D’UNE FAUTE
LOUISE
Oui, votre fille que j’ai arrachée do mes bras pour la déposer comme une orpheline à la porto de son père !... et à l'aspect de cette enfant, rien I ne s’est éveillé en lui ! 11 s'est armé contre moi de froideur , il a pensé que je venais ici comme une femme perdue, mendier un sourire, une caresse ! il m’a épargné scs reproches ! et peut-étro | maintenant il doute encore
VALLERAY.
Ma fille!
LOUISE
Sans cllo m’auriez- vous revue? ne savais-je pas que j’étais délaissée et trahie? J’ai pleuré amèrement mon abandon, j’ai voulu mourir d’abord , mourir loin de vous, sans m’exposer A vos mépris; mais le pouvais-je?... j’étais mère! Un sentiment nouveau, plus fort que la honte, me rattacha A l’existence, et j’ai juré de vivre pour ma fille, de lui donner un appui: j’ai juré qu’elle no serait pas, comme sa mère, isolée dans le monde, sans défense, sans protecteur... et je la remets entre vos mains, monsieur, car vous êtes de moitié dans mon serment, et vous m’aiderez à le tenir.
VALLERAY.
Qu’avez-vous fait?
LOUISE
Mon devoir : ferez-vous le vôtre ?
VALLERAY.
Que demandez-vous ?
LOUISE
Rien pour moi, tout pour elle. Lorsqu’après trois ans de soins et do recherches , j’ai su qui vous étiez, Dieu m’a inspiré la pensée que j’ai eue : si l’on exigeait de moi un sacriGce, une réparation , je ne pourrais donner que ma vie... vous, monsieur, vous êtes riche...
VALLERAY.
Je vous comprends : le sort do cette enfani sera assuré.... comment? je ne sais encore; mais jo le dois, je m’y engage. Je l’embrasserai une fois en secret, et vous partirez ensuite avec elle.
LOUISE
Non, monsieur... voici ce que j’attends de vous : vous lui donnerez un nom, une fortune, un rang dans le monde, enfin vous ferez ce qu’on fait pour ses enfans.., Vous garderez votre fille adoptive.
VALLERAY.
Je no le puis pas...
LOUISE
Vous rendrez A l’enfant ce que vous avez élé A la mère, une famille, et le droit qu’a toute jeune fille do marcher tête levée et sans rougir. À ce prix, à ce prix seulement , je m’éloigne ! Le jour où vous aurez dit solennellement : Que cet enfant soit le mien, je l’adopte ; ce jour-là, vous aurez acheté votre repos et mon silence.
VALLERAY, UÇCC fier*.
Pauline !...