici l'âme de toutes ces négociations ; il ne se passait guère d'année que ce magistrat, marchant sur les nobles traces de Bezanson Hugues, ne fît plusieurs tournées dans les cantons, et qu'il ne se rendît à la Diète des Confédérés pour plaider notre cause.

En 1641, nos Coiiseils informés que les dispositions à l'égard de Genève étaient devenues plus favorables, députèrent Godefroi et Pictet auprès de quelques cantons et à la Dièl« de Baden. Mais l'ambassadeur de France, Caumartin, se montra si mécontent de la mission de nos envoyés que ces derniers ne crurent pas devoir s'acquitter jusqu'au bout de leur mandat.

En 16o8, Genève se vit comprise dans le renouvellement de l'alliance des cantons proleslants avec la France.

En 1668, la conquête de la Franche-Comté par les armes de Louis X[V, ayant causé de sérieuses appréhensions en Suisse, la Diète de Baden reconnut un peu tard qu'une alliance étroite avec Genève présenterait un grand avantage. Aussi les Bernois engagèrent-ils fortement les Genevois à solliciter de nouveau leur admission au nombre des alliés de la Suisse. Mais le Conseil, crai-

Mais si le désaccord désassemble Cette union grande une fois:

Suisse, tu t'en iras à terre, Tu perdras là ta liberté.

Car qui a le Romain dompté Sinon son intestine guerre? »

gnant*que Louis XIV ne prît de l'ombrage en voyaui la république soUiciier la protection des Suisses, décida le 27 février de s'abstenir de loule démarche.

Depuis cette époque, nous perdons la trace d'efforts tentés pour rallacber Genève au faisceau helvétique.

1! fallait les profonds bouleversements qui ont remanié la carte de l'Europe au commencement de notre siècle pour que le vœu de nos pères fut enfin exaucé et que Genève vît sa barque, si souvent ballottée par l'orage, abritée dans le port de la Confédéralion helvétique qui longtemps avait paru fuir devant ses efforts. Genève réunie à ses frères depuis cinquante ans se complaît aujourd'hui à contempler dans le passé une aspiration séculaire que l'épreuve a fortifiée et qui constitue son titre le plus sérieux à la qualification de canton suisse comme à l'affection et à l'estime de ses Confédérés. Rappeler cette pensée, c'est en même temps exprimer le but de cet ouvrage, que l'auteur dédie à ses compatriotes à l'occasion du cinquantième anniversaire de notre réunion à la Suisse.

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