‹ Les suites d'une faute drame en cinq actes, en proseChapitre 26 sur 57 · SCENE MU · texte numérisé non relu

SCENE MU

LOUISE, VALLERAY.

valleriy , l’examinant quelque temps avant de parler.

Vous avez désiré, comme moi, cet entretien secret, et je n’ai pas voulu le différer davantage: il devait avoir lieu entre nous, il doit être le premier et le dernier. J'ignore quel espoir coupable et insensé vous a conduite ici... (Louise fait un mouvement.) Ëcoutez-moi d'abord. Jcpourrais éclater en reproches, en menaces, et, justement offensé du défi audacieux que vous me jetez, vous ordonner de sortir ; mais ces reproches , je vous les épargne : en présence do mes torts que j’avoue, j’aime mieux oublier que vous êtes venue me braver. Si maintenant vous êtes troublée, remettezvous : mes paroles doivent être froides et sévères comme la résolution que j’ai prise ; mais vous n’entendrez sortir de ma bouche aucun mot qui vous force & rougir.

Loctss, * lentement et avec dignité.

Je vous rcmercio do vous rappeler â qui vous parlez. J’ai assez souffert, assez recueilli d'humiliations, pour trouver, au moins près de vous une apparence de respect, et, pendant que nous sommes seuls, pour remonter du rang de domestiqua qu’on peut chasser à celui d'une femme dont il faut écouter les plaintes, et qui a ledroitde mettre des conditions à son silence, au lieu de recevoir l’ordre de so taire. Jetons tous deux le masque qui nous couvre aux yeux du monde : il n'y a plus ici ni maître ni servante. Quand vous veniez autrefois chez moi, je ne vous forçais pas à me parler debout; aujourd'hui j’arrive chez vous, asseyons-nous, monsieur.

Klie s'assied.

vallerat, s'asseyant.

C'est bien... vous avez compris, je le vois, que désormais tout était fini... que ni larmes, ni prières, ne pourraient faire rcvivTeun temps qui n’est plu et renouer la chaîne brisée entre nous- L’amertume et la fierté de votre langage me mettant

a l’aise, je no crains plus de blesser votre cœur, puisque» comme le mien, il est devenu indifférent.

LO ci se.

Oui, indifférent. Rassurez-vous : je ne suis pas renue pour essayer do rallumer un amour éteint depuis trois années.

VALLERAY.

Qu’attendez- vous de moi 7 LOUISE.

Une réparation.

VALLERAY.

Il fallait la faire demander sans venir la chercher vous-même,

LOUISE

L'auriez-vous donnée?

VALLERAY.

Si vous aviez eu ma parole...

LOUISE

J'y ai cru autrefois, je n’y crois plus... Sans doute, il vous eût convenu que je fisse de loin un appel à votre pitié; mais me voici, et, quelque chose que votre orgueil ail & souffrir de ma présence, vous la souffrirez, monsieur.

VALLERAY.

Vous vous trompez. Égaré un moment, je suis revenu vite au sentiment de mon devoir : accusez-moi de cruauté , accablez-moi des noms les plus odieux, j’y consens ; mais vous partirez ! LOUISE.

El le secret que vous voulez garder T vAi.LF.RAY , se levant.

Amélie doit tout ignorer : je donnerais ma vie pour lui épargner un chagrin ; mais la tromper ainsi ! lui faire cet outrage !.. . non, non, c’est impossible 1 et plutôt que d’y consentir , s’il ne me restait «Juc ce moyen, ch bien! je crois qu’au prix du repos de ma vie entière et de la sienne, je m’accuserais moi-môme I

LOUISE

Vous lui diriez tout?

VALLERAY.

Oui, tout!

LOUISE

Vous lui diriez qu’il y a trois ans, avant de vous connaître, j’étais pure , innocente , et que vous m’avez perdue?

Vous lui diriez de quels mensonges vous vous êtes servi pour me tromper , moi , qui no vous connaissais pas? moi, qui devais porter un jour votre nom?... Vous me l’aviez promis!

VALLERAY

Je le dirais.

LOtnsz, se levant.

Malheureux \ lui direz-vous aussi que l’enfant que vous avez recueilli est votre fille?

VALLERAY.

Ma fille 1...

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