SCENE Mil
M me VALLERAY, VALLERAY.
M me VALLERAY.
Enfin, nous voilà seuls, mon ami : j'ai cru que je ne pourrais jamais mo débarrasser de cette visito. J’ai une confidence à te faire.
VALLERAY.
Moi aussi, Amélie.
M“° VALLERAY.
Une confidence importante?
VALLERAY.
Peut-être... tu en jugeras... et la tienne?
m“* valleray.
Oh! la mienne, je ne voudrais pas qu’dle fût priso par toi trop sérieusement.
VALLERAY.
Si nous allions nous rencontrer...
LES SUITES D’UNE FAUTE
M* f VALLERAT.
Je oc crois pas, mon ami.
TAUIUT.
Parle.
11“* VALLERAT.
No», toi d'abord... je t’écoute.
value ray, à part.
Oh! je ne pourrai jamais.
H 1 ** VALLERAT.
Ce que j’ai à te confier est si nouveau pour moi que, malgré ton amour, je me sens embarrassée. Voyons ce grand secret, je t’en prie, je le veux... de quoi s’agit-il? de ton bonheur, u’estcc pas?
YALLERAT.
Oh! je n’accepterais jamais un sacrifice qui te coûterait un regret.
i mc VALLET. AT.
Est-ce qu’il y a du mérite à plaire 5 ceux qu’on aime? C’est de l’égoïsme tout pur, ton bonheur me revient par moitié. Ycux-tu que je devine?
VALLEIUY.
Comment le pourrais-tu? m’as-tu laissé quelque chose à désirer?
HŒO VALLEIUY.
N’importe! \* a-t-il long-temps, mou ami?
VALLERAT.
Quelques jours seulement.
U me VALLERAT.
Quelques jours? qu’cst-il doue arrivé? aide-moi un peu .
VALLERAT.
Du moins, c’est un désir ancien qu’une circonstance imprévue a réveillé.
m mc VALLERAT.
Ab! des projets d’avenir pour...
VALLERAT.
Amélie!
M rot VALLERAT.
Je sais, mon ami , je sais ; oui , je veux bien. Cette enfant, n’est-cc pas? moi aussi, j’y avais songé.
VALLERAT.
Toi! tu pourrais Patiner 1
M"* VALLERAT.
Une pauvre petite orpheline qui serait morte de faim et de froid si nous ne Pavions recueillie. Voila donc pourquoi je prenais plaisir à l’embrasser : c’était un pressentiment, c’était encore une pensée partagée entre nous. Don Adrien !
VALLERAT.
Amélie, pourquoi ces larmes?
ume VALLERAT.
Ce n’est rien, un souvenir, un regret... il y a des femmes qui sont bien heureuses! Moi, je me consolerai de n’étre pas mère en appelant cette enfant ma fille, en l'aimant comme la mienne... nous n’avons pas de famille , pas de parons , il faut bien que nous laissions un jour notre fortune à quelqu’un. Elevée par nous, elle n’aimera que nous... oui, j’y consens, et je te remercie d’y avoir pensé.
VALLERAT, à part.
Oh t que je suis coupable !
U®* VALLERAT.
Mon ami?
VALLERAT.
Encore une fois, tu es sûre de toi? tu es sûre de pouvoir l’aimer, répètc-lc-moi.
M tC0 VALLERAT.
Je l’aime déjà. Pendant ton absence, si tu me quittes, cette enfant sera ma seule distraction, je n’en aurai pas d’autre... de nouvelles amitiés, je n’en veux pas former, et les plus anciennes no sont pas toujours sincères.
VALLERAT.
Que veux-tu dire?
H mc VALLERAT.
Il y a ici quelqu’un que jo no dois plus voir, quelqu’un qui est ton ami.
VALLERAT.
Desülest
H me VALLERAT.
J’ai hésité long-temps avant de me résoudre â cet aveu; mais mon trouble tantôt ne t’avait pas échappé, il eût fallu chercher des prétextes, des mensonges... une confiance absolue n’ est-elle pas entre nous le premier des devoirs?
VALLERAT.
Eh bien ! Dcsillcs ?
■ ma VALLERAT.
Pas de colère surtout.
VALLERAT.
Parle, parle.
M»« VALLERAT.
Je n’ai rien à me reprocher, je te lo jure; j’ai beau chercher dans ma conduite passée , rien , mais rien, pas un mot, pas un regard n’a pu lui faire penser que mon cœur se détacherait de toi; je le recevais bien, sans défiance, avec plaisir, parce que tu l’aimes, voilà tout... tu me crois, n’est-co pas?
VALLERAT.
Oui, oui, achève.
H me VALLERAT.
Ilicr, pour la première fois, il m’a tenu des discours qui m’ont semblé étranges , et que je l’ai prié d'interrompre. Je ne t'ai rien dit, parce que je croyais avoir mal compris... je n’accusais que la légèreté de ses principes , et je pensais qu’il suffisait à moi d’étre en garde contre eux , à lui do voir que je ne les partageais pas. Cependant cette conversation m’avait laissé une impression pénible, une crainte dont je ne pouvais me défendre, et j’avais résolu de ne plus me trouver seule avec lui. Aussi, ce matin, quand tu as refusé de nous accompagner, je voulais rester, tu te le rappelles: j’ai cédé, et ce qui n’était qu’un soupçon est devenu une certitude.
VALLERAT.
Il aurait osét
M m« VALLERAT.
11 s’est expliqué ; aux premiers mots, je me suis sentie rougir, il a cru voir dans mon trouble et
MAGASIN THEATRAL
peut-être dans mon silence... j'étais muette et tremblante, il a cru voir l’hésitation d'une femme qui va devenir coupable, un dernier combat, que sais-je moi? et il m’a dit qu’il m'aimait... ohl alors, l’indignation m’a rendu la parole; je lui ai ordonné de se taire, et je suis revenue ici, tout émue, chercher un refuge auprès de toi.
VALLERAT.
Ob I c'est infime : se jouer ainsi des nœuds les plus saints! outrager celle à qui j’ai donné mon nom, mon amour, toute ma vie!... Ah! que mon ressentiment long-temps contenu déborde enfin et retombe sur lui.
VALLERAT.
Modère-toi. .. Ah! mon Dieu! voila ce que j’aurais dû craindre, de la colère, de l’emportement; je suis une folio de t’avoir dit cela. Pourquoi tant d émotion? Je n’en ai plus, moi qui suis la plus offensée : vois, sa présomption me fait rire, et sa bonté doit le punir assez.
VALLERAT.
Amélie!
VALLERAT.
Oh l si tu me soupçonnais, si j’avais été légère ou coquette, je concevrais un transport de jalousie, car moi-méme, si je me voyais trahie, je crois que j’en mourrais.
VALLERAT.
Oh! tais- toi, lais-toi.
VALLERAT.
Tu as raison, pourquoi prévoir de tels malheurs, nous si saintement unis ! ici, rien de sérieux, tous les avantages sont de ton côté, c’est ta femme elle-même qui le repousse, qui le congédie, que te faut-il de plus? Vcux-tu que je me charge aussi «le lui déclarer...?
VALLERAT.
Non, ce soin me regarde.
VALLERAT.
Mon auii...
VALLERAT.
Ne crains rien, je lui ferai sentir que sa présence ici est désormais impossible.
«■' VALLERAT.
Mais sans éclat, sans emportement. D'ailleurs ses torts sont si évidens qu’il n’aura rien â répondre: un peu do calme et de prudence, monsieur* vous ne ferez pas moins pour ma demande que je n*ai fait pour la vôtre.
VALLERAT.
Oui, je te le promets.
M me VALLERAT.
Et moi, je vaisécrirei M. Fermontdo se rendre ici : il no suffit pas que nous adoptions cet enfant, il doit y avoir des formalités à remplir; nous lui ferons part de nos projets, et il nous donnera ses conseils... je serai bien heureuse; toi, tu souffres peut-être? celui qui te trompe, tu l’aimais?
VALLERAT.
Ah I je voudrais que le sacrifice fût plus grand, •1 j 'achèterais 4ou .bonheur au prix de ma vie.
«“•VALLERAT.
Adieu: souviens-toi de ta promesse; tu parles de sacrifices, celui de tes ressentimens est le seul qucj'exigc. Adieu, adieu.