‹ Les suites d'une faute drame en cinq actes, en proseChapitre 56 sur 57 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

M me VALLERAY .

Ah! levez- vous.

LOUISE

Cette attitude est la seule qui me convienne en présence de celle que j'ai tant offensée.

«“ TALLRRAV.

Vous vous le rappelez bien tard.

Sur un nouveau signe de M"»« Valleray, elle se relève. LOUISE.

Oui, j’aurais dû dévorer mon humiliation, j’aurais dû dépouiller toute fierté, toute passion amère, devant vous, madame, qui êtes si digne de respect, devant vous, la bienfaitrice de mon enfant.

■ Be VALLERAY.

Pourquoi chercher à me revoir? Que me voulezvous? Le lien qui nous a rapprochées est un crime ; j'ai hâte de le briser : je ne vous connais plus. N’est-ce pas lice qui nous convient le mieux à l’une et i l’autre?

LOUISE

Je serais, en effet, bien méprisable si je voulais vous intéresser i moi, madame. Ce n’est pas pour moi que j’implore la faveur d’étre entendue, c’est pour vous-méme, pour lui.

M»v VALLERAY.

Pour lui !

LOUISE

J’ai un devoir i remplir, un devoir de conscience, qui me presse comme si je touchais i ma dernière heure. C’est ce qui m’a donné la force de chercher ce pénible entretien. Celui que j’ai accusé par ma présence, c’est A ma bouche de le justifier. Dieu sait ce qu’il m’en coûte! Vous le croyez coupable de perfidie, et cependant, s’il a trompé une femme, ce n’est pas vous, madame , car il vous aime et n’a jamais aimé que vous.

M»e VALLERAY.

Ah! cessez de le défendre et de vouloir m’abuser! Comment pourrai-je ajouter foi A vos paroles?

LOUISE

Vous devez me croitc, madame, moi plus que personne. S'il m’aimait, je ne serais pas femmo A vous faire un pareil sacrifice. Si seulement il m’eût aimée un instant , j’espérerais encore réveiller une passion mal éteinte ; et qui sait, folle que je suis, si j’aurais perisé A vos larmes et A votre désespoir? Ah! croyez-moi, si je vous dis de l’aimer encore, c’est qu’il ne m’aime pas, c’est qu’il ne m’a jamais aimée.

Vous!

M me VALLERAY, PROSPER, LOUISE au fond.

Il veut l'empécher d’entrer.

LOUISE

Laissoz-moi lui parler.

«me VALLERAY.

Qu*eutcnds-je? vous ici?

looise, ou fond.

A genoux, oui, c'est A genoux, madame, que je vous prie de ne pas me chasser une seconde fois.

LOUISE

C’est la vérité, madame : cl vous l'avez deviné»*, vous l’avez dite ce matin, lorsqu’on me chassant avec indignation, comme je le méritais, Vous me maudissiez, moi seule, commo la seule coupable : oui, c’cst moi qui l’ai aimé la première. Je me suis attachée A lui, comme son mauvais ange, pour le perdre! VoilA des aveux bien bumilians; et pourtant ce n’est pas tout encore: je lisais sa pensée dans scs regards inquiets je voyais qu’un autre amour l’occupait auprès dl

LES SUITES D’UNE FAUTE

moi , et une fols j'ai surpris sur scs lèvres un nom... #

M® c VALLEBAV.

I/! mien?

LOUISE

Le vôtre. Le jour môme où il allait fuir loin de moi, pressé sans doute du désir de vous revoir, ce jour-là son front était radieux*.

H rac VALLEBAV.

Ah?

LOUISE

Pas un regret pour celle qu’il abandonnait...

M œc V ALLE RAT.

Il serait vrai!... Mais que dis-je? lui qui, en vous revoyant...

LOUISE

Il a eu peur pour vous. Jo ne lui -ai apparu, moi, que comme un fléau, comme un remords vivant... je l’ai observé avec mon amour et ma jalousie... L’enfant n’a pas obtenu grâce pour la mère... S’il vous « pressée de l'adopter, c’était pour me chasser plus Vite I... Oui, madame... ah ! ne me cachez pas votre émotion... point de pitié pour une rivale. Moi aussi , je vous ai- détestée quand j’ai appris que vous étiez sa. femme, j’ai formé mille projets de vengeance!... devenue mère, je n’en ai eu qu’un seul, j’ai voulu vous forcer à protéger mon enfant.

VALLEBAV.

Moi!

LOUISE

Vous ne savez pas comme une mère aime sa fille! et moi, je vous donnais la mienne ! Et maintenant encore, si je prends pour moi la honte et le mépris, si je suis â vos genoux, si je pleure et supplie, vous voyez bien, madame, qu’il faut me tuer pour m’cmpéchcr do prononcer le seul nom qui soit dans mon cœur cl sur mes lèvres!...

M®c VALLEBAV.

Assez!... Espérez-vous m’attendrir?

La nuit tient graduellement jusqu'à la fia.

LOCISE. ?

Ah! vous pleurez, madame! Je vous ai appris qu’il y avait une douleur plus grande que la vôtre, Jes larmes plus amères que vos larmes. Vous m’écouterez , cl vous oublierez tout : un instant d’égarement, mon amour insensé et coupable, ma présence ici, pour ne vous souvenir que de celte enfant que vous aimiez sans la connaître, et de lui qui me méprise , qui vous aime toujours et qui . mourrait si vous le repoussiez...

«"** VALLEE AT

Je ne dois plus le revoir; tout est fini entre nous... il a quitté cette maison... il • fui loin de moi.

LOUISE-

Le voici t...

Valleray, est coin* pendant les derniers mots cl t'appuir contre la table.

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